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Val de Susa francoprovenzale

Val_di_Susa_mappaCarte Wikipedia

Ci-dessous  le dĂ©but d’un enregistrement de la parabole du fils prodigue en patois de la vallĂ©e de Suse fait dans les annĂ©es ’60   par le prof. Hans-Erich Keller, que j’ai retrouvĂ© dans mes documentations. Ce document audio est prĂ©cieux  par sa qualitĂ© d’enregistrement  et comme tĂ©moignage de la vitalitĂ© des patois Ă  cette Ă©poque.

Ci-dessous 1 cĂŽté  de la cassette. A un certain moment, mon lecteur a cessĂ© de fonctionner et je n’ai pas pu enregistrer le cĂŽtĂ© 2 de la cassette. Les noms des villages visitĂ©s sont Ă©crits au crayon sur la cassette et partiellement effacĂ©s: Giaglione, Meana, Gravere , Madtie (??),….panter.. ?, S. GiorioVilla techiardi (?), Ferrera.

Le dĂ©but grince un peu… DurĂ©e total 29 minutes.

Je veux bien envoyer la cassette

à une association ou une personne qui peut publier et veut sauvegarder cet élément du patrimoine de la Vallée de Suse.

Je l’ai en effet envoyĂ©e Ă  quelqu’un de Giaglione que j’avais trouvĂ© par Faceboork, mais je n’ai jamais eu la confirmation de la rĂ©ception et je ne sais pas oĂč la cassette est actuellement.

 

Api, crique au lapi

Crique au lapi

Un journaliste  hollandais a passĂ© des vacances en  CĂ©vennes et dĂ©couvert les crique au lapi, une recette trĂšs bien placĂ©e dans l’air du temps, parce ce crique est vĂ©gĂ©tarien, vegan mĂȘme, sans gluten et sans lactose, en plus il est bon marchĂ©. On s’en servait aussi pour cacher l’amertume des mĂ©dicaments aux enfants.

article en néerlandais

article en néerlandais

Api ou lapi  vient du latin apium « celeri des marais »Â  ou « ache ».  Les mots galloromans qui continuent ce mot latin dĂ©signent plusieurs plantes. Les premiĂšeres attestations  api, lapi, ache ou lache  dĂ©signent le cĂ©leri, persil des marais, ache des marais, ache odorante.

aspi feuilles tigeEn provençal  c’est  l’ api bouscas

S’agit-il de l’apium repens ? ache rampante?

api du latin apium FEW XXV, 14

Aussi néerlandais eppe

argousin

Argousin mot français qui a signifiĂ© 1.anciennement Bas officier des galĂšres.2. pĂ©joratif‱vieilli Agent de police.

Les linguistes qui s’intĂ©ressent Ă  l’occitan ont Ă  leur disposition un travail inestimable sur le vocabulaire maritime, fait par

du Commandant Noël Fourquin et de Philippe Rigaud intitulé

De la Nave au Pointu

 

dans lequel on trouvé les attestations que voici:

Agosin, argousin, argusin, algousin s.m. (ar. al guazil). Argousin. 1453: « …Guilhen de Goa agosin de ladita galeassa… » A.D. BdR. 3 B 168 f°58. 1509: « Sen Lansalot Manatel pagas al nauchier et al gardian de frayre Bernadin et l’agozin a causa de l’esclau que frayre Bernardin donet al ponton la soma de fl. III. » A.C. Marseille HH 509 Bul.
Voir FEW 19,198

Le commandant propose comme étymon le mot arabe al guazil. 

Dommage que le Commandant NoĂ«l Fourquin et Philippe Rigaud n’ont pas eu connaissance du FEW d’une part  et que les collaborateurs et successeurs de von Wartburg n’ont pas connu cette oeuvre.

