cat-right

Tauvera, talvera

Tauvera, talvera s.f. « bord de champ qu’on ne peut travailler ». Un visiteur de la Haute-Vienne m’√©crit :

Il y a bien longtemps, j’ai guid√© les vaches de mon p√®re pour tracer ce premier sillon : « Pitit, vene m’ajudar per far la tauvera! ».

Un mot qui a travers√© des si√®cles. L’origine est une racine gauloise *talu- « front » (de la t√™te), en irlandais moderne tul, tulach « front », breton tal « front, pi√®ce arri√®re (de barrique, charrette, & bateau…), & chevet, parement, pignon. ». Aux temps de Celtes a √©t√© form√©e une forme *talwa avec le suffixe -ara > *t√°lwara qui par m√©taphore a pris le sens de « bord d’un champ » conserv√©e en Anjou t√īvre « talus », dans le centre de la France tauvre « espace de terrain inculte, relev√© en forme de butte », √† Barcelonette t√°oubra « bord non cultiv√© d’un champ ».

*t√°lwara > t√°lvera parce que le deuxi√®me -a- √©tait atone. Par la suite d’un d√©placement d’acent t√°lvera est devenu talv√©ra que nous rencontrons dans le Dauphin√© ainsi que dans le centre et l’ouest de l’occitan : tarv√©ra « espace n√©cessaire pour tourner la charrue, √† chaque extr√©mit√© d’un champ labour√© ».¬† Le m√™me sens existe¬† dans les Hautes-Alpes, Alpes Maritimes, Tarn et Garonne, le Quercy, Aveyron , Loz√®re, etc.

Les Corr√©ziens sont des joyeux drilles : t√≥ouv√©ro y a pris en plus le sens « tour de danse ». Un autre suffixe, -enna, qui est probablement d’origine pr√©latine, est √† l’origine de certaines formes.¬† Notamment en dauphinois et en rouergat le suffixe -era a √©t√© remplac√© par le suffixe plus courant -aria : √† Forcalquier towveyra « bordure qui se laboure en travers », Aveyron toubeyro. Dans le Massif Central a √©t√© ajout√© le suffiix latin -ella : Allier travellen, Thiers tovelo , Ambert t√®uvello « chaintre, lisi√®re d’un champ ».

tauvera et en Corrèze :

Tauvera, talvera ne sont pas les seuls qui ont travers√© les si√®cles. D’autres familles de mots form√©es avec talu-* : talpena « auvent », talabaltz « bouclier », et des taumon « motte de terre » en franco-proven√ßal (Suisse)

Tavan

Tavan ¬ę¬†frelon, taon¬†¬Ľ, en¬† fran√ßais r√©gional¬† taban (Lhubac) surtout au figur√© : « quelqu’un qui n’arr√™te pas de bouger » vient du latin t√°banus d‚Äôorigine non-indo-europ√©enne parce que ce mot existe¬† uniquement dans les langues romanes.

La prononciation a √©t√© assez t√īt adapt√©e aux habitudes latines et t√°banus est devenue *tab√°nus.¬† Une premi√®re attestation en ancien occitan¬† tavan ¬ę¬†sorte de grosse mouche qui, durant l‚Äô√©t√© , tourmente de ses piq√Ľres les bŇďufs, les chevaux , etc. et qui s‚Äôattaque aussi aux hommes, taon¬†¬Ľ se trouve chez Marcabru un troubadour gascon du XIIe si√®cle qui √©tait surtout dou√© pour la satyre (√ßa pique¬†!).

     

Le mot est commun au franco-proven√ßal et √† l‚Äôoccitan. En occitan moderne il y a de nombreuses expressions comme a ‚Äėn tavan dins lo t√®sto ¬ę¬†il est toqu√©¬†¬Ľ,¬† ou ¬†d‚Äôuno mousquo si fa un tavan ¬ę¬†d‚Äôune mouche il fait un taon¬†¬Ľ, c‚Äôest √† dire ¬ę¬†il s‚Äôinqui√®te ou se d√©courage d‚Äôun rien¬†¬Ľ.

