cat-right

Esquer 'gauche'

Esquer, esquerra « gauche, difficile ».    L’étymologie  est peut-être le basque esker « gauche », mais la répartition géographique plaide pour une origine ibère. Le type  esquer  se trouve non seulement en occitan mais aussi dans toutes les langues de la péninsule ibérique; catalan esquerre,  espagnol izquierdo, portugais esquerdo.

Dans les parlers occitans modernes, on le trouve d’après le Thesoc dans les départements suivants: ARIEGE, AVEYRON, CANTAL, HAUTE-GARONNE, PYRENEES-ATLANTIQUES, HAUTES-PYRENEES, PROV. DE LERIDA (ESPAGNE)

Escarié « gaucher ». L’abbé de Sauvages (1756 S1) donne l’ancienne recette pour transformer un gaucher en droitier  en lui liant le bras jusqu’à ce qu’il ait pris l’habitude de se servir du bras droit.

En 1347 la reine Jeanne a ordonné que  toutes les femmes débouchées ne se tiennent pas dans la Cité (d’Avignon), mais soient enfermées dans le Bordel et que pour qu’on les reconnaisse, elles portes une aiguillette rouge sur l’épaule de la main gauche escairo.

     

Cela me fait penser à La Lettre écarlate  de Nathaniel Hawthorne où Hester Prynne, une jeune femme vivant dans une communauté puritaine à Boston dans le Massachusetts. au début du roman, se voit condamnée par la société à porter sur la poitrine la lettre A pour Adultère.

Couderc

Couderc. Article écrit par Pierre Gastal, auteur de Nos Racines Celtiques – Du Gaulois Au Français. Dictionnaire. Editions Desiris, 2013.

Nos racines celtiques. P.Gastal   

COUDERC : Champ. LOU PRAT DEL COUDERC. Pré. Le Mon. D2 AA 1336, « coderco dicti loci de Avoae» (p. 17). (…) donne l’étymologie d’après von Wartburg et Jean Séguy : « Le mot remonte au gaulois cotericum « commun ». (Noms de terroirs vellaves : d’après le compois de…, F. La Conterie – 1978)

COUDERT1 :

1) Petit pré enclos, près de la ferme, où l’on mène paître le bétail ; coderc en Périgord.

2) Dans le Midi, pâturage collectif, souvent enclos, près du village.

3) Petite place avec une pelouse, souvent entourée d’une haie, au-devant d’une maison de campagne2

4) En Corrèze, au XIXe s., enclos pour le parcage des porcs mis à l’engrais, à côté de leur bauge.

5) En Poitou au XVIIIe s., parcelle cultivée en grains.

6) Pelouse de médiocre qualité sur une colline. (DMR)

J’insère quand-même une image (source):

Qu’est-ce qui différencie Milhac (commune du Monteil) des autres localités cantaliennes ? Hé bien Milhac présente un couderc rassemblant un four à pain, un lavoir, une croix et une fontaine. Tout ça sur une superficie très restreinte.

Couderc, couder : petite place ; aire devant une maison ou une ferme ; jardin ou petit enclos attenant au manoir du maître ; pâturage commun. On trouve dans un ancien titre : « Pratum, sive codercum » (Glossaire de la langue romane, J.-B. Bonaventure de Roquefort – 1808)

Le Couderc, le Coderc, « pâtis pour oies et porcs ». Le sens de « pacage communal », attesté ailleurs, a conduit J. Jud (Mots d’origine gauloise, Romania, 1926, 331-2) à proposer l’étymologie co-ter + icum, acceptée par Von Wartburg (Französisches etymologisches Wörterbuch), tandis que  L. Spitzer, cité par Romania, propose condirigere. (Les premiers romans français et autres études littéraires et linguistiques, G. Raynaud de Lage – 1976)

Pour Jud, suivi par Von Wartburg, il viendrait d’un gaulois cotericum qui aurait désigné un pâturage. (La maison rurale en pays d’habitat dispersé de l’antiquité…,  A. Antoine, ‎M. Cocaud, ‎Daniel Pichot – 2005)

