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Gavach, gavatch, gavot

Gavot « paysan haut cĂ©venol ou lozĂ©rien » , gavatch, gavach dĂ©signe toujours des habitants des montagnes1 . L’Ă©tymon est une racine *gaba« gorge, jabot, goitre » qui vit en Italie et dans les parlers galloromans. (FEW IV, p.4)  Dans le TLF gavache  est dĂ©fini comme « vieux » ou « rĂ©gional ». Dans le DMF est signalĂ© un sens spĂ©cifique pour la Provence : « celui qui fqit le mĂ©tier de portefaix ».

Pour l’abbĂ© de Sauvages un gavo est un « montagnard du GĂ©vaudan » et il dit que les

Espagnols appliquent le mot gavacho aux montagnards du Gévaudan qui vont faire leur moisson et à tous les François.

Un visiteur me signale: « En Roussillon un gavatch est un habitant de l’Aude. Il semble donc qu’un Gavatch vienne toujours du nord et pas nĂ©cessairement de la montagne. » Je pense que c’est la nuance pĂ©jorative qui a pris le dessus. C. Achard donne une dizaine de sobriquets provenant de plusieurs dĂ©partements dont gaba est la base .

Nous retrouvons gaba dans les parlers du nord de la France p.ex. en picard gave « jabot de volaille ». En ancien provençal existe le dĂ©rivĂ© gavaych « goitre » qui existe toujours dans les parlers modernes, p.ex.  Ă  Aix gavagi « gosier » et languedocien s’engavachĂ  « s’obstruer en parlant de la gorge » (S), à  Manduel c’est « avaler de travers » (ALLOr 1181).

Le dĂ©rivĂ© gavaych orthographiĂ© gavach en occitan et français rĂ©gional est très vivant, nommĂ© par ex. dans  le  ML 8-2004 comme son cousin gavot, mais le sens a bien changĂ©! Au XVe siècle il y a des attestations de l’occitan gavag ou gavach « ouvrier Ă©tranger ». Le mot est mĂŞme passĂ© dans les dictionnaires français gavache « injure que les Espagnols adressent aux Français des PyrĂ©nĂ©es et du GĂ©vaudan, qui vont exercer en Espagne les emplois les plus vils ». Nous voyons que les temps changent!

Je ne peux m’empĂŞcher d’Ă©numĂ©rer les autres dĂ©finitions donnĂ©es, parce que cela vaudrait une Ă©tude sociologique approfondie! A Lasalle (Gard) gavache « montagnard, homme grossier », Ă  Puissergier « montagnard de la Lozère, du Tarn, de l’Aveyron »; dans l’Aveyron « un habitant du GĂ©vaudan », et dans le Gers « une personne Ă©trangère au pays ». Dans les vallĂ©es de la Seudre et de la Seugne dans le dĂ©p. de la Charente on appelle gavache « l’idiome saintongeais des environs de Blaye » qui est peut-ĂŞtre Occitan ???. A La RĂ©ole gavache est  « la population de langue d’oĂŻl installĂ©e dans le pays du bas Dropt , la Gavacherie ».

Le dĂ©rivĂ© gavot dĂ©signe depuis les premières attestations en provençal du XIVe siècle « un habitant de la partie montagneuse de la Provence » et en languedocien « un montagnard » avec une nuance pĂ©jorative de « homme grossier, individu gauche » etc.

MĂ©nard traduit gavotus par « montagnard » dans son Histoire civile, ecclĂ©siastique  et littĂ©raires de la ville de Nismes, vol.IV, p.332

Un texte du XVe siècle, dit simplement que M. Claude Lantelme  est un gavot:

La  relation sĂ©mantique entre la racine  *gaba « gorge, goĂ®tre » et gavot, gavache « montagnard »Â  est la maladie du goitre.  Le goĂ®tre Ă©tant plus frĂ©quent en montagne que dans la plaine: « On parle d’endĂ©mie goĂ®treuse lorsque 10 % au moins de la population est goĂ®treuse; Certaines aires gĂ©ographiques sont Ă©lectivement reprĂ©sentĂ©es notamment mais non exclusivement les zones de montagne). Les facteurs Ă©tiologiques sont multiples et peuvent ĂŞtre associĂ©s : – carence iodĂ©e surtout ( mais non constante) avec iodurie infĂ©rieure Ă  50µg/jour ». Les exemples donnĂ©s  par le TLF comme illustration du mot goitre  montrent que le  goitre endĂ©mique est souvent associĂ© au crĂ©tinisme.

