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Tosela

Tosela « tauselle » orthographi√© en fran√ßais √©galement touzelle, tauzelle etc.
Charles Atger « Valleraugue. Petites histoires et anciennes coutumes », Le Vigan 1972 , p.12 √©crit :

« La plupart de temps il [le paysan] faisait lui-m√™me le pain du m√©nage avec la farine du seigle r√©colt√© √† la ferme. Cette farine √©tait m√©lang√©e √† celle du froment ou de touzelle, achet√©e chez le boulanger et cela donnait un pain excellent….

J’ai repris le manuscrit de Seguier1, feuille 41 r.: touselle « lou blad lou pu pesant lou pu beu lou millou et aquel que fait lou pan lou pu blanc de tout lou languedoc ». et un peu plus loin : miscle: « blad mele de touselle et de siguie ».

tosela touzelle

Etymologie : cette image explique l’√©tymologie du mot : c’est un bl√© sans barbe autrement dit « tondu », ce qui s’appelait tonsus le part.pass√© du verbe¬† tondere, avec le suffixe -ellu.

Il s’agit d’un vari√©t√© de froment cultiv√© uniquement dans les r√©gions m√©diterran√©ennes. Le mot est √©galement occitan, m√™me s’il a √©t√© import√© en fran√ßais par Rabelais qui lui, savait de quoi il parlait, ayant fait ses √©tudes √† Montpellier. Dans le Quart Livre des faits et dits h√©ro√Įques du bon Pantagruel:

« cestuy home cach√© dedans le benoitier, aroyt un champ grand & restile, & le semoyt de touzelle « ,

contrairement à Jean de La Fontaine qui utilise le mot également dans : Le Diable de Papefiguière :

Le Manant dit :  » Monseigneur, pour le mieux,
Je crois qu’il faut les couvrir de touselle,
Car c’est un grain qui vient fort ais√©ment.
РJe ne connais ce grain-là nullement,
Dit le Lutin. Comment dis-tu ?… Touselle ?…
M√©moire n’ai d’aucun grain qui s’appelle
De cette sorte ! Or emplis-en ce lieu :
Touselle soit, touselle, de par Dieu !

La Fontaine¬† a avou√© √† Richelet, l’auteur d’un dictionnaire, qu’il ne savoit pas ce que c’√©tait. Pourtant le mot est rest√© dans les dictionnaires fran√ßais jusqu’√† nos jours avec la graphie tauselle. Enfin dans le TLF on le trouve avec la graphie touselle, touzelle.

Et pour terminer voici ce que l’abb√© de Sauvages qui savait de quoi il parlait, a √©crit √† propos de touzelo,

 

L’histoire du pain de Gonesse¬† fait uniquement avec de la tauselle,¬† est confirm√©e dans ce site : . Du XVe au XVIIe si√®cle, le village se tailla une solide r√©putation pour la qualit√© de son pain fabriqu√© avec le bl√© du terroir, le pain mollet de Gonesse

Tougno "Antoinette; imbécile"

Tougno « Antoinette; imb√©cile, niais ». √Čtymologie¬† Antonia f√©minin du nom de bapt√™me Antonius. La tradition de donner des noms de saints de l’Eglise comme nom de bapt√™me date du XIIIe si√®cle dans le Languedoc, d’apr√®s l’√©tude d’A.Dauzat1.¬†¬† Les donn√©es ne permettent pas de savoir quel saint, Antonius le grand ou Antonius de Padoue est √† l’origine du nom de bapt√™me.

      

L’explication la plus probable du sens « imb√©cile, niais, etc »¬† est que¬† le nom de bapt√™me Antoine devenu¬† Toni¬† en occitan, Toine¬† en fran√ßais populaire, a subi le m√™me sort que plusieurs autres noms de bapt√™me tr√®s fr√©quents comme¬† Jean¬† et Jacques¬† en devenant p√©joratif jusqu’√† prendre le sens de « simple d’esprit, imb√©cile, niais ».

Dans l’article bala Mistral donne le proverbe suivant: ou Toni est « tout le monde ».

On trouve des repr√©sentants¬† du nom¬† Antonia, Antonius¬† avec ce sens¬† dans le domaine de la langue d’o√Įl en Lorraine et en Normandie¬†, mais la grande majorit√© fait partie du¬† domaine de la langue d’oc.¬† Nous trouvons ces repr√©sentants parfois sous forme d’adjectif masculin, mais surtout comme adjectif ou substantif¬† f√©minin, par exemple √† Al√®s togno « femme difforme, stupide, grossi√®re », tougnas, -asse « gros ben√™t’, ¬† √† Saint Pierre de Chignac¬† le

Voir l’article Antoine pr√©nom dans Wikipedia, qui donne ce nom dans les autres langues europ√©ennes.

