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Cusa ‘grotte’

CUSA (nf) : (Cantal) caverne, grotte ; pauvre maison ( Alibert). CUSÒL (Auvergne, Cantal, Rouergue, Tarn) : petite grotte => Toponymes Cuse, Cuset, Cusol (Pégorier, Morlet : + nom de famille). Syn. de cauna.

Pierre Gastal, auteur de Nos racines celtiques, du gaulois au français,  m’a fourni l’étymologie  et une riche documentation  de cusa , cusòl, classé par le FEW dans les mots d’origine inconnue. Je lui ai posé la question:

Bonjour,Les attestations de  cusol, cusou  « cabane, pauvre maison » etc. se trouvent  dans le volume 23 Incognita  du FEW. XXIII,2b à Carlot etc.   A Cahors cuzoul « grotte ou cachette naturelle où se cachaient les ermites reclus » FEW XXI,373a

Il m’ a répondu :
Cher Monsieur,
Retombant sur votre réponse, déjà quelque peu ancienne, je peux vous indiquer que j’ai trouvé quelques informations sur l’occitan cusa => toponymes cuse/couse/couze.
Ci-dessous un article tiré cette fois d’un fichier de noms de lieux.Bon dimanche, amicalement.
P. Gastal

COUSE/COUZE/CUSE (nf, de l’occ.) : endroit caché, secret => caverne, grotte => (occ.) pauvre maison.

De l’occitan cusa => cusòl, d’une rac. celtique voire pré-celt. signifiant « caché, retiré, secret », cf. anc. fr. cuter (cacher), bret. kuzh, v.bret. cud (caché, adj. ; cache, n.), gallois cudd (id.).

* Communes : Couze-et-Saint-Front/Dord. (grotte ornée de La Cavaille), Lissac-sur-Couze/Cor. (grotte du Moulin de Laguenay), Cousance/Jura, Cousances-les-Forges/Meuse, Cuse-et-Adrisans/Dbs (grottes d’où sort le Gondenans), Cusey/HM., Cusy/HSav.-Yon., Cuzy/S&L. Cuise-la-Motte/Oise ?

* Lieux-dits aussi dans le Massif Central : Cuse, Cuze (grotte du Cuze à Charmensac/Cant.), Cuset/Av., Cusol… ou ailleurs : Cousancelles/Meuse (com. Cousances-les-Forges).

* Cours d’eau : Cette racine convient évidemment à des rivières sortant d’une caverne ou bordées de grottes. La Couze/Cor. près de la grotte de Noailles, La Couze/Cor.-Dord.-HV, 3 autres riv. La Couze-d’Ardes/PdD (qui a pour affl. Le Ruisseau de Cuzol). La Cuse/Dbs, source du Cusancin dans une grotte ; La Cuse/Dord., affl. Dordogne (rivus de Cusa 1495). ; Le Cusancin/Dbs,  La Cozance/Ain, La Cozanne/CdO (Vauchignon) qui sort d’une grotte dans le Cirque du Bout du monde ; Le Cuzoullet/Lot, affl. Lot.

Au regard de si nombreuses occurrences, NR et NL, la traduction vague « rivière de montagne, torrent » est peu crédible.

Classé dans les Incognita par FEW. Ce classement et le suff. -incos du Cusancin, NR, suggèrent une origine ligure.

Rapport avec Cusset/Allier, com. (aussi quartier de Villeurbanne + Cussey/Dbs, 2 com., et Cussey/CdO + Cussay/I&L…) ?

Cf. breton kuzh (caché, secret).

Cadereau, cadaraucus

Cadereau « fossé d’écoulement des eaux de pluie et immondices d’une ville ». Il s’agit d’un mot typique  de Nîmes et Alès et qui est inconnu ailleurs. La graphie avec –eau  est francisante. L’étymologie est inconnue. JohannesHubschmid propose dans la revue Romance Philology 8, pp.12-261  une racine préromane *katarouko-.

cadereau à sec

Dans le Dictionnaire de Germer-Durand sont mentionnés cinq cadereaux,  dont quatre apparaissent pour la première fois dans le compoix de Nîmes de 1380, à savoir le Cadaraucus de Payrello, le Cadaraucus de Mirabellis, le Cadaraucus Sancti-Cezarii et le Cadaraucus itineris Bellicadri. Le cinquième est déjà mentionné dans un document de 1233 le Cadaraucus de Carceribus , maintenant le Cadereau de Montaury.

