cat-right

Mesadier ‘mensuel’

MesadiĂ©, mesadiè, mesadiero, mesadieiro adj. est subst. « mensuel, homme ou femme qui se loue au mois » appelĂ© aussi mesaire d’après Mistral. DĂ©rivĂ© de mesado « durĂ©e d’un mois » ensuite aussi « salaire ou loyer d’un mois » synonyme de lunessado.

Mesado est dĂ©rivĂ© du latin mensis« mois ». La première attestation en ancien occitan date de 1548. Voir le FEW 6/1, p.714b.  (lien direct; voir aussi les notes 17 Ă  20) )

Raymond Jourdan de Montagnac (1976) donne une dĂ©finition plus prĂ©cise en ce qui concerne le mesadier dans le travail de la vigne: «  »Ouvrier payĂ© au mois, nourri, menant les bĂŞtes ».

A Alès on embauchait des ouvriers supplĂ©mentaires  pour l’Ă©ducation des vers Ă  soie (note 19 du FEW).

 

magalh ‘houe, pioche,’

Magalh ‘houe large, pioche, bèche’ est un mot provençal1 d’origine grècque μακελη (makĂ©lè avec l’accent sur le -Ă©-) « houe du vigneron »Â  ou  μακελλα (mákella  avec l’accent sur le -á- ).  Wikipedia Ă©crit :

La culture de la vigne a Ă©tĂ© introduite en Gaule par les Grecs de PhocĂ©e …. Max Rives, chargĂ© de mission Ă  l’INRA, l’a vĂ©rifiĂ© sur place Ă  Massalia, le premier comptoir phocĂ©en Ă©difiĂ© six siècle avant notre ère :

« J’ai vu, au cours des fouilles du quartier de la Bourse, Ă  Marseille, les pĂ©pins de marc de raisin provenant de leur vinification et jetĂ©s dans des amphores, flotter dans l’arrière du Vieux-Port oĂą ces amphores-poubelles servaient de fondations Ă  une rue.
Les Grecs avaient évidemment importés des variétés de leur pays, ignorant que la vigne spontanée les avait précédé de quelques dizaines de siècles47. »

Il n’y a pas seulement les pĂ©pins de marc de raisin mais aussi le vocabulaire comme entar, empeutar et magalh.

La première attestation maguayll vient de La vida de Sant Honorat, Ă©crit autour de 1300 par Raimond Feraud.  A Marseille  c’est devenu magáou.  On a crĂ©Ă© des  dĂ©rivĂ©s comme magaioun « sarcloir, petite pioche », magayar, magalhar « piocher » tous  en provençal.

A propos de l’attestation ariĂ©geoise j’ai trouvĂ© une prĂ©cision dans le livre de  A. Casanova, Paysans et machines Ă  la fin du XVIIIe siècle: essai d’ethnologie historique, Volume 415.Presses Univ. Franche-ComtĂ©, 1990 –

Extrait sur le magalh du livre de A.Casanova

Dans l’Ă©dition de 1820 du Dictionnaire languedocien  de l’abbĂ© de Sauvages, il y a dans l’article aissado  une description prĂ©cise  de cet instrument. Il Ă©crit que l’aissado, le mot languedocien pour la houe,  comme la maigle  bourguignonne et la chèvre lorraine n’est pas une bèche.

Noms de famille. D’après plusieurs gĂ©nĂ©alogistes  le nom de famille Magallon, Magal en Dordogne serait dĂ©rivĂ© de notre magalh.

Catalan magall : « instrument de cavar la terra que per un canto … »

magall catalan

Les reprĂ©sentants de la  forme μακελλα  se trouvent  en ancien français  maigle « pioche de vigneron » , mĂ©ye  Ă  Nuits-St.Georges, etc. Le mot a dĂ» voyager avec le progrès de la viticulture du Midi vers le nord de la Gaule, tout en subissant une transformation phonĂ©tique.

_________________________________________

Notes
  1. Il y a une seule attestation de l’Ariège magalh « hoyau pour creuser les rigoles ». Alibert mentionne aussi magalh « houe » et au figurĂ© « imbĂ©cile » mais sans localisation en languedocien.

Malhol 'plant, bouture'

Malhol ’bouture, jeune plant de vigne’.  Etymologie latin malleolus « petit marteau; crossette de la vigne ». Aoc. XIIe siècle.   Malholl  a pris dans la mĂŞme pĂ©riode le sens de « vigne nouvellement plantĂ©e »,  sens que malleolus avait pris dĂ©jĂ  au IXe siècle en latin mĂ©diĂ©val et que nous retrouvons en catalan mollol  et en espagnol  majuelo.

L’image ( jeune plant = petit marteau  ou maillet) qui est derrière cette Ă©volution sĂ©mantique est d’origine latine!