La distinction entre les diff√©rentes grosses mouches qui piquent n‚Äôest pas toujours √©vidente, de l√†¬† tavan ¬ę¬†bourdon¬†¬Ľ ou ¬ę¬†hanneton¬†¬Ľ(St.Andr√© de Valborgne). A Al√®s¬† un tavan-m√©rdanci√® ¬ę¬†fouille-merde¬†¬Ľ (au fig.¬†?), √† Marseille tavan merdancier: « personne qui agace en revenant sans cesse √† la charge », et dans les Bouches-du-Rh√īne on a m√™me un tavan-banaru( = un taon avec des cornes) ¬ę¬†capricorne¬†¬Ľ.

Le verbe compos√© *ex- + tab√°nus¬†: ¬†(s‚Äô) estavani ¬†¬ę¬†s‚Äô√©vanouir, se p√Ęmer¬†¬Ľ limit√© au frpr. et l‚Äôoccitan a du suivre l‚Äô√©volution s√©mantique suivante¬†: ¬ę¬† s‚Äôinqui√©ter¬†¬Ľ > ¬ę¬†troubler¬†¬Ľ > ¬ę¬†troubler la raison¬†¬Ľ >¬†¬ę¬†perdre connaissance¬†¬Ľ.¬†

Tabar ¬ę¬†bourdon¬†¬Ľ et taba√≥u ¬ę¬†nigaud¬†¬Ľ (S) font partie de la m√™me famille. Alibert rattache taban « nigaud » √† tabal « tambour », sans explication.

Tavan√°s « imb√©cile », est d√©riv√© de tavan.(Taleyrac 2004).

Tavanej√°

Tavanej√° ¬ę¬†bourdonner¬†; au figur√© « errer, voltiger √† l‚Äôaventure √ßa et l√† sans desein¬† » (1750, Sauvages).¬†Fran√ßais r√©gional taban√©jer « idem ». (ML 8-2004). Dans sa ¬ę¬†Faune populaire de la France¬†¬Ľ vol.13, p.183, (1911) E. Rolland mentionne un emploi figur√© pour Tarascon¬†¬†¬† « papillonner autour des jeunes filles », ou « faire la coquette devant les gar√ßons¬†« .¬† D√©riv√© de¬† tavan.

Tavanejaire ¬ę¬†qui fait des va-et-vient¬†¬Ľ (And). D√©riv√© du pr√©c√©dent.

Tenco "tanche" et la celtomanie

Tenco « tanche »¬† ou « tinea vulgaris »¬† un poisson d’eau douce. Etymologie : le latin tinca « tanche ».¬† Sans int√©r√™t, vous me direz et vous avez raison. J’en parle parce que dans le domaine de l’√©tymologie comme en arch√©ologie¬† la celtomanie est encore tr√®s vivante.¬† Par exemple l’auteur¬† de l’article tanche¬† de Wikipedia,¬† √©crit : « La Tanche (du gaulois tenche) », sans donner sa source; et celui-ci, pareil.¬† Pourtant le TLF, qui suit le FEW, nous renseigne : « Du bas latin¬† tinca (ives. Ausone). »

Pour en avoir le coeur net, j’ai cherch√© l’article tinca¬† dans le FEW. La premi√®re attestation connue vient en effet d’Ausone.¬† Ausone √©tait¬† un po√®te de langue latine, qui s’appelait ou Decius ou Decimus Magnus Ausoniu,¬† n√© et mort en Aquitaine au IVe si√®cle. (Wikipedia).¬†¬† Nous ne pouvons savoir si Ausone a simplement latinis√© un mot gascon, ou s’il l’a connu d’une source romaine.¬† Le fait qu’il utilise beaucoup de mots gaulois ne suffit pas pour dire que tenco¬† est d’origine gauloise.

tenco     Ausone

Pour cela il faut qu’il soit attest√© dans une ou plut√īt plusieurs langues celtiques.¬† Ensuite la r√©partition g√©ographique doit correspondre √† celle des peuples celtiques avant la romanisation.¬† Dans le cas de tinca¬† la pr√©sence du m√™me mot dans le sud de l’Italie, tenge √† Naples, tenchia, tenga¬† en Sicile, tinca¬†¬† en Sardaigne, o√Ļ il n’y a jamais eu des Celtes, rend¬† cette hypoth√®se improbable.

