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Font

Font « fontaine, source », prononcé fong ou fwong (p.ex. à Avèze) dans le Gard d’après le Thésoc.

Latin fons, fontis signifie « source » et est masculin en latin classique, mais devient féminin à partir du IVe siècle. Fons a disparu dans une grande partie de la Romania, notamment dans le Nord de la Gaule, probablement par l’homophonie avec fond provenant de fundus. Fons est conservé en italien fonte, en catalan font et en espagnol fuente, en occitan et en franco-provençal. Des toponymes prouvent qu’il a dû exister dans le domaine d’oïl jusqu’aux départements de l’Aisne (Fontvannes) et de l’Aube (Fontette). Une grande fontaine publique s’appelle grifol

Français fonts, sousentendu baptismaux est un emprunt au latin de l’Eglise. 

Une étymologie peu intéressante! Mais j’en parle parce que pendant un week-end à Barcelone j’ai pu voir le spectacle grandiose de la Font de la plaça d’España. Cliquer sur ce lien pour avoir une idée!

Bien sûr il y a aussi la A la Font de Nîmes…. (Musique et images)! Celui-ci vous mène à You Tube. Texte et musique en même temps.

 

 

Fondron

Fondron  « tablier » cf. fandaou

Foguier, cap foguier

Foguier de l’adjectif latin focarius « ce qui fait partie du foyer ».

En occitan foguier comme adjectif ne se trouve qu’en combinaison avec le mot cap : cap foguier « chenet »(Albi 1200), cafouyé (Aveyron), appelé aussi cafio (S) de latin focus « feu; foyer ».

Comme substantif foguier; fouguier signifie « âtre; foyer » et en occitan moderne « fusil du boucher ». Le mot français fusil  a la même étymologie « pierre à feu » (TLF)

L’utilisation comme adjectif dans le Compoix de Valleraugue :  « et l’étage plus haut d‘autre maison foguiere » (tome 1 179) doit être attribuée à un style cadastral, mais il n’y a pas d’autres attestations à ce que je sache.

cap foguier ou capfio

Foganha

Foganha « foyer, pierre de l’âtre; cuisine » (Alibert). Dans le Compoix de Valleraugue ( t. 2 p.123) : FOGAIGNE : Habitation. « La maison fogaigne du dit thomas Teulon ». Il est encore vivant en français régional : faire fougagne « faire une grand feu » (Lhubac).

Etymologie : le mot foganha, qui est limité au provençal et au languedocien,est un dérivé de focus « foyer, feu », + aneus attesté depuis le moyen âge, de Briançon jusqu’au département du Tarn, presque toujours avec le sens « cuisine », avec quelques exception comme  dans l’Aveyron où c’est la « plaque de cheminée ».

En dauphinois existe le verbe fouganhar « faire la cuisine ». Voir aussi le site La maison au moyen âge. Le mot se retrouve en catalan: fogayna « foyer ».

Dans l’Inventaire du chateau d’Hyeres de 1431 nous trouvons le texte suivant  qui montre que la foganha est bien la cuisine:

Dans la note l’éditeur du texte ecrit qu’il n’a aucune idée du sens du mot mal-net.  Si vous avez une idée faites me le savoir.  Vous pouvez consulter cet inventaire, grâce à Gallica. C’est dans le Tome 37, page 311 de la Revue des Langues Romanes. (lien direct vers la page!)

Un inventaire curieux:  il y aussi une liste des objets qui manquent !

Flourdalisto

Flourdalisto, « royaliste » (Gard, d’après Mistral.); « