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Tif taf

Tif taf ¬ę¬†mot invent√© pour exprimer cette palpitation, ce battement de cŇďur que nous √©prouvons quand la peur nous prend. Son cor et farri√© tif taf¬†¬Ľ .¬†

J’ai rencontr√© cette expression dans le manuscrit¬† de ¬†Joseph S√©guier, prieur de Saint Jean de Val√©riscle (Gard)¬† en 1747,¬† SeguierI 35r.

Je ne sais pas si cette expression est encore vivante quelque part en occitan.¬† Si vous la connaissez, veuillez me le faire savoir. merci d’avance.

Mon¬† ami du Sidobre, le petit g√©ologgue, ¬† m’√©crit:

¬†¬ę¬†ok, mais, dans les montagnes sidobriennes, on dit: »cette chose l√† me fait envie »: aquo m√© fa tifo tafo » si tu pr√©f√®res: j’ai bien envie « de », mais effectivement √ßa correspond √† une palpitation, mais ………..pas du tout de peur, plus t√īt d’envie, de h√Ęte d’essayer, etc etc!!!!¬†¬Ľ

Deux attestations en plus de 250 ans pour cette belle expression.  Comment a-t-elle pu échapper  à tous les dictionnaires ??

L’√©choppe du petit g√©ologue me fa tifo tafo!

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Tigno

Tigno « teigne; engelure; nid de mante religieuse (proven√ßal, languedocien)¬† du latin tinea « ver rongeur, teigne des livres; mite ».

D’apres le livre du fameux entomologiste¬† Jean-Henri Fabre , en Proven√ße la tigno est le nid de la pr√®godi√©u¬†. Mais le mot tigno signifie d’abord

  • 1. l’insecte la teigne, et
  • 2.la maladie du cuir chevelu et
  • 3. engelure .

Ce dernier sens est limit√© au proven√ßal et √† l’est-languedocien.

L’√©tymologie de tigno (Mistral) ou tinha (Alibert) est le latin tinea « ver rongeur, teigne des livres; mite ». Le sens¬† « nid de la pr√®godi√©u » donn√© par J.-H. Fabre¬† doit s’expliquer par son aspect et la fameuse th√©orie des signatures, selon laquelle les plantes indiquent leurs vertus th√©rapeutiques par leur forme, leur couleur ou leur mode de vie. Suivez le lien vers le site de Fabre pour tout savoir sur les effets th√©rapeutiques de la tigno.

nid de la prègodiéu

teigne

Tina, tinel

Tina (f) : ¬ę nom donn√©, dans la garrigue de N√ģmes (Gard), au cuvier en ma√ßonnerie couvert par une vo√Ľte auto-clav√©e servant d‚Äôentrep√īt provisoire de la vendange ou de la r√©colte √† olives¬†¬Ľ (Lassure). Etymologie : latin tina ¬ę¬†cuve pour le vin, pour la lessive¬†¬Ľ.¬† (J‚Äôai pas encore trouv√© de photo de la tina n√ģmoise).

Dans notre r√©gion nous trouvons les deux sens du mot latin, ainsi que des d√©riv√©s comme ¬†tinado ¬ę¬†cuv√©e de vin, de linge¬†¬Ľ et tineu (tina + ellu) ¬ę¬†cuve √† lessive (ALF p.861) et en Loz√®re tinar ¬ę¬†cuve √† vendange « ,¬† tine ¬†en fran√ßais r√©gional.

Un texte en ancien occitan provenant du Gard donne le mot¬†tinel avec le sens ¬ę¬†cave¬†¬Ľ. Je me demandais quelle √©volution s√©mantique de ¬ę¬†cuve¬†¬Ľ pouvait aboutir √† ¬ę¬†cave¬†¬Ľ. Je l’ai trouv√©e dans le site constructions en pierre s√®che.

