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Rabas, rabasso "truffe"

Rabas, rabasso « truffe », rabassier « ramasseur de truffes ». L’√©tymologie est le latin rapum « rave » + suffixe -acea.

rabassié

rabassié

Dans la bas-dauphinois, √† Grenoble, en proven√ßal,¬† en est-languedocien¬† et en Dordogne rabaso, rabasso¬† d√©signe la » truffe », un rabasi√©¬† est un chercheur de truffes; celui qui conduit les porcs √† la recherche des truffes ».¬† En dehors du domaine des chercheurs de truffes rabas¬† a gard√© des significations plus proches de son √©tymon rapum « rave », comme par exemple « racine d’un arbre, souche ». ¬† En Ari√®ge un rabasi√©¬† est une « houe pour le vigneron »; l’adjectif languedocien rabassot signifie « courtaud, trapu » (S2), rabasset √† Marseille

Rabassa¬† est attest√© en ancien occitan dans le d√©partement de l’Aude et les environs¬† avec le sens « r√©s√©da des teinturiers », ce qui est expliqu√© par von Wartburg[1.¬†FEW X, 74 n24 ] par le fait que¬† les feuilles de cette r√©s√©da ne sont pas coup√©es mais vendues¬† avec la racine. Cette r√©s√©da est souvent confondue avec la gaude¬† « le pastel« . Voir cet article sur le pays de Cocagne. Pourtant la gaude, « gu√®de » en fran√ßais est une plante herbac√©e (Crucif√®res) √† petites fleurs jaunes et dont les feuilles √©taient utilis√©es en teinturerie jusqu’au xixe si√®cle pour leur mati√®re colorante bleu fonc√©. RollandFlore ne donne qu’une seule fois rabassa¬† comme nom populaire de cette r√©s√©da.

réséda des teinturiers   

Rabas « truffe » est un homonyme de rabas¬† « blaireau ».

Si vous voulez savoir plus sur l’histoire des rabassaires catalans, dont le nom a la m√™me √©tymologie, il vous faudra googler…

Rabas, ravat

Rabas, rabat, ravas, ravat « mouton √† laine grossi√®re et pendante, commun dans le Piemont, la Lombardie et la Savoie; la peau de ce mouton; la housse de cheval ; peau de blaireau; blaireau (l’animal); blaireau √† barbe; putois (chez l’abb√© de Sauvages, S2 et √† St-Germain-du-Teil (Loz√®re) ».¬†¬† Rabatos f.pl. « troupeau de brebis qu’on m√®ne pa√ģtre sur les montagnes des C√©vennes pendant les chaleurs de l’√©t√© ».

¬† mouton face de blaireau Voir le commentaire d’un visiteur!
     

Les formes avec -v- viennent d’apr√®s Mistral du Dauphin√©, de la vall√©e du Rh√īne et de l’Auvergne, mais l’abb√© de Sauvages (S2) donne¬† rabas et ravas « mouton malingre ».

  1. L’√©tymon est le latin rapax « qui saisit, emporte »,¬† et comme subst. « voleur ». Le blaireau a la mauvaise renomm√©e d’√™tre un voleur et d’ emporter des c√©r√©ales dans son nid. Le FEW X,61a-b a¬† s√©par√© les attestations de rabas « blaireau » des attestations ravas « mouton, peau de mouton, etc. »pour des raisons d’ordre phon√©tique: le -p- intervocalique en latin devient -b- en occitan, et passe √† -v- seulement dans les parlers du nord occitan.
  2. L’√©volution s√©mantique : « voleur » > « mouton » √©tait √©nigmatique.

Nous croyons avoir trouv√© une explication¬† surtout pour l’√©volution s√©mantique. Les formes avec un v peuvent s’expliquer par une influence des parlers nord-occitans¬† et franco-proven√ßaux.

Le blaireau est présent dans toute la France, excepté la Corse. Voir à ce propos ce lien.

Rabas avec le sens « blaireau » se trouve en proven√ßal et en languedocien dans une zone qui va du Var (Hy√®res, St.-Luc) jusqu’√† Millau, o√Ļ il est d√©j√† attest√© en 1474, et √† Mende. A La Ciotat c’est un « h√©risson » et √† St-Germain-du-Teil (Loz√®re) un « putois ».

Dans le volume Incognita XXII/1,p.283b du FEW, nous trouvons la famille de ravas¬† « (peau de) mouton √† laine grossi√®re et pendante »¬†¬† attest√© en proven√ßal depuis le XVe si√®cle¬† et en franco-proven√ßal du Forez .¬† Par exemple dans l’Is√®re la ravata est la « laine grossi√®re » et par m√©tonymie ravat prend le sens de son utilisation : « collier de cheval » ou comme en proven√ßal de Barcelonette rav√†s « peau de mouton qui sert de housse au collier des chevaux de charette ».

Or dans l’Aveyron et la Loz√®re sont attest√©es des formes avec un -b- : rob√†s, rabas, qui viennent certainement de rapax et qui d√©signent « une fourrure attach√©e au collier d’un cheval de trait, ordinairement en peau de mouton, ou de blaireau »¬† exactement comme le rav√†s proven√ßal √† Barcelonette.

On peut supposer une √©volution s√©mantique comme suit : rapax « voleur » > « blaireau »>¬† « peau de blaireau » >¬† « peau de blaireau utilis√©e pour le collier des chevaux » > « peau de mouton √† laine grossi√®re utilis√©e pour le collier des chevaux » >¬† « mouton √† laine grossi√®re et pendante » > « mouton (malingre) ». Il¬† est donc probable que les mots qui d√©signent le « blaireau » avec un -b- et ceux qui d√©signent la « mouton √† laine grossi√®re et pendante » ont la m√™me √©tymologie.

Sur le web, j’ai trouv√© plusieurs attestations de cette fonction de la peau de blaireau, e.a.:

avec le texte suivant
« de nos grelotti√®res pour attelage « en poste » avec la traditionnelle « queue de renard ». Il nous reste √† mettre en place le non moins traditionnel entourage en peau de blaireau ! »Source!

En Auvergne, la brebis Rava fait partie du paysage. Avec plus de 40¬†000 brebis, cette race avec sa belle t√™te mouchet√©e, est gagnante l√† o√Ļ d¬īautres √©chouent. Source.

Conclusion:¬† ravas¬† « (peau de) mouton √† laine grossi√®re et pendante » , et les autres mots dans¬† le volume Incognita XXII/1,283b du FEW viennent tous du latin rapax « voleur ». Les formes avec¬† -p- > -v- s’expliquent par le fait que l’origine de la race de moutons avec sa t√™te comme un blaireau¬† est l’Auvergne, c’est-√†-dire une r√©gion o√Ļ l’√©volution -p- > -v- est r√©guli√®re.

 

Rabinar

Rabinar « br√Ľler, griller »est devenu rabiner¬† en fran√ßais r√©gional.¬† « Passar lo gig√≤t dins la farina e lo rabinar dins l‚Äôu√®li. « 

L’√©tymologie de ce mot est int√©ressante parce qu’elle montre que l’√©volution s√©mantique peut √™tre capricieuse .¬† L’histoire des diff√©rentes significations¬† est¬† bien plus int√©ressante¬† que le fait de savoir qu’il vient du latin rapina.

Le mot latin rapina¬† signifie « vol, pillage; action d’emporter (au propre et au figur√©), et le verbe rapere¬† dont il est d√©riv√© signifie « saisir vivement » √©galement au propre et au figur√©.¬†¬†¬† En ancien picard et en anglonormand nous retrouvons ce sens dans le mot ravine avec ce sens « vol ».¬† Le verbe anglais to raven « vivre de rapine; piller, d√©pouiller » et l’adjectif ravenos « vorace, f√©roce » vient de l’anglonormand.