Tinca    se trouve aussi en anglais  tench, néerlandais tinke,  espagnol tenca.

Terraire, terroir

Terraire « terroir » vient du latin territorium « territoire ». Avec ce sens il a abouti en ancien occitan √† terridor, en fran√ßais √† terroir. Cette forme sans le changement de suffixe se trouve principalement dans l’ouest-occitan.

Avec un changement du suffixe -itorium > -arium > terrarium est devenu terraire ce qui signifiait pour l’abb√© de Sauvages « banlieue d’une ville ». Latin territorium signifiait d’abord « la terre labourable appartenant √† une ville » et c’est cette signification qui est plus ou moins maintenue dans le mot terraire.¬†

Pourquoi ce mot dans ce dictionnaire? Parce que je me suis rendu compte qu’il est pratiquement intraduisible. Notamment dans l’emploi actuel

« Ces terres consid√©r√©es du point de vue de la nature du sol qui communique un caract√®re particulier aux productions, notamment au vin. » (TLF)

Cette notion du terroir est √† l’origine des notions comme, appellation d’origine contr√īl√©e, etc. En allemand par exemple on parle de Rheinwein, Moselwein, en n√©erlandais de Goudse kaas, Edammer.¬† mais la notion « terroir » n’existe pas. A tel point que le fromage appel√© Gouda¬† peut √™tre fabriqu√© en France.¬† Depuis 2010 seulement le nom¬† Gouda Holland¬† est prot√©g√© et le produit doit venir des Pays Bas.¬† Il ne reste¬† qu’une seule ferme √† Gouda o√Ļ ce fromage est faite.

A mon avis le terroir fait partie de l’identit√© fran√ßaise. Nous voyons quand-m√™me que dans d’autres pays, comme l’Allemagne et les Pays Bas, on a commenc√© √† comprendre l’int√©r√™t de cette notion.¬† Dans le site allemand¬†¬† Weinwiessner est √©crit le Rheinwein n’existe pas.!¬†

J’ai essay√© de traduire en plusieurs langues Sentir le terroir, avoir la saveur, le go√Ľt du terroir. Le r√©sultat¬† est toujours quelque chose comme¬† « sentir la terre » ou le mot terroir¬† est maintenu.

Testard, teston

Un Testard n’est pas quelqu’un qui aime subir des √©preuves ou tests ¬†mais « t√™tu » en occitan , adj. ou subst. La premi√®re attestation de 1300 vient de B√©ziers.

Testard est d√©riv√© du latin testa « vase de terre cuite, pot, cruche » qui dans la langue populaire a tr√®s probablement servi √† d√©signer la « t√™te ». Nous avons des attestations √† partir du IVe si√®cle, de¬† testa avec le sens¬† « crane », et¬† le passage s√©mantique crane > t√™te est sans probl√®me. (« pars pro toto »). Pourtant il faut attendre le Xe si√®cle pour trouver une attestation √©crite.

En latin testa signifie aussi « coquille » en parlant des fruits de mer, et « coquille de noix, d’Ňďuf « , dont on a trouv√© des attestations en ancien occitan depuis le XIVe s.¬† Il peut s’agir d’un emprunt au latin ou de la survivance, difficile √† savoir √©tant donn√© que la forme n’a pas chang√©.

Le latin avait aussi le mot testu, testum « √©cuelle, couvercle, pot en terre cuite », d’o√Ļ en fran√ßais t√™t « coupelle » et t√™t « cr√Ęne » (voir TLF) .

