cat-right

Trenco, trinca ‘pioche’

Trinquo forta, trinca forta (Raymond Jourdan, Montagnac) ¬ę¬†pioche ouverte √† angle de 75¬į √† 85¬į, pesant 2 √† 4 kg.¬†

ArpaRJourdan

Etymologie :¬† voir FEW XIII/2, 278a¬† *trincare « diviser en trois » . Aveyron trinqua « biner une terre » A la page suivante du FEW un grand nombre d’attestations surtout de l’occitan de trenca « pioche, houe » etc. principalement dans le domaine languedocien.¬† Voir aussi le Thesoc s.v. houe

Lisez l’article arpa de rompuda sur le travail p√©nible du d√©foncement d’une vigne avant 1914.

Tranchée, anglais trenche.

Lisez l’article consacr√© √† la Grande Guerre dans le New York Times.

Arpa de rompuda ‘trident’

Arpa de rompeuda ¬ę¬†trident √ß√† angle de 75 √† 85¬į, pesant de 2 √† 4 kg¬†¬Ľ (Raymond Jourdan, Montagnac)¬† fait partie de la famille de mots harpe ¬ę¬†faucille¬†; griffe¬†¬Ľ, que le latin a emprunt√© au grec ő¨ŌĀŌÄő∑ avec ces deux sens. La plus ancienne attestation en galloroman vient de l’ancien occitan arpa ¬ę¬†griffe d’un animal¬†¬Ľ (14e s.).¬† Il y a de nombreuses attestations dans tout le domaine occitan, de Die jusqu’en B√©arn. H.Schook (Die) donne ¬†arpa¬† ¬ę¬†griffe¬†¬Ľ,¬†¬† arpic ¬ę¬†griffe, croc de b√Ľcheron¬†¬Ľ, arpic de pola ¬ę¬†clavaire (champignon)¬†¬Ľ et arpion ¬ę¬†orteil (familier)¬†¬Ľ. L’abb√© de Sauvages¬†: arpat√ęjha ¬ę¬†marcher en t√Ętonnant¬†¬Ľ et arpiou ¬ę¬†ongle d’oiseau¬†¬Ľ d√©riv√© de arpo ¬ę¬†griffe¬†¬Ľ (S2, p.50). Voir les nombreuses attestations dans le Thesoc s.v. griffe¬†;¬† et FEW IV, 385-388,

Arpa ¬ę¬†outil agricole¬†¬Ľ est aussi tr√®s r√©pandu en catalan et en espagnol.¬† La graphie Harpa de rompuda de Raymond Jourdan montre que pour lui l’arpa a quelque chose d’un instrument de musique ( comme pour Alibert qui donne germanique Harpa comme √©tymologie).

Dans Culture de la vigne en Languedoc Raymond Jourdan[note1.]¬† donne une description d√©taill√©e de sa Cr√©ation d’un vignoble. Le premier paragraphe est consacr√© au d√©foncement:

Le d√©foncement : appel√© aussi le charruage, en occitan « roumpre ». Avant 1914, avec une pioche « trinqua forta » ou un trident « harpa de rompuda » (a=o].

ArpaRJourdan

Travail p√©nible et tr√®s long fait en « collas », groupe de plusieurs salari√©s agricoles : brassiers et journaliers. Le d√©foncement, ou « rompuda » consiste √† labourer profond√©ment (40 √† 60 cm) pour installer une vigne nouvelle ou « mayol« .

Après 1914, la rompudo se fait avec des chevaux 2,4 ou 6 et une grosse charrue à versoir et à mancherons.

_________________________

1.J’utilise la graphie de Raymond lui-m√™me. Il a √©crit ce texte en 1978. Ce sont ses souvenirs du d√©but du 20e si√®cle.¬† Son fils G√©rard Jourdan a eu la gentillesse de me faire parvenir ce texte que j’ai lu comme un roman, avec la transcription dite classique, moins proche de la prononciation.]

Mesadier ‘mensuel’

Mesadi√©, mesadi√®, mesadiero, mesadieiro adj. est subst. « mensuel, homme ou femme qui se loue au mois » appel√© aussi mesaire d’apr√®s Mistral. D√©riv√© de mesado « dur√©e d’un mois » ensuite aussi « salaire ou loyer d’un mois » synonyme de lunessado.

Mesado est d√©riv√© du latin mensis« mois ». La premi√®re attestation en ancien occitan date de 1548. Voir le FEW 6/1, p.714b.¬† (lien direct; voir aussi les notes 17 √† 20) )

Raymond Jourdan de Montagnac (1976) donne une d√©finition plus pr√©cise en ce qui concerne le mesadier dans le travail de la vigne: «  »Ouvrier pay√© au mois, nourri, menant les b√™tes ».

A Al√®s on embauchait des ouvriers suppl√©mentaires¬† pour l’√©ducation des vers √† soie (note 19 du FEW).