Tougno « pain de ma√Įs »¬† est un homonyme. Voir l’article tougno, tougnol.

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Notes
  1. Les Noms de personnes. Paris,1946

tougno, tougnol "pain de ma√Įs"

Ci-dessous un tougnol moderne de l’Ari√®ge, photographi√© par La dormeuse √† Mirepoix.

tougnol Mirepoix

C’est un article de La dormeuse qui m’a pouss√© √† √©crire cet article:

C‚Äôest ce tougno qui m‚Äôint√©resse ici, car, quoique dans une version am√©lior√©e comme celle du millas, d√©guis√©e, par√©e, toute faite de lait et de sucre, et de graines d‚Äôanis, il se mange toujours √† Mirepoix, sous le nom plut√īt audois de tougnol.La tradition veut que le tougno ait √©t√© au temps de la croisade le pain des Cathares, i. e. celui que les Bonshommes et les Bonnes Femmes portaient dans leur sac et, comm√©morant ainsi le dernier repas du Christ, partageaient en tant que compains sur leurs chemins d‚Äôinfortune. ‚ÄúInsipide, lourd et sans levain‚ÄĚ, ce pain-l√† depuis longtemps ne se trouve plus. Le tougnol actuel rel√®ve de la pure friandise. Ce qui compte toutefois, aujourd‚Äôhui comme hier, c‚Äôest de se souvenir qu‚Äôon ne se nourrit pas seulement de pain terrestre, mais aussi de symboles.

Alibert propose la graphie tonha « pain de ma√Įs ou de seigle ».¬†¬†¬† Mistral √©crit Tougno¬† voir tonio dans son Tr√©sor:

Le lien s√©mantique entre « femme stupide » et « pain de ma√Įs » n’est pas facile √† √©tablir.¬† Aussi le FEW les a consid√©r√©s comme homonymes. Pour tougno¬† « sorte de pain » il suppose une base onomatop√©ique to(u)gn- qui a abouti √† un verbe tougnar ‚Äúpresser, du poing, tasser, frapper‚ÄĚ , le d√©riv√© entougn√† ‚Äúemplir en p√©trissant‚ÄĚ et au figur√© le substantif tougne avec les sens ‚Äúbosse, bigne; motte √©paisse plus ou moins ronde, petit pain rond‚ÄĚ. Tout cela en b√©arnais. Dans le Val d‚ÄôAure capitougno s.f. ‚Äúgrand pain‚ÄĚ et en aragonais to√Īa grand pain de seigle‚ÄĚ1 .

Alibert¬† a eu raison de faire un deuxi√®me¬† article tougno¬† et il a aussi chang√© la¬† graphie : t√≤ni m.¬† t√≤nia¬† f. « Pierrot, coiffure de femme; ben√™t; nigaud; √©tron; ver des ch√Ętaignes ». Tonias, toniet¬† « id. »¬† Etymologie latin Antonius. Voir l’article Tougno « Antoinette ».

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Notes
  1. Alibert propose :du latin tundia¬† de¬† tundere ‘battre √† coups redoubl√©s » d’o√Ļ « p√©trir »,¬† mais ce tundia n’est nulle part attest√©

Toupin, topin

Toupin, topin « pot de terre » ; « sot, imb√©cile » dans le Tarn et l’H√©rault, « pot de confitures » dans l’Aude (Alibert).

Fran√ßais toupin a √©t√© emprunt√© √† l’occitan au d√©but du XXe si√®cle, mais il a exist√© en ancien fran√ßais pour dispara√ģtre de la langue au XVIe. (TLF). Pendant une promenade √† Sain-Quentin-la-Poterie, j’ai photographi√© l’enseigne que voici:

A Saint Quentin chaque toupin trouve sa cabucelle.

Expression l qui veut dire « trouve chaussure √† son pied ». (Camps). Il s’agit¬† d’un expression que nous retrouvons d√©j√† chez les Romains : Invenit patella operculum et dans beaucoup d’autres langues, comme le n√©erlandais, l’allemand etc.