Un gavot ou gavach est donc littĂ©ralement « un goitreux » et ensuite un « crĂ©tin ».

S’egargavatšar, s’engavachĂ  « Avaler de travers ». Dans les villages autour de Montpellier les tĂ©moins pour l‘ALLor ont traduit « avaler de travers  » par  s’egargavatšar, s’engargalhar etc. probablement par confusion avec le type garg-; dans le Gard c’est le type s’engavachĂ  qui domine presque partout.

Dans un site en espagnol, il y a un rĂ©sumĂ© d’autres explications : http://www.1de3.com/2004/12/29/Gabacho/

Un visiteur, bon connaisseur de l’espagnol, a suivi le lien et m’Ă©crit: Sur le site espagnol que vous donnez en lien, je dĂ©couvre la locution « hablar en gavacho« . Il me semble que les Français ont rendu aux Espagnols la monnaie de leur pièce ! L’Ă©tymologie de « parler [français] comme une vache espagnole«  est donnĂ©e comme une corruption de « parler comme un basque espagnol » ; mais il me semble qu’il est plus convainquant de dire que c’est une adaptation de l’espagnol « hablar en gavacho » ! Une explication plus convaincante que celle qui propose le confusion de basque et vache.

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A mon avis il n’y a pas de contradiction entre le toponyme Gave, anciennement Gaba « rivière » en BĂ©arn, et le sens « goitre ». (Voirgaba) Surtout en montagne, les rivières passent souvent par des gorges. Cf. Wikipedia  Gave  .  Mais d’après le TLF des recherches rĂ©centes montrent qu’il s’agit plutĂ´t d’un mot prĂ©roman gabatro* :

D’apr. leur forme et celle de leurs dĂ©r. Gabarret, Gabarrot (v. Raymond, op. cit.), ces mots semblent reposer sur une base prĂ©romane *gabaru, *gabarru (Rohlfs Gasc.3, § 69, 479; cf. fin viiie-dĂ©but ixes. lat. mĂ©diĂ©v. gabarus ThĂ©odulfe d’apr. Dauzat Topon. Ă©d. 1971, p. 138); v. aussi J. Hubschmid, PyrenaĂ«nwörter vorrom. Ursprungs, § 42 qui rapproche les termes pyrĂ©nĂ©ens de l’a. prov. gaudre « ravin, ruisseau » reposant sur une base prĂ©romane *gabatro Ă  laquelle il rattache le lat. imp. gabata, gavata « jatte, Ă©cuelle » [v. jatte] – et Id., Sardische Studien, § 23. Une base prĂ©romane *gava « cours d’eau » (FEW t. 4, p. 83a) paraĂ®t moins satisfaisante. Bbg. PĂ©gorier (A.). Ă€ travers le Lavedan. Vie Lang. 1962, p. 468.

 

Notes
  1. D’après RenĂ© Domergue, les Gardois disent gavot. Du cĂ´tĂ© de l’HĂ©rault le mot gavach ou gabach est prĂ©fĂ©rĂ©. (article Ă  paraĂ®tre

Mangayre, manjo -

Mangayre. Dans un texte concernant les moeurs du 25 août 1596 :

« Cest prĂ©sentĂ© Antoine GautiĂ© jeune. A estĂ© priĂ© de nourir et entretenir son père quest malade le mieus qu’il pourra, et a estĂ© sencurrĂ© de ce qu’il ne le traicte pas comme il faut et mesme quelques fois l’injurie et outrage, l’apelant « mangayre« . A promis de le traicter le mieus qu’il pourra. »

Je pense qu’il s’agit d’un gros mot et qu’Antoine a traitĂ© son père de mandzaire du latin manducarius « (gros) mangeur, goinfre ». A l’Ă©poque  un gros mangeur malade dans une famille pauvre Ă©tait une charge lourde. En occitan moderne mangeaire est un « dissipateur » (provençal, Alès, Castres, etc.).