Voir la suite en cliquant ici

Les explications :wazir 2Je traduis parce que von Wartburg ne connaissait aucune attestation occitane. GrĂące au travail

 

 

Glossaire Nautique = premiĂšre att; de 1452 dans BdR

Longue citation de BEGUES F. de, Lou jardin deys musos Prouvençalos, Aix, 1666.

arganel ‘gros anneau en fer’

auFlorian Vernet a eu raison de suivre le TLF en classant  arganeau dans la liste des mots français empruntĂ©s Ă  l’occitan;

Arganeau, subst. masc. Arganùl {arganùu}argan”l argan”w]
Gros anneau de fer placĂ© Ă  l’extrĂ©mitĂ© de la verge d’une ancre pour y Ă©talinguer un cĂąble, ou scellĂ© dans le mur d’un quai, et qui sert Ă  amarrer les bateaux. Le mĂȘme terme existe en espagnol :
arganel.
en suivant le CNRTL qui Ă©crit :

Empr. prob. par l’intermĂ©diaire du prov. arganĂšu ourganĂšu « organeau, puis anneau de fer auquel on passe un cĂąble » (seulement ds Mistral) issu d’une forme diminutive (-ĕllu-)d’un b. lat. *arganum, lat. class. organum « instrument, outil », empr. au gr. Îż ́ ρ Îł α Îœ Îż Îœ « id. » Le changement de voyelle initiale remonte prob. au plur. gr. τ α ̀ Îż ́ ρ Îł α Îœ α prononcĂ© τ α ́ ρ Îł α Îœ α compris comme τ’α ́ ρ Îł α Îœ α. L’Ă©volution de sens « outil » > « anneau » est vraisemblable. L’explication du passage de org- à *arg- sous l’infl. d’un lat. mĂ©diĂ©v. argata (attestĂ© au sens de annulus en 1349, Du Cange) qui reprĂ©senterait le gr. Δ ̓ ρ Îł α ́ τ η ς « travailleur » (attestĂ© au sens de « levier de serrage d’une vis », Biton [3es. av. J.-C.] Math., 110eds Bailly) paraĂźt peu solide. L’hyp. de l’empr. d’arganeau au cat. arganell issu d’un croisement entre le cat. anell « anneau » et argolla « anneau de fer » (art; .), Vidos 1939, p. 209 fait difficultĂ© car le cat. arganell ne paraĂźt pas prĂ©senter le sens de « anneau » (Alc.-Moll.). L’hyp. d’aprĂšs laquelle le fr. arganeau serait une forme mĂ©tathĂ©tique pour *orengueaudiminutif de *orenc (pour orin xves. « cordage qui attache une bouĂ©e Ă  une ancre »), Barb. Misc. 2, 1925-28, p. 123, ne prĂ©sente aucune base solide.

en traduisant le FEW VII, p.411. Étymologie est le mot latin : organum  FEW 7,409  411

Explication du FEW

arganeau FEW7p41  et plus loin :

Explication du FEW

avec cette différence que le  CNRT approfondit la note du FEW sur Barb.  comme complÚtement à cÎté de la plaque.  On sait que les lexicologues sont des copieurs/colleurs, tous sans exceptions; moi le premier.  Ils restent humains.

la raison de cet article est le complément d(information que nous fournit le travail inestimable le  Glossaire nautique du

du Commandant Noël Fourquin et de Philippe Rigaud:

De la Nave au Pointu

 

La premiĂšre attestation deans le FEW et CNRT est le  moyen français de  1382. Dans le Glossaire nautique c’est bien plus tĂŽt : provençal . 1301 !   Vous savez que les Ă©tymologistes attachent beaicoup d’importance aux datations.

Glossaire nautique.
Arganel, arganellus, arganeau s.m. (lat. organum). Formes: arganel, arganot, arganeaul, organel. Sorte de bossoir basculant utilisĂ© sur les galĂšres et les chaloupes annexes de plus grands navires pour dĂ©raper l’ancre. 1301: « Item, arganellos barcharum de parescalmo veteres sex. » A.D. BdR. B 1936 f°114. 1477: « Item,… l’argil a proa cum duobus arganells.. » A.D. BdR. 351 E 451 f°42v°. 1510: « Per un arguinel per l’esquifo et lo bronse tot gr. VIII » A.C. Marseille HH 509 Bul. 106. 1512: « ung arganel… l’arganel de l’esquif… » A.D. BdR. B 1487 f°63v°. 1571: « Plus fault deux arganeaulx dedans lesquels se mettent les poulies pour mettre les fers dedans la gallaire. Lesdits arganeaulx se mettent Ă  proue et sont de chesne ou de noyer servant pour serper ou lever les ancres. » B.N.F. Ms. fr. 3174 f°24v°.

