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Chelet "terrasse"

Un visiteur m’a demand√© l’origine de¬†¬† chelet¬† « terrasse », mot de l’Ard√®che:

Bonjour!
Je suis natif de Serri√®res Ard√®che et enfant mes grand-parents utilisaient le nom de « shellay » pour des terrasses utilis√©es anciennement pour la culture de vigne ou en utilisation en jardin . Avez-vous une origine √† ce nom.

J’ai pu r√©pondre:
Bonjour!
Voil√† une information int√©ressante! Votre shellay, chelet ou chal√® n’est attest√© que dans le nord de l’Ard√®che, avec exactement le sens que vous donnez.¬† Il y a quelques remarques √† ce propos dans le site de Christian Lassure, mais pas l’origine et je ne l’ai pas encore trouv√©e. J’y travaille et je vous tiendrai au courant.
Robert Geuljans

Christian Lasure écrit:

CHELET/CHALET (m)

Ce terme est donn√© par Jean-Fran√ßois Blanc comme signifiant « terrasse de vigne » en Ard√®che septentrionale, sur les coteaux de la rive droite du Rh√īne. S’agit-il d’une variante de cheyet (m) rencontr√© sur la rive oppos√©e, dans le vignoble de Tain-l’Hermitage ? Lachiver ne conna√ģt pas chelet mais donne au terme chalet le sens de « terrasse √©difi√©e par l’homme sur les pentes ». Il donne par contre chey (f) (pl cheyes ou cheyx, √† rattacher √† l’√©tymon calj, « caillou »), cens√© d√©signer, dans le vignoble de C√īte-R√ītie (rive droite du Rh√īne), une « murette destin√©e √† soutenir les terrasses sur lesquelles on cultive la vigne ». Comme par ailleurs le m√™me auteur donne la m√™me localisation et la m√™me d√©finition pour murgeyes (f pl) (« murettes destin√©es √† soutenir les terrasses », √† rattacher √† muricarium, « tas de pierres »), on est en droit de s’interroger.

Bonjour Merci de votre r√©ponse je suis all√© sur le site de Mr Lassure , Effectivement c‚Äôest bien l‚Äôimage du paysage des ¬ę¬†chelets¬†¬Ľ de Serri√®res . J‚Äôavais pens√© √† escalier mais le raccourci me para√ģt un peu facile.

Cordialement Laurent Cano

Une¬† √©tymologie possible est celle de l’occitan calade,¬† le latin callis « chemin » ou caljo- « pierre ». J’ai trouv√© l’image de¬† chelets¬† √† Saint -D√©sirat de Vernosc en Ard√®che:


chelet nord del'Ardèche

Il y a en effet pas mal de cailloux.

Fourniol

Fourniol « pi√®ce o√Ļ est le four » fournil¬† en fran√ßais.

Un fid√®le visiteur m’√©crit:

bonjour,
je trouve dans le compoix d’Esp√©daillac (1758) dans l’√©num√©ration des biens
sujets √† allivrement : maison, four, fourniol. j’ai cherch√© dans plusieurs dico
anciens et ne trouve pas de rapport avec le four ? ms pourquoi ces 2
expressions cons√©cutivement?? endroit o√Ļ l’on rangeait le bois pr ou pr√®s du
four??

J’ai pu lui r√©pondre:

Bonjour,
Je vous remercie de votre commentaire.
Je crois qu’elle m√©rite un article fourniol¬† plut√īt qu’un commentaire¬† dans la page d’accueil.
Elle montre aussi que le prof. J.P. Chambon  a raison quand il écrit dans la Revue de linguistique romane 76 (2012)1

Images int√©gr√©es 1…..

