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Artiga, artigal, artigue

Artigal « terre d√©frich√©e », « novale, terre situ√©e entre deux rivi√®res  » (Alibert). L’√©tymologie de ce groupe de mots a donn√© lieu √† beaucoup de discussions, mais les √©tymologistes ne sont pas arriv√©s √† une solution¬† satisfaisante pour tous les cas. Le plus difficile √† expliquer est le fait qu’on retrouve un type semblable en wallon : artiu « champ labour√© ».

Le substantif artiga¬† « terre d√©frich√©e » ne se trouve qu’en ancien gascon, et dans le Val d’Aran. En languedocien et gascon il est assez fr√©quent¬† fossilis√© comme toponyme. Voir par exemple Longon, p.24 (lien direct) ou¬† le Pegorier s.v.artiga.

Le d√©riv√© artigal¬† toujours avec le sens « terre d√©frich√©e » , et les verbes artigalar, artigar « d√©fricher » semblent √™tre vivants, m√™me s’il y a des doutes sur certaines donn√©es consid√©r√©es comme des reconstructions¬† artificielles √† partir des toponymes, notamment artig (Gers) et¬† artigau (P√©rigord); etc.

Comme artiga¬† est aussi catalan et aragonais plusieurs √©tymologistes ont suppos√© comme √©tymon un *artika repris √† un substrat ib√®re¬† ou basque. En effet en basque existe arteaga « bois de ch√™nes verts, d√©frichement ».

En gascon¬† il y a un compos√© eishartigar , eixartigar en catalan, qui pourrait s’expliquer comme une forme hybride, compos√© de eissartar ( de issart « friche ») et¬† artigar.

La r√©partition g√©ographique,sud-ouest de l’occitan, le catalan et le wallon exclut une origine commune gauloise ou ib√®re/basque pour toutes les donn√©es. Beaucoup de donn√©es pour celui ou celle qui veut approfondir dans le FEW¬† XXV,387b-390b.*artika.

Un dernier lien bibliographique : Sommaires d√©taill√©s des Actes publi√©s par la S.F.O.¬† L‚ÄôOnomastique, t√©moin de l‚Äôactivit√© humaine. Colloque du Creusot (30 mai-2 juin 1984) , √©d. G. Taverdet, Dijon, Association Bourguignonne de Dialectologie et d‚ÄôOnomastique, 1985, II-328p. sp√©cialement¬† aux pp. 19-29 : Billy, Pierre-Henri, ‚ÄúNoms de d√©frichement d‚Äôorigine pr√©romane¬†: *ARTICA, *BODICA, *CARRICA, *MARRICA‚ÄĚ.

 

Les noms du chêne

Cassanus, robur, quercus, carra, blaca ,etc.

Le nom du chêne cassanus  est-il  gaulois?   Von Wartburg écrit dans le FEW (je résume) :

  1. *c√°ssanus (la petite √©toile signifie que le mot n’est pas attest√©, mais reconstitu√©!), est peut-√™tre d’origine celtique , mais le mot peut aussi bien √™tre rerpris par les Gaulois aux peuples pr√©-celtiques. Le probl√®me est que *cassanus ne se retrouve dans aucune autre langue celtique, et d’autre part que la r√©partition g√©ographique du mot ne correspond pas non plus √† celle d’un peuple pr√©-celtique.
  2. *cássanus est indigène dans toute la France, sauf dans les départements provençaux
  3. La r√©partition g√©ographique du type *cassanus et des concurrents gaulois *derua, le pr√©roman (?) carr- et le latin robur n’est pas rest√©e immuable au cours des si√®cles. Dans le Midi et notamment dans le Languedoc, le type *cassanus a √©t√© concurrenc√© et remplac√© par des mots du type *carr- qui d√©signaient √† l’origine des « taillis de ch√™nes ». L√† o√Ļ nous trouvons le type *c√°ssanus dans les patois modernes, il s’agit d’un emprunt aux patois nord-occitans, comme par exemple l’auvergnat.