 

 

.

agoutar ‘Ă©coper; tarir’

Dans l’inestimable Ɠvre du Commandant NoĂ«l Fourquin et de Philippe Rigaud

De la Nave au Pointu

Glossaire nautique de la langue d’oc

Provence-Languedoc

Des origines Ă  nos jours

se trouve un article Agotar, agoutar, agouta, agoutter « Ă©coper, pomper, asĂ©cher » avec de nombreuses attestattions de la rĂ©gion d’Arles qui s’Ă©talent du XIVe Ă  la fin du XIXe siĂšcle.

L’Ă©tymologie est le latin gutta « goutte » ce qui n’a aucun intĂ©rĂȘt; par contre le riche dĂ©veloppement sĂ©mantique est intĂ©ressant. Regardez les multiples significations trĂšs spĂ©cifiques fournies par le FEW IV,p.351 pour le domaine occitan.

 

Agotar 1 FEW IV,349

Il semble que le sens vider jusqu’Ă  la derniĂšre goutte » est Ă  la base des sens dans les parlers occitans et franco-provençaux jusqu’Ă  la fameuse ligne formĂ©e par la Loire. .Typique pour les parlers franco-provençaux est le sens « tarir une vache pleine ».

 

Agotar 2 FEWGl 1,184 revoie vers le Glossaire des patois de la Suisse romande.

Un autre travail inestimable  de GƒANTS de la linguistique ce Glossaire des Patois de la Suisse Romanden, abrĂ©gĂ© GPSR, mais dans le FEW tout simplement Gl. CommencĂ© en 1899 le dernier fascicule n°127 contient le dĂ©but de la lettre H- Allez voir un peu.

Glossaire des patois de la Suisse romande

(GPSR)

C’est du sĂ©rieux ! Surtout ne pas comparer Ă 

Le Glossaire des patois de la Suisse romande (GPSR) est, depuis 1899, un acteur essentiedans la mise en valeur du patrimoine linguistique romand. Etabli Ă  NeuchĂątel, il est l’un des quatre Vocabulaires nationaux de la ConfĂ©dĂ©ration helvĂ©tique. Tout comme ses confrĂšres alĂ©manique, grison et tessinois, il a pour mission de documenter le plus complĂštement possible les patois de son domaine linguistique, d’en faire l’analyse lexicologique et de rendre celle-ci accessible au public et au monde scientifique sous la forme d’un dictionnaire dialectal de grande ampleur.

arne, arnos ‘mites’

Arne : Mite microscopique qui a une prédilection pour les plumes. Les taxidermistes amateurs qui naturalisaient leurs leurres (Vanneaux, Pluviers, étourneaux et autres limicoles) pour la chasse au poste, mettaient du sel pour conserver la peau et y ajouter du poivre pour protéger les plumes de ces arnes. (Jean Daumas, Marsillargues).

arna

Pierrepiaf; vétérinaire vous explique tout sur les mites des plumes.

Les dictionnaires occitans en ligne ne donnent que les mots arne, arna et arnadura « vermoulure », mais Alibert nous fournit des complĂ©ments:

Arna AlibertLe Thesoc dans l’article mite montre que le mot  Ă©tait vivant  dans une grande partie du domaine occitan. La variante darna est limitĂ© aux dĂ©partements ARDECHE, CANTAL, DORDOGNE, HAUTE-GARONNE, ISERE, HAUTE-LOIRE, LOT, LOT-ET-GARONNE, LOZERE, TARN, TARN-ET-GARONNE. PUY-DE-DOME.et CORREZE,

ans FEW XIII/1, p.122  dans l’article tarmes « ver Ă  bois » nous trouvons des attestations depuis le XIIIe siĂšcle.arnaFEW13-1

L’auteur rĂ©unit les 3 types arta, arna et darna dans le mĂȘme article, mais dans son commentaire il prĂ©cise que pour le moment il n’a pas d’explications de ces formes, la disparition du t- initial, le -t- devenu -n- dans de nombreux patois et le d- initial.

Par contre les Ă©volutiçns sĂ©mantiques ne posent aucun problĂšme. Jetez un coup d’Ɠil sur l’article du FEW XIII/1, p.122   pour vous en rendre compte.

emperau, imperaou

Emparau « Travail que fait un ouvrier aprĂšs sa journĂ©e rĂ©guliĂšre; temps qui reste Ă  l’ouvrier aprĂšs sa journĂ©e rĂ©guliĂšre ».(Alibert). Deux dĂ©finitions dans le style du Code du travail.
Impéraou :( Travailler plus, pour gagner plus ! )
Temps de travail supplĂ©mentaire hors horaire normal d‟un ouvrier agricole pour arrondir les fins de mois. (8 heures en Ă©tĂ©, 7 heures en hiver). Les jeunes ouvriers agricoles qui laissaient leur semaine Ă  la maison, faisaient leur argent de poche avec ce moyen (adieu les 35 heures !) DĂ©finition du blog de marsillargues.

