cat-right

Escarrafi ‘rider’

Escarrafi « rider, froncer », s’escarrafi « faire la grimace en mangeant ou buvant une chose acide ou amère » (Mistral),  escarafir  chez Alibert,   est composé de deux étyma d’origine germanique *skarrôn « râcler  » et raffen « recueillir, saisir rapidement ».

Le gotique *skarrôn  a donné le gascon escarrá « râcler, ratisser’, et plusieurs dérivés comme escarrat « individu qui n’a plus le sou », escarragná « érafler » qui vivent surtout en béarnais. Voir FEW XVII, p.102a-b.

L »étymon raffen a donné une grande famille de mots, dont nous parlerons dans l’article languedocien  rafi « rider, froisser ». Vous pouvez aussi jeter un coup d’œil sur l’article du FEW XVI, p.654-656, spécialement note 7

 

 

garaoubo ‘caroube; vesce’

Garaoubo « vesce cultivée », vient de l’arabe harruba « fruit du caroubier ». Le caroubier est indigène dans l’est du bassin méditerranéen et il a été introduit dans l’ouest par les Arabes. De là le nom d’origine arabe en italien carruba,   catalan, espagnol portugais et occitan carrobi ou caróubio en languedocien.

La ressemblance des fruits du caroubier avec les fruits d’autres plantes a abouti à un transfert du nom : garrobe, garoube « vesce cultivée » dans le Poitou,  la Saintonge, la Vendée, le Périgord. Il y a peu d’attestations de ce transfert en provençal ou languedocien.  Mistral connait garaubo « orobe ». Il s’agit probablement d’un mot-témoin du domaine de l’occitan qui s’étendait jusqu’à l’embouchure de la Loire.

Images ci-dessous : orobe    caroube    vesce cultivée

orobe  Caroube

vesce_cultivee

Ci-dessous les liens directs vers la page du FEW et vers l’article du TLF.

FEW XIX,67-68 , TLF caroube

 

 

Engano, lengano ‘salicorne’

Engano, lenagano ‘salicorne’ Mistral dans son Trésor:

EnganaRolland9_165

Rolland Flore IX,165

L’ansérine ligneuse mentionnée par Mistral,  fait partie du même groupe de plantes1 qui servent à faire la soude pour la fabrication du verre. Voir à ce propos mon article sansouïro ‘salicor’.

Le mot  engano  se trouve dans le FEW seulement parmi les noms de minéraux d’origine inconnue, avec le sens « sorte de soude ». L’auteur n’a pas mis le lien avec la salicorne, qui sert à fabriquer la soude.

Mistral suggère l’étymologie  laguna, mais laguna  est un emprunt du XVIe siècle à l’italien . Je penche plutôt pour une origine gauloise, *wadana  « eau » qui a donné une grande famille de mots, dont, l’ancien occitan gana « sentiers fangeux ».  La salicorne poussant en bord de mer, souvent marécageux, pourrait bien avoir reçu le nom du terrain où l’on la trouve.

Mais comme je n’ai pas d’autres attestations de engano, lengano  que ceux de Mistral et de Rolland, cette histoire reste à compléter.

  1. Ansérine ligneuse Lamarck

Saussola 'pain trempé'

Saussola « pain trempé dans du vin, du café, etc.’ est dérivé du latin salsus « salé », attesté à  Clermon-l’Hérault et à Pézenas, chouchoule  à Bayonne. Suite à mon article sansouïro, où je parle  du mot salsola « salicorne « , Gérard Jourdan, fidèle et précieux commentateur de mes articles, m’écrit :

Bonsoir Robert,
j’ai lu avec plaisir, et un peu de nostalgie, cet article sur la salicorne avec l’indication du terme « sausola »
Quand j’étais gamin, à Montagnac (34), donc tout proche de Pézénas et de Clermont-l’Hérault, ma mère me préparait, souvent le jeudi quand je rentrais de travailler à la vigne avec mon père, un bol rempli d’eau fraîche, avec du vin rouge et quelques morceaux de sucre ; j’y trempais une ou deux tartines de pain et c’était un plaisir rafraîchissant incomparable ; peut-être que certains, plus riches, y trempaient des biscuits, mais il n’y en avait pas chez nous.
J’appelais ça « faire saussole ».

j’ai trouvé, sur un site de Cessenon, l’indication suivante :

« Léon Cordes raconte que les habitants de Minerve, en 1907, manifestèrent sous la pancarte:

Avèm de vin, mas cal de pan per far saussòla.