Teston « petite t√™te », diminutif de testa « t√™te ».¬† Alibert d√©finit ce mot comme le TLF « Monnaie d’argent frapp√©e √† l’effigie d’un monarque, d’abord en Italie, puis en France sous le r√®gne de Louis XII, et qui valait √† l’origine environ dix sols. »¬† Je me demande si cette d√©finition est tr√®s courante en occitan.

Test.¬† L’histoire de test> creuset > √©preuve en anglais:

Empr. √† l’angl.test, issu de l’a. fr. test ¬ę pot ¬Ľ (v. t√™t et test1) et d√©signant, en m. angl., une coupelle de m√©tallurgiste servant √† isoler les m√©taux pr√©cieux,…

est expliquée dans le TLF.

Tian "plat" et l'amnésie des étymol...

Tian « Le tian d√©signe, d’une part, un ustensile de cuisine traditionnel de la Provence, √† l’origine un simple plat en terre ou maintenant en terre verniss√©e et en couleur, et d’autre part, une pr√©paration culinaire typiquement comtadin et qui a √©t√© adopt√© par une grande partie de la Provence jusqu’√† √™tre aujourd’hui consid√©r√© comme une sp√©cialit√© de la cuisine proven√ßale« .
Share

Dans Wikipedia je trouve¬† aussi l’√©tymologie :

Paul Peyre, linguiste et √©tymologiste proven√ßal, a mis en exergue la racine commune de tian, mot d’origine proven√ßale, avec tajine, mot d’origine berb√®re d√©signant aussi le plat et le mets. On retrouve en effet une s√©quence consonantique t / i-j / n commune d’un c√īt√© et de l’autre de la M√©diterran√©e2. Le Dictionnaire historique de la langue fran√ßaise – Le Robert d’Alain Rey indique lui que les mots tian et tajine sont des emprunts du fran√ßais, l’un √† ancien proven√ßal, l’autre au berb√®re, ¬ę¬†issu[s] du grec t√™ganon […], « po√™le √† frire », « plat en terre », mot technique sans √©tymologie connue¬†¬Ľ.

et je me demande o√Ļ Paul Peyre et Alain Rey ont trouv√© cette √©tymologie. J’essaye de trouver Paul Peyre, mais √† part l’histoire du mot tian, Google ne me fournit que des publications d’un Paul Peyre phytopharmacien. Je pense donc que Paul Peyre a trouv√© cette √©tymologie dans¬† le Dictionnaire historique de la langue fran√ßaise d’Alain Rey. Je clique sur le lien¬† de Wikipedia¬† et je vois que dans l’√©dition de 1993,¬† Alain Rey √©crit:

Tian¬† n.m. , attest√©¬† au XXe s. en fran√ßais central et d√®s 1803¬† sous la forme¬† tion¬†¬† dans une acception technique en fonderien est l’emprunt¬† d’un mot occitan d√©j√† attest√© en ancien proven√ßal pour d√©signer un √©cuelle, un bassin de poterie, un plat de terre. Celui-ci est issu du grec¬† t√™ganon¬† variante de¬† tag√™non (forme √©tymologique) « po√™le √† frire », mot¬† technique sans √©tymologie connue.

Il ne fait pas le lien avec tajine.   Le TLF peut-être?