Mais ailleurs c’est l’√©l√©ment « imp√©tueux, violent; force » qui a domin√© et l’√©l√©ment « vol, rapine » s’est perdu. Ainsi en ancien fran√ßais ravine signifie « imp√©tuosit√©, √©lan, violence » comme ancien occitan rabina et en occitan moderne le d√©riv√© rabinos « imp√©tueux, hargneux ».¬†

D√©j√† en¬† latin¬† cette notion de violence est appliqu√©e au feu ou √† la chaleur.¬†Dans le Gafiot¬† rapere¬† est cit√© avec les sens « prendre feu rapidement » et¬† « prendre rapidement une couleur ».¬† En occitan¬† rabinar devient ¬† « bruler, roussir, griller ».¬† En languedocien lo rabinel¬† sont des « lardons rissol√©s √† la po√™le » (Mistral).¬† Dans les C√©vennes on appelle rabanelo ce qu’ailleurs est la castagnado. Cette √©volution s√©mantique est limit√©e au proven√ßal et √† l’est-languedocien.¬† Une belle expression est cit√©e par¬† l’abb√© de Sauvages : un rabino-sardo  » un avare qui met si peu d’huile dans la po√™le √† frire les sardines qu’il les brule au lieu de les frire ». Le substantif rabina¬† est « ce qui reste attach√© au fond d’une casserole quand le mets a pris trop de feu ».

rabanelo

Par contre appliqu√©e √† l’eau cela donne des ravines « pluies torrentielles » et par une √©volution qui la cause √† l’effet¬† « petit ravin creus√© par un torrent » > » ravin creus√© par les eaux » > « ravin » et le mot fran√ßais ravin.¬† A La Canourgue rabino est « une pente lav√©e par des torrents ». Ravin¬† a √©t√©¬† emprunt√© par le n√©erlandais ravijn, anglais ravine « ravin ».

Ces √©volutions s√©mantiques tr√®s sp√©ciales ont laiss√© un vide, et le fran√ßais comme l’occitan ont emprunt√© tr√®s t√īt le mot latin rapina avec le sens « vol ». Pour Giraut de Bornelh , un troubadour limousin du XIIe si√®cle, un rapin est un « voleur » et en languedocien moderne √† La Canourgue un « √©pervier » est un ausel de ropino, √† P√©zenas un rapino devient un « orfraie ».

                                                                                                          .                      

ausel de ropino l’√©pervier ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬†¬† rapino « orfraie’.

Je n’ai pas d’explication pour la signification¬† « r√©gal donn√© √† l’occasion d’un bapt√™me » de rabinosa.¬† Dans le site Ostal Joan Bodon¬† rabinosa = taulejada « banquet ». Si « banquet » est le sens d’origine, il est possible que ce sens s’est d√©velopp√© √† partir du sens « grillade » et il fait partie du groupe rabinel.

Racar

Raca(r) « vomir, rendre ». v.tr. et intr. Etymologie : dans les parlers galloromans, mais aussi en dehors de cette zone, nous trouvons une onomatop√©e rakk- qui dans la langue d’o√Įl signifie « cracher » et en occitan et franco-proven√ßal « vomir ». Les attestations de ce deuxi√®me sens vont de Macon jusqu’√† Nice et de Nice jusqu’en B√©arn.

Au figur√© racar signifie¬† « √™tre forc√© de payer » (Al√®s), sens qui a gagn√© l’argot parisien vers 1900 (vivant en 2009). Le TLF donne les d√©tails que voici¬† de l’argot raquer:

Raquer v. a. et n. payer ‚ąí acquitter une dette). Mot d’orig. dial.: pic. raquer ¬ę cracher ¬Ľ, prov. rac√° et lyonn. raco ¬ę vomir ¬Ľ, d’o√Ļ raqu√° ¬ę √™tre forc√© de payer ¬Ľ (Gard), rakoŐĀŐ£ ¬ę d√©bourser ¬Ľ (Rh√īne), racc√Ę, racar ¬ę payer ¬Ľ (arg. des ma√ßons de la Tarentaise ds Pont, Vocab. du terratsu de la Tarentaise, Chamb√©ry, 1869 d’apr. A. Dauzat, Les Arg. de m√©tiers fr.-prov., Paris, 1917, p. 201). Toutes ces formes correspondent √† l’a. fr. rachier ¬ę cracher ¬Ľ

Il n’est pas surprenant de constater que cette racine a donn√© de nombreux d√©riv√©s : racaduro (Marseille), rakeyro, raqu√®ira (Barcelonette), rakadze, tous en rapport avec « vomir ».
Un glissement de sens au moins curieux a eu lieu en Saintonge o√Ļ raquer signifie « avoir la diarrh√©e ».