Le petit livre de Minerve, Lodève, 1974, p. 24.

Bachin, bachino 'Génois'

Bachin « Génois, Sarde » vient du nom de personne Baptiste,  du latin baptista « celui qui baptise ». Le nom Baptiste  est souvent utilisé dans les théâtres de foires pour un personnage « niais, crétin« .  Nous le retrouvons en piémontais  batšitša , en piémontais et en lombard tištša et à Como batista.

Dans Les Cris de Marseille, (Voir Sources s.v. Marseille), j’ai trouvé la description que voici:

Les attestations dans le premier volume du FEW qui date de 1928 sont rares. Heureusement nous avons à notre disposition sur internet le Lessico Etimologico Italiano  (abrégé LEI), s.v. baptista de nombreuses attestations dans les parlers nord-italiens. Ci-dessous  l’extrait de l’article du LEI avec l’explication de l’évolution sémantique.

Voir aussi le TLF s.v. baptiste,  qui mentionne spécialement les Canadien français: « Nom donné au Canadien français… Par extension, Baptiste et Baptisse désignent aussi le contribuable canadien : Le gouvernement vient d’augmenter les taxes : paye, Baptisse!«  (Canada 1930). »

sansouïre 'salicor'

Saussouiro, sansouïro « salicorne, salicor »  . Mistral, Trésor:

Ma voisine Maryse, originaire de Cannes et excellente cuisinière, m’a raconté que la salicor(ne) était comestible. Wikipedia confirme dans l’article Salicorne d’Europe :

Les tiges tendres de la salicorne jeune, récoltée en mai/juin, peuvent se déguster crues, nature ou en vinaigrette. Plus tard, la salicorne devient un peu amère et il est préférable de la blanchir. Quelques minutes dans l’eau bouillante suffisent à lui ôter son amertume et le sel en excès. Elle sera alors cuisinée comme l’épinard, à la vapeur, à l’eau (non salée !) ou revenue à la poêle. La salicorne fraîche, très fragile, ne se garde pas plus de deux jours au réfrigérateur.

salicor   sansouïre

 Dans RollandFlore, IX,165 nous trouvons les attestations suivantes de saoussouïro pour la « soude1 »

En français : « Les sansouires sont des milieux naturels à végétation basse situés en bordure haute des vasières littorales, soit la partie haute des marais maritimes. Ce terme est employé en France méridionale (Camargue, Languedoc et Corse). » (Wikimedia Commons).   Littré propose l’étymologie  latin salsūra « saumure »,  mais  salsūra  aurait dû aboutir à *saoussura.

L’étymologie de de saussouïro   semble être inconnue. Je n’ai pas trouvé d’attestations anciennes, mais nous pouvons reconstruire une forme *salsoria.  Dans le FEW, que vous pouvez maintenant consulter sur le site de l’ATILF en mode image,   s.v. salsus , vol XI, p.110, il y a une série de noms de champignons du type sauceron  et l’occitan sausseiroun « fenouil de mer »  Les formes sont très proches mais le sens « salicor » ou « sansouire » n’y est pas.

Dans le site e-santé, je trouve la remarque suivante: « La salicorne est parfois confondue avec la criste-marine car toutes deux poussent presque dans la mer. Mais elles n’appartiennent pas à la même famille botanique et ne se consomment pas de la même façon. »

Si vous cherchez des images de « fenouil de mer » vous verrez qu’en effet il y a une forte ressemblance, mais la criste-marine est un ombellifère!