En latin du moyen √Ęge il y a le mot tinellum¬† d√©signe la ¬ę¬†salle √† manger pour les serviteurs de l‚Äôh√ītel d‚Äôun seigneur¬†¬Ľ. ¬† Cette salle o√Ļ l’on d√©pose aussi les tines, √©tait situ√©e¬† plus bas que la salle √† manger des seigneurs,¬† dans l‚Äôentresol donc, plus tard nomm√© la cave.
Confirmé par Borel de Castres:

Dans le Palais de papes à Avignon par contre:

La vaste salle du Grand Tinel forme l’√©tage de l’aile du Consistoire. Le terme de « tinel » est employ√© en Italie et dans le midi de la France pour d√©signer les salles √† manger, ou les r√©fectoires. C’est ici que se d√©roulent les banquets organis√©s les jours de f√™tes, en particulier lors de la nomination des cardinaux ou du couronnement d’un pape. Les jours maigres ou ordinaires, le pape est servi dans le Petit Tinel.¬† Plus d’images et d’explications ici.

Le mot a existé en français, conservé dans tinette,  mais il n’y a pas d’attestations pour les dialectes du nord  de la France. Tinette est  probablement un emprunt à l’occitan ou au franco-provençal.

Un visiteur italien m’√©crit:

 » En italien « tinello » c’est la salle √† manger ordinaire (non pas celle de representance de la maison), mais differente de la cuisine.¬†¬Ľ

Dans le nouveau Dictionnaire Etymologique du N√©erlandais (EWN), le mot toneel¬† « la sc√®ne; th√©atre » est rattach√© √† cette signification de tinel. Je n’en suis pas convaincu. Je pense qu’il s’agit plut√īt d’une g√©n√©ralisation du sens « tonneau », √©tant donn√© que le tonneau, Butte en allemand, joue un r√īle important dans le th√©√Ętre de rue tel qu’il est encore pratiqu√© pendant le carnaval en Allemagne et au Limbourg. J’ai √©crit √† un sp√©cialiste pour avoir le coeur net et j’attends sa r√©ponse.

Pour ceux qui comprennent le n√©erlandais, ici le lien vers l’article toneel du EWN.¬† Le sens le plus ancien attest√© en n√©erlandais est « avant-sc√®ne, estrade ». Le m√™me sens en Afrikaans. Vous risquez de rencontrer notre¬† tinel devenu¬† toneel¬† pendant vos voyages en Namibie!

 

Tissous couma las mouscas

Tissous « taquin »dans l’expression : Estre tissous couma las mouscas « √™tre taquin comme des mouches ». C’est dans la rubrique « L’Accent de l’√©t√© » du Midi Libre que j’ai rencontr√© cette expression, tir√©e du livre de Christian Camps, attestation confirm√©e par Lhubac et un site sur Clermont-l’H√©rault. D’apr√®s Lhubac tissous¬† signifie¬† au figur√© « app√©tissant ». D’apr√®s Ren√© Domergue atisser¬† dans la p√©tanque signifie « provoquer » . S‚Äôatisser : « se prendre au jeu ».

tissous couma las mouscas L’abb√© de Sauvages mentionne¬† le substantif dont il est d√©riv√©: tisso, pren√ę √ęn tisso « avoir quelque chose en aversion, prendre quelqu’un en aversion ». Selon Alibert¬† tissa signifie « manie, habitude, forte envie; taquinerie incessante » et l’adjectif tissos « taquin, maniaque querelleur ». Tissous veut parfois dire « opin√Ętre ». Mistral atteste pour le Gard tissot « taquinerie incessante » et √† Castres au XVIIIe si√®cle prendre en tisso « prendre en grippe ». Cette expression pris en tisse « pris en grippe » est encore vivant √† Montpezat (Gard) et probablement ailleurs.

Une lectrice (merci beaucoup!) m’√©crit: ¬ę tissous ¬Ľ en Languedocien, ou du moins du c√īt√© de B√©ziers, s‚Äôassocie a quelqu‚Äôun qui est collant, qui te suit partout, qui se colle a toi, qui te touches. Par ¬ę T‚Äôes tissous ¬Ľ, il faut comprendre ¬ę laisses moi tranquille, tu m‚Äôagaces ¬Ľ.