Le professeur Henriette Walter √©crit dans son « bestseller » L’aventure des mots fran√ßais venus d’ailleurs », (Paris,Robert Lafont, 1997) p. 42 « Le nom du ch√™ne √©tait cassanos en gaulois, quercus en latin. » Elle a oubli√© de consulter le FEW , contrairement √† Alain Rey pour son « Dictionnaire historique »Le chapitre que Mme Walter consacre √† « Le ch√™ne gaulois: pr√©sent partout » (p.42) demande quelques remarques.

M√™me si le ch√™ne √©tait « un objet de culte chez les Gaulois », cela n’implique pas que le nom *cassanus est d’origine gauloise. Le « service publique » est un objet de culte chez les Fran√ßais, mais cela n’implique pas que les mots service et publique sont d’origine francaise. Et comment expliquer que les Gaulois de la Provence n’ont pas conserv√© ce mot? ou qu’on le retrouve dans des patois ib√©ro-romans, l√† o√Ļ les Celtes ne se sont jamais install√©s?

Pourquoi rattacher la Provence au pays de chassaigne, si le mot n’y est pas indig√®ne, mais un emprunt?. D’ailleurs la conclusion de Mme H. Walter, quand on regarde sa carte, que ca- est devenu cha- en Provence est fausse. La ligne qui s√©pare la zone o√Ļ ca- s’est maintenu de la zone o√Ļ ca- a √©volu√© en ts-, ch- suit approximativement la ligne qui s√©pare le proven√ßal et le languedocien des parlers nord-occitans. Voir la carte ci-dessous, couleur lavande = proven√ßal , ocre fonc√©= languedocien. Ocre clair = nord occitan. La limite ca-/tsa a √©t√© d√©crite tr√®s pr√©cisement par Ronjat. ( BDP, voir aussi NVelay).

Lire l’article carr dans FEW!!! = pr√©roman, peut-√™tre basque!

Ci- dessous la carte à gauche : la ligne cassagne/chassaigne.(Mme Walter)                  A droite: au sud de la ligne blanche ca- > ca- en provençal, languedocien et gascon

Gascon: garric. Un des nombreux noms que peut prendre le ch√™ne suivant la r√©gion et la vari√©t√©. D√©riv√©s : garrigar (ne pas prononcer le « r » final), et bien s√Ľr « garriga » (prononcer « garrigo« ), mais ce dernier est plut√īt languedocien. Voir l’article¬† Garriguette, la benjamine de la famille Garric

esc√≥s ch√™ne ou autre arbre √©t√™t√©. Prononcer « escous ou escoup

surr√®r « ch√™ne li√®ge » Prononcer « surr√® »; surr√®da (prononcer entre « surr√®de » et « surr√®do ») : endroit plant√© de ch√™nes li√®ge

cassi est plut√īt girondin, l’autre forme gasconne est casso (prononcez [cassou] en accentuant la premi√®re syllabe), cassiar (masc.), cassia o cassi√®ra (fem.), et cassanha « ch√™naie ».

tausin « ch√™ne tauzin » variante : taudin. D√©riv√©s tausiar (prononcer « tawzia »), taudinar, tausi√®da (prononcer entre « tawzi√®de » et « tawzi√®do »)…, qui sont les for√™ts de ch√™nes tauzins

Languedocien

Garric « ch√™ne; ch√™ne kerm√®s ». Voir l’article Garriguette, la benjamine de la famille Garric

Le ch√™ne blanc lo rore, lo roire, lo rove (prononcez [rour√©], [rouir√©], [rouv√©]) « Quercus humilis subsp. lanuginosa, autrefois Quercus pubescens »

Comme nom de lieu le type robur est tr√®s r√©pandu. Dans le site de l’IGN (Les chiffres donnent le nombre de lieux en France; en consultant le site vous pouvez retrouvez tous les d√©tails : d√©partement, commune, coordonn√©s) j’ai trouv√©:

116 noms de lieu pour roure: roure 66 rouré 3 rourebean 1 rourebeau 3 rourebel 6 rourebet 1 roureda 1 rouregros 1 rourelas 1 roures 4 rouressol 1 rouresson 1 rouret 14 rourette 1 rourèda 1 rourède 3 rourèdes 1 rourètrie 1 rouréa 1 rourée 1 rouréou 1 arrourets 1 auroure 2 et

21 pour roire: au rouire 1 bergerie de la rouire 1 col d’al rouire 1 col de rouire 1 en rouire 2 la rouire 1 le bois de rouire 1 le rouire 3 pech de rouire 1 puech de rouire 1 rouire 3 rouire ouest 1 rouire verdal 1 ruisseau de rouire 1 ruisseau du col de rouire 1 ruisseau du rouire 1

et beaucoup plus pour rouve : rouve 15 rouvé 1 rouveau 4 rouvecau 3 rouvegade 1 rouvegros 1 rouveillat 1 rouveille 1 rouveirac 1 rouveiret 3 rouveirette 1 rouveirole 1 rouveiroles 1 rouveirolle 2 rouveirolles 1 rouveirète 1 rouveix 8 rouvel 4 rouveladas 1 rouvelade 1 rouvelades 1 rouvelane 1 rouvelet 3 rouvelias 1 rouvelines 1 rouvelinière 1 rouvelière 1 rouvellac 1 rouvelle 1 rouvellière 1 rouvelon 1 rouvelong 1 rouvelot 1 rouvenac 3 rouvenaie 2 rouvenaz 1 rouvenet 1 rouvenoz 1 rouvenèdes 1 rouverade 1 rouverades 1 rouveral 1 rouverat 2 rouveray 3 rouverdal 2 rouvereau 1 rouvereaux 1 rouverel 1 rouveret 2 rouverets 1 rouverette 1 rouvergne 1 rouvergue 4 rouvergues 1 rouverieux 1 rouveroi 1 rouverol 3 rouverolles 1 rouverot 2 rouverou 1 rouveroux 2 rouveroye 1 rouvert 1 rouvery 1 rouves 7 rouvet 3 rouvets 2 rouvette 1 rouveure 3 rouveurette 1 rouvey 7 rouveya 1 rouveyrac 1 rouveyrasse 1 rouveyre 6 rouveyrenque 1 (à Congéniès près de Vergèze dans le Gard) rouveyres 1 rouveyret 2 rouveyrette 5 rouveyrieux 1 rouveyrol 4 rouveyrole 1 rouveyroles 1 rouveyrolle 4 rouveyrolles 4 rouveyrols 1 rouvède 1 rouvègues 1 rouvère 1 rouvès 2 rouvèze 1 rouvéreide 2 anrouve 1 bellerouveroye 1

blacha, blaca, blac√†s, souvent aussi employ√©s pour d√©signer le ch√™ne blanc. s‚Äôapplique √† divers esp√®ces : le ch√™ne vert en plaine, le ch√Ętaignier en C√©vennes, le ch√™ne blanc un peu plus dans l‚Äôarri√®re-pays.

avaus « Quercus coccifera (ch√™ne-kerm√®s) »

rovi√®ira, roveda, rovereda, roireda (en languedocien) /roviera (en proven√ßal), »ch√™naie blanche »

roret, roet « un petit bois de ch√™nes »

Blaca « ch√™ne blanc ».¬† Dans le premier volume du FEW blaca est consid√©r√© avec beaucoup d’h√©sitations comme d’origine gotique dans l’article blakk- « reluisant, brillant »[1.Petite erreur dans FEW 1: westh√§lfte doit √™tre osth√§lfte], mais cet √©tymon n’est pas repris dans les √©l√©ments d’origine germanique.