Salsola.Dans la même page du FEW je trouve le type saussola « pain trempé dans du café etc » attesté à Clermont-l’Hérault et à Pézenas.  Je ne pense pas que Linné  ait trouvé le nom salsola  en trempant le  pain dans son café en compagnie d’un botaniste montpelliérain (Linné, Genera Plantarum, p. 67 cf.TLF). En effet, la première attestation que nous avons vient de Bauhin2 1671, p.289 salsola

J’ai suivi le lien de Bauhin « Cæs. », qui renvoie à Andreas Cæsalpinus, De Plantis Libri XVI. Florence, 1583(De plantis (1583), 621 p.disponible sur Gallica). Je n’ai pas cherché la page exacte, mais nous pouvons conclure que le mot  salsola  est d’origine italienne ou a été créé par Cæsalpinus, d’autant plus que l’adjectif salso  « salé » y est à la base de nombreux dérivés:

Salicor, salicorne.

Le TLF  suit Corominas et propoe comme étymologie de  salicor,  (salicorne  en français)     le mot catalan salicorn attesté en 1490:

salicorne (id. » (Cotgr.). Empr. au cat.salicorn (att. dep. 1490 ds Alc.-Moll), plus prob. issu d’un b. lat. salicorneum, comp. de sal « sel » et de corneum « en forme de corne », que d’orig. ar. Voir Cor.-Pasc., s.v. sal et FEW t. 21, p. 154a.

Un petit détour historique.

L’utilisation de la salicorne a été très importante dans la fabrication du verre.

Voici un extrait du  site des verriers du Rouergue

Soude ou salicor employée par les verriers (3 parties)

Cet article est extrait du Dictionnaire raisoné universel d’histoire naturelle de M.Valmont de Bomare publié à Lyon en 1776.

SOUDE, soda, plante dont on distingue nombre d’espèces. Nous décrirons ici les espèces les plus en usage dans les Arts & dans la Pharmacie.

1°. La Soude appelée Salicor : c’est une plante annuelle qui croît dans les pays chauds, sur les bords de la Méditerranée. …    La plante appelée salicor, dit M. Marcorelle, est utile par le revenu qu’elle rapporte ; précieuse par ses usages ; curieuse par ses diverses métamorphoses; & agréable à la vue par la variété de ses couleurs & sa forme régulière : elle figurerait dans un parterre & y réussiroit très bien, mise dans une terre appropriée. Cette plante de salicor est connue en Latin sous le nom de kali majus cochleato semine. C. B. Tournts infl. p. 247, salsola (kali ), Linn. N°. 1 : en Arabe sous celui de kali : en François sous celui de soude, & en Languedoc & dans le Roussillon, sous celui de salicor. C’est le boucar des Poitevins & des Saintongeois.

2°. La Soude SAlicor appelée Salsovie Ou Marie épineuse, kali spinosum : elle naît aussi dans les pays chauds, sur les rivages sablonneux de la mer, le long des lacs salés, quelquefois même dans les champs éloignés de la mer.

3°. La Soude appelée la Marie Vulgaire Ou la Grande Soude, est le kali geniculatum majus, C. B. salicornia articulis apice crassioribus, Linn. Il y en a de deux espèces, l’une est le salicornia annua, l’autre est le salicornia semper virens.

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  1. Saeda (genre)L. et Salsola (genre)L.
  2. Bauhin Caspar (Caspari Bauhini Viri Clariß.) – Pinax Theatri Botanici sive Index In Theophrasti Dioscoridis Plinii Et Botanicorvm qui à seculo scripserunt Opera: Plantarvm Circiter Sex Millivm Ab Ipsis Exhibitarvm Nomina cum earundem Synonymiis & differentiis methodice secundum genera & species proponens. Bâle,1671. Plusieurs numérisations en ligne, dont Google books

baragane 'poireau sauvage'

Baragane, barragane s.f. « poireau sauvage ». Deux attestations dans le FEW  venant de la Saintonge,et une du Gers.

Nouvelles attestations: Wikipedia : 1. « Il est également appelé baragane, pouragane, poireau des vignes, poireau sauvage. » 2. Un blog avec une recette. 3. Dans Acabailles gerbebaude pampaillet: les régionalismes viticoles dans les Graves... Par Sabine Marterer :

4. Dans  un commentaire du site de Bonnetan  c’est maragane : Dans la région de Ste Foy la Grande (33) et Puyguilhem (24), sur un axe allant de Ste Foy à Eymet (24), on disait aussi « maragane« , comme en attestent plusieurs témoignages.