Le mot  fourniol  se trouve dans le FEW vol. III, p.904 b;
Attest√©¬† √† Cahors,¬† dans l’Aveyron¬† fourniol, ofourniou,¬† √† Ytrac¬† fourgn√©w,¬† √†¬† Chavanat (Creuse) fourgn√īou,¬† dans le bas-limousin¬† fournial¬† (comme dans le Tarn¬† fournial)¬† et √†¬† St-Pierre de Chignac¬† fourniau. Dans le Poitevin c’est le fourniou¬† comme dans les Deux-S√®vres.
Le sens de toutes ces attestations est¬† « pi√®ce o√Ļ est le four ».
Vu le fait que votre village se trouve dans le Quercy, il n’y a pas de doute sur le sens de¬† fourniol¬† dans le Compoix.
Si cela vous intéresse, je peux vous fournir les sources du FEW concernant ces attestations.
Amicalement,

Cette attestation dans le Compoix d’Esp√©daillac de 1758 est probablement la premi√®re. Il reste tujours beaucoup de travail pour les occitanistes :

TLF :

Occitaniste, adj. et subst.a) Adj. Relatif, propre √† la langue occitane. La recherche occitaniste (Amiras,1983, no6, p.55).b) Adj. et subst. (Personne) sp√©cialiste de la langue et de la litt√©rature occitanes. Chercheur occitaniste. « On remarque la raret√© des occitanistes, leur faible pouvoir d’int√©gration √† l’appareil de recherche, jusqu’√† une date r√©cente du moins « (Amiras,1983, no6, p.55).

 

 

Biscaire, de – "oblique"

En bisca√Įre, de bisca√Įre « de biais, oblique, de travers »; biscayre « c√īt√©, angle, biais » est un compos√© de bis « deux » et¬† quadra « carr√© » d√©riv√© du verbe latin quadrare « rendre carr√© ». Attest√© dans les parlers occitans du Dauphin√© jusqu’en B√©arn¬† et une attestation dans le Valais suisse.

Barcelonnette besqueir√ļ, -√ļa¬† « irr√©gulier, taill√© √† la fausse √©querre ». En B√©arn on a remplac√© quadra¬† par canton :¬† bescant√° « placer obliquement »

      

Boulmière-bolmeria

Boulmi√®re « local du bain; cuves des tanneurs ».¬† Depuis plus d’un an mon amie ¬† La dormeuse¬† me poursuit pour conna√ģtre¬† le sens exact et l’√©tymologie de boulmi√®re.¬† Ci dessous un extrait de son blog:

Carte dress√©e en 1766, du ‚Äúmoulon du pont de Raillette jusqu‚Äôau ruisseau de Contirou et √† la rivi√®re de l‚ÄôHers jusqu‚Äôau grand pont sur la dite rivi√®re‚ÄĚ. En haut √† gauche le n¬į 1 en bordure d’un ruisseau¬† (!!), 1. Jacques Rivel, marchand tanneur : maison servant d‚Äôadoubairie √† tanner des cuirs7 avec un patu8 ou boulmi√®res9, jardin et breil √† Countirou

J’ai fait des recherches sans trouver la r√©ponse.¬† C’est elle qui l’a trouv√©e en fin de compte:

La source est l’article de J.-L. Abb√©, Paysage urbain et rural √† Limoux, d’apr√®s une source m√©connue: le terrier royal de 1316. Trouv√© par la Dormeuse¬† dans le Bulletin de la Soci√©t√© Scientifique de l’Aude, CIII (2003), 91-100.

cuve de tanneur

La suite de cette trouvaille est un magnifique article sur les boulmières,  avec de très nombreuses images dans  la Dormeuse blogue 3.

Il y a encore beaucoup de travail à faire pour les philologues et linguistes occitanistes. Voir à ce propos  J.-P. Chambon, Développement et problèmes actuels des études occitanes.

Dans les articles du FEW¬† balneare, balnearia, balneator, balneolum, balneum ,¬† il n’y a aucun mot en rapport avec la tannerie1.

Pourtant il y a une petite phrase dans l’article balnearia¬† du FEW qui va dans la direction¬† que nous cherchons √† savoir le sens « cuve ».¬†¬† En occitan est attest√© bagniero¬† « lieu o√Ļ l’on se baigne; bains d’eau thermale », √©galement dans les toponymes Bagni√®res. L’auteur se demande si le r√©toroman2 bagn√®ra¬†¬† « cuve pour le linge; grande cuve » viennent directement de balnearia¬† ou qu’il s’agit de cr√©ations √† partir du verbe balneare « baigner ».