¬†D’apr√®s les g√©n√©alogistes le nom de famille¬† Blach√®re d√©riv√© de blaca¬†

¬†est fr√©quent dans l’Ard√®che, o√Ļ l’on trouve aussi la forme Blacher. C’est un toponyme d√©signant un bois de ch√™nes blancs (occitan blaca). Le ch√™ne blanc (ou Quercus pubescens) est consid√©r√© comme un des meilleurs ch√™nes truffiers. De nombreux hameaux s’appellent (la) Blach√®re dans l’Ard√®che et la Loz√®re. Formes voisines : Blacheyre (42), Blachier (07), Blache (26, 38), Blacas, Blachas (83, 84, 34, 48), Blachette (07, 26)

Google  me fournit 2 autres sources:

Dans Mélanges de philologie romane offerts à Charles Camproux: Volume 2

BLACAS, sp√©cialement nom noble, est un augmentatif proven√ßal de blaca, mot du Sud-Est, d’origine pr√©-gauloise, d√©signant originairement un taillis de ch√™nes. BREA. Ludovic Brea : in ¬ę Theatrum Statuum Sabaudiae Ducis ¬Ľ, Amsterdam, 1682.

et dans la Zeitschrift f√ľr romanische Philologie vol.79(1963)

J. Ubaud¬† ne dit rien sur l’√©tymologie¬† du mot¬† mais pr√©cise la r√©partition g√©ographique :

blacha, blaca, blac√†s, souvent aussi employ√©s pour le (sc. le rore)¬† d√©signer, ces noms semblent concerner √† l’origine des baliveaux (donc des jeunes arbres, nous l’avons d√©j√† signal√© dans l’article pr√©c√©dent) s’appliquant √† divers esp√®ces¬†: le ch√™ne vert en plaine, le ch√Ętaignier en C√©vennes 1 , le ch√™ne blanc un peu plus dans l’arri√®re-pays.

blaqui√®ira (ou plus au nord blachi√®ira) ou blacareda un collectif, d√©signerait un taillis de jeunes ch√™nes blancs, mais il nous semble plut√īt employ√© dans les zones de l‚Äôarri√®re-pays (pied du Larzac, Larzac, Haute Provence) o√Ļ les toponymes d√©riv√©s abondent : Blaqui√®res, Saint Jean de la Blaqui√®re, La Blacar√®de, La Blachi√®re, Les Blaquettes.

 

Le FEW √©crit que¬† blakk-¬†¬†¬† est peut-√™tre une forme du germanique¬† blank¬† « blanc ». On trouve en effet des formes d√©nasalis√©es de blank¬† dans les langues germaniques¬† comme le norv√©gien blakr¬† « chatoyer ». Les feuilles du ch√™ne blanc sont en effet chatoyants.

Rore ramièr (de rama feuillage ) utilisé pour le fourrage pour les bêtes

rore aglanièr, destiné à fournir des glands aux bestiaux); engalar un teissut, c’était passer un tissu à la noix de galle.

Dans http://www.ulb.ac.be/philo/spf/langue/exam.htm (sauf gardé sous Divers) :

9. Les Lat. disaient quercus pour « ch√™ne », d’o√Ļ l’italien quercia. Ils avaient aussi robur « ch√™ne rouvre, sorte de ch√™ne tr√®s dur » > it. rovere, esp. roble. Ch√™ne doit venir d’un *cassanus, mot pr√©-latin. Pourquoi pense-t-on qu’il soit celtique? a) Il serait conserv√© √† cause du r√īle religieux du ch√™ne dans le druidisme; b) On trouve en esp. quejigo, sans doute de la racine cax- > cassanus/. *Cassanus, aurait d√Ľ donner en fr. *ch√Ęne, *chasne comme dans asinus > as’nus > √Ęne; *m√Ętrastra > mar√Ętre « femme du p√®re »; *salmaster > saum√Ętre. La forme r√©guli√®re est du reste fournie par le wallon tch√Ęgne. *Cassanus a donc √©volu√© en chaisne par r√©fection analogique sous l’influence de fraisne, fr√™ne < fraxinus. *Cassanus + suff. -eta pour d√©signer des « collectifs d’arbres » > top. Ch√™n√©e. En France, on trouve Casseneuil, Chasseneuil (= Cassano+ ialo « localit√© des ch√™nes »).