Cadarau est attesté pour la première fois en 1627 dans l’Inventaire des proverbes du Languedoc par Anne Rulman .

Dans la note 1) Mazel écrit: "Lisez lous bouton"

Cette  attestation qui se trouve dans un manuscrit conservé à Nîmes

et un autre à la BNF.  Dans un article intitulé Les proverbes du Languedoc de Rulman,  publiée dans la RLR 17 (1880 )42 ss. , Mazel  écrit:

« Anne Rulman est né à Nimes en 1583. Son père, d’origine allemande, avait été recteur du collège de Montpellier. Sous la direction d’un tel maître, Rulman prit de bonne heure le bonnet de docteur, plaida comme avocat, et, en 1612, se rendit a Toulouse où il se fit recevoir au Parlement en la charge d’assesseur criminel à la prévoté générale du Languedoc. De retour à Nimes, Rulman se livra à son goût pour la littérature et l’étude des antiquités. Ses oeuvres, restées manuscrites, formant plusieurs volumes, dont six in-folio, après avoir passé de main en main, furent donnés, en 1747, à la Bibliothèque du Roi par l’archidiacre de la ville de Nîmes, neveu du célèbre évêque Fléchier. Le volume à la fin duquel se trouve l’Inventaire des proverbes porte la date de 1627, pendant laquelle l’auteur y mit la dernière main. Rulman mourut à Montfrin dans la charge de juge de cette petite localité, vers la fin de 1639, au moment même où il venait d’entreprendre la publication de ses ouvrages »

Dans le site de l’Association Sauve Garrigue vous trouviez l’historique des inondations de Nîmes avec un film de 15 minutes en mémoire de l’inondation de 1988; dommage que cela a été supprimé.

L’étymologie proposée par JohannesHubschmid dans la revue Romance Philology 8, pp.12-26 est une racine préromane *katarouko-. 

  1.   Pour le moment je n’ai pas encore réussi à me procurer l’article de Hubschmid.

Restanco ‘restanque’

Restanco « écluse; digue; morceau de bois qu’on place au travers du pétrin pour empêcher la pâte de s’étendre ». L’étymologie est la même que celle de pétanque  voir tancar, mais je viens d’apprendre d’un ami qui connaît bien la région niçoise que les restanques  sont les terrasses, un sens inconnu de Mistral:

restancoM

qu’on appelle traversiers à Valleraugue et bancels en Lozère, ribo à Pont-de-Montvert, faissa ou paredon dans l’Aveyron. Voici une image des restancos près de Toulon:

restanquesL’auteur donne la description suivante

Photo prise sur les pentes du Mont Faron à Toulon
Les cultures en terrasses traditionnelles (restanco), c’est à dire avec un système d’écoulement des eaux de ruissellement intégré, se font de plus en plus rares. Et on n’y fait plus guère pousser de légumes, seulement des fruitiers. Celles-ci sont très belles et, curieusement, quasiment en ville.

Cette description explique l’évolution sémantique qui s’est produite. Restanco vient du verbe *stanticare « arrêter » qui a aussi dooné tancar.  En ancier occitan est attesté le verbe restancar « étancher le sang », restanchier en ancien français. Dans les parlers occitans modernes on trouve restanca(r) « faire une digue, un barrage, retenir l’eau » à Cavalaire près de Draguignan  un restanco est « une barrière en bois le long  d’un chemin pour empêcher les eaux pluviales d’y passer ».   Quand on crée plusieurs de ces barrières en pierre sèche plutôt qu’en bois,  sur la pente d’un colline on obtient des restancos « terrrasses ».

FEW  XII, 232

Mon ami d’Ampus qui m’a parlé de ces restanques, m’a dit qu’à Ampus, au Nord de Draguignan;  on appelle ces murets en pierre sèche  et les terrasses qui sont ainsi formées des berges. L’évolution sémantique de berge « Bord d’un cours d’eau » > « muret avec système d’écoulement d’eau »  > « terrasses formées avec ces murets »  est la même.

 

Marrane ‘Juif converti’

Etymologie : Marrane signifie en français : « Juif ou descendant de juif d’Espagne ou du Portugal, converti au christianisme, mais resté secrètement fidèle aux croyances et aux pratiques juives ancestrales. » et date du XVe siècle en français1.