5. Dans Le régal végétal: Plantes sauvages comestibles Par François Couplan, avec un avertissement concernant la cueillette :

L’étymologie  de barragane étant  inconnue (FEW XXI, 129b), j’ai écrit à l’auteur du Dictionnaire étymologique du basqueMichel Morvan : J »ai vu quelques mots basques pour « ail »  et « poireau » qui ont une ressemblance. Avez-vous une idée sur l’origine? Il a eu la gentillesse de me répondre ;

Pas simple en effet. Pour ce qui est du basque, il y a deux mots pour désigner l’ail: baratxuri et berakatz. Le premier semble formé de baratze « jardin » et xuri « blanc » (le blanc du jardin) et le second de berar « herbe » et katz « amère ». Quant au poireau c’est un emprunt roman, porru. Pour « poireau sauvage » on rajoute basa « sauvage » devant, soit basaporru.

Une idée au hasard qui vaut ce qu’elle vaut: le poireau étant appelé aussi « asperge du pauvre », on pourrait envisager peut-être une sorte de croisement entre deux mots, vu qu’il y a une variante pouragane qui fait penser à poireau. L’autre partie serait issue de *asparagus ?

Une piste à explorer….

Pouragane  ne se trouve pas dans l’article porrum du FEW, mais des formes assez proches comme  pourrigal « ail des vignes » à Béziers et Pézenas, porregal  à Puisserguier,, pourracho « asphodèle » dans le Périgord, pourracha id. ,  près de Barcelonnette  etc. FEW IX, 196b. Français pourragne « espèce d’Asphodèle » (Académie 1842). A propos de ce dernier le FEW remarque qu’il doit certainement venir du Midi, même s’il n’y a aucune attestation en occitan.

 Une influence d’un des nombreux dérivés de asparagus « asperge » (FEW XXV, 464) comme ancien occitan aspargula,   occitan espergasso « asperge sauvage » est probable.

Lagagno ‘euphorbe’

Lagagno « euphorbe »  est attesté dans les B.d.Rhône, à Puisserguier et à Pézenas et dans 5 autres villages dans l’Hérault ( Thesoc). Le sens le plus répandu et attesté en ancien occitan de laganhalagagna, lagagnes  est  « chassie1« . Le dérivé lagan  signifie « goutte qui découle des yeux  chassieux »,  laganhos, lagagnous  « chassieux »2

   

Il y quelques dérivés dont le lien sémantique avec « chassie » ne m’est pas clair, mais qu’un ornithologue pourra certainement expliquer: dans la Drôme lagagnousa « fauvette », à Marseille lagagnoua « roitelet » et à Teste lagagnoun « sorte de coquillage ».

En provençal existent des dérivés  comme lagagnoro « pluie soudaine et de peu de durée » qui ont un lien sémantique avec la notion « goutte, larme ».  Le  sens « euphorbe » a le même lien sémantique, comme le sens « pissenlit » , par exemple à Toulouse lagaigno,  et lagaino « renoncule » dans le Gard.

L’étymologie d’après le FEW IV,130  est le latin lagănum « gâteau fait de plusieurs couches de pâte, genre de feuilletée3 » emprunté au grec  λαγανων « gateau ». Pour les formes occitanes le FEW écrit qu’il faut supposer un dérivé ancien *laganea, mais il y a en grec déjà un dérivé qui les explique:

λαγανιον « petit gâteau ».  Le lien sémantique serait la comparaison de la chassie à un petit gâteau à l’huile; comme en allemand la chassie s’appellle Augenbutter littéralement « beurre des yeux »; ik y a aussi l’anglais eye booger littéralement « crotte des yeux » ou crusty  qui sont plus proches du sens « petit gâteau ».  En occitan c’est la notion « goutte » qui a été retenue. Voir ci-dessus.