 

magalh ‘houe, pioche,’

Magalh ‘houe large, pioche, b√®che’ est un mot proven√ßal1 d’origine gr√®cque¬†őľőĪőļőĶőĽő∑ (mak√©l√® avec l’accent sur le -√©-) « houe du vigneron »¬† ou¬† őľőĪőļőĶőĽőĽőĪ (m√°kella¬† avec l’accent sur le -√°- ).¬† Wikipedia √©crit :

La culture de la vigne a √©t√© introduite en Gaule par les Grecs de Phoc√©e …. Max Rives, charg√© de mission √† l’INRA, l’a v√©rifi√© sur place √† Massalia, le premier comptoir phoc√©en √©difi√© six si√®cle avant notre √®re¬†:

¬ę¬†J’ai vu, au cours des fouilles du quartier de la Bourse, √† Marseille, les p√©pins de marc de raisin provenant de leur vinification et jet√©s dans des amphores, flotter dans l’arri√®re du Vieux-Port o√Ļ ces amphores-poubelles servaient de fondations √† une rue.
Les Grecs avaient √©videmment import√©s des vari√©t√©s de leur pays, ignorant que la vigne spontan√©e les avait pr√©c√©d√© de quelques dizaines de si√®cles47.¬†¬Ľ

Il n’y a pas seulement les p√©pins de marc de raisin mais aussi le vocabulaire comme entar, empeutar et magalh.

La premi√®re attestation maguayll vient de La vida de Sant Honorat, √©crit autour de 1300 par Raimond Feraud.¬† A Marseille¬† c’est devenu mag√°ou.¬† On a cr√©√© des¬† d√©riv√©s comme magaioun « sarcloir, petite pioche », magayar, magalhar « piocher » tous¬† en proven√ßal.

A propos de l’attestation ari√©geoise j’ai trouv√© une pr√©cision dans le livre de¬† A. Casanova, Paysans et machines √† la fin du XVIIIe si√®cle: essai d’ethnologie historique, Volume¬†415.Presses Univ. Franche-Comt√©, 1990 –

Extrait sur le magalh du livre de A.Casanova

Dans l’√©dition de 1820 du Dictionnaire languedocien¬† de l’abb√© de Sauvages, il y a dans l’article aissado¬† une description pr√©cise¬† de cet instrument. Il √©crit que l’aissado, le mot languedocien pour la houe,¬† comme la maigle¬† bourguignonne et la ch√®vre lorraine n’est pas une b√®che.

Noms de famille. D’apr√®s plusieurs g√©n√©alogistes¬† le nom de famille Magallon, Magal en Dordogne serait d√©riv√© de notre magalh.

Catalan magall : ¬ę instrument de cavar la terra que per un canto … »

magall catalan

Les repr√©sentants de la¬† forme őľőĪőļőĶőĽőĽőĪ¬† se trouvent¬† en ancien fran√ßais¬† maigle « pioche de vigneron » , m√©ye¬† √† Nuits-St.Georges, etc. Le mot a d√Ľ voyager avec le progr√®s de la viticulture du Midi vers le nord de la Gaule, tout en subissant une transformation phon√©tique.

_________________________________________

Notes
  1. Il y a une seule attestation de l’Ari√®ge magalh « hoyau pour creuser les rigoles ». Alibert mentionne aussi magalh « houe » et au figur√© « imb√©cile » mais sans localisation en languedocien.

Malhol 'plant, bouture'

Malhol ’bouture, jeune plant de vigne’.¬† Etymologie latin malleolus « petit marteau; crossette de la vigne ». Aoc. XIIe si√®cle.¬†¬† Malholl¬† a pris dans la m√™me p√©riode le sens de « vigne nouvellement plant√©e »,¬† sens que malleolus avait pris d√©j√† au IXe si√®cle en latin m√©di√©val et que nous retrouvons en catalan mollol¬† et en espagnol¬† majuelo.

L’image ( jeune plant = petit marteau¬† ou maillet) qui est derri√®re cette √©volution s√©mantique est d’origine latine!

L’abb√© de Sauvages (S1) √©crit:

Mali√īou , ou avantin « jeune plan¬† de vigne », il y en a de deux sortes les crossettes1e et les barbues2, appell√©es¬† sautelles dans quelques provinces; il n’y a que la barbue qui est du chevelu et qui, √† cause de cela, reprend plus ais√©ment. L’¬† avantin¬† est toujours un sarment de vigne qu’on plante dans des tranch√©es pour avoir des seps.

des barbues

¬†Mistral connait un d√©riv√©¬† malholo s.f. « jeune plante de vigne » pour le languedocien, qui a v√©cu , mais pas longtemps, en fran√ßais de 1800 √† ?

L‘ALF atteste le d√©riv√© mayola¬† « pampre » dans les Alpes-Maritimes avec le verbe¬† esmayol√† « √©pamprer ».

FEW 6,115’b

______________________________________

 

 

Notes
  1. Branche, taill√©e en forme de crosse, compos√©e d’un jeune rameau et d’une pousse de l’ann√©e pr√©c√©dente, et qui sert √† faire des boutures
  2. marcotte racinée
Page 2 sur 812345‚ĶDerni√®re page »