Le TLF reprend l’étymologie du FEW XIX, 113  et de Coromines :

Empr. à l’esp. marrano «porc» (965 ds Coromines), puis «juif ou Maure converti au catholicisme» (XIIIe s., ibid.), par sarcasme pour ceux-ci en raison de la répugnance qu’ils éprouvaient pour la viande de porc. L’esp. marrano est empr. à l’ar.maḥram (ar. d’Espagne maḥran) «ce qui est défendu, illicite» (en partic. dans le lang. relig.), dér. de ḥarama «défendre, prohiber, déclarer illicite; exclure, excommunier»  Le mot est surtout utilisé aux XVe-XVIIe s. avec quelques « nuances » comme par exemple « Espagnol, terme injurieux » et « avide, avare; usurier; impie ». Voir le texte de Borel ci-dessous. Il n’est pas attesté dans les dialectes français, excepté le dép. des Deux Sèvres, ni en franco-provençal.
L’évolution sémantique « juif » > « usurier » etc. se retrouve dans d’autres mots et s’explique par le fait que les guildes interdisaient aux Juifs l’accès aux métiers et que par conséquence ils étaient devenus commerçants ou banquiers.

Marrane est donc d’abord une injure, comme le mot porc,  marrano en espagnol. Mais von Wartburg pense que le sens « Juif converti » est peut-être né, non pas à partir de l’injure, mais à partir du sens étymologique de mahram « sacré, inaccessible » en rapport avec la nouvelle foi des convertis et que la connotation péjorative est plus récente.

La question est de savoir si cette explication est plausible, étant donné que le sens « porc » est attesté en 965 et le sens « juif converti » seulement 3 siècles plus tard (Corominas).

Le rapprochement des deux mots « porc » et « Juif » est très ancien. Vous trouverez un  long article, très documenté dans le Wikipedia en espagnol. Le premier à le faire est Rabanus Maurus né à Mayence vers 780, qui dans son encyclopédie De universo de 847, compare les Juifs aux porcs pour avertir les « bons » chrétiens, en se basant sur la Bible: « porque -según él- heredan a sus hijos del mismo modo su inmoderación impía y su impudicia. Se refirió a la imprecación en Mateo (Mt 27,25: ¡Su sangre sobre nosotros y sobre nuestros hijos!). Aquí, los judíos, al igual que los cerdos, fueron una alegoría para los vicios, para advertir a los cristianos sobre ellos con imágenes drásticas. De este modo se utilizaron igualmente los monjes y los monos para ilustrar el pecado de la « inconstancia ».

Rabanus Maurus (Wikipedia).

Pendant les 700 premières années du christianisme, les communautés juives d’Europe sont rarement menacées directement. La situation change lorsque le pape Urbain exhorte les fidèles en 1095 à partir en croisade pour libérer Jérusalem des infidèles. En chemin pour Jérusalem, les croisés déciment les communautés juives le long du Rhin et du Danube. « Comment, s’exclament-ils, devrions-nous attaquer les infidèles en Terre Sainte, et laisser en repos les infidèles en notre sein ?
Le 25 mai 1096, environ 800 juifs sont assassinés à Worms (Allemagne), et beaucoup d’autres choisissent le suicide. À Regensburg, les juifs sont jetés dans le Danube, pour y être « baptisés ». À Mayence, Cologne, Prague et dans beaucoup d’autres villes, des milliers de juifs sont tués, leurs biens pillés.» Source) .

 À partir du début du XIIIe siècle on fait des sculptures représentants des truies avec des hommes vêtus comme des Juifs. Ce genre de représentations comme expression d’anti-sémitisme se trouvent surtout en Europe centrale. Les sculptures les plus près de la France sont à Bâle, Colmar et Metz.


Dôme de Regensburg (Ratisbonne)

Il me semble probable qu’à partir du début de l’antisémitisme en Espagne et au Portugal au XIIIe siècle , qui a abouti à l’Inquisition en Espagne et de l’expulsion des Juifs en 1492, l’injure marranos a été importée de l’Europe centrale et qu’il s’agit tout simplement d’un emprunt-traduction et que cette histoire n’a rien à voir avec l’interdiction de manger du porc de la religion Juive ou Musulmane. Cette interprétation pourrait être de l’étymologie populaire.
Une autre possibilité est que la même cause (la Bible) a eu le même effet en Espagne comme en Europe centrale marrano « porc » > « Juif « > « Juif converti » > « Converti, Juif ou Maure »
Le fait qu’en Catalan existe un autre mot à savoir xueta « Juif converti » 2 qui a également une connotation « porcine » étaye cette hypothèse d’un emprunt traduction. En français  le mot marrane ne s’applique qu’aux Juifs et aux Maures convertis en Espagne ».
Aveyron marrá, -ána adj. « avare » est sémantiquement lié : « Juif » > « banquier » > avare ou bien au groupe 3) ci-dessous.