√Čtymol. et Hist. 1940 ¬ę plat proven√ßal cuit dans un r√©cipient de terre cuite ¬Ľ (L. Daudet, Qd vivait mon p√®re, p. 105); 1948 ¬ę r√©cipient de terre cuite (√©cuelle, plat) ¬Ľ ici, en partic. ¬ę √©cuelle dans laquelle on lave la vaisselle ¬Ľ (Cendrars, Bourlinguer, p. 283: [elle] entassait la vaisselle dans un tian, et versait de l’eau bouillante, lavait). Du gr. ŌĄ ő∑ ŐĀ ő≥ őĪ őĹ őŅ őĹ, forme ionienne de ŌĄ őĪ ŐĀ ő≥ ő∑ őĹ őŅ őĹ ¬ę po√™le √† cuire ¬Ľ, par l’interm√©diaire de l’a. prov. tian ¬ę √©cuelle sans oreille ¬Ľ, √† Marseille 1391 (An. Soc. Et. Prov., 4, 107 ds Levy (E.) Prov.); cf. le prov. mod. tian, tiam ds Mistral; de l√† aussi le fr. tion ¬ę caillou ou fer plat qui sert √† tirer les crasses et les cendres du creuset ¬Ľ. Bbg. Germi (Cl.). Mots de Gap… Grenoble, 1985, p. 172.

C’est Madame Claudettes Germi, et Lucci V.¬† Mots de Gap. Les r√©gionalismes du fran√ßais parl√© dans le Gapen√ßais.¬† Grenoble, 1985, qui ont trouv√© cette √©tymologie et le lien avec tajine.¬† Google a num√©rise ce livre et¬† malgr√© les droits d’auteur, on peut en consulter des extraits; pourquoi se g√™ner?

Enfin je trouve une source, c’est le FEW XIII/1, 152a. Mais toujours pas de lien avec tajine.¬† Voici l’article du FEW:

    

Aucune attestation √† l’ouest du Rh√īne¬† mais les repr√©sentants de teganon sont assez fr√©quents en Italie.¬† Le renvoi du FEW √† un article de Schuchardt « Es ist auch ins berber. eingedrungen. s. SchuchBerb. 57 1¬† n’a pas √©t√© num√©ris√© mais¬† je continue de surfer et trouve¬† un texte qui a pu √™tre lu par Schuchardt

Introduction historique et critique aux livres de l’A. et du N …, Volume¬†2¬† Par Jean-Baptiste Glaire Paris,1843 (= 2e edition)¬† p.329

La note 2 de Jean-Baptiste Glaire vient directement, comme indiqu√© par les guillemets,¬† du livre de Shaw : Voyages de Monsr. Shaw, M. D. dans plusieurs provinces de la …,¬† de la Barbarie et du Levant: contenant des observations geographiques, physiques, philologiques et mel√©es sur les Royaumes d’Alger et de Tunis, sur la Syrie, l’Egypte et l’Arabie Petr√©e. Avec des cartes et des figures. Traduits de l’Anglois, Volume¬†1Volume¬†1,¬† Par Thomas Shaw;¬† Hate,1743, note d) pp.384-385. Ci dessous la partie de la p.385:

La double signification « plat, √©cuelle » et « contenu du plat »¬† √©tait d√©j√† connue des Grecs.

Sur le grec ŌĄőĪő≥ő∑őĹőŅőŬ† voir le¬† Dictionnaire Etymologique de la langue grecque¬† par Pierre Chantraine (1968)

A propos de l’√©tymologie de¬† tajine le TLF √©crit :

Empr. √† l’ar.tŐ£aŐĄgŐĆin, tŐ£aŐĄgŐĆ őĻ ŐĄn ¬ę plat de terre qui ressemble √† une po√™le √† frire; tout ce que l’on cuit ou r√ītit dans cet ustensile ¬Ľ (Dozy t. 2, pp. 27-28), lui-m√™me empr. au gr. ŌĄ őĪ ŐĀ ő≥ ő∑ őĹ őŅ őĹ, ŌĄ ő∑ ŐĀ ő≥ őĪ őĹ őŅ őĹ ¬ę po√™le √† frire ¬Ľ (K. Vollers ds Z. der deutschen Morgenl√§ndischen Gesellschaft, t. 51, p. 299; Lanly, loc. cit.; cf. √©galement FEW t. 13, p. 152, s.v. teganon).

A l’√©poque de la parution de l’article teganon, (1965) le mot tajine¬† n’√©tait pas encore dans les dictionnaires.

Le source de Paul Peyre ?