… Forez couhard, « pâture pierreuse », Toulouse coudérc, « jardin »… Certaines sources renvoient au kymri (gallois) cyttir < cyd, « commune » + tir, « terre ». Mais Anreiter (1992 : 413) écrit que les formes du celtique insulaire renvoient à teros (< IE *ters-, « sec ») et précise que la fonction du suff. -ico n’est pas claire ici. Pokorny (1948/1949 : 240) soutient aussi une étym. gauloise mais rattache le mot à une racine *kito-/*kitu-… (Romania Gallica Cisalpina : Etymologisch-geolinguistische, J. Grzega – 2001)

On les appelle : « commons » en anglais, « comins » ou « cyttir » en gallois. Certains de ces communs dépendent de la Couronne, mais la plupart font ou faisaient partie des « estâtes » des landlords. (Géographie rurale de quatre contrées celtiques : Irlande, …,  P. Flatrès – 1957)

The preposition cyd is = the latin cum. … from cyd and tir, land (terrain) is cyttir, land held in common (terrain tenu en commun). (The Anthropological Review, vol. 1 – 1863)

Par exemple, cyd’dir « communaux », composé de cyd « com- » et tir « terre » devient cyt-ir, que les Gallois notent cyttir ou cytir… (Les désinences verbales en -r en sanskrit, en italique et en… , G. Dottin – 1896)

cytir [kø-tir] substantiu masculí, plural cytiroedd [kø-tî-rodh] : 1 terrenys comunals (terres communales). Nom de carrer de Bangor – “Cyttir Lane” als mapes, presumablament d’una forma original Lôn y Cytir (Nom d’une rue de Bangor, vraisemblablement d’une forme « Lôn y Cytir »).  2 Y Cytir (SH8715) coster a la comarca de Gwynedd (districte de Meirionnydd)  (coteau/colline, comté de Gwynedd, district de Meirionnydd)

ETIMOLOGIA : cytir < cyd-dir (cyd- = junt [joint/ensemble]) + mutació suau  (mutation douce) + (tir = terra ) (Dictionnaire gallois-catalan & étymologie, Lexilogos)

Entrevu dans un ouvrage en anglais sur les Gallois que ce terme reflétait leur esprit de communauté, survivance de l’organisation ancienne du territoire (propriété commune).

Pas pu trouver d’équivalent pour « terre commune » en gaélique ni en breton.

Gaélique, pour « commun » : coitcheann, common, public, so Irish, Old Irish coitchenn : *con-tech-en? (MB)

Gaélique, pour « territoire, terre » : tìr, land, earth (pays, terre), Irish, Old Irish tír, Welsh, Cornish, Breton tir, tellus, la terre : *têros (*têres-) ; Latin terra (*tersâ), Oscan teerum, territorium. The further root is (< rac.) ters, be dry (être sec), as in tart ; the idea of tír, terrâ, is « dry land » opposed to sea (la terre, « pays sec », opposée à la mer). (MB)

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Le FEW mentionne les dérivés occitans : coudercho  s.f. « terrain couvert d’une herbe menue » (Ussel),  couderas « cour, enceinte » (Puisserguier),  coudertsino « polygonum aviculare » (Brive d’après Rolland Flore 9,187) = La renouée des oiseaux ou traînasse..

Dans la Suisse romande le type cotericum  s’est croisé avec le type costa  , ce qui a abouti à coΘe « place devant la maison » d’où le verbe koterdzi « causer ». Une évolution sémantique analogue s’est produite dans le mot androune.

 

  1. Vous trouverez de nombreuses attestations du mot en tapant « le couderc » sous Google-livres.  Si vous demandez « Couderc »  seul  à un moteur de recherche  il ne donne que des patronymes.
  2. L’abbé de Sauvages (S1) écrit : Place au devant d’une maison de campagne. C’est une étendue moindre que celle qu’on appelle vol du chapon; on le prend quelquefois pour la maison elle-même, et c’est dans ce sens que le Proverbe dit : Ke d¨émoro din soun couder, së noun y gâgno noun y pér.

Mondin ‘Toulousain’

Mondin, Moundin « Toulousain, de Toulouse ».  Etymologie : Raimond « Raimond, comte de Toulouse ».