D’autres propositions étymologiques se trouvent dans l’article Maranisme de Wilipedia. Un extrait en bas de cette page.

 

  1. Si vous lisez l’espagnol, suivez ce lien vers Wikipedia.
  2. probablement der. de xulla ‘cansalada’ (mallorquí xuia), com a sarcasme contra els jueus conversos que menjaven cansalada per demostrar que eren cristians; també podria tractarse d’un der. regressiu de xuetó; en tot cas tots dos mots han d’haver acabat per influirse recíprocament

Laïer, laguiar

Laïer ou layer, fr.régional, laguiar, laïar « fatiguer, ennuyer, barber » fait partie d’une famille de mots que nous trouvons surtout en languedocien avec des attestations à l’ouest, par exemple en Limousin alai « fatigué, harassé, débile » et en Bigorre alayat « affaibli, fatigué, exténué », mais pratiquement pas à l’est du Rhône.

La première attestation a la forme laguiat, participe passé, avec le sens « accablé, souffrant » dans La chanson de la Croisade contre les Albigeois, qui date du début du XIIIe siècle.

La page de titre du manuscrit.

 

L’abbé de Sauvages le connaît bien: laghia « chagriner » ainsi que le substantif lagui qu’il traduit avec « peine, chagrin, inquiétude, souci ».

J’ai l’impression que les formes avec un -y- se trouvent surtout dans l’ouest langedocien, et les formes avec -gu- dans l’est, mais à Alès la forme est laguià « causer de la peine, donner du chagrin, se tourmenter, s’inquiéter » et ici dans la région nîmoise, j’entends de nos jours layer en français régional comme attesté dans l’Aveyron loya « fatiguer, ennuyer ».

L’abbé de Sauvages donne encore un autre dérivé: alaguia « lasser, ennuyer, déplaire par trop d’importunité » qu’on retrouve jusqu’en Gascogne.

Dans un site consacré à l’occitan de Montpellier, je retrouve également les deux formes:

laguiant (=) ennuyeux
laguiar (=) inquiéter
laguiar (se) (=) s’inquiéter, se démoraliser (syn.: s’alassar, se laiar)
laguiat (=) fatigué, las
laguiós (=) soucieux, tourmenté
laguis (=) soucis
laiant (=) ennuyeux laiar (se) (=) fatiguer (se) (syn.: s’alassar, se laguiar)
laiar, segar la gueta (=) casser les pieds « veses pas que me laias? »; »nos an ja segat la gueta amb aquela istòria »
laiat, -ada (=) épuisé, -ée « enfin, a la lònga, laiada de tant d’esfòrç ».

 

Au cours des siècles la valeur affective du mot s’est légèrement affaiblie, ce qui est normal. Ecoutez le proverbe de Valleraugue : Lo bigno dis : poudo mi doban qué plouré, fouï mi doban qué bouré, bino mi et agués pa lagui dé bi. « La vigne dit : taille-moi avant que je pleure, laboure-moi avant que je bourgeonne, et n’aie pas peur de manquer de vin ».

N’aies pas lagui « Ne t’inquiète pas » en français régional (Lhubac)

L’étymologie de cette famille de mots est inconnue. L’ancienneté des attestations et l’étendue du territoire languedocien et rouergat dans lequel on le trouve, suggèrent qu’il s’agit d’un mot indigène, mais nous n’avons trouvé aucune racine latine ou autre à laquelle la rattacher.
Un visiteur qui connaît bien les langues celtiques m’envoie les mots celtiques suivants: Gaél. écos. lag, weak (faible, fragile, délicat, médiocre) , Irish lag, Early Irish lac, Middle Irish luice (pl.), Welsh llag, sluggish(léthargique) : *laggo-s, root lag; Latin langueo, English languid; Greek laggázw, slacken (lâcher) , lagarós, thin (mince, maigre) ; English slack (mou), also lag (à la traîne), from Celtic. (MB) (Ce terme paraît bien coller au sens du fr. rég. Layer, ainsi qu’à l’occitan laguiar).

Cette étymologie me semble probable, mais je ne dispose pas des moyens  ni des connaissances pour le vérifier.