Le plus int√©ressant est le fait que d’apr√®s les donn√©es de l’ALF, presque partout dans le Sud-Est¬† « mouiller, tremper » est traduit par¬† le verbe banhar ¬† du latin ¬† balneare . Ci-dessous la carte tir√©e du livre¬† Lectures de l’ALF par Guylaine Brun-Trigaud3

L’emploi de balneare¬† > banhar pour¬† « mettre les peaux dans des cuves » par les tanneurs¬† a logiquement entra√ģn√© le sens de balnearia > boulmi√®re > « cuve pour les peaux ».

Les attestations de¬† Limoux (Aude) de 1316 ne sont certainement pas les plus anciennes, mais nous n’avons pas mieux pour le moment.

Le nom de lieu¬† Bagni√®res¬† est attest√© pour la premi√®re fois en 1258 :¬† Decimarium Beate Marie de Banheriis. (par l’abb√© Sabarth√®s).

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Notes
  1. Il faut dire que le premier vol. du FEW date de 1922-1928 et la lettre A a √©t√© enti√®rement refaite √† partir des ann√©es ’70 (3 volumes maintenant), mais la lettre B est rest√©e la parent pauvre.¬†¬† A part les mots d’origine germanique ou autre¬† 13 nouvelles r√©dactions ont vu le jour et il y a encore une quarantaine en pr√©paration, dont balneare. Je pense que le d√©riv√© balnearia « bains, salle de bains » y sera inclus
  2. parlé en Suisse
  3. cf. Sources et liens s.v. ALF

√ąstra "balcon"

√ąstra « balcon, fen√™tre » vient de¬† extera¬† la forme pluriel neutre de exterus¬†¬† « ce qui se trouve dehors ».

Estre¬† a aussi exist√© en fran√ßais et¬† se retrouve dans les parlers du nord et de l’est du galloroman. En occitan il est plut√īt limit√© au proven√ßal et l’auvergnat.

Suivant les localit√©s¬† √®stra¬† prend des sens plus ou moins sp√©cifiques,¬† comme dans la haute vall√©e de l’Ubaye « balcon o√Ļ l’on met s√©cher le bois √† br√Ľler », en Auvergne √©stra, √©tra est la « petite terrasse en saillie, en haut de l’escalier ext√©rieur en pierre et qui est couverte par un toit ».¬† En francoproven√ßal √©tre a pris le sens sp√©cial de « aire pour battre le bl√© ».

cliquez 

estro en Auvergne

Un¬† estroun¬† est un « petit balcon » √† Barcelonnette,¬† et une « lucarne » en limousin.

A Die existe le mot esseis¬† « les √™tres de la maison » , d’apr√®s le FEW un emprunt au fran√ßais qui subi l’influence du verbe √™tre¬†¬† du latin essere.¬† Un peu √©tonn√© par cette √©tymologie , j’ai demand√© √† Han Schook, excellent connaisseur du parler de Die, ce qu’il en pensait. Il m’a r√©pondu

« los √®sses » (pron: louz√®ssei, avec vocalisation du s du pluriel)¬† son en effet¬† « √™tres de la maison ».¬† A mon avis il n’y a pas de confusion entre¬† estro¬†¬† et¬† √®sses. En Diois le verbe « √™tre » est¬†¬†√®sser (pron: √®ss√©), ou le moins courant¬† « estre« . Comme en fran√ßais¬† √™tre,¬† diois ¬†« √®sse »¬†peut servir comme substantif pour d√©signer des personnes.¬† Exemple:
Nosautres, sièm quatre èsses, e vosautres, siètz nòu a la meison.

Je suis s√Ľr qu’il a raison. « los √®sses » diois n’a rien √† voir avec les balcons.

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