Un article à l’occasion de la commémorations des  LIBERTATS COMUNALAS 2014 : double page dans le Journal Toulousain : Centrale_JT595

Au XIIe siècle il y avait aussi le raimondene « denier à l’effigie d’un comte de Toulouse ».

sagel ou sceau de Raymond VI

Certains prénoms, dont  Raimond, étaient tellement fréquents qu’ils sont devenus des substantifs.  Dans l’Hérault le ramounet  a pris le « maître-valet, régisseur d’une ferme », sa femme est la ramouneto et sa maison le   ramounetage.  Raymond  Jourdan de Montagnac (1976) donne une définition très précise: « Ouvrier habitant la ferme, nourissant les mésadiers et dirigeant les laboureurs ». Sa femme est la ramounette.

Dans le Bas-Quercy  ce n’est pas pareil, le  ramounet  est « le démon », ce qui s’explique peut-être par l’histoire :

 En 1188, Richard, fils d’Henri II, organise une cruelle expédition dans le Quercy, rafle dix-sept châteaux acquis à la cause toulousaine.

Le roi, Philippe-Auguste riposte en occupant le Bercy et le Bourbonnais. Jusqu’en 1189, les terres quercynoises resteront anglaises.    Le soulèvement de la population toulousaine soutenue par les consuls et par Richard conduit Raymond V à accorder plus d’autonomie en signant l’acte du 6 janvier 1189 dans l’église Saint-Pierre-des-Cuisines sous l’autorité arbitrale de l’évêque Fulcran : le comte reconnaît son échec, désavoue ses initiatives pour diviser la population, accepte les conditions de la paix sociale proposées par les consuls à qui il concède la juridiction criminelle.    Le 26 janvier 1190, Raymond V et Alphonse d’Aragon concluent une nouvelle paix. Un an après, le vicomte Roger II échange avec le comte de Toulouse des serments de sécurité et d’entraide mutuelles.

Raymond V meurt à Nîmes en décembre 1194 et est inhumé à Notre-Dame de Nîmes..( plus dans ce site)

En suivant le lien vous pouvez lire l’acte du 6 janvier 1189 en occitan + traduction. jurament0k .

Ci dessous l’article moundin  de Mistral.

Lien direct vers l’article du FEW. Juste au-dessus il y a l’article Robert, un autre nom très fréquent.

Margal 'herbe de printemps'

Margal « herbe de printemps » d’après l’article de Wikipedia Agriculture en Camargue.    Étymologie : margal  vient d’une racine préromane *margalio- « ivraie ».  Voici  le texte de Wikipedia:

Le fermier camarguais jouissait de libertés (ou profits) dans son exploitation. Ces droits étaient au nombre de quatre : la margalière, les pasquiers, les luzernières et la pâture4.

La margalière consistait à tirer profit du margal, herbe de printemps, pour ses ovins. Elle n’était disponible dans les restoubles que de mars à avril et aux premiers labours. Les pasquiers correspondaient à la fraction de terres labourables converties en prairies annuelles. On y semait avoine, orge et vesce noire (ou barjalade). Le surplus fauché trouvait preneur auprès de charretiers qui voituraient le sel de Peccais 4.

Le lien vers la source étant mort, je l’ai recherché et trouvé (difficilement) dans le site du patrimoine de la ville d’Arles. , texte de Gérard Gangneux. L’ordre de Malte (Hospitaliers de Saint-Jean) en Camargue au XVII et XVIIIe siècles. Extrait de sa thèse de 1970.

Il faudra retrouver ses sources afin de mieux dater ces attestations. En ancien occitan est attesté marjuelh « ivraie » au 14e siècle.