Plus de formes dans le FEW vol.XXII/1, p.114 s.v. fatigue et vol XXII/1,p.27 s.v. chagrin.

sansogno ‘cornemuse’

Sansôgno « cornemuse; chant monotone et intermittent »  vient du grec συμφονια (symphonia)  « concert » dans le sens le plus large possible. Zambonha ‘concert’, zambonhaire ‘musicien’ ont a même origine.  Cette forme du mot nous est venu de l’Italie du Nord.  L’évolution sémantique de « concert »  vers « instrument de musique s’est produit très tôt au IIIe siècle.  La forme sampogna  se trouve déjà en ancien italien chez Dante et nous le retrouvons dans les parlers du Nord de l’Italie et dans les Alpes.

Dans les parlers occitans existe une grande variété de formes et de sens. Je cite les principaux:

  • Champòrgna à Barcelonnette  »  lyre de fer qu’on fait sonner entre les dents »,  champòrni « guimbarde » Marseille, zambougnaire « joueur de vielle » à Alès.
  • samphogno « orgue de Barbarie » à Limoges
  • fanfounià « faire résonner de bois, du métal ou du papier comme si l’on jouait de la mandoline » provençal
  • founfoní « mandoline (vieux), objets d’amusement des enfants » provençal
  • sansogno  « cornemuse », sansougnarié « répétition monotone, radotage » à Montpellier.

Vous trouverez plus de formes et de sens dans le FEW XII, 489  ainsi que des explications sur la naissance de toutes ces formes à la fin de l’article du FEW.

cornemuse Grand

 

Estoc

Estoc Un visiteur m’écrit: : à Marseillan et ici, les locaux désignent la rive sud-est de la lagune de Thau en disant : les tocs. J’ignore s’ils l’écrivent ainsi ou thoc. En français maritime classique on a appelé « étoc » un recif.

J’ai pu lui répondre: Dans le TLF je trouve: E(S)TOC : SYLVIC. Coupe d’un bois qui n’en laisse rien subsister (cf. coupe blanche). Synon. vx blanc-être. Couper à blanc-étoc . Étymologie : un ancien francique stok « souche, tronc d’arbre ».

Mais le problème est que ce mot avec ce sens n’existe nulle part en occitan. En occitan estoc désigne » un grand bloc de bois sur lequel les serruriers et les forgerons fixent les pièces qu’ils travaillent : Marseille estoq, Aix en Provence esto, Lozère éstok etc. Ensuite j’ai trouvé à Gap toc « pieu » et dans le Cantal estocado « pieux de soutien dans un barrage », qui correspondent à un ancien français estoc « poteau, pieu ». Alibert donne estoc « étau » , mais il n’y a aucune confirmation dans les dictionnaires occitans. Ceux-ci viennent bien du germanique stok, néerlandais stok « bâton ». Pour être sûr, il me faudrait une photo de la rive sud de la lagune, peut-être même une ancienne photo pour voir s’il y a(vait) des estocs.
L’origine du terme stock-options n’est pas tout à fait clair.

Estaque « tronc d’olivier » dans Lexique de Labrusse. L’Estaque à Marseille dont l’étymologie est discutée.

Estocs?

Estocs?

 

Occitan kèsako?

Occitan adj., subst. m.   Etymologie : latin hoc « ceci » [note 1.]  kèsako « qu’est-ce que c’est »

D’après le TLF occitan  signifie:

I.AdjectifA. − De l’Occitanie (nom donné au Languedoc et au littoral méditerranéen au Moyen Âge).

B. −LINGUISTIQUE1. [En parlant de qqc.] Relatif à l’ensemble des parlers romans anciens ou modernes de langue d’oc (dialectes provençal proprement dit, dauphinois, auvergnat, limousin, languedocien, gascon, catalan, romand et savoyard); en partic., relatif à l’ancien provençal (langue des troubadours) ou au provençal prôné par Frédéric Mistral et le Félibrige (bas-rhodanien), ou au languedocien. Poésie, renaissance occitane:
II. −SubstantifA. − Habitant ou originaire de l’Occitanie.
B. −Subst. masc.,LING. Ensemble des parlers anciens ou modernes de langue d’oc (supra I B); en partic., ancien provençal (langue des troubadours), ou provençal prôné par Frédéric Mistral et le Félibrige (bas-rhodanien), ou languedocien. Synon. langue d’oc, provençal (vieilli). Occitan classique, moderne:
AÏE AÏE! Je ne connais pas l’auteur de cette définition, mais je suis sûr que les Catalans, les Suisses romands, les Savoyards, comme les Valdôtains (oubliés ici) et  une partie des Dauphinois  ne sont pas d’accord.  Qu’est-ce qu’en pensent les occitanistes  « (Personne) spécialiste de la langue et de la littérature occitanes. » (TLF) ?.
Les linguistes, dont je fais partie, non plus.
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1. Voir le site Lexilogos qui écrit:  Oc (prononcez ò )vient du latin hoc qui signifie littéralement « ce-ci ». En fait, on exprimait ainsi l’affirmative: « c’est cela » ! De ce terme s’est forgé le nom de la région du Languedoc, pays de langue d’oc. Il s’étendait de la Garonne au Rhône, sa capitale était Toulouse. Le terme Occitanie apparaît au Moyen Âge sous sa forme latine Occitania, nom dont la terminaison a certainement été forgée sur le modèle d’Aquitania.
Aujourd’hui « oui » s’écrit oc en occitan mais le c final ne se prononce pas (excepté dans le nom Lengadoc ou bien pais d’oc). En provençal, oui s’écrit o. Frédéric Mistral parle de la lenga d’o ( Quelle idée  bizarre d’écrire comme on prononce!. C’est trop facile.) A l’est du Rhône, c’est donc le pais d’o !