Notes
  1. ce qui veut dire : » le mot a aussi √©t√© emprunt√© par la langue berb√®re, voir¬† Schuchardt, Hugo,¬† Die romanschen Lehnw√∂rter im Berberischen; Sitzungsberichte der philosophisch-historischen Klasse der Wissenschaften in Wien188, 4. Wien, 1918; p.57.

Tibat "ivre"

Tibat « ivre », tib√© ¬† en fran√ßais r√©gional (Lhubac). Etymologie : latin stipatus « entass√© » le participe pass√© du verbe stipare¬† « mettre dru, entass√© ». D’apr√®s Gaffiot ,¬† d√©j√† les Romains¬† utilisaient surtout le part. pass√©. Tibar est attest√© depuis 1400 et courant dans tout le domaine occitan.

En occitan stipare¬† aurait d√Ľ aboutir r√©guli√®rement √† estiba mais le pr√©fixe es- √©tait compris comme¬† ex- et¬† a √©t√© senti dans certains endroits¬† et¬† comme contraire¬† au sens « entasser », de sorte que estiba¬† est devenu tiba.¬† Il y a pas mal de variantes dans les formes occitanes.¬† Fr√©quemment on trouve¬† l’insertion d’un -l- : tibl√† ,¬† d’un -m-¬† et d’un -r-: timbrar¬† « tendre fortement une corde¬† d’un instrument, un lambeau » (Al√®s).

tibla "gonfler" Mistral

L’abb√© de Sauvages (S1) cite les deux¬† formes :

  1. tiba « tendre, √©tendre »¬† tiba lou l√ģnjh√ę ¬† « d√©tirer ou d√©rider le gros linge  » ; tiba « mourir, roidir les membres ».
  2. estibla, terme de lavandi√®re, tendre le linge, le d√©rider; estiblassa « √©triller quelqu’un, lui donner une vol√©e de coups de b√Ęton »

Tibat¬† peut pr√™ter √† confusion dans le domaine languedocien. A Puisserguier¬† il signifie « gonfl√©, ferme », √† Aniane¬† « so√Ľl » et en Rouergue « mort », d’apr√®s les donn√©es du FEW.¬†¬† Une visiteuse du Tarn m’√©crit:

Je ne connaissais pas « tibat  » dans le sens d‚Äôivre qui doit √™tre une image. Tibat = Tendu, tir√©. Destibat = d√©tendu, cool, (hum !!!). Pour ivre je connaissais : bandat , et en plus imag√© « madur  » ( √† point ). Dans le Tarn pr√®s de Castres on emploi couramment l‚Äôexpression « Aquela tiba ! »=Celle-l√† elle est bien bonne ! ou c‚Äôest bien extraordinaire !
tiba "ivre-mort"

tiba "ivre-mort"

Un habitant d’Aniane en Rouergue?

Cf. « Ivre » dans l’Aude¬† Thesoc. Les deux formes¬† tibar¬† et¬† estibar¬†¬† se trouvent aussi en catalan.¬†¬† L’ italien¬† stipare¬† signifie « remplir ».

Il y a un lien avec l’allemand steif « raide », n√©erlandais stijf « raide », anglais stiff « raide » , mais il s’agit l√† d’un niveau plus profond, l’indo-europ√©en.

La m√™me √©volution s√©mantique¬† ‘tendu, gonfl√©’¬† vers ‘ivre, so√Ľl’ s’est produite¬† dans le verbe banda se¬† « s’enivrer » et dans¬† coufle.

 

Tibla, tribla

Tibla, tiblo, tribla « truelle »; tiblado « truell√©e ». L’abb√© de Sauvages (S1) ajoute

« en style bas une tap√©e, donne-moi une bonne tap√©e de soupe. »

Tibla   est attestée en truelle Arles St_Blaiseprovençal depuis le XVe siècle seulement. mais comme  il y a encore beaucoup de documents à dépouiller, nous pouvons espérer des datations bien antérieures.

