cat-right

Tibla, tribla

Tibla, tiblo, tribla « truelle »; tiblado « truell√©e ». L’abb√© de Sauvages (S1) ajoute

« en style bas une tap√©e, donne-moi une bonne tap√©e de soupe. »

Tibla   est attestée en truelle Arles St_Blaiseprovençal depuis le XVe siècle seulement. mais comme  il y a encore beaucoup de documents à dépouiller, nous pouvons espérer des datations bien antérieures.

D’apr√®s le FEW tibla repr√©sente le mot grec tryble, ŌĄ ŌĀ ŌÖ ő≤ őĽ ő∑ « √©cuelle, plat ». La forme, plus sp√©cialement le -i-,¬† et l’extension g√©ographique, proven√ßal, languedocien et auvergnat, indiquent qu’il s’agit d’un des mots qui ont rayonn√© √† partir de Marseille.

Beaucoup de mots techniques¬† nous ont √©t√© l√©gu√©s directement par les anc√™tres hell√©niques des Marseillais et non pas par l »entremise des Romains. Les Grecs¬† ont apport√© pas mal de techniques notamment dans le domaine de¬† la viticulture, cf. empeutar, et de la construction, cf. androune. Voir aussi le l’article¬†petas, pedas une histoire de Grecs et de Romains. Si vous jetez un coup d’Ňďil sur mon Index Etyma, vous verrez qu’il y a toute une s√©rie de mots occitans qui viennent directement du grec, sans passer par le latin.

Il n’est pas toujours facile de d√©terminer l’origine d’un √©tymon, grec ou latin, parce que les Romains √©taient friands de mots grecs, un peu comme nous adoptons¬† des mots anglais, ou comme faisaient les Anglais qui empruntaient¬† des mots fran√ßais depuis la Bataille de Hastings,1066 jusqu’au XXe si√®cle; cf. l’Index anglais.

Pontet

Pontet a les m√™mes sens qu’¬† en fran√ßais pontet qui l’a d’ailleurs emprunt√© √† l’occitan.

Caract√©ristiques pour¬† notre r√©gion sont¬† les pontets dans certaines bastides qui « enjambent les carrerots, le plus souvent au croisement d’une rue plus grande c’est √† dire d’une carreyra (rue charreti√®re) ou d’une rue secondaire. Cette excroissance priv√©e (le pontet) sur domaine publique (le carrerot) permet, le plus fr√©quemment, l’adjonction d’une pi√®ce suppl√©mentaire √† l’une des maisons « porteuse ». (Site extra-ordinaire d√©di√© aux bastides).

Pontet (XIIIe s.) est d√©riv√© de pons « pont ». Les rares attestations dans le FEW avec des sens qui ont un rapport avec l’architecture, viennent de la Suisse alpine. e qui s’explique par le fait que le terrain constructible est rare en montagne. Peut-√™tre que l’id√©e de faire des pontetes vient des montagnards. Un sujet d’histoire √† approfondir.

La photo vient du site dédié aux Bastides.

Question: Y a-t-il un pontet  à Le Pontet?

Plan

Plan s.m. « surface plate », adj. « bon, bien; lisse, plat « . Etymologie :¬† latin planus « plat, uni ».

En langue d’o√Įl il y a eu confusion entre les repr√©sentants de planus¬† devenu [plain] et¬† plenus [plein] avec une prononciation identique. (Cf. le mot¬† n√©erlandais plein¬† « place ».)¬† Cela ne¬† s’est pas produit en occitan plan<mais > plen.

Les expressions cit√©es par Alibert planponh « une poign√©e de main pleine » et plan-cant « plein chant » sont donc des emprunts au fran√ßais. D’autre part l’adjectif plan n’est attest√© en fran√ßais que depuis 1520 et pourrait √™tre un emprunt √† l’occitan et non pas au¬† latin comme pr√©tend le TLF. qui √©crit¬† que l’expression plan-plan « doucement » vient du proven√ßal, o√Ļ plan « doucement » est attest√© depuis la 2e moiti√© du XIIIe si√®cle, dans le roman Flamenca.

Dans le¬† Compoix de Valleraugue est mentionn√© un¬† plan cayriel. Je pense que cela veut dire : ¬ę un plan¬† « surface plate » o√Ļ peut passer une charrette ¬Ľ un¬† cayriel,¬†¬† d√©riv√© de carrus ¬ę voiture ¬Ľ emprunt√© par le latin au gaulois. J‚Äôai l‚Äôimpression que le scribe a voulu franciser le mot (d√©j√† ancien) occitan (camin ou pon) carral ¬ę praticable aux voitures ¬Ľ.¬† Comparez aussi ancien occitan Planil, planayo, planoulet ¬ę petit terrain plat ¬Ľ.

Une autre possibilit√© : cayriel = cairel¬† « un plat pav√© » d’apr√®s Alibert. Dans ce cas l’√©tymon est latin vulgaire *quadrellus « carreau ». Voir Carrel.