Le 15 juillet 2013 un de mes fidèles visiteurs, Rudy Benezet,  m’a demandé l’origine de ce  margal  et il a ajouté:

Bonjour, ……..Cela m’a rappelé les longs après-midi ou je devais aller arracher les herbes dans les vignes;  quand il n’y avait rien d’autre a faire.
Mon grand père me disait Mais tu n’as rien a faire !  va donc à l’Esquillon tirer les jambes rouges ( Chenopodium album ) et  les blés (Amaranthus hybridus ? ) et prend le bigot (la pioche) pour arracher le grame (chiendent, Elytrigia repens ) et sans oublier un flo  ; et n’oublie pas d’enlever les grosses mattes de margal ( ivraie , Lolium perenne ).
Après mon passage plus un brin d’herbe dans la vigne;  tel Attila ! J’étais a l’époque un véritable désherbant manuel……   🙂  c’était il y a plus de 50 ans ! Et pendant tout ce temps mes copains galopaient sur le pic des ânes ; derrière Geronimo et Kit Carson !Mon grand père ne me  parlait jamais en patois, <<C’était interdit pas Monsieur le Maître d’école >>   Je n’en prenais quelques mots que quand ils causaient entre vieux….
D’après les données du FEW le type margal, margalh  se trouve en franco-provençal, en Provence (Vaucluse, Var, BRhone, AlpesMar) et en languedocien le long de la côte jusqu’en Catalogne (margall « lolium italicum ») .  Le Thésoc y ajoute les départements ARIEGEHAUTE-GARONNE, TARN-ET-GARONNE.
Dans  l’AUDE cil y a quelques attestations du  type amargalh  avec le  préfixe a-  dans les noms des plantes qui  d’après Hubschmid est également d’origine préromane.
D’après M.Palun1 Le « raygrass »  Lolium perenne L et le Lolium multifflorum Lam. s’appellent margai  à Avignon et environs.
Mistral donne en plus  margalheiro  s.f. « champ où le ray-grass abonde ».
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  1. Palun (Maurice), Catalogue des plantes phanérogames qui croissent spontanément dans le territoire d’Avignon et dans les lieux circonvoisins. Avignon, 1867. 2-189 p. Table alphabétique des noms vulgaires des plantes en provençal aux pp.183-189. Disponible dur le web archive.org

Balletti

Baletii, balletti « bal » est une dérivé du verbe latin tardif  ballare1 « danser » > baller, qui était courant dans tout le domaine galloroman jusqu’au XVIe siècle.

L’article ballare  du FEW  rédigé en français,

est publié dans le site de l’ATILF.

(lien direct vers l’article; une occasion d’y jeter un coup d’oeil !). Je cite:

bal(l)etti  (rég., 1961,Prigniel), balèti « bal; lieu du bal » (rég., ArmKasMars 1998). — [+ -?] ) Le suffixe est comparable à celui de pr. Papòti  m. « enfant joufflu » (FEW 7, 585a, PAPPARE).

D’après les données du FEW le mot baletti est récent. Mistral ne connaît que le bal.

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  1. emprunté au grec

Menoun 'gigot pascal' ou 'bouc chât...

Menoun « bouc châtré à 4 ans » (M) est un dérivé du verbe minare « mener les bêtes », attesté en ancien provençal depuis 1397 et en moyen français depuis de 16e siècle; menon est resté dans les dictionnaires Larousse jusqu’en 1949. (FEW VI/2,104a).  Le sens « reine des abeilles »  s’explique également à partir du sens du verbe.    Fraire menoun  pour fraire minour doit reposer sur un jeu de mots.

  

Menoun « gigot pascal ».

Dans l’article  men-  le FEW  a réuni une famille de mots  qui expriment principalement la petitesse  et appartiennent surtout au langage enfantin.  Béarnais menin  adj.  « très petit’,  à Lescun di menin « petit doigt », dans le Var meinet « petit », dans l’Aveyron  del menèl  « petit doigt », languedocien mani « petit; petit enfant » (Sauvages S2).

menoun absent ?

C’est à ce groupe qu’appartient  le mot menoun que j’ai rencontré dans un site Wikipedia sur la cuisine provençale  qui écrit:

« Le Gigot pascal est un mets du temps de Pâques, à base d’agneau ou de chevreau. Il est dénommé menoun en Provence.

Y a-t-il un lecteur qui puisse me  confirmer ce mot avec ce sens? Merci d’avance!