D’apr√®s¬† le FEW¬† l’√©tymologie¬† de tisso¬† avec les sens « manie; aversion; taquin; travail; t√Ęche », de¬† tissous « f√Ęcheux; opini√Ętre » et du verbe atiss√†¬† « prendre √† t√Ęche de faire une chose »¬† est d’origine inconnue 1

Une information d’un lecteur m’a incit√© √† continuer mes recherches. Il m’√©crit:

Chez nous, dans le bas Quercy √† la limite du Lot et du Tarn et Garonne. Tissous : dans le feu de chemin√©e signifie bouts de bois brais√©s √† la pointe, il faut les repousser pour rallumer le feu.(pour qu’ils brulent).
Amicalement.

Ce¬† tissous -l√† avec le sens¬† « bouts de bois brais√©s » vient¬† directement du latin titio ¬ę tison ¬Ľ. Le verbe fran√ßais attiser « animer un feu »¬† vient d’un compos√© du bas latin¬† *attitiare. Or ce m√™me verbe *attitiare est employ√© au figur√© en occitan¬† atizar¬† et en fran√ßais attiser avec le sens « exciter une passion, irriter »: √† Nice¬† atiss√†¬† « exciter un chien »,¬† atiza¬† √† Toulouse.¬† A Montpezat atisser ‘titiller qn.’ Domergue p.200. A Gignac √©galement atisser ‘exciter, faire enrager’ (Lhubac). Alibert donne la forme avec un seul -s-,¬† prononc√© -z- ,¬† atisar « attiser, aviver » et¬† atissar avec deux -s-¬† « exciter, haler , vexer ».

Cet emploi au figur√© du verbe¬†¬†¬†est bien consid√©r√© comme d√©riv√© du latin titio¬† « tison ». (FEW XI/1, 358a).¬† A mon avis rien ne s’oppose √† rattacher¬† tisso¬† et tissous¬† √† la m√™me famille de mots.¬† M√™me les sens « travail; t√Ęche » ne posent un probl√®me¬† d’ordre s√©mantique.¬† Une √©volution s√©mantique analogue a eu lieu en n√©erlandais o√Ļ le verbe stoken « faire br√Ľler; chauffer »¬† a aussi pris le senes « provoqer, exciter ».

Les formes avec -ss-¬† ont probablement subies une influence des onomatop√©es form√©es √† partir d’un kss kss, kiss kiss qui sert √† exciter un chien dans de nombreux parlers, comme¬† par exemple le catalan aquissar ou le n√©erlandais kissen, kisten¬† et en languedocien aquiss√† d√©j√† attest√© chez l’abb√© de Sauvages: akissa.

atissar, atisser

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Notes
  1. vol. XXII/1, p.14b;  et les pages 42b; 71b; 107b; 23b; 99a

Titolet

Titolet est un diminutif de titol « titre; point sur le i » (Alibert)¬† et vient du latin titulus « titre, inscription; √©criteau » (Gaffiot).

Une visiteuse m’√©crit: « expression utilis√©e pour d√©signer un objet dont on a oubli√© le nom. On l’emploie aussi pour d√©signer le point sur le i . Botar los titolets ou titolar  » mettre les points et les virgules ». Le sens « point sur le i » est bien occitan. Il n’y a pas beaucoup d’attestations, mais celles donn√©es par le FEW viennent de Barcelonette et du B√©arn. Le sens donn√© par ma visiteuse doit √™tre d√©riv√© du « point sur le i » qu’on oublie souvent.

Pour Lhubac le titoulet ou titourlet est « le cochonnet de la p√©tanque ».

    

Une autre visiteuse m’√©crit: « Chez moi (ma grand-m√®re √©tait occitanophone de Capestang), on a toujours parl√© du « titolet » de la cocotte minute, en d√©signant la soupape. J’ai cru longtemps que c’√©tait le vrai nom de ce petit objet. »

Louis Rouquier (Puisserguier) a utilis√© le verbe titoulej√† avec le sens « exag√©rer », ce qui s’explique √† partir de l’expression « mettre les points sur les i ». Pour les mod√©listes fran√ßais un titolet est un planeur.