Y aurait-il un lien avec l’argot anglais racket « chantage »?¬† Qui viendrait √©galement d’une onomatop√©e imitant du bruit et dont l’√©tymologie n’est pas √©tablie.

Voir aussi posaraca 


Rachalan

Inspir√© par une visite de la Combe des Bourguignons √† Marguerites, j’ai cherch√©, l’√©tymologie de rachalan.
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Wikipedia ;

La ¬ę¬†combe des Bourguignons¬†¬Ľ¬†: Le 2 ao√Ľt 1989, un violent incendie ravageait les collines dominant Marguerittes au nord, mettant au jour d’anciens enclos agricoles, avec leur cabane et murs en pierre s√®che, √©difi√©s par les petites gens de Marguerittes (ou rachalans) au lieu-dit ¬ę¬†la combe des Bourguignons¬†¬Ľ. Les ouvrages, b√Ętis √† l’aide du mat√©riau calcaire extrait du sol, ont √©t√© restaur√©s tandis que certaines parcelles √©taient replant√©es de vignes et d’oliviers comme autrefois. Depuis 2002, un parcours d’interpr√©tation, long de 1,9 kilom√®tre, fait d√©couvrir ce qu’√©tait la vie dans la garrigue. Un conservatoire vari√©tal permet √©galement de mieux conna√ģtre l’olivier3,4.

Ectrait du site http://www.nemausensis.com/

Le Rachalan  (lien vers la page)
A l’√©poque o√Ļ, sous l’impulsion particuli√®re des tisserands, la Garrigue se transforma, de nombreux terrains, incultes jusqu’alors se couvrirent de vignes, d’olivettes, d’amandiers et d’une flore toute nouvelle. Pour mettre ces terrains en culture et les entretenir, terrains dont beaucoup aujourd’hui sont retourn√©s √† l’√©tat d’inculte, N√ģmes eut alors un type local, devenu introuvable de nos jours : le Rachalan.
Le Rachalan, en langage vulgaire lou racho ou travaiadou, √©tait l’ouvrier agricole travaillant dans la Garrigue, cultivant un bout de champ √† lui, soignant particuli√®rement ceux des autres et faisant les travaux de culture et d’entretien que ne pouvait faire le masetier lui-m√™me, taffetassier, artisan ou bourgeois, occup√© ailleurs.
A-dessus dou rache proprement dit, il y avait lou baile rachalan ou chef de colle, qui √©tait un petit entrepreneur de travaux agricoles, ayant sous ses ordres trois ou quatre ouvriers, qu’il employait, concurremment avec lui, aux divers travaux de la Garrigue. La plupart des rachalans poss√©daient un √Ęne, leur ins√©parable compagnon de travail : .. lou bechar sus l’espalo, la biasso au col, l’ase davan, lou rachalan camino ver la vigno ; … a √©crit Bigot.

Cet √Ęne constituait un v√©ritable capital pour le travaiadou ; il portait un b√Ęt auquel on suspendait de chaque c√īt√© une banaste, servant √† transporter dans les champs les outils du rachalan, le fumier et tout ce qui √©tait n√©cessaire aux cultures, et √† descendre en ville les r√©coltes diverses de la Garrigue : olives, raisins amandes, etc.
Quelquefois, en plus de son √Ęne, le rachalan avait un chien loubet, ce qui √©tait un luxe et lui valait le surnom de rachalan di double.
ait rachalan d√© d√©lai vivi√© d√© soun traval et d√© quaouqui soou, emb√© si fiyo, un ase et soun chin gardo-biasso-loub√© qu’√† l’oucasioun √®ro un paou chin de casso (Bigot : l’Ase et lou Chin).