Catalan roure (DE)

Une liste des noms du chêne en galloroman et en catalan.

Tuaillon, Gaston (1971), ‚Äú ‚ÄėCh√™ne‚Äė et ‚Äėfr√™ne‚Äė en gallo-roman‚Äú, Revue de Linguistique Romane 35: 196-230.
(L: French, Occitan, Gallo-Romance; C: oak, ash tree)

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Notes
  1. Je n’ai pas retrouv√© l’attestation de « ch√Ętaignier ». Il n’y a que Mistral qui √©crit « taillis de ch√™ne ou de¬† ch√Ętaigner »

Figa

Figa, figo « figue ». Etymologie : latin ficus qui d√©signait aussi bien l’arbre que le fruit. Le premier sens a √©t√© conserv√© en italien fico et en basque bikku, le deuxi√®me en espagnol higo, portugais figo et en basque iko. Les formes galloromanes pour nommer le fruit viennent d’un pluriel *fica comme le catalan figa.

Au figur√© far la figo « se moquer de quelqu’un ».¬† Claude Marco, qui se qualifie « anecbotaniste », m’a fait parvenir un commentaire sur les traditions populaires en rapport avec le figuier et la figue, trop riche pour √™tre ins√©r√© ici. Je le joins donc en format PDF.Figuier_Claude Marco

Une expression et un geste¬† qui remonte tr√®s loin dans l’histoire.¬† J.M Lombard y consacre un article¬† La main-figue ou mano-fica. Pr√©lude √† une c√©l√©bration du figuier de la connaissance.¬† la dans son blog, d’o√Ļ je tire cette image. LamblardGestedelafigue6a00d8341f05b853ef01b7c6e8870d970b-800wiUn bas-relief d’√©poque romano-berb√®re trouv√© en Libye. 1er si√®cle (Photo Lamblard).

D√©riv√©s : figon « petite figue », figueto « idem ; petite bouteille pour les essences « . Figuiera « figuier ». Proven√ßal et languedocien figueiroun « arum tachet√© ou Gouet ou Pied de veau » √† cause de sa forme. La racine s√®che du figeiroun est un bon cordial selon l’abb√© de Sauvages. Egalement limit√© √† ces deux r√©gions est le d√©riv√© figaret « vari√©t√© de ch√Ętaignier h√Ętif, dont les ch√Ętaignes se d√©tachent du h√©risson quand elles sont m√Ľres » Voir la page Castagno s.v. figaretto.

  

Ch√Ęteau de Figaret¬†¬† √† St-Hypolite du-Fort (30)¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† ¬† ¬† ¬† ¬†¬† ¬†¬† Figueroun

De nombreux toponymes.¬†¬† Figaret¬† peut faire r√©f√©rence aux ch√Ętaignes ou aux figues.

Pr√™t√© au fran√ßais : figue, et¬† √† l’anglais fig « le fruit ou l’arbre »; expression not care a fig for « ne pas se soucier de » mais attention!! son homonyme fig est obsc√®ne « consists of making a fist with the thumb placed between the index finger and the middle finger. » (Voir ce lien, en bas de la page). N√©erlandais vijg; mais un oorvijg est une « gifle ». Allemand Feige mais Ohrfeige « gifle » (ne loupez pas cette video √† la R√©mi Gaillard).

La feuille de figuier a jou√© un r√īle important dans la sculpture et la peinture. L’origine est probablement la Bible: c’est avec une feuille de figuier que¬† Adam et Eve couvrent leur honte et leur nudit√© !

                 

 

Ferratge

Ferratge « fourrage en vert », en ancien occitan « terrain plant√© en fourrage »; pour l’abb√© de Sauvages c’est de l’escourgeon, une esp√®ce d’orge qu’on fait manger aux chevaux en verd ». (L’escourgeon est une orge h√Ętive, que l’on s√®me en automne.) Il ajoute que le feratge n’est pas du tout la m√™me chose que le fourrage fran√ßais, qui est un m√©lange.