 

 

Consòuda, cassòuda "prêle"

Consòuda, cassòuda « prêle, queue de cheval; joubarbe ». Solerius faisait déjà de la géo-linguistique:(Chez les Gaulois la cauda equina  s’appelle de la prêle, chez les  Dauphinois  l’asprette et chez nous la consaulde.  En Italie la petite s’appelle  aspretta, la grande  coda di cavallo.)

L’étymologie a l’air simple  : du bas latin consŏlĭda  « consoude; symphytum officinale » qu’on appelait ainsi en raison des vertus astringentes de la plante1.  Ce nom a été adopté par les médecins et s’est répandu par eux dans la langue populaire.

Mais  l’occitan  consòuda, cassòuda  désigne une tout autre plante, à savoir   la « prêle ».  Le sens « consoude officinale » donné par Alibert n’est  attesté  qu’en Auvergne et dans le Périgord.

 

       consoude                                                               prêle

 RollandFlore vol.XI, p.80 sous  Equisetum  = prêle, nous fournit les attestations suivantes:Ces données sont confirmées par le Thésoc s.v. prêle cassaoudo  dans l’Ardèche, le Gard, l’Hérault et la Lozère, avec le type koussaoudo  dans l’Hérault2.

Il  doit y avoir un lien ancien entre les deux plantes, autrement la confusion n’est pas compréhensible. En surfant un peu, je vois entre autres: Prêle et consoude pour la protection des plantes au nature  mais je ne connais pas les détails. Il doit s’agir de l’utilisation des deux plantes.

L’abbé de Sauvages écrit : « plante rude dont on fait cette espèce de bouchon tortillé pour écurer la vaisselle: c’est de là qu’est venu le mot de cassôoudo pour dire une lavette. La prêle  est astringente, les tourneurs s’en servent pour polir leurs ouvrages. » (S1). Les deux plantes sont astringentes , ce qui peut être la cause de la confusion des noms.

Voir aussi mon article freta,  fretadou

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  1. La Consoude officinale (Symphytum officinale) est l’espèce caractéristique du genre Symphytum. Wikipedia. Le TLF cite: La spécialité de ma grand’mère (…) c’était de refaire les pucelages par le moyen de la consoude qu’on appelle oreille de vache A. Arnoux, Calendrier de Flore,1946, p. 116
  2. Les données du Thésoc pour la région à l’est du Rhône ne sont pas encore publiées, hélas

Français régional, la Cigale et la Fourmi

Plusieurs visiteurs ont eu la gentillesse de m’envoyer la  fable  LA CIGALE ET LA FOURMI façon provençale !!!  écrite par Caldi Richard . Je crois qu’elle voyage librement sur le web. Une excellente occasion pour moi de m’en servir pour illustrer la notion de français régional.

Mode d’emploi :
gras rouge = lien vers l’article dans mon site.
gras bleu = note en bas de page.
gras marron = lien vers le Trésor de la langue française TLF.

 CIGALE ET LA FOURMI façon provençale ! par Caldi Richard

Zézette, une cagole de l’Estaque, qui n’a que des cacarinettes dans la tête, passe le plus clair de son temps à se radasser la mounine au soleil ou à frotter avec les càcous1 du quartier.

Ce soir-là, revenant du baletti2 où elle avait passé la soirée avec Dédou, son béguin, elle rentre chez elle avec un petit creux qui lui agace l’estomac.

Sans doute que la soirée passée avec son frotadou lui a ouvert l’appétit, et ce n’est certainement pas le petit chichi  qu’il lui a offert, qui a réussi à rassasier la poufiasse. Alors, à peine entrée dans sa cuisine, elle se dirige vers le réfrigérateur et se jette sur la poignée comme un gobi  sur l’hameçon.
Là, elle se prend l‘estoumagade3 de sa vie.
Elle s’écrie :
–  » Putain la cagade! y reste pas un rataillon4, il est vide ce counas.
En effet, le frigo est vide, aussi vide qu’une coquille de moule qui a croisé une favouille. Pas la moindre miette de tambouille.
Toute estransinée5  par ce putain de sort qui vient, comme un boucan, de s’abattre sur elle, Zézette résignée se dit :
–  » Tè vé, ce soir pour la gamelle, c’est macari, on va manger à dache6 « .
C’est alors qu’une idée vient germer dans son teston.
–  » Et si j’allais voir Fanny ! se dit-elle.
–  » En la broumégeant un peu je pourrai sans doute lui resquiller un fond de daube « .
Fanny c’est sa voisine. Une pitchounette brave et travailleuse qui n’a pas peur de se lever le maffre7