Etymologie.

D’aor√®s E.Serran, Les masets nimois.¬† (Revue du Midi. Tome XXII, 1898, pp314-334) p.322 cit√© par Claude Achard :

Le rachalan est le cultivateur n√ģmois se rendant √† son travail mont√© sur son √Ęne. Dans l’idiome local rache signifie « √Ęne »

Dans le Tr√©sor de Mistral, les mots racho et racahalan sont bien pr√©sents, mais pas avec le sens √Ęne:

RachalanMistralIl sugg√®re une racine romane rascalau¬† et le sens serait alors « racler » , mais normalement le -s- est conserv√© dans cette famille de mots qui viennent d’une racine rasicare. Voir par exemple l’article rascar.¬† Voir aussi le verbe racher dans le CNRTL

¬†D’autres sobriquets pour les N√ģmois dans l’article reboussier.¬†

 

 

Radasso "vadrouille; fainéant"

Radasso « vadrouille; fain√©ant ».¬† Il y a actuellement¬† une confusion entre le¬† proven√ßal¬†¬† radasso,¬† le verbe radass√†, se radass√†¬† et le mot de l’argot parisien radeuse, radasse¬†¬† « prostitu√©e », dont le sens¬† n’est pas compatible avec celui du¬† verbe marseillais :¬† « fain√©anter »¬† et dont l’√©tymologie est pour le moment obscure[1.¬† Radeuse , radasse est probablement un d√©riv√© de rade « trottoir ».¬† Voir le TLF rade3 ].

radasso vadrouille      

Radasso¬† « balai fait avec de vieux cordages, dont on se sert pour nettoyer le pont d’un bateau »¬† est √† l’origine du verbe¬† radass√†¬† « balayer avec la vadrouille, nettoyer avec le faubert ». Ensuite on a utilis√© ce verbe au figur√©¬†¬† se radass√† « se tra√ģner, se rouler √† terre »,¬† comme les bouts de la radasso dans l’image ci-dessus,¬† mais en parlant de quelqu’un,¬† en suite on a pu dire que de celui qui se radasse¬† > qu’il fain√©ante¬† et un radasso¬†¬† est donc un « fain√©ant, vaurien ».

La vieille corde dont on fait la vadrouille peut aussi servir √† la p√™che aux oursins quand on y attache de petits filets (Voir la d√©finition de Mistral ci-dessous) Voici ce qu’√©crit un amoureux de la Madrague de Gignac:

PPour commencer cette page historique,je voudrais vous poser une question : savez-vous ce qu’est une « radasse » ? J’en vois d√©j√† parmi vous qui sourit mais le sens premier de ce mot est peut-√™tre moins connu. Pour les p√™cheurs de la C√īte Bleue, une radasse est un vieux filet qu’on utilisait pour arracher les oursins sur les fonds rocheux en le tra√ģnant derri√®re une barque. Cette fa√ßon de p√™cher les oursins d√©vastait les fonds marins en ramenant dans les filets non seulement les oursins de toute taille, mais aussi une moisson d’algues et de plancton. C‘est la raison pour laquelle la p√™che √† la radasse a √©t√© interdite,

L’√©tymologie n’est pas tout √† fait¬† claire.¬† Une forme *rasitoria « baguette qu’on passe sur une mesure quand elle est trop pleine »¬† aurait abouti irr√©guli√®rement √† *raditioria¬† qui¬† a donn√© en ancien occitan rasdoira, radoyra¬† et avec ce substantif on a cr√©√© le verbe rada(r) « mesurer √† ras avec une baguette ». [ 2.¬† FEW¬† X, 92a rasitoria ]¬† Ci-dessous l’article de Mistral:

Le¬† sens¬† « rader »¬† s’est d√©velopp√© en¬† « fr√īler, glisser sur, mettre √† niveau » et¬† appliqu√© √† un oiseau devient « planer » en proven√ßal et en limousin.