L’√©tymologie de toupin est d’apr√®s le FEW un ancien franc *toppin « pot ».¬† Cf. allemand Topf « pot », Pour des raisons d’ordre phon√©tique l’auteur pense que *toppin s’est r√©pandu en galloroman √† partir de l’Alsace, vers les r√©gions de l’Est et le Sud, poursuivant son chemin vers le Nord de l’Italie, la Catalogne et l’ Espagne. D’apr√®s le Diccionari etimol√≤gic catalan topi est d’origine inconnu et preroman. D’apr√®s le RAE, l’espagnol tupin est un emprunt √† l’occitan. Les savants sont donc pas d’accord.

Le TLF mentionne toupin, toupine comme fran√ßais r√©gional de la Provence et du Languedoc. C’est aussi le nom d’un « Fromage √† p√Ęte cuite, de forme cylindrique et fabriqu√© dans la vall√©e d’Abondance en Savoie » (TLF). En Savoie « La sonnaille (ou toupin) est port√©e par les vaches lors de la mont√©e √† l’alpage ou durant la d√©salpe. Regardez les donn√©es du Thesoc pour les d√©nominations des pots et leur utilisation. Vous verrez que dans beaucoup de parlers occitans le mot toupin a pris un sens sp√©cialis√©.

Il y a une √©tude¬† de Toole (R.). « Wortgeschichtliche Studien, toupin und bronze« . Jena-Leipzig, 1934. que je n’ai pas pu consulter.

tourin, touril

Tourin, touril¬† « soupe √† l’ail, √† l’oignon,¬†¬† … »; la d√©finition pr√©cise d√©pend de la r√©gion et de la cuisini√®re. Vous trouverez de nombreuses recettes sur le Web, e.a. dans Wikipedia , qui cite le Larousse gastronomique √† propos de la graphie: « qui s’√©crit √©galement tourain, thourin ou tourrin, voire touril en Rouergue et touri en B√©arn (‚Ķ)  » .

Il faut pourtant savoir ¬† que le touril¬† du Rouergue, n’est pas une graphie aberrante, mais un autre d√©riv√© avec le m√™me sens.¬† La forme en -in¬† se trouve principalement dans le sud-ouest, celle en -il¬† est plut√īt languedocienne,¬† d√©j√† attest√©e par l’abb√© de Sauvages.

L’√©tymologie est le verbe latin torrńďre « griller », qui sous l’influence de la grande majorit√© des verbes est pass√© √† torrare. Le verbe torrar, tourar¬† « griller, br√Ľler, cuire » est conserv√© en occitan et en franco-proven√ßal.¬† En proven√ßal on parle de taour√†¬† √† propos de la torr√©faction des amandes. et par cons√©quent le « nougat » est appel√© lou tourroun¬† √† Marseille et dans l’Aveyron, que nous¬† retrouvons¬† d’ailleurs en catalan¬† torr√≥, en espagnol turr√≥n¬† et en portugais torr√£o.

Tourin et¬† touril¬†¬† sont tous les deux des d√©riv√©s¬† du¬† verbe tourar « faire la cuisine ».¬† Le mot tourin¬† ne se trouve pas¬† dans le TLF.

D’autres d√©riv√©s bien languedociens sont les verbes se tourilh√† , se tourrouya¬† ‘se chauffer, se c√Ęliner devant un bon feu », qui en gascon¬† devient¬† estourelh√†¬† « faire s√©cher devant le feu ». L’abb√© de Sauvage conna√ģt la forme¬† s’estoulouir√† « se c√Ęliner au soleil ».

trabac ‘sorte de filet fixe’

Trabac s.m. est d√©fini comme « engin de p√™che utilis√© dans les √©tangs de Camargue; il tient de la nasse et de la madrague » par Mich√®le Povel-Armanet dans le parler camarguais. N√ģmes, Lacour,1994. L’√©tymologie d’apr√®s le FEW XVII,640b¬† est le germanique, plus pr√©cis√©ment le lombard ou langobard *trabo

Les attestations de trabac dans le FEW sont rares. Une pour le Grau-du-Roi et une pour S√®te qui est fournie par Littr√© et reprise par les Larousse jusqu’en 1949.