Titolet, Titoulet est aussi un nom de famille. L’origine de ce nom doit √™tre le m√™me mot titulus > titol en ancien occitan avec le sens « fonction qu’on a √† remplir »

Tome, tomme ‘fromage’

La description tr√®s pr√©cise de la tome loz√©rienne par R.-J Bernard , m’a incit√© √† en chercher l’√©tymologie. Il le d√©crit¬† dans son article. L’alimentation paysanne en G√©vaudan au XVIIIe si√®cle. In: Annales. √Čconomies, Soci√©t√©s, Civilisations. 24e ann√©e, N. 6, 1969. pp. 1449-1467.¬† ainsi:
TomeLozère

Tomme_Loz√®reTomme de Loz√®re 4 mois d’affinage. Excellent !

La tome gardoise ce n’est pas la m√™me. L’abb√© de Sauvages √©crit en 1756 : Toumo « de la jonch√©e, fromage mou ou qui est r√©cemment caill√©. Le fromage frais et le fromage √©goutt√© est moins r√©cent que la toumo qui est du caill√© tel qu’on le tire de la faisselle ou de la forme √† faire les fromages ».1

Actuellement le mot fran√ßais tome ou¬† tomme a deux d√©finitions¬† d’apr√®s le CNRTL:

1.  Fromage au lait de chèvre, de brebis ou de vache, de forme circulaire, fabriqué en Savoie, en Provence et dans le Dauphiné.

2. ,,Nom du Cantal ou du Laguiole au premier stade de leur pr√©paration« , avec cet exemple tr√®s pr√©cis : Le p√©trissage du caill√© dure environ une heure et demie, et une fois termin√©, le caill√© ainsi malax√© et comprim√© constitue ce que l’on appelle la tome (Pouriau, Laiterie, 1895, p. 738).

A l’√©poque¬† de l’Abb√© de Sauvages la tome gardoise¬† √©tait donc¬† la m√™me que celle du Cantal ou de Laguiole actuellement.

Un coup d’Ňďil sur l’article¬† Tomme de Wikip√©dia nous apprend qu’il y a de multiples vari√©t√©s de tommes, non seulement en Savoie, mais aussi dans le Massif central, en¬† Suisse, dans la Vall√©e d’Aoste √† Gressoney,¬† dans le Haut-Rhin et au Qu√©bec. Il¬† y a des petits¬† des moyens et des grands, le maximum √©tant 12 kg.¬† Il y a m√™me de la tomme de Camargue ou tomme d’Arles , loin de la montagne.

Conclusion : le mot tome, tomme est un parfait¬† synonyme de « fromage ».

Une des toutes premi√®res attestations vient de N√ģmes, dat√© de 1200: toma « jonch√©e, fromage frais ».¬† Dans les dictionnaires franco-proven√ßaux, dont la Savoie fait partie,¬† la toma est en g√©n√©ral d√©finie comme du « fromage √† p√Ęte molle; fromage frais; fromage de m√©nage: lait caill√©, etc. », dans les dictionnaires proven√ßaux c’est du¬† « fromage blanc, fromage de ch√®vre; fromage mou; lait caill√© ». Les d√©riv√©s comme¬†tomasso¬† d√©signent presque toujours des fromages; une exception est le dauphinois¬† tom√©to¬† qui signifie aussi « brique de carrelage », repris par Littr√© dans don dictionnaire : tommette .