Ce qui tombe par terre quand on rade, n’a pas beaucoup de valeur, ce sont des restes, des radas « guenilles » (Mortagne)¬† et le d√©riv√© radasso¬† une « vadrouille, √©couvillon »;¬† le verbe radass√†¬† « nettoyer avec une radasso ».¬†¬† Enfin une radasso¬† peut √™tre tout ce qui n’a plus de valeur « une vieille b√™te de somme » √† Aix¬† ou un « vieux canap√© » √† Marseille.

Faire la radasso¬†¬† ou¬† se radassa¬† « se tra√ģner; se rouler par terre » devient « fain√©anter » √† la plage du Prado, ou sur un vieux canap√© √† l’Estaque.¬† Une activit√© qui n’a rien de r√©pr√©hensible.

Marseille Radass√† (se) fain√©anter, paresser, de pr√©f√©rence allong√©. « L‚Äô√©t√©, c‚Äôest agr√©able de se radasser au soleil sur la plage ».

Ra√Įous

Ra√Įou, pluriel ra√Įous « sobriquet des c√©v√©nols qui, pendant les guerres civiles sous Louis XIII (1601-1643), √©taient du parti du roi. Ce mot signifie Royal ou Royaliste » (abb√© de Sauvages). Le patois c√©v√©nol s’appelle le ra√Įol. F.Mistral dans son Tr√©sor explique que les ra√Įous sont plus sp√©cialement les C√©venols des vall√©es et versants m√©ridionaux de la Loz√®re. Ce nom leur fut donn√© sous les Valois, √† cause de leur vigoureuse r√©sistance contre les Anglais qui occupaient la Guyenne.

Ci-dessous¬† vous trouverez un po√®me intitul√© « Lous Raious » d’ Albert Arnavielle, f√©libre gardois, surnomm√© « l’Ar√†bi« , d’apr√®s son origine et son temp√©rament (un arabi ou alambi est une esp√®ce de moustiques,dont la piq√Ľre est br√Ľlante), d√©crit par lui-m√™me dans un po√®me publi√© dans Las Raiolos p.166-176.

Albert ARNAVIELLE
22.7.1844 (Alès) Р11.11.1927 (Montpellier)

LOUS RAIÒUS
I
Sèn lous Raiòus de las grandos Cevenos,
De raço antico e franco tiran dre.
Raço racejo: aitambé dins lu venos
Avèn de sang ni mousi ni mai fre.
Dau tems passa gardant fièro memòrio
Soun lous felens √ßo qu’√®rou lous auj√≤us.
Lou vi√®l cabus i’a pas de p√≤u que m√≤rio,
Car lous Rai√≤us restaran lous Ra√Į√≤us

II
Aiman aici nosto fresco naturo,  »
Bello toujour, mau despiè das ivèrs:
Coumbos, nauts mounts qu’an per cabeladuro
Boulegadisso √† l’auro, lous boscs verds.
Aiman Gardou que sus la gravo rulo,
Boufant, bramant sous fourèges rajòus,
Noste cèl blu, noste sourel que brulo,
Aiman, aiman lou parla das Raiòus!

III
Dau jour glourious que, de vers la Garouno,
Contro l’Angl√©s luchant d’ounglo e de p√®d
D’un r√®i de Fran√ßo apar√®n la courouno,
Lou noble noum de Raious nous toumbè.
Aquel noum soul dis ço que devèn èstre,
De l’aveni nous mostro lous drai√≤us
,,O pauro Franço, auriés lèu de ben estre,
Se per enfants n’avi√©s que de Ra√Įous

IV
Per soun fougau lou qu’amour devario
Soun premi√® s√≤u n’oublidara jamai;
Lou qu’aimo pas sa mairalo patrio
Ac√≤’s segu, la Fran√ßo aimo pas mai.
Lou premi√® s√≤u aqui l’id√®io soulo
Que pot tira d’omes forts das mai√≤us
Nautres qu’av√®n de fi√≤ dins la mesoulo,
Sèn bons Francès, oi, car sèn bons Raiòus

Alès, janviè de 1872. Los Raiòlos 30 32.