Encore aujourd’hui les Manduelois sont des Manjo-Bourro pour leurs voisins de Bouillargues, c’est-Ă  dire, qu’ils allaient cueillir les jeunes pousses dans les vignes de Bouillargues pour les manger en salade! Une video  Festo di manjo-bourro.

Deux pages de  manja +  un substatif dans l’index du livre de Claude Achard,  Les uns et les autres. Dictionnaire satyrique.  PĂ©zenas, 2003.

Mor, mourre

Mor, morre 1) « museau, groin »Â  fait partie d’une grande famille de mots qui vit dans les langues romanes autour de la MĂ©diterranĂ©e, par exemple en catalan morro « museau; le devant d’une voiture, d’un avion etc. », fer morros « faire la moue », faire de mourres en occitan,  inflar els morros a algu = « casser la gueule Ă  quelqu’un ». D’après Raymond Covès il est très vivant en français rĂ©gional.

La rĂ©partition gĂ©ographique de cette famille de mots jusqu’en sarde suggère une origine prĂ©romane *murr- d’après le FEW.
A partir du sens « museau » on arrive facilement Ă  « nez, visage, figure » que nous retrouvons dans les dĂ©rivĂ©s comme ancien occitan morada « coup sur le museau ». La consĂ©quence d’une morada  est qu’on  devient morut « qui a de grosses lèvres » (aoc.). Quelqu’un qui fait de mourres  est un  mouru « bouru, incivil, maussade, d’une humeur sombre et farouche » comme l’Ă©crit l’abbĂ© de Sauvages. En parlant d’un couteau ou d’une aiguille mouru est « Ă©moussĂ© ». Lou bĂ© dĂ« las âoucos Ă«s mouru « le bec des oiseaux est mousse » dit-il.
A Alès le « rouget grondin » est appelĂ© mourudo , Ă  cause du grondement qu’il fait entendre quand il est pris ».

mourudo

Et d’après la forme du museau  nous avons dans le Gard le  moure pounchu « musaraigne », mais Ă  Puisserguier le moure pounchu‘ est un  » rychnite de la vigne ». Pour les nombreux dĂ©rivĂ©s voir Alibert, qui donne entre autres le composĂ© morre ponchut « sparaillon ».

    

En provençal et est languedocien le moure-pourcin est une plante, le « taraxacum officinalis » appelĂ© ainsi parce que le soir quand la fleur s’est fermĂ©e elle ressemble Ă  un groin de porc. L’image contenue dans cette dĂ©nomination  n’Ă©tant plus comprise, le mot a subi les pires traitements phonĂ©tiques dans les diffĂ©rents patois, au point d’ aboutir Ă  repounchou Ă  St Afrique par exemple.

Les habitants d’Aigues-Mortes sont appelĂ©s les morres pelats « museaux pelĂ©s » par les PĂ©rolais.  (Achard, p.412)

Voir aussi l’article mourre « colline ».

Dans le Nord de la France et mĂŞme en moyen nĂ©erlandais (morre « museau »), on trouve quelques attestations du type  *murr-. Le FEW suppose qu’il s’agit  d’emprunts Ă  l’occitan. Il faut admettre qu’en galloroman *murr- est pratiquement limitĂ© Ă  l’occitan et au franco-provençal., mais pas ses dĂ©rivĂ©s et les composĂ©s.  Je ne suis pas convaincu qu’il s’agit d’emprunts, parce qu’on trouve un mot comme mornifle composĂ© de la mĂŞme racine *murr- + nifler dans les patois du nord et pas dans le Midi. Un lien avec le germanique murren  » grommeler, bouder », nĂ©erlandais morren ou au moins une influence sĂ©mantique ne me semble pas exclu non plus . En catalan le morro «  groin, le museau, la gueule d’ une personne qui fait la gueule » ; et fer morros « bouder » c’est plus que faire la moue, 

Escambarlat

Escambarlat « qui a un pied dans chaque camp ». est un mot utilisĂ© par RenĂ© Merle dans sa confĂ©rence donnĂ©e Ă  la SociĂ©tĂ© d’histoire moderne et contemporaine de NĂ®mes et du Gard, le 19 octobre 1991, intitulĂ©e Nimes et la langue d’Oc. VoilĂ  un mot qui serait bien utile dans les discussions politiques, mais qui n’existe pas en français. En France il faut choisir, (jambe) gauche ou droite. Le sens figurĂ© que lui donne RenĂ© Merle est dĂ©jĂ  attestĂ© en bĂ©arnais au XVIe siècle : escarlambat « celui qui, pendant les guerres de religion, marchait avec les deux parties ».