Le Diccionari etimologic  du catalan propose une origine protohispanique, le basque  lakaiña, mais je n’ai pas réussi à en savoir plus.

Dans l’article Lachusclo j’ai déjà parlé de la pêche à l’aide de l’euphorbe la lachusclada  interdite au XVe siècle à Remoulins. La lecture de cette histoire a incité Gérard Jourdan à m’envoyer un extrait des mémoires de son père, Raymond Jourdan, ouvrier agricole à, Montagnac (34), dont je le remercie cordialement! Le voici:

Mon grand-père paternel (Milou del Cougun) m’avait enseigné un moyen facile et peu onéreux de prendre du poisson. C’était la « lagagno facile et peu onéreux de prendre du poisson. C’était la « lagagno(1)  » et un jour, j’avais 9 ou 10 ans, et avais une confiante infinie en mon grand-père, je me décidai à tenter le coup. La  « lagagno » ce n’est pas ce qui manquait à Montagnac. J’en cueillis un « fai » un fagot, que je plaçai sur un sac et avec le battoir de lavandière de ma mère, j’écrasai les plantes, faisant exsuder le latex. Repliant ensuite le sac, je liai le tout et j’allai jeter l’ensemble dans un gourg de Poudérous(2) où j’avais vu pas mal de poissons : sofis (hotus) en majorité. J’étais avec Marcel Dores et Eugène Nozeran, mes amis d’enfance, et le résultat dépassa nos espérances. Je pense que la totalité des poissons se retrouva le ventre en l’air et nous revînmes triomphants et joyeux à la maison. Mais nos mères respectives soupçonneuses (à juste titre, nous n’étions pas de petits saints), demandèrent l’origine et tout fiers, nous expliquâmes notre truc, et suprême affront pour moi, nous nous fîmes engueuler car, paraît-il, les poissons empoisonnés par le latex des euphorbes étaient immangeables et dangereux à consommer. Je fus extrêmement déçu mais n’ai jamais su si vraiment les poissons étaient dangereux à manger. Je pense qu’ils l’étaient et que le latex tuait les sofis (hotus) mais n’était pas nocif pour l’homme(3). Je n’ai jamais plus expérimenté ce procédé, peut-être aussi mon grand-père s’était-il moqué de moi ? Je ne le crois pas, sûrement qu’il avait ainsi péché dans sa jeunesse et mangé sans inconvénient le poisson.

1 Lagagno : occitan, l’euphorbe. Plante secrétant un latex, lait, « lach » en occitan, d’où son nom et ce latex est, paraît-il, toxique et ce fut vrai pour les poissons.
2 Poudérous : rivière affluent de Hérault, née à Sept-Fonts, de 8 ou 15 km de long et qui garde l’été venu de grands gourgs qui ne tarissent jamais. Le poisson remonte en hiver et au printemps de l’Hérault et restaient parfois prisonniers dans les gourgs.
3 Dans certains pays africains, le latex d’euphorbe est utilisé pour la pêche (NdG)

Cette méthode de pêche s’appelait lachusclada  à Remoulins au XVe siècle. Voir mon article  lachusclo.

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  1. voir Thesoc s.v. chassie.
  2. Gérard Jourdan m’écrit à propos de la marrana : « J’ai souvenir que nous traitions cette maladie de l’oïdium avec du soufre qu’il fallait projeter sur le cep de vigne avec une soufrette (tu dois avoir le schéma dans le document de mon père) ce qui projetait du soufre un peu partout (y compris sur le visage (surtout s’il y avait un peu de vent) et nous rentrions à la maison (le traitement se faisait tôt le matin, justement pour éviter le vent) avec des yeux « lagagnous » et gonflés.
  3. voir Zeitschrift 41,690 . Le FEW écrit que lagagno ne vient certainement pas du gaulois láginon « euphorbe » comme propose Bertoldi Zeitschrift 44,112

Lachusclo 'euphorbe', lachusclada et gin...