Rampa, rampon

Rampa « crampe », rampon « crampon ». La tuerie¬† dans l’Arizona (USA) de samedi , d√©crite comme rampage « saccage, trag√©die » par les media am√©ricains , doit nous avertir. La violence verbale de politiciens et de journalistes peut √† tout moment aboutir √† la violence physique.

Le mot rampa de l’ancien bas francique¬† *(h)rampon, est d√©riv√© de *(h)rampa ¬ę crochet, griffe ¬Ľ. Le moyen n√©erlandais ramp « crampe » signifie en n√©erlandais moderne « catastrophe, trag√©die ».

Gabrielle Cliffords hGa Gabe Zimmerman et 5 autres victimes!

Cf aussi¬† cat. et l’esp. rampa « crampe » , l’ital. rampa ¬ę griffe ¬Ľ, rampo ¬ę crochet ¬Ľ le prov. et le fr.-prov. rampa, rampo ¬ę id. ¬Ľ (TLF)(FEW t.16, p. 658)

Rampelar, rampéou

Rampelar ou rampellar, v.tr et intr. « rappeler, battre le rappel, gronder grommeler; battre de l’aile; rench√©rir (au jeu) ».
rampeller « tra√ģner, lambiner » mais aussi positivement, comme conseil : rampelle ‘vas-y doucement » (N√ģmes et Manduel). Rampeller¬†¬† signifie aussi¬† « h√©siter longuement, ressasser invariablement la m√™me chose; installer des appelants dans la chasse aux oiseaux » et un rampel « qqn qui h√©site, ou ressasse; qqn qui r√©p√®te inlassablement les m√™mes remarques ». Souvent utilis√© dans la circulation √† N√ģmes, √† propos de « p√©p√©s » dans une Axam.(Joblot).

    

Ci-dessus des images du¬† jeu de ramp√©ou « rampeau » en fran√ßais, qui se joue encore en Gascogne et en P√©rigord;¬† un jeu de 9 quilles. Il y a une « Place du Rampeau √† 46700 Puy-l’Ev√™que (Lot) et des « Pr√© du Rampeau » ailleurs.
Andriu de Gevaudan m’√©crit : A propaus de « rampelar« . Lo dial√≤g de Las tres nimfas se p√≤r trobar dins Pierre Bec : Le si√®cle d’or de la po√©sie gasconne (anthologie bilingue), Les belles lettres, 1997. p.125 ss. Nimfa gascona:

S’en man mos hilhs av√®n lo temps passat tenguda
La pluma com lo hèr jo poirí rampelar,
M√®s entr’eths, d1inquio ac√≠ Pall√†s s’es vista muda
Car eths an mes amat plan hèr que plan parlar.
traduction 1

Dans les dictionnaires nous trouvons diff√©rents jeux, par exemple √† Voiron dans l’Is√®re, c’√©tait « un jeu des enfants qui consiste √† faire dans un carr√© trac√© sur la terre 9 petits trous qui re√ßoit chacun un num√©ro. On lance une boule vers ces trous; le joueur gagne en entrant dans le num√©ro 9, au milieu ».

A Marseille un ramp√®ou √©tait « l’action de mettre sur une carte une forte somme » et vu la caract√®re des Marseillais « querelle, habitude de grogner ». Pour les chasseurs marseillais c’√©tait aussi un « sifflet d’oiseleur » ou « un oiseau qui attire les autres dans le pi√®ge par son chant ».¬† Le sens « querelle, bagarre » se retrouve en fran√ßais r√©gional de la haute vall√©e de l’H√©rault (Lhubac).

L’origine du mot est le latin appellare « adresser la parole √† quelqu’un » avec le pr√©fixe re- qui renforce la signification. Le sens « sifflet des oiseleurs; appelant » est tr√®s proche du sens du mot latin.