Escambarlat est dĂ©rivĂ© du latin camba, gamba « articulation entre le sabot et la jambe du cheval » qui a remplacĂ© le latin classique crus dans presque toutes les langues romanes, Ă  l’exclusion des langues ibĂ©ro-romanes et une partie du gascon qui l’ont remplacĂ© par le type perna « cuisse des animaux, jambon », espagnol pierna ‘jambe’. Camba a Ă©tĂ© empruntĂ© au grec kampè ‘articulation’ d’abord par les vĂ©tĂ©rinaires. Ce mot montre clairement que le latin que nous parlons est une langue populaire.

    
Une analogie ?

Escambarla « enjamber » s’escambarla « se mettre Ă  califourchon, Ă©carter les jambes », est limitĂ© Ă  l’occitan et au franco-provençal; il est peut-ĂŞtre composĂ© avec ou influencĂ© par cabal ‘cheval’. L’abbĂ© de Sauvagesajoute qu’il est « indĂ©cent d’Ă©carquiller les jambes en compagnie » et il ajoute l’adjectif escambarla ‘libertin, celui qui est libre dans ses propos’.

TirĂ© du livre de AndrĂ© BERNARDY «Les sobriquets collectifs (Gard et pays de langue d’Oc)» – AHP – Uzès. Et Jean-Marie Chauvet – Historique de la commune de Rodilhan.Lenga de Pelha.

« A Bouillargues, les gens avaient tendance Ă  marcher les jambes Ă©cartĂ©es. Est-ce la pratique du cheval qui avait provoquĂ© cette dĂ©formation gĂ©nĂ©rale, propre aux cavaliers, et cela parce qu’ils utilisaient leurs chevaux de labour pour aller Ă  la rencontre des taureaux lors des «abrivados» ? Ou bien, au temps des guerres de religion, jouaient-ils le double-jeu et avaient-ils un pied dans chaque camp ? Ou bien leur dĂ©formation Ă©tait-elle congĂ©nitale ? Ou bien encore Ă©tait-elle sortie de l’imagination de leurs voisins ? Qu’importe, ils furent bel et bien «lis escambarla» ou jambes arquĂ©es. »Â  Voir le site gĂ©nĂ©alogique de Rodilhan.

    
deux escambarlats

Brodo

Brodo s.f. « paresse, fainĂ©antise » (S2) est encore très vivant dans le français rĂ©gional : avoir la brode, avĂ© la broda (Camps) , la brode le prend (Lhubac). D’après Camps il y a de nombreuses attestations dans le Gard et les CĂ©vennes (oĂą?). Dans le FEW il n’y a que les attestations de l’abbĂ© de Sauvages (S2), reprises par Mistral et deux attestations dans le Puy-de-DĂ´me oĂą brodo signifie « envie de dormir ». S2 donne aussi le verbe broudĂ  « lambiner ».

Je viens de trouver une attestation cĂ©venole, dans le Vocabulaire de mots occitaniques   de Fabre d’Olivet:

Mistral ajoute les composés abroudi et abroudimen:

Mistral_ abroudiTout ce groupe de mots est limitĂ© au languedocien, Ă  part les deux attestations du Puy-de-DĂ´me. L’Ă©tymologie en est inconnue.

En cherchant dans les Incognita du FEW, j’ai encore trouvĂ© d’autres attestations, qui du point de vue sĂ©mantique et phonĂ©tique peuvent appartenir Ă  la mĂŞme famille: limousin brodo s.f. « homme lâche qui manque de vigueur et de courage; mauvais cheval »; « personne capable de rien, nulle »; dans le Puy-de-DĂ´me brodo « envie de dormir »; dans le DauphinĂ© brodo « sobriquet des montagnards alpins; mal Ă©levĂ©, grossier ».

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