Passièra, pansièire

Passi√®ra « barrage de rivi√®re, digue; chauss√©e d’un moulin; √©cluse, r√©servoir √† poissons; (meule de moulin √† huile , C√©vennes ?) » (Alibert). Pansieire √† Valleraugue (Gard) est¬† attest√© en 2013 par mon petit-fils Aymerik, originaire du village. Voici une photo de la pansiere du pre du Rouve √† Taleyrac,Valleraugue:

Etymologie: le latin paxillus « √©chalas » est devenu paxellus¬† et¬† paxillus.¬† Paxellus, un d√©riv√© de palus « pieu »,¬† est conserv√© en¬† ancien fran√ßais paisseau « √©chalas », en occitan paissel, √† Al√®s pansel, mais pas en proven√ßal, en tout cas je ne l’ai pas trouv√© dans le Tr√©sor de Mistral.¬† Paisieyre est la forme du Compoix de Valleraugue.

Quand on met une s√©rie d’√©chalas les uns contre les autres dans une rivi√®re, on obtient une paxaria > paisi√®ra « petit barrage dans un cours d’eau » attest√©e en occitan depuis le XIIe si√®cle.¬†¬† Le sens pr√©cis s’adapte bien s√Ľr au terrain, tant√īt un petit barrage, tant√īt un canal d’arrosage, une digue etc.

Une paisieyre à Valleraugue

Il y a quelques attestations en occitan de pax avec un troisi√®me suffixe : + one > paison « pieu, poteau », comme b√©arnais paxou « piquet ».

Gronh

Gronh « groin, trogne »,¬† en ancien ocitan « museau du porc »;¬† on le trouve aussi au f√©minin gronha. Ce mot m’intrigue pour trois raisons:

  • 1) le type groin du latin grunium a deux significations « groin » et « sommit√©, partie sup√©rieure d’une colline » comme dans les Hautes Alpes(04) groun « sommet d’un rocher » attest√© en 1606 et dans la toponymie √† Val de Chavagne avec le sens « mont, colline, mamelon, sommet ».
  • 2) Ces deux sens se trouvent √©galement dans le type mor.
  • 3) Le mot anglais groin d√©signe le « mons pubis » de la femme et de nos jours aussi de l’homme. Les √©tymologistes anglais le font venir d’un moyen anglais grynde « d√©pression dans la terre » li√© au mot ground « terre, sol » d’un ancien anglais « ab√ģme ». Mais il y aussi un¬† groyne¬† « digue pour retenir le sable; a rigid structure built out from a shore to protect the shore from erosion, to trap sand, or to direct a current for scouring a channel« .

Nous trouvons le mot groin en ancien anglo-normand,¬† le fran√ßais parl√© en Angleterre entre le 12e et le 15e si√®cle,¬† avec le sens « sommit√©, partie sup√©rieure d’une colline » aux XIIe et XIIIe si√®cles, et il s’est maintenu en normand avec le sens « petit cap mar√©cageux de la c√īte du Bessin et d’Avranches » . Le mot a √©t√© conserv√© dans de nombreux noms de lieu dans les d√©p.¬† des Hautes Alpes, de l’Ile et Vilaine, les C√ītes d’Armor et la Charente en g√©n√©ral avec le sens « cap, pointe, promontoire ». (IGN).

Une √©volution s√©mantique identique « groin » > « colline » se trouve dans d’autres langues romanes, comme en roumain gruiu « colline », catalan gruny  » groin; tas » mais aussi¬† dans la famille de la racine pr√©romane *murr-.

Douglas Harper et d’autres font bien venir groyne « une forte digue dans un port de mer » de l’anglo-normand¬† groin avec le sens « museau du porc », sans comprendre le lien s√©mantique,¬† parce qu’ils ne savent pas que groin signifie √©galement « colline, cap, promontoire ». Plusieurs attestations ici s.v. groin. Une dans le DMF : le groin des rochers
D’apr√®s plusieurs dictionnaires l’anglais groin d√©signe « l’aine » , mais en r√©alit√©¬† groin signifie « mons pubis » ou « mons veneris ». Le pubis est une « saillie triangulaire » (TLF). Il me semble logique que l’√©tymologie du mot anglais groin avec le sens « aine »¬† ou plut√īt  » pubis » est le m√™me que celui de groyne « digue » √† savoir¬† le¬† latin grunium et qu’il a emprunt√© au galloroman, probablement au normand.

    des groins  groin-attaque 

groin-protecteur

Une vo√Ľte « groin » Un champ de groins pour prot√©ger la plage. Une « groin-attaque » et un « groin-protecteur ».

Il faut admettre que ces images sont plus proches de l’id√©e « colline arrondie, cap, promontoire » que de l’id√©e « d√©pression, ab√ģme ». sauf peut-√™tre pour le type qui subit une « groin-attaque »…

Page 3 sur 812345‚ĶDerni√®re page »