Actuellement le mot n’est pas courant non plus. Google d√©niche trabac dans quelques sites dont le ¬†Terroirs d’en France, qui l’a trouv√© dans l’Encyclop√©die Hachette Multim√©dia de 1999., qui nous renvoie √† son tour aux¬† industries Fipec inc. fabricant de filets au Quebec (!).¬† qui fabrique des verveux :

« Les trabac (ou trabacs ou trabaque ou trabaques) sont des verveux multiples. »

filet canadienDans un  site consacré au Canigou, le trabac est décrit ainsi:

¬† Le « trabac » est un filet de p√™che fixe en entonnoir maintenu en forme par des cerceaux multiples dont les petites mailles permettent la capture des anguilles, utilis√© en poste fixe en eau peu profonde, maintenu sur le fond par des ancres lest√©es et tendu perpendiculairement aux berges entre des piquets de ch√Ętaignier, il canalise les poissons vers des nasses dispos√©es en triangle qui sont visit√©es par le p√™cheur une fois par jour.

Le FEW nous fournit encore 2 variantes de trabac, dont la premi√®re vient du livre fameux de Duhamel du Monceau, Trait√© g√©n√©ral des pesches..¬† (suivez le lien ! j’y ‘ai consacr√© toute une page), qui nous explique:

Trabac Duh1c 130

avec un renvoi vers  la Section II, p; 155:

Trabac Duh1b 155Ce texte a paru en  1769;  le changement et le nom trabacou date donc de 1750 environ.

La seconde est marqu√©e comme « rhodanien » et je me suis dit qu’il doit donc se trouver dans le Tr√©sor de Mistral:

TrabacoMistralet sa d√©finition est bien¬† « esp√®ce de tartane » et « esp√®ce de filet ».

Tout √† fait par hasard je trouve qu’il n’y a pas longtemps, en 2012 , a paru une √©tude sur l’histoire de la p√™che en M√©diterran√©e1 avec des¬† dessins magnifiques en plus. D’apr√®s ces recherches de Mme Maria Lucia De Nicol√≤,¬† l’expression √† trabac d√©signe d’abord des voiles trap√©zo√Įdales d√©j√† exp√©riment√©e au d√©but du XVIIe si√®cle.

voiles √† trabacIl s’agit donc bien d’une innovation technique pratiqu√©e √† Venise¬† et adopt√©e en Provence. L’√©tymologie est d’apr√®s le FEW XVII,640 l’italien trabacca¬† attest√© depuis le XIIIe si√®cle avec le sens « tente de soldats; baraque », dont le suffixe -acca¬† a √©t√© pris au mot¬†baracca¬† et le d√©but¬† correspond √† l’√©tymon germanique du¬† fran√ßais tref « tente; voile carr√© », ancien proven√ßal trap « tente; demeure, habitation ».

Il faut dire que l’histoire de ces derniers est tr√®s discut√©e par des grands √©tymologistes comme Corominas, Thomas, Schuchart et von Wartburg. Il n’est pas √©tonnant qu’il se trouve tout √† la fin du volume XVII dans les Corrections et compl√©ments. Le FEW donne un r√©sum√© des propositions.

 

 

 

Notes
  1. Maria Lucia De Nicol√≤, ¬ę Recherches sur l‚Äôhistoire de la p√™che en M√©diterran√©e : Tartanes de Provence,tartanes de V√©n√©tie, trabacs, mod√®les adriatiques pour la p√™che √† la tra√ģne et le petit cabotage ( XVII e -XVIII e si√®cles) ¬Ľ, Cahiers de la M√©diterran√©e 84,¬† 2012, mis en ligne le 15 d√©cembre 2012

Trallar

Trallar « se promener », fr. r√©g. traller « se balader, vadrouiller » (Lhubac).

Le verbe trallar se trouve dans les volumes Incognita du FEW, avec dans¬† l’article « Les f√™tes »¬† les mots occitans que voici:¬† Puisserguier trallo « noce, f√™te, riboter, fain√©antise », Toulouse « folie, d√©bauche » (M), tralla v. « secouer, remuer, agiter, faire la f√™te, vaquer, se promener »(vol. XXII/2, 175 b). L’auteur sugg√®re l’√©tymologie : *tragulare, vol. XIII/2, 175b.

En¬† moyen fran√ßais est attest√©¬† le verbe traller « troller » terme de chasse. Dans le TLF, s.v. troller avec une variante traler, il y une d√©finition bien plus pr√©cise: « chercher la b√™te avec les chiens sans avoir aucune piste et sans avoir qu√™t√© auparavant avec le limier ».¬† C’est une variante de « vadrouiller » pour les chasseurs.