L’√©tymologie¬† pose pas mal de probl√®mes.¬† FEW XIII/2, p.20-21 en fait lr r√©sum√©.¬† Les repr√©sentants de¬†*tŇćma¬†se trouvent dans l’Est et le Sud-Est des parlers gallo-romans, de la Franche-Comt√© jusqu’√† la M√©diterran√©e, mais aussi en Italie dans le Piemont, en Lombardie dans le Val San Martino, et ce qui est plus difficile √† expliquer,¬† en Calabre et en Sicile. La pr√©sence de tuma « cacio fresco, non insalato » (fromage frais, non sal√©) en sicilien¬† a sugg√©r√© une √©tymologie grecque ŌĄőŅőľő∑¬† (tom√®) « morceau coup√© », possible du point de vue g√©o-linguistique,¬† mais on n’arrive pas √† expliquer l’√©volution s√©mantique, puisqu’il s’agit d’un fromage frais.

La conclusion provisoire de plusieurs √©tymologistes est qu’il s’agit d’un mot pr√©-roman, non attest√©, peut-√™tre li√©e √† une racine indo-europ√©enne *teu « gonfler ».¬† (Je n’ai pas¬† encore trouv√© de vid√©o du processus, mais cela va venir).

J’ai jet√© un coup d’Ňďil dans un dictionnaire grec et trouv√© quand m√™me¬† deux significations du mot grec ŌĄőŅőľő∑¬† (tom√®), qui pourrait √™tre √† l’origine du sens fromage.

Le premier est ŌĄőŅőľőĶŌÖŌā¬†(tomeus) « secteur de cercle entre deux rayons; terme de g√©om√©trie ». Le sens « fromage » pourrait alors venir de ŌĄőŅőľőĶŌÖŌā comme fromage vient de formaticus [caseus] (795 ds Nierm.) ¬ę [fromage] moul√© dans une forme ¬Ľ, d√©r. de forma ¬ę moule, forme √† fromage ¬Ľ; cf. forme* au sens de ¬ę √©clisse dans laquelle on dresse les fromages ¬Ľ et fourme*.¬† (CNRTL).

Le second est ŌĄőŅőľő∑ ŌÜőĪŌĀőľőĪőļŌČőĹ (tom√® pharmakon) « pr√©paration de rem√®des faits avec des herbes coup√©es ou hach√©es »¬† qui a pu passer au « lait caill√© »¬† une pr√©paration sans ou avec des herbes coup√©es.

tomè_fines-herbes-lait caillé avec des herbes, non pharmaceutiques

Notes
  1. Le CNRTL d√©finit la jonch√©e ainsi : « Fromage frais mis √† √©goutter sur une claie de paille longue appel√©e elle aussi jonch√©e »

Toponymes en acum, anum, ascum, uscum dans le Midi

√Čtymologie des noms de lieux dans le Midi. Quelques liens.

Skok; Peter. Die mit den Suffixen -ACUM¬† -ANUM¬† -ASCUM UND -USCUM¬† gebildeten s√ľdfranz√∂schen Ortsnamen. Beihefte zur Zeitschrift f√ľr romanische Philologie. Heft 2. Halle, Niemeyer, 1906.¬† Le lien va directement √† la page de titre du livre. [https://archive.org/details/zeitschriftfrr0102tbuoft]

Un ouvrage incontournable pour ceux qui s’int√©ressent √† la toponymie du Midi.¬† La Table des mati√®res . p.164-165. Dans la deuxi√®me partie les noms de lieux sont group√©s dans plusieurs cat√©gories √©tymologiques: Noms propres (A-D), Noms,¬† de plantes, animaux, configuration du terrain,¬† b√Ętiments (E) , Adjectifs (F). L’ Index des noms de lieux modernes pp 232-262.

Skok2ePartie

Un exemple. Taleyrac hameau de Valleraugue, catégorie de Noms propres celtiques:

SkokTaleyracLe livre de Holder, Altceltischer Sprachschatz Bd2, colonne 1709¬† (Leipzig, 1896) contient en effet¬† un Tallarius en Allemagne comme nom d’une montagne.

Holder1709Tallarius

Dans Sp.briv. =  Chassaing, Spicilegium brivetense. Paris,1886 (en ligne avec Gallica)

Sp.briveTalairac

Ci dessous un extrait de l’index¬† des noms de lieux du Gard (p.243)

Skok_p.243.