 

L’auteur des Mots de Marsillargues donne un exemple de travail pour les impĂ©raous

RĂ©guons :
Au printemps dans les vignes on dégageait le pied des ceps avec des solides
charrues a soc recourbĂ© fabriquĂ©es en majoritĂ© Ă  PoteliĂšres prĂ©s d‟AlĂ©s que l‟on
appelaient des sareuses ou des kerpis. Ces déchausseuses laissaient entre les
ceps une liste de terre qu‟il fallait enlever à la pelle, à la sape ou au rñteau suivant la
nature du terrain pour bien dĂ©gager et aĂ©rer les souches. C‟est dans ces rĂ©guons
que l‟on mettait le fumier ou l‟engrais. Ce travail se faisant Ă  journĂ©e ou Ă  tant le pied,
était un des travaux privilégiés pour les impéraous.

Étymologie d’aprĂšs Alibert : le verbe  emperar « dominer, rĂ©gner » du latin Ä­mpĕrare » (Ă  ajouter au FEW IV, 584 ). Le verbe emperer avec le sens « diriger le cheval’ est en effet attestĂ© en ancien français, mais rarement.Gaston Fesquet atteste le mot emperadou « impĂ©rieux » dans le canton de Lasalle-St.Pierre (Gard). Revue des Langues romanes vol.26 page 55.

D’aprĂšs une note dans le FEW il s’agit d’un emprunt au latin, mais les donnĂ©es sont trop rares pour le confirmer. L’Ă©volution sĂ©mantique ne m’est pas trĂšs claire; peut-ĂȘtre s’agit-il d’une obligation pour les travailleurs de faire certains travaux qui ne permettent pas de dĂ©lais. Cela doit exister dans la viticulture.

Boutels

Boutels :
Grappillons : À la glorieuse Ă©poque de la vigne, hĂ©las rĂ©volue, aprĂšs les vendanges
câ€ŸĂ©tait le Maire du village qui fixait la date d‟autorisation du grappillage. Pouvait aussi
dĂ©signer des mollets .(La chanson en patois de Marion disait (mĂ©i boutels fasien tiba mĂ©i guĂȘtra)s Marsillargues .

Bouteiller :
Grappiller : Les familles se transformaient en “Bouteillaïres“ pour faire leur provision
de vin ou leur cartagĂšne en allant ramasser ces boutels. (Grappillons )

Bouteillier est aussi un nom de famille.

Etymologie : du latin buttÄ­cula « sorte de vase ». Les grapillons ont la forme d’une bouteille. Voir FEW I, 661 et commentaire

Bachas ‘flaque d’eau’

Une flaque d’eau s’appelle Ă  Manduel bachas (avec le -s final bien prononcĂ©):

bachas Manduel ThesocSource1
Flaques d‟eau qui se forment par temps de pluies dans les trous ou nids de poule des routes et des chemins mal entretenus et qui accĂ©lĂšrent leurs dĂ©gradations. ( Mots et expressions de Marseillargues).

L’abbĂ© de sauvages donne plusieurs significations dans la premiĂšre Ă©dition, article qu’il a transformĂ© en 3 articles dans la deuxiĂšme Ă©dition:

bachas 1 et 2 Sauvages   bachas3Sauvages2

En effet d’aprĂšs le Thesoc le sens « flaque d’eau est limitĂ© aux dĂ©partements du Languedoc, mais nous retrouvons ce mot avec le sens « auge » dans de nombreux patois. Voir le Thesoc s.v. auge pour les attestations les plus rĂ©centes.

Étymologie: bacca, baccus  » vase pour l’eau » probablement d’origine celtique. FEW I, 197-198

On constate un trĂšs riche dĂ©veloppement sĂ©mantique que l’abbĂ© de Sauvages essaye d’expliquer.

Notes
  1. Le Thesoc, qui reprend l’Atlas linguistique du Languedoc oriental.
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