Quand un mot comme trallar quitte le milieu des chasseurs et passe dans la langue g√©n√©rale, le sens devient √©galement plus g√©n√©ral. Dans ce cas pr√©cis il devient synonyme de « vadrouiller, se balader ».
Dans le TLF s.v. troller vous pouvez lire les probl√®mes et propositions d’ordre phon√©tique de cette √©tymologie .

Voir aussi l’article dralha « piste »

Trampelar


Trampelar « chanceler, tituber; languir; tra√ģner; grelotter ».¬† A trampoulados est « √† pas compt√©s, comme un ivrogne ou un petit enfant ». Un trampoun est un « ivrogne » en languedocien.

La premi√®re attestation est l’ancien occitan trampol « le bruit d’une troupe en marche » (1300 environ)

En n√©erlandais existe le verbe trampelen « tr√©pigner, pi√©tiner, fouler aux pieds », en allemand trampeln, anglais trample on , et dans les langues romanes : italien trampoli « √©chasses » catalan trampa « un pi√®ge dans lequel le gibier tombe », trampejar « tromper », espagnol et portugais trampa « pi√®ge; tricherie ». Dans le domaine galloroman cette famille de mots se trouve surtout en occitan, en franco-proven√ßal et dans une bande √©troite jusque dans les Vosges.

L’√©tymologie est tr√®s probablement la racine germanique *tramp parce que nous trouvons cette famille dans des r√©gions proche du domaine germanique et dans les r√©gions o√Ļ les Burgonds, les Goths et les Longobards ont eu une forte influence √† savoir la Suisse, le nord de l’Italie et le Midi. Le fran√ßais tremplin est un emprunt tardif √† l’italien trempellino.

Je donne l’histoire de ce mot parce qu’il prouve la grande importance du bilinguisme dans l’apprentissage des langues √©trang√®res. Quelqu’un qui parle couramment l’occitan a un acc√®s privil√©gi√© aux autres langues romanes et aux langues germaniques. La langue fran√ßaise est d√©j√† le meilleur point de d√©part pour l’apprentissage des langues romanes, voir √† ce propos le site Eurocom et pour quelqu’un qui en plus est bilingue fran√ßais + occitan, les autres langues romanes : l’italien, la catalan, l’espagnol, le portugais et m√™me le roumain sont tr√®s faciles d’acc√®s.

Franz-Joseph Meißner / Claude Meissner / Horst G. Klein / T. D.Stegmann
EuroComRom: Les sept tamis: lire les langues romanes dès le départ; avec
une esquisse de la didactique de l¬īeurocompr√©hension
, Aachen 2004, 25,00 ‚ā¨,
50,00 SFr, ISBN 978-3-8322-1221-6 + CD zum Hörverstehen.

Trantanel

Trantanel¬† est « la bourdaine »¬† et « le garou √† feuille √©troite » d’apr√®s l’abb√© de Sauvages dans la premi√®re √©dition de son dictionnaire, voir mon article canto-perdris; trentan√®l , trentan√®la « sainbois, garou ». (Alibert). Dans la deuxi√®me √©dition (S2), l’abb√© donne comme sens de trantanel « bourdaine » et supprime « le garou », et sous canto-perdris il donne seulement « garou » comme sens avec trintanelo comme synonyme. Je pense que c’est son fr√®re, Fran√ßois, le fameux botaniste, physicien et m√©decin qui a attir√© son attention sur la diff√©rence de ces deux plantes.

D’apr√®s le volume XXI « Mots d’origine inconnue » p. 112b du FEW,¬†tantanel « daphne » est un mot typiquement languedocien, attest√© au Moyen Age. Les formes avec -r-: trintan√®l (Gard), trentan√®l (Montpellier 1686), trantanel (Castres) avec le sens « daphne gnidium » sont plus r√©centes.

L’abb√© de Sauvages n’est pas le seul √† confondre bourdaine et garou. Dans le Gard et √† Montpellier le mot d√©signe aussi la « bourdaine » et il y a une autre attestation √† Forcalquier trantan√©ou « bourdaine ».¬† Les deux essences¬† se ressemblent mais¬† le garou ou sainbois pousse surtout dans des endroits secs et arides et la bourdaine dans des r√©gions humides.

Littr√© a trouv√© le mot trantanel dans¬† l’Instruction g√©n√©rale pour la teinture¬† de 1671¬† et il¬† le d√©finit comme « Nom languedocien de la¬† passerina tinctoria, thym√©l√©es; cette plante fournit une couleur jaune. Nous avons la malherbe et le trantanel, qui sont deux plantes d’une odeur forte dans leur emploi, qui croissent dans le Languedoc et dans la Provence.