T√≤ra, toro ‘aconit; chenille’

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Toro « cormier des oiseleurs » (sorbus aucuparia) dans la premi√®re √©dition du Dictionnaire de Sauvages.(1756, S1). Dans la deuxi√®me √©dition il ajoute 3 autres significations de toro: « aconit √† fleur jaune ou le Napel », « la chrysomelle de l’osier-franc; scarab√©e rouge tachet√©e de rouge qui r√©pand au loin une odeur forte et puante »; toro ou canilio « chenille » voir Erugo.¬† Il ajoute la remarque suivante:

Toro_S2

 aconitfleurjaune

   sorbier_oiseleurs

 

 

L’√©tymologie de toro ou tora est le mot latin tŇ≠ra « aconit’ qui l’a emprunt√© au grec ŌÜőłőŅŌĀőĪ (phthora). Ce nom a √©t√© adopt√© par les m√©decins au IVe si√®cle.¬† Marcellus Empiricus , un aristocrate et haut fonctionnaire imp√©rial en retraite,¬† a compos√© un trait√© m√©dical pour ses fils vers 360¬† et il mentionne la tora¬† : turam et anturam herbas virentes (tora et antora des herbes verdoyantes). Dans un glossaire appel√© Alphita du XIIIe si√®cle, les deux plantes sont √©galement mentionn√©es:

anthora_alphitaD’apr√®s le FEW XIII/2,p.419¬† tora et anthora sont deux esp√®ces d’aconit et le nom anthora a √©t√© interpr√©t√© comme anti-thora , contre-poison.¬† Si vous voulez en savoir plus1 suivez les indications dans la note12 de l’Alphita

Tora, tora « aconit » est attest√© en ancien occitan (XIVe si√®cle) en en moyen fran√ßais tore depuis1544. Dans les parlers proven√ßaux nous trouvons la forme touero, touara « aconit (napel) ».
Dans la langue des mozarabes2 l’aconit s’appelle touera, en catalan tora, comme en pi√©montais et en portugais herba toura].

Il reste¬† √† expliquer la seconde signification de tora √† savoir « chrysom√®le » et « chenille ».¬† Or, apr√®s les 4 d√©finitions, l’abb√© de Sauvages a ajout√© une remarque tr√®s int√©ressante:

« Il parait qu’on a donn√© en g√©n√©ral le nom de toro aux plantes et aux insectes en qui on a soup√ßonn√© une qualit√© malfaisante dont il fallait se d√©fier. C’est probablement ensuite de cette id√©e d√©favorable que pour exprimer l’amertume de quelque chose, on dit, ama coumo la toro , amer comme¬† le fiel.

C’est le sp√©cialiste des parlers gascons Gerhardt Rohlfs qui y consacre un article dans la Zeitschrift 56, p.386-387 (ToraRohlfs0015906_PDF_409_411DM)¬† Il ne mentionne pas notre cher abb√©, mais je crois qu’il est bien l’inspirateur.¬† J’ai traduit la partie la plus importante de cette explication.

Dans les parlers montagnards des Pyr√©n√©es centrales, qui appellent l’aconit toro, la chenille s’appelle br√© (√† Gavarnie, G√®dre, Bar√®ges). Le m√™me mot sert √† d√©signer le « venin ». Br√© est une contraction d’un ancien ber√© (c’est ainsi qu’il se prononce dans les Basses-Pyr√©n√©es) qui vient d’une dissimilation du latin venenum ( cf. l’ancien occitan ver√©, ver√©n « venin »). La chenille est donc consid√©r√©e comme un animal v√©n√©neux, de sorte que « chenille » et « venin » sont devenus des concepts identiques. Ainsi tout devient clair. L’aconit est une des plantes les plus v√©n√©neuses connues des botanistes,, ce qui explique √©galement son nom en moyen haut allemand eitergift (gift « venin »). La signification d’origine (comme tertio comparationis) des deux noms a d√Ľ √™tre « venin ».