Dans certains jeux de quilles faire rampeau veut dire « faire partie √©gale », de sorte qu’il faut jouer une deuxi√®me fois. Ce sens se trouve partout en galloroman.
En occitan s’y ajoutent « rench√©rir au jeu de cartes » et « sifflet d’oiseleur, appelant ». Je pense que l’√©volution s√©mantique de rampeller dans la r√©gion n√ģmoise a d√Ľ √™tre : la notion r√©p√©titive dans rampel√° « mani√®re de battre sur la caisse en roulant ».
Chez l’abb√© de Sauvages nous trouvons encore ramp√īgno « noise , querelle d’Allemand,  » an toujhour c√Ęouco rampogno ils ont toujours maille √† partir » et rampougna « quereller, gronder ».

Si vous taper rampelaire avec Google, vous trouverez entre autres: Le groupe des Rampela√Įre (ceux qui battent le rappel pour rassembler les gens) dans les Alpes de Haute Provence.


Lei Rampelaire d’Ubajio

En fran√ßais moderne, au poker, rampeau a le sens suivant: « en cas d’√©galit√©, le rampeau est un coup suppl√©mentaire qui sert √† d√©partager les joueurs. Le coup nul est g√©n√©ralement suivi d’un rampeau. » Dans un autre jeu de d√©s: « Le jeu peut √™tre jou√© en 1 seul coup. En cas de rampeau (√©galit√©), un nouveau coup sec d√©partage les joueurs. »

Notes
  1. Si en mains mes fils avaient le temps pass√© tenue ».
    « La plume comme le fer je pourrais avoir des pr√©tentions »
    « Mais entre eux jusqu’ici Pallas s’est vue muette »
    « Car eux ont mieux aim√© bien faire que bien parler »

Ranconner "hésiter, trainasser"

Renconner ou ranconner « h√©siter, tourner, trainasser » verbe n√ģmois qui se trouve dans plusieurs lexiques des √©ditions Lacour, mais il est absent de l’Alibert. Le verbe est absent du FEW mais je crois pouvoir le rattacher √† l’adjectif ranc « boiteux ».

L’occitan connait l’adjectif¬† ranc, ranco « boiteux, cagneux » et l’expression fa la ranco galino « affecter d’√™tre boiteux, h√©siter, faire la sourde oreille ». Nous le retrouvons en italien¬† ranco « boiteux » = dalle gambe storte, claudicante. (TLIO)

D’apr√®s le FEW1¬† l’√©tymon de¬† ranc, ranco¬† est le gotique *wranks « tordu, tourn√© ». En ancien occitan le mot¬† ranc « boiteux » est¬† attest√© depuis le XIIe s. Le verbe ranquejar, ranqueirar « boiter »¬† arranqueja¬† en gascon,¬†¬† √©galement attest√© depuis le Moyen Age.

Dans les parlers franco-proven√ßaux¬† et¬† occitans modernes ranc¬† et les d√©riv√©s se trouvent¬† jusqu’√† la ligne Loire-Vosges2. En gascon c’est la forme aranc.¬†

C’est le mot vald√ītain¬†¬† rangot, rangota « qui est lent, bon √† rien », qui me sugg√®re de rattacher le verbe n√ģmois ranconner¬† √† la m√™me famille.¬† ¬† L’√©volution s√©mantique s’explique facilement. Un boiteux ou un cagneux n’est pas un rapide, il traine.

a pè ranquet     

D’autres mots qui viennent du gotique¬† *wranks:

L’expression a p√®-ranquet¬† « √† cloche-pied » qui est courante dans la r√©gion de Toulouse.¬† A Puisserguier c’est le nom du « jeu de la marelle ».

Dans l’article¬† du FEW¬† il y a quelques attestations du d√©riv√©¬† rancou¬† « (cheval) dont les testicules ne sont pas descendus , qui ne peut pas √™tre ch√Ętr√© », r√°ngou « qui n’a qu’un seul testicule » √† Barcelonnette. D’apr√®s le Th√©soc le « ch√Ętreur » s’appelle ranz√®r dans plusieurs villages du Puy-de-D√īme.¬†¬† Han Schook, a not√© √† Die rancos¬† « st√©rile (un testicule seulement); boiteux »
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Notes
  1. XVII, 621a-622b
  2. Pas mal d’attestations dans le Thesoc¬† s.v. « boiteux »
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