 Aussi chez elle, il y a toujours un tian qui mijote avec une soupe au pistou ou quelques artichauts à la barigoule.
Zézette lui rend visite.
–  » Bonsoir ma belle, coumé sian ! Dis-moi, comme je suis un peu à la dèche en ce moment, tu pourrais pas me dépanner d’un péton de nourriture ! Brave comme tu es, je suis sûre que tu vas pas me laisser dans la mouscaille.
En effet, Fanny est une brave petite toujours prête à rendre service.
Mais si elle est brave la Fanny elle est aussi un peu rascous (= rascas « teigneux »?) et surtout elle aime pas qu’on vienne lui esquicher les agassins quand elle est en train de se taper une grosse bugade; ça c’est le genre de chose qui aurait plutôt tendance à lui donner les brègues.
Alors elle regarde Zézette la manjiapan8 et lui lance:
–  » Oh collègue ! Tu crois pas que tu pousses le bouchon un peu loin ? Moi !!!, tous les jours je me lève un tafanari comaco pour me nourrir ! et toi pendant ce temps là, qu’est-ce que tu fais de tes journées?
–  » Moi !!???? « , lui répond la cagole
–  » J’aime bien aller m’allonger au soleil ! ça me donne de belles couleurs et ça m’évite de mettre du trompe couillon.  »
–  » Ah ! Tu aimes bien faire la dame et te radasser la pachole9  au soleil, et bien maintenant tu peux te chasper.
–  » Non mais ???!!!! , qu’es’aco ? C’est pas la peine d’essayer de me roustir10 parce que c’est pas chez moi que tu auras quelque chose à rousiguer, alors tu me pompes pas l’air, tu t’esbignes et tu vas te faire une soupe de fèves.

Texte de Caldi Richard

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  1. Cacou (ou kakou) : Jeune qui veut se montrer. Orthographe incertaine. on voit aussi caique, quèque, kaike. »Les bandes jaunes sur la carosserie noire, ça fait cacou! »
  2. Dérivé récent de ballare « danser »
  3. « douleur d’estomac » et puisque  l’amour passe par l’estomac « serrement de coeur »
  4. en provençal : retaïoun  « petit morceau, rognure » de re– + tailler
  5. du verbe estransinar « harasser; v.r. se dessécher d’inquiétude, pousser des cris perçants » d’après Alibert;  du latin ex + transire passer au-de là
  6. Voir Wiktionnaire à dache
  7. Terme d’origine obscure qui désigne le postérieur dans l’expression : se lever le maffre. « Mon père, y s’est levé le maffre toute sa vie aux Chantiers ». tous les jours pour remplir son cabas. Marius Autran
  8. manja  « mange » + pan « pain »
  9. D’après Alibert « pot-pourri, tripotage; potée pour la volaille ».  D’après le Wiktionnaire :(Provence) (Marseille) (Vulgaire) Sexe féminin (organe sexuel).(Marine) Filet de pêche en forme de poche pour attraper les petits poissons
  10.   Occitan  rostir  « escroquer » du germanique raustjan

cervesa – bierra

Une belle carte  de géo-linguistique de l’Europe et des régions voisines  trouvée sur le web sans nom d’auteur :

Le mot bierra a la même étymologie que le mot bière  en français.  Je cite le TLF:

Terme d’origine germanique qui au xve s. évinça cervoise*, d’origine gauloise. Le mot nouveau correspondant à une technique nouvelle : la bière avec houblon (bière) tendait à supplanter la bière sans houblon (cervoise). Il est difficile d’établir si l’emprunt a été fait au moyen haut allemand bier (Lexer30) ou au moyen néerlandais bier (Verdam), les bières allemandes semblant alors fort connues (FEW t. 15, 1, p. 104) et la brasserie ainsi que les cultures de houblon étant fort développées au Moyen Âge en Flandre et dans les Pays-Bas (Valkh., p. 61, Gesch., p. 14); l’influence néerlandaise paraît cependant prépondérante.