Avec cela nous entrons dans le domaine de la m√©dicine et de la pharmacologie. L’ensemble des faits sugg√®re de penser √† l’ arabe comme source √©tymologique, ce qui est encore renforc√© par la r√©partition g√©ographique du mot (le Sud de la France et l’Espagne). Le professeur Paret de Heidelberg me confirme sur ma demande qu’un mot arabe

thora arabe¬† existe, attest√© dans le dictionnaire de Dozy avec le sens « aconit ». Ce mot arabe est comme l’a vu d√©j√† Dozy est un emprunt au grec¬†ŌÜőłőŅŌĀőĪ (phthora) « an√©antissement; corruption » qui dans la forme thora avec le sens « venin » est pass√© dans des documents en latin tardif. Par exemple dans le Ducange VIII, 102¬† un texte du XIVe si√®cle : Dixit publice quod ipse vellet thoram vel aliud mortiferum comedisse ad finem ut breviter expiraret. (Il a dit publiquement qu’il voulait manger de la tore ou un autre venin mortel de sorte qu’il expirerait dans le plus bref d√©lai.)

 

Alibert  donne encore plus de sens à tòra :

  1. cormier des oiseleurs (sorbus aucuparia). Crus, ses fruits ne sont pas comestibles pour les humains, puisqu’ils contiennent de l’acide parasorbique (acide du sorbier) au go√Ľt √Ępre et amer, pouvant provoquer des vomissements √©ventuellement.
  2. aconit (Aconitum)
  3. chlora perfoliée (chlora perfoliata L.)
  4. scrofulaire (Scrofularia canina L.)
  5. Chenille; chrysomèle du peuplier
  6. Ger√ßures circulaires √† la queue du porc et d’autres animaux
  7. Chancre des arbres
  8. paresse, fainéantise

 

Notes
  1. Anthora_AlphitNote
  2. Le nom donn√© aux chr√©tiens vivant sur le territoire espagnol conquis √† partir de l’an 711 par les arm√©es musulmanes , l’Andalousie actuelle. Les mozarabes avaient dans la soci√©t√© arabe le statut de dhimmi, statut d’inf√©riorit√© inscrit dans la loi. Ils partageaient ce statut avec les juifs, en tant que non-croyants √† l‚ÄôIslam. C’est seulement dans la pratique, et non dans la loi, que leur culture, leur organisation politique et leur pratique religieuse √©taient tol√©r√©es.

Tort, tourdre ‘grive’

Tort et le d√©riv√© tordre, tourdre¬† ‘ »grive » viennent du latin tŇ≠rdus « grive ». Tort est attest√© en Rouergue depuis le d√©but du XIIIe si√®cle. Pour la r√©partition et les formes voir le Thesoc s.v. grive. Nous le retrouvons dans les parlers italiens AIS 494 (Ce lien vous m√®ne √† la page d’accueil de l’Atlas, tapez le chiffre 494 dans la case √† droite de LOAD¬† MAP).

grive mauvisgrive mauvis

Pour écouter le chant de la grive musicienne trida suivez le lien.

En proven√ßal¬†plusieurs verbes ont √©t√© form√©s √† partir du nom de l’oiseau,¬† comme tourdouli√†, tourdoulear¬† « voltiger; roder; muser »; un tourdouloun est quelqu’un qui rode: un importun qui cherche l’occasion d’accrocher un repas ».¬† Dans le Gard et l’H√©rault le d√©riv√©¬†torier ou¬† toro d√©signe¬† le ‘sorbier des oiseleurs1 ‘ appel√© ainsi parce que les oiseleurs s’en servent pour app√Ęter les oiseaux (¬†d’apr√®s l’abb√© de Sauvages) . Le Thesoc fournit le type tourier ( t√≤ri√®r)¬† pour ARDECHE, HAUTE-LOIRE, LOZERE. Je pense que tourier a √©t√© form√© par analogie aux autres noms d’arbres.

Sorbus_aucuparia0Le diminutif tŇ≠rdulus¬† a abouti √† la forme¬†tortre¬† attest√© au XVe si√®cle √† Montagnac,¬† tordre¬† et plus tard¬† tourdre¬†qui est m√™me pass√© au Qu√©bec.¬†Tourdre¬†se trouve dans les parlers proven√ßaux,¬† languedociens et limousins.