Lachusclo « euphorbe réveil matin » (Mistral. Voir l’explication du nom « reveil matin » en bas de la page). Mot provençal et est-languedocien jusqu’à l’Aveyron. Attesté dans l’Aude avec le sens « laitue ».  L’étymologie est un dérivé non attesté du latin lac « lait »  *lactūscŭla  ou  *lactŭscŭla,  cette dernière entre autres  pour la forme marseillaise lachousclo . Je ne peux mieux faire que vous donner l’article de A.Thomas, Mélanges d’étymologie française. Paris, 1902,  p.97.

Dans le Trésor de Mistral il y a le dérivé :

Mistral

Sa source, le Cartvlaire de Removlins; recueilli, classé, annoté et pub. sous les auspices du Conseil municipal de Remoulins. 2. livr. by Charvet, Gratien, d. 1884. Remoulins, France. Conseil municipal.Published 1873,   a été  numérisé aux Etats Unis et il est consultable pour les Américains. Mais les Européens doivent l’acheter parce qu’il a été ré-imprimé par un Anglais, le British Library,  et  est vendu par Amazon !  Par contre si vous l’avez scannez-le et mettez-le en ligne!  vous avez le droit.

Heureusement, avant de publier le  Cartulaire..  Gratien Charvet a écrit un petit livret intitulé lesCoutumes de Remoulins, qu’on peut lire et télécharger sur Gallica. Ce que j’ai fait. Ces Coutumes  datent de 1500.  Ci-dessous l’extrait qui nous intéresse:

dans le note 3  nous trouvons

Le mot lachusclada  avait peut-être vieilli?  En tout cas lachuscle  était devenue lajuscle.

A la suite de cet article Gérard Jourdan m’a envoyé un extrait des mémoires de son père, qui à l’âge de 9 ans a encore pratiqué la lachusclada.  Son histoire savoureuse se trouve  dans l’article lagagno « euphorbe ».

Le mot montpellierain ginouscla1 dont parle Thomas dans la note reproduite ci-dessus,  se retrouve dans de grands dictionnaires2copié avec une coquille typographique:

Lachusclo « euphorbe réveil matin ». Dans RollandFlore vol.IX p.225 se trouve l’explication que voici:

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  1. D’après RollandFlore IX également attesté dans le Gard 
  2. dont Littré  qui définit « nom vulgaire de l’épurge »

Rudo ‘rue’ plante

Rudo « rue du jardin » (ruta graveolens L.), vient du latin rūta  même sens, peut-être emprunté au grec ρυτη, plus précisément au Péloponnèse.   La rue a joué un rôle important dans la médecine de l’Antiquité et du Moyen Age1 .

La conséquence de cette popularité a été que le nom  rūta a été conservé dans toutes les langues romanes (italien ruta, espagnol ruda) et a été emprunté au latin par l’allemand Raute, néerlandais ruit, et emprunté au galloroman  en anglais rue, basque erua, et  breton ruz.

Dans les Commentaires tres excellens de l’hystoire des plantes, composez premierement en latin par Leonarth Fousch medecin tres renommé :  Paris, 1549 (Gallica)  chapitre 236 (CCXXXVI) vous pouvez lire à quoi servait la rue.

Il  restait encore beaucoup de recettes populaires  à la fin du XIXe siècle.  Voir Rolland Flore IV, p.7 et suivantes, dont:

Extrait de la p.8 Roland flore IV,8.

Plus d’informations sur les effets de la rue

C’est grâce à un membre de la Société des Etudes scientifiques de l’Aude, qui a eu la gentillesse de m’envoyer une photocopie d’un manuscrit de la fin du XIXe siècle sur les Noms patois des plantes dans les environs de Carcassonne  que j’ai pu relever l’effet curieux de la rue que voici:

Dans un site sur les agrumes, l’auteur écrit :

Dans le jardin, la rue est un très bon compagnon pour le framboisier et les rosiers (eloigne ses principaux parasites). La plupart des chats n’apprécient pas la rue. Si des chats viennent anéantir vos nepetas (menthe et herbe a chats), plantez une rue à coté! On peut aussi obtenir une teinture rouge a partir de la plante.

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  1. En tapant je dérivé « rutine » dans mon moteur de recherche, je vois que c’est toujours le cas.