L’abbĂ© de Sauvages (S1) Ă©crit:

MaliĂ´ou , ou avantin « jeune plan  de vigne », il y en a de deux sortes les crossettes1e et les barbues2, appellĂ©es  sautelles dans quelques provinces; il n’y a que la barbue qui est du chevelu et qui, Ă  cause de cela, reprend plus aisĂ©ment. L’  avantin  est toujours un sarment de vigne qu’on plante dans des tranchĂ©es pour avoir des seps.

des barbues

 Mistral connait un dĂ©rivé  malholo s.f. « jeune plante de vigne » pour le languedocien, qui a vĂ©cu , mais pas longtemps, en français de 1800 Ă  ?

L‘ALF atteste le dĂ©rivĂ© mayola  « pampre » dans les Alpes-Maritimes avec le verbe  esmayolĂ  « Ă©pamprer ».

FEW 6,115’b

______________________________________

 

 

Notes
  1. Branche, taillĂ©e en forme de crosse, composĂ©e d’un jeune rameau et d’une pousse de l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente, et qui sert Ă  faire des boutures
  2. marcotte racinée

Cabessaou "coussinet"

Cabessaou « tortillon, bourrelet, coussinet qui sert Ă  porter un fardeau sur la tĂŞte ». Une image d’un cabessaou  par RenĂ© Domergue (Montpezat).  L’Ă©tymologie est  capitium  qui en latin signifie « ouverture pour la tĂŞte dans une tunique ». Mistral donne les formes suivantes:

La forme la plus courante est cabessaou  avec un -e-.   

Il y a un autre groupe de mots qui y ressemble beaucoup, dont le verbe cabussar « plonger avec la tĂŞte  en avant ».  Ce verbe   et ses dĂ©rivĂ©s, qui sont très frĂ©quents dans tout le domaine occitan, sont  classĂ©s par le FEW dans l’article caput « tĂŞte,  pour des raisons d’ordre phonĂ©tique.

Dans le Thesoc je trouve s.v. « tortillon » les formes cabessal, cabessala, cabelhada, capelada et capeluda  dans lesquelles il y a manifestement de l’influence du mot caput  et de ses nombreux dĂ©rivĂ©s.

Un visiteur originaire de la  Vaunage m’Ă©crit:

Bonjour,
Je ne trouve nulle part le mot cabusaou ou cabusau.
Le cabusaou Ă©tait confectionnĂ© avec un « sac Ă  patates  » bourrĂ© de paille.
Il enserrait la tĂŞte et portait sur les Ă©paules du porteur pendant les vendanges.
Il fallait bien sûr quelques coutures pour lui donner la bonne forme.
La comporte Ă©tait posĂ©e dans un rang, le porteur (qui ne portait rien Ă  ce moment lĂ ) ou les coupeurs vidaient les seaux dans la comporte. Une fois pleine, un vendangeur aidait le porteur Ă  poser la comporte sur la tĂŞte du porteur (d’oĂą le nom comporte, porter avec), ou plutĂ´t sur le cabusaou. Le poids Ă©tait donc rĂ©parti sur la tĂŞte et les Ă©paules du porteur.
Double avantage par rapport Ă  la hotte, on ne porte que quand c’est plein ou vide; on porte sur la tĂŞte et les Ă©paules.
Ici, en Vaunage, 10 km Ă  l’ouest de NĂ®mes.
J’ai Ă©tĂ© porteur en 1969, et le tombereau Ă©tĂ© encore tirĂ© par un cheval.

N’ayant pas trouvĂ© cabussaou  avec  ce sens dans l’Alibert, ni dans le TrĂ©sor de Mistral1, je me suis adressĂ© Ă  GĂ©rard Jourdan, qui m’avait envoyĂ© la description de la  Culture de la vigne ne Languedoc  au dĂ©but du XXe siècle faite par son père. Il m’a donnĂ© la rĂ©ponse dĂ©taillĂ©e que voici:

Bonjour Robert,
hĂ© non ! ce terme de cabusaou n’est pas dans le vocabulaire de Montagnac ; chez moi, donc, les ustensiles de la vendange Ă©taient les suivants :
un seau (d’environ 8 litres) rempli par le coupeur ( lou coupaĂŻrĂ©),
le leveur de seaux récupérait le seau plein (lou farrat) et le vidait dans une comporte en bois (environ 100 litres) la semal dans laquelle lou quichaïré, avec lou quichadou, comprimait cette vendange.
Quand la semal était pleine, elle était soulevée par deux porteurs avec deux gros leviers : les sémaillés et transportés jusque sur la charrette équipée de ridelles en fer (vous avez un schéma de cette charrette dans le document de mon père).
Donc chez nous rien de ce cabusaou.