La grive passe pour √™tre un oiseau lourdaud et maladroit.¬† A Barcelonnette tourdre¬† signifie aussi « nigaud », comme l’italien tordo.¬† Tourdre fait donc partie des noms d’oiseaux que l’on peut donner √† quelqu’un.

Cette √©volution s√©mantique explique aussi le sens du verbe¬† estourdir, √©tourdir, plus sp√©cialement de √©tourdi « qui n’a plus l’usage de ses sens ». Voir le FEW XIII/2, 428-429 pour plus d’exemples.

C’est le nom de Impasse des Tourdres √† N√ģmes (Aim√© Serre) qui m’a incit√© √† cette recherche.

Tourdres Impasse

Tourd, tourde, tourdre a √©t√© introduit en fran√ßais au XVIe si√®cle, mais il n’est vivant que dans le Midi. Voir le TLF

Notes
  1. sorbus aucuparia

Tosela

Tosela « tauselle » orthographi√© en fran√ßais √©galement touzelle, tauzelle etc.
Charles Atger « Valleraugue. Petites histoires et anciennes coutumes », Le Vigan 1972 , p.12 √©crit :

« La plupart de temps il [le paysan] faisait lui-m√™me le pain du m√©nage avec la farine du seigle r√©colt√© √† la ferme. Cette farine √©tait m√©lang√©e √† celle du froment ou de touzelle, achet√©e chez le boulanger et cela donnait un pain excellent….

J’ai repris le manuscrit de Seguier1, feuille 41 r.: touselle « lou blad lou pu pesant lou pu beu lou millou et aquel que fait lou pan lou pu blanc de tout lou languedoc ». et un peu plus loin : miscle: « blad mele de touselle et de siguie ».

tosela touzelle

Etymologie : cette image explique l’√©tymologie du mot : c’est un bl√© sans barbe autrement dit « tondu », ce qui s’appelait tonsus le part.pass√© du verbe¬† tondere, avec le suffixe -ellu.

Il s’agit d’un vari√©t√© de froment cultiv√© uniquement dans les r√©gions m√©diterran√©ennes. Le mot est √©galement occitan, m√™me s’il a √©t√© import√© en fran√ßais par Rabelais qui lui, savait de quoi il parlait, ayant fait ses √©tudes √† Montpellier. Dans le Quart Livre des faits et dits h√©ro√Įques du bon Pantagruel:

« cestuy home cach√© dedans le benoitier, aroyt un champ grand & restile, & le semoyt de touzelle « ,

contrairement à Jean de La Fontaine qui utilise le mot également dans : Le Diable de Papefiguière :

Le Manant dit :  » Monseigneur, pour le mieux,
Je crois qu’il faut les couvrir de touselle,
Car c’est un grain qui vient fort ais√©ment.
РJe ne connais ce grain-là nullement,
Dit le Lutin. Comment dis-tu ?… Touselle ?…
M√©moire n’ai d’aucun grain qui s’appelle
De cette sorte ! Or emplis-en ce lieu :
Touselle soit, touselle, de par Dieu !

La Fontaine¬† a avou√© √† Richelet, l’auteur d’un dictionnaire, qu’il ne savoit pas ce que c’√©tait. Pourtant le mot est rest√© dans les dictionnaires fran√ßais jusqu’√† nos jours avec la graphie tauselle. Enfin dans le TLF on le trouve avec la graphie touselle, touzelle.

Et pour terminer voici ce que l’abb√© de Sauvages qui savait de quoi il parlait, a √©crit √† propos de touzelo,

 

L’histoire du pain de Gonesse¬† fait uniquement avec de la tauselle,¬† est confirm√©e dans ce site : . Du XVe au XVIIe si√®cle, le village se tailla une solide r√©putation pour la qualit√© de son pain fabriqu√© avec le bl√© du terroir, le pain mollet de Gonesse