La cervesa, cervoise en français est une:

Boisson alcoolisée obtenue par fermentation d’orge ou de blé, sans addition de houblon, qui se buvait chez les Anciens, les Gaulois et jusqu’au Moyen Âge, au nord de l’Europe. » Étymologie : Du latin impérial cervesia « id. », mot panroman (REW3, no1830) d’origine gauloise.

Les deux types de bières existent encore en Angleterre beer et ale. À l’origine, en Grande-Bretagne et dans les pays scandinaves , toute bière était une ale, à savoir une cervoise, aromatisée au moyen de fruits plutôt que de houblon. (Wikipedia).

Contrairement aux Celtes, qui fabriquaient et buvaient de la cervoise (en Gaule la cervoise  était une boisson populaire au 1er siècle de notre ère.),  les Germains ne connaissaient  à l’époque de César  seulement une boisson  préparée par fermentation d’un hydromel épicé. Peu après les Germains  ont appris des Celtes  à brasser la cervoise   car Tacite mentionne que la cervoise était la boisson courante chez eux.

L’utilisation du houblon date du XIIe siècle et vient de l’Allemagne. Les inflorescences femelles, les cônes du houblon sont utilisées pour aromatiser la bière depuis le XIIe siècle lorsque Hildegarde de Bingen (1099-1179) découvrit les vertus aseptisantes et conservatrices du houblon (ainsi que son amertume). Il permettait ainsi à la bière de se conserver mieux et plus longtemps.  Le mot bière  est donc venu avec la chose de l’Allemagne. Que le mot cervesa  s’est conservé  en catalan et d’après  Alibert quelque part en occitan (??) s’explique par le fait que le bière n’était pas une boisson populaire  dans cette région. La bière est venue avec les touristes et la globalisation.

Actualités

Cela n’a pas fait la une dans les chaines TV de l’info.  Pourtant le 10 mai 2012, le pape Benoît XVI étend le culte liturgique de sainte Hildegarde de Bingen à l’Église universelle, dans un processus connu sous le nom de « canonisation équipollente » (ou canonisation équivalente). Le 28 mai 2012, Benoît XVI annonce la proclamation d’Hildegarde de Bingen comme Docteur de l’Église, qui a eu lieu le 7 octobre 20122,3, faisant d’elle la quatrième femme Docteur de l’Église

De très nombreux sites, e.a. sur YouTube sont consacrés à Hildegard von Bingen.

Cauna, caouno "creux, grotte"

Cauna,  caouno, caunha, adj. et s.f.  « creux, cavité, grotte » vient de *cavo, cavonis « creux » transformé dans le Midi  en *cava et  dérivé de cavus « creux » > cau en occitan ancien et moderne (Voir Thesoc s.v. creux).  Les formes avec un -ñ- écrit  –nh–  sont limitées au Sud-ouest (Ariège, Pyrénées-Orientales, gaunio  dans l’Aveyron).

Un visiteur qui m’avait demandé cette étymologie, m’a fournit le complément que voici:

 Chez nous, en basse Ariège nous avions (et avons toujours) le verbe caunhar, qui consistait à pêcher à la main (formellement interdit !) dans les caunhas c’est à dire dans des trous d’eau, sous les racines des arbres où le poisson se réfugie.

caunhar

Autres dérivés:

Cauni « trépassé » ;s’escaounar « s’infiltrer »;   à Barcelonnette;  s’encaounar « s’abriter »;  encaunar « cacher » à Marseille.

Le toponyme Caunas , hameau de Lunas (Hérault) est attesté depuis 794. Dans le Dictionnaire topographique de l’Hérault se trouvent d’autres dérivés comme Caunette, Caunelles.

Cau, cava « creux » du latin cavus, cava    ne semble pas très vivant d’après les données du Thesoc s.v. creux.