Fricaud ‘éveillé’

Fricaud « qui a le teint frais » M vient du germanique friks friks« avare; vif, hardi ».   FEW XV/2, 171b : ( reprise de l’article publié dans le vol.  FEW III, 803 b)

Appartiennent à la même famille:

Barcelonnette : fric « coquet, pimpant »;

languedocien fricaud, fricáu « éveillé, gentil »

languedocien fricaudéto « moineau »,

Castres fricaudèl « amoureux éveillé, intelligent ».

moineau

chalaia, chalosse ‘fougère’

Pierre GASTAL   auteur de Nos Racines Celtiques – Du Gaulois Au Français. Dictionnaire. Editions Desiris, 2013,  m’a écrit:
Cher Monsieur,
Je fais à nouveau appel à vos lumières pour trouver l’étymologie des termes dialectaux nord-occitans challe (Centre), chalaia (francisé chalaye) dans la Loire et le Velay, challage (Forez), chalosse (Poitou), désignant tous la fougère.
La grande majorité des mots employés dérivent du latin filix-icis => latin pop. *filicaria : falga, halga, felgina, feuge, falguièra, falhièra, feuse, fuchièra, etc. Dans l’angle sud-ouest de l’Aquitaine, certains sont apparentés au basque : iratze (Biscaye), garoa (Guipuzcoa). En Bretagne, radenn est évidemment celtique (gaulois ratis) mais on trouve aussi cette racine dans certains secteurs de la Champagne (ratin).
D’avance merci.

J’ai pu lui répondre

Bonjour,
Là, vous avez un grand os, je dirais presque  une souche à ronger!
1.Des attestations de challaye  sont dans le FEW , vol 21, 164a , , c’est-a-dire les Incognita, dans l’article « fougère« .  Dans le commentaire il  écrit que ce mots appartiennent probablement à la famille  cale  « souche »
2.A la p. 60 du même volume des Incognita, 2 colonnes de formes et de sens  de  cale.  Dans le commentaire « l’origine est probablement le grec kala  «  »bois », pluriel de kalon,   avec des suffixes d’origine préromanes.
3. A la p. 120, toujours du même volume   chalosse  « tige des plantes légumineuses…. »  chalaille  « tiges desséchées…. ». Une  colonne  de formes et de sens . Le commentaire:  » Ce groupe appartient certainement à la famille cale  « souche ».
4. A la p.151b  s.v. chènevotte   deux groupes de mots  avec  des remarques analogues.

De toute façon, je vous souhaite bon courage!

Pierre Gatel m’a répondu :
A partir du 3e « os à ronger », je me demande si le sens premier de challe/chalaye/chalosse n’est pas « fane, tige de plantes destinées à la nourriture ou à la litière des animaux »… Mais cela ne résout pas la question de son étymologie.

Voir aussi mon article  Calos (Sète)  « rebuts, restes, trognon, partie dure d’une plante » Camps, Alibert idem, base de la tige de maïs coupée… ; . »calos  « trognon, partie dure …. » Sauvages. FEW XXI,60 s.v. souche !

Une attestation très récente, par René Domergue:  Calos : gros bout de bois. Personne rugeuse. Obstacle. Calòs (cl). Calos (mis).

Le  FEW suggère  comme étymon le  grec καλα,  le pluriel de καλον « bois, principalement bois coupé, bois sec à brûler ».