Le ferratjal est un « terrain en fourrage », et « mettre un cheval au vert » est l’ afarraj√†.

Dans un compoix mirapicien dat√© de 1766, on trouve les formes ferratjat, ferrageat.(communication personnelle). Deux autres graphies √† Mirepoix : ferraxchail et feratjeal dans le registre des contributions fonci√®res de l’an 3. Un visiteur fid√®le de l’H√©rault confirme: « Le compoix de P√©z√©nas de 1775 on trouve¬† souvent qu’il y a autour des anciens remparts « patus et ferrajal« , pour indiquer des enclos o√Ļ l’on parquait des chevaux. »


Extraits du Compoix de Mirepoix : ferratjat ou firratjat mais sans · sur le i .


Le deuxième est intéressant par la spécification jardin ou ferraxchail.

Le mot ressemble beaucoup au mot fran√ßais mais son √©tymologie est bien diff√©rente. Le mot occitan vient du latin farrago « m√©lange de divers grains pour les bestiaux »: il est devenu tr√®s t√īt ferrago.¬† Fran√ßais¬† fourrage est un mot d’origine germanique, √† savoir¬† foder « nourrir » ( food en anglais moderne, voer en n√©erlandais).

En occitan ferrago a abouti aussi √† ferouche, foroujo, ferouge, faroutcho pour d√©signer le « tr√®fle incarnat », pr√™t√© au fran√ßais sous la forme farouche..Il semble que la culture du farouche vient de la Catalogne farratge et qu’en fran√ßais on l’appelle aussi « tr√®fle de Roussillon », une d√©nominaton d’apr√®s l’origine de la plante . La couleur de la fleur explique que par-ci par-l√† comme dans l’Aude, la feratge est devenu la feroutge

farouche, trefle incarnat

Frigoulo, farigoulo

Frigoulo ¬ę¬†thym¬†¬Ľ, vient du latin fericula un d√©riv√© de ferus ¬ę¬†sauvage¬†¬Ľ. Un mot typique pour la r√©gion autour du golfe de Lion, cf. catalan frigola,¬† et¬† l’ancien occitan ferigola.

Normalement¬† fericula aurait d√Ľ aboutir √† *fericla, mais c‚Äôest¬† peut-√™tre sous l‚Äôinfluence des moines qui s‚Äôoccupaient beaucoup des plantes m√©dicinales et du latin, que l‚Äô√©volution de la forme a √©t√© ralentie. Michel Chauvet me fait savoir que le mot se retrouve dans les parlers italiens (Penzig, Flora popolare italiana) :

Liguria : Ferr√Ļgera (Bordighera); Fer√Ļgula (Mortola); Ferigola, Fr√Ļgola, Figoli (Nizza); Fr√Ļgola, Fur√Ļgola (Escarena)… En italien, ces formes sont normales, l’accent √©tant sur la syllabe pr√©c√©dant le o / u. Pourrait-ce √™tre une influence italienne, et alors pourquoi ?

En languedocien nous trouvons aussi le d√©riv√© frigoulous ¬ę¬†terre en friche rempli de thym¬†¬Ľ. Un autre d√©riv√©, frigoulo, ou frigouleto ¬†d√©signe le ¬ę¬†serpolet¬†¬Ľ qui est tr√®s proche du thym. Depuis le XVIe si√®cle la f√©rigoule se trouve dans des textes fran√ßais mais toujours avec une r√©f√©rence au Midi, par ex. Pierre Larousse¬†: ¬ę¬†farigoule ¬†nom du thym dans le midi de la France¬†¬Ľ. Il y a beaucoup de noms de lieu, par ex.¬†:

L’abbaye St. Michel de Frigoulet. Magnifique!

Une recette trouv√© sur internet¬†: ¬ę¬†Fricass√©e de volaille au p√®bre d‚Äôail et farigoule¬†¬Ľ. C‚Äôest devenu un nom de magasins, restaurants etc.

thym         serpolet

D’autres noms pour le thym pebrada, serpol, voir Thesoc.

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