Etymologie.

En languedocien est attest√© le verbe trant√°, trantali√°, trantaleiss√° « vaciller, trembler »(S2) , ere en tranto « j’√©tais en balance si je ferais telle chose » (S2); trantir dans l’Alibert avec de nombreux d√©riv√©s: trantalhar « chanceler », trantol « √©chelle suspendue sur laquelle on conserve le pain…. », trantel « jeu de bascule »(C√©vennes) etc.etc. Le mot est aussi vivant dans la haute Provence en fran√ßais r√©gional: Trantailler : « trembler, perdre l’√©quilibre.

A une re-lecture plus attentive de l’article trant- (onomatop√©e) « balancer, vaciller » dans le FEW , je trouve, un peu cach√© il faut le dire:

¬†Marseille tartonraire « passerina tartonraira » (1570) d’ou le nom scientifique.

Lors de la r√©daction de l’article trant-¬† du FEW un paquet de fiches avec trantanel a d√Ľ s’√©garer et par la suite le lien avec la racine trant- a √©t√© oubli√©, de sorte que toute la famille trantanel « daphne gnidium » ou « bourdaine » a √©t√© r√©unie dans les « incognita1« .

Le lien s√©mantique entre « balancer, vaciller, trembler » et les deux plantes « bourdaine » et « garou » n’est pas √©vident. Bien s√Ľr il y a le tremol, « tremble » mais c’est un grand arbre dont les feuilles tremblent au vent et que tout le monde conna√ģt. C’est en surfant sur le net √† la recherche d’une description de la bourdaine que j’ai lu dans plusieurs endroits que les chevreuils raffolent de la bourdaine, qui pour eux est une drogue.
Dans Wikipedia : « son fruit, tr√®s pris√© des chevreuils notamment, contient un alcalo√Įde aux effets psychotropes. Les chevreuils qui en consomment en fin de printemps errent sans conscience des dangers, particuli√®rement sur les autoroutes. » Autrement dit les chevreuils sont comme des ivrognes, ils vacillent. Peut-√™tre qu’il y a eu un transfert de nom de l’effet vers la cause « la bourdaine ».¬†¬†¬† Balandino¬† d√©riv√© de ballare « danser »¬† « grande cig√ľe qui donne lieu √† des convulsions » est un cas analogue.

bourdaine

Marseillais tartonraire « passerina tartonraira », mais ailleurs aussi « garou; euphorbe √©pineux » et le groupe de mots trandoul√° « balancer, trembler » trandol « balan√ßoire », dranda√Į√° « chanceler » (Al√®s) appartiendraient √† la m√™me famille de mots d’origine onomatop√©ique trant-. Le m√©decin-botaniste allemand Heinrich Adolph Schrader (1767-1836) a certainement visit√© la Provence, parce que c’est lui qui est √† l’origine du nom scientifique.¬† Voir l’article tartonraira


tartonraire¬† « passerina tartonraira.Schrad. »

Trantala(r), trantailhar « chanceler, vaciller, secouer » est tr√®s bien attest√© dans tous les parlers occitans.

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Notes
  1. Il y a 3 volumes de mots d’origine inconnue. Du boulot pour les √©tymologistes

Tranugo, sarnuge

Tranugo, tronugo, tran√ľo s.f. « chiendent, herbe tra√ģnante, etc. »

Tranugo appartient √† une famille de mots que nous trouvons dans l’Ouest du domaine d’o√Įl et en occitan. Il y a deux grands groupes, le type tranugo et le type sarnuge. Il s’agit en g√©n√©ral de « chiendent » ou de la « renou√©e des oiseaux » qui s’appelle aussi « trainasse, centinode, herniole, sanguinaire », ou d’autres mauvaises herbes. Pour l’informateur de St-Bonnet-de-Four, Allier du Thesoc¬† la tranuge rouge est « l’achill√©e mille feuilles ».

La plus ancienne attestation date du IXe si√®cle en latin tardif ternuca « chiendent ». L’origine de ces noms est inconnue. Il s’agit peut-√™tre d’une famille de mots pr√©-romanes ??? Voir FEW XXI, 196

Un jour il faudra faire une √©tude de la connaissance actuelle des noms locaux des plantes et la comparer aux donn√©es d’il y a une centaine d’ann√©es.

       

trainasse                     chiendent                     achillée