Mais j’ai quelques souvenirs qui s’apparentent un peu Ă  cet objet.
Lors de vendanges dans la rĂ©gion de Lunel ( donc pas très loin  de la Vaunage), dans les annĂ©es 1970, je me souviens d’avoir utilisĂ© le seau comme chez moi mais on le vidait dans une comporte en zinc, plus petite que la nĂ´tre, emportĂ©e vers le tombereau par un porteur qui la plaçait sur sa tĂŞte protĂ©gĂ©e par un tortillon de jute et de ficelle.
Je me demande d’ailleurs comment le porteur de la Vaunage portait une comporte mĂŞme plus petite que la nĂ´tre, ou alors c’Ă©tait plutĂ´t une hotte qu’il portait sur les Ă©paules.

De la mĂŞme façon, je me souviens d’avoir vu ma grand-mère espagnole ( native de la rĂ©gion de Murcie) transporter un cuvier plein de linge de sa maison au lavoir du village ( Ă  Montagnac) sur la tĂŞte qu’elle protĂ©geait avec le mĂŞme tortillon que pour les vendanges.
Enfin, toujours Ă  Montagnac, je me souviens d’avoir « badĂ© » (regardĂ© curieusement) l’ouvrier du fournisseur de charbons, François Carminati ( qui Ă©tait un copain Ă  mon père) en train de transporter des sacs de boulets de charbon (qui devaient faire au moins 50 kg) sur la tĂŞte et les Ă©paules qu’il protĂ©geait avec un sac de jute qui lui couvrait la tĂŞte et les Ă©paules, mais je ne me souviens pas s’il Ă©tait rempli de paille.

Grâce Ă  la coopĂ©ration de mes visiteurs, nous apprrenons que non seulement les formes variaient beaucoup, mais aussi l’utilisation du tortillon. La description de la vendange Ă  Montagnac par Raymond Jourdan  est très instructive.

Notes
  1. J’avoue avoir mal cherchĂ©

Chelet "terrasse"

Un visiteur m’a demandĂ© l’origine de   chelet  « terrasse », mot de l’Ardèche:

Bonjour!
Je suis natif de Serrières Ardèche et enfant mes grand-parents utilisaient le nom de « shellay » pour des terrasses utilisĂ©es anciennement pour la culture de vigne ou en utilisation en jardin . Avez-vous une origine Ă  ce nom.

J’ai pu rĂ©pondre:
Bonjour!
VoilĂ  une information intĂ©ressante! Votre shellay, chelet ou chalè n’est attestĂ© que dans le nord de l’Ardèche, avec exactement le sens que vous donnez.  Il y a quelques remarques Ă  ce propos dans le site de Christian Lassure, mais pas l’origine et je ne l’ai pas encore trouvĂ©e. J’y travaille et je vous tiendrai au courant.
Robert Geuljans

Christian Lasure Ă©crit:

CHELET/CHALET (m)

Ce terme est donnĂ© par Jean-François Blanc comme signifiant « terrasse de vigne » en Ardèche septentrionale, sur les coteaux de la rive droite du RhĂ´ne. S’agit-il d’une variante de cheyet (m) rencontrĂ© sur la rive opposĂ©e, dans le vignoble de Tain-l’Hermitage ? Lachiver ne connaĂ®t pas chelet mais donne au terme chalet le sens de « terrasse Ă©difiĂ©e par l’homme sur les pentes ». Il donne par contre chey (f) (pl cheyes ou cheyx, Ă  rattacher Ă  l’Ă©tymon calj, « caillou »), censĂ© dĂ©signer, dans le vignoble de CĂ´te-RĂ´tie (rive droite du RhĂ´ne), une « murette destinĂ©e Ă  soutenir les terrasses sur lesquelles on cultive la vigne ». Comme par ailleurs le mĂŞme auteur donne la mĂŞme localisation et la mĂŞme dĂ©finition pour murgeyes (f pl) (« murettes destinĂ©es Ă  soutenir les terrasses », Ă  rattacher Ă  muricarium, « tas de pierres »), on est en droit de s’interroger.

Bonjour Merci de votre réponse je suis allé sur le site de Mr Lassure , Effectivement c’est bien l’image du paysage des « chelets » de Serrières . J’avais pensé à escalier mais le raccourci me paraît un peu facile.

Cordialement Laurent Cano

Une  Ă©tymologie possible est celle de l’occitan calade,  le latin callis « chemin » ou caljo- « pierre ». J’ai trouvĂ© l’image de  chelets  Ă  Saint -DĂ©sirat de Vernosc en Ardèche:


chelet nord del'Ardèche

Il y a en effet pas mal de cailloux.

Page 2 sur 812345…Dernière page »