D’apr√®s le FEW tibla repr√©sente le mot grec tryble, ŌĄ ŌĀ ŌÖ ő≤ őĽ ő∑ « √©cuelle, plat ». La forme, plus sp√©cialement le -i-,¬† et l’extension g√©ographique, proven√ßal, languedocien et auvergnat, indiquent qu’il s’agit d’un des mots qui ont rayonn√© √† partir de Marseille.

Beaucoup de mots techniques¬† nous ont √©t√© l√©gu√©s directement par les anc√™tres hell√©niques des Marseillais et non pas par l »entremise des Romains. Les Grecs¬† ont apport√© pas mal de techniques notamment dans le domaine de¬† la viticulture, cf. empeutar, et de la construction, cf. androune. Voir aussi le l’article¬†petas, pedas une histoire de Grecs et de Romains. Si vous jetez un coup d’Ňďil sur mon Index Etyma, vous verrez qu’il y a toute une s√©rie de mots occitans qui viennent directement du grec, sans passer par le latin.

Il n’est pas toujours facile de d√©terminer l’origine d’un √©tymon, grec ou latin, parce que les Romains √©taient friands de mots grecs, un peu comme nous adoptons¬† des mots anglais, ou comme faisaient les Anglais qui empruntaient¬† des mots fran√ßais depuis la Bataille de Hastings,1066 jusqu’au XXe si√®cle; cf. l’Index anglais.

Tielle sétoise

Tielle sétoise, tiella di Gaète

tiella di Gaète   Tielle sétoise

 Tiella di Gaète                                   Tielle sétoise

¬† Etymologie : napolitain ti√®lla s.f.¬† « couvercle » du latin tegilium¬† diminutif de tńēgńęlńē « petite couverture ».¬† (Dictionnaire √©tymologique du napolitain). D’apr√®s Wikipedia :

La tielle a √©t√© import√©e de Ga√®te en Italie √† S√®te par les immigr√©s italiens au XVIIIe¬†si√®cle. Adrienne Virduci (1896-1962) fut la premi√®re √† commercialiser la tielle, √† partir de 1937. Trois de ses six enfants h√©ritent de la recette et du savoir-faire. La tielle traditionnelle est aujourd’hui fabriqu√©e et commercialis√©e par ses petits-enfants.

Mais il n’y a pas de r√©f√©rences pour le XVIIIe si√®cle et je n’en ai pas trouv√©.¬† Dans un autre site l’auteur raconte que la tielle de Gaeta, a √©t√© introduite par les soldats espagnols aux XVIe-XVIIe si√®cles:

L’histoire de la tielle commence √† Borgo de Gaeta, un petit village de p√™cheurs au nord de Naples, √† l’√©poque de la domination espagnole. Les autochtones remarqu√®rent que les soldats espagnols fabriquaient une sorte de pizza assez comparable √† la leur, mais avec un couvercle : ce qui √©vitait √† la garniture de se dess√©cher. S’inspirant de cette fa√ßon, ils innov√®rent en se servant d’un moule appel√© « t√©glia » devenu « tielle » en fran√ßais. Trois si√®cles plus tard, les Italiens du Mezzogiorno d√©barqu√®rent √† S√®te avec dans leurs bagages la tielle de Ga√®te.

La tielle s’appelait bien s√Ľr tiella √† Gaete, la forme espagnole,¬† et non pas teglia, la forme italienne.¬† Naples faisait partie du royaume espagnol au XVIe-XVIIe si√®cle.¬† Pour aller plus loin¬† il faudra faire des recherches sur ces « pizzas¬† espagnoles », qui¬† ont peut-√™tre d√©j√† un nom d√©riv√© de tegilium..

Selon un cuistot napolitain (Gaète se trouve près de Naples) :

 tielle è il plurale di tiella, propriamente il tegame, la padella, la teglia in cui o si frigge in olio basso, sugna etc. o si preparano i fondi per non troppo elaborati sughi piuttosto veloci;

 

Page 3 sur 812345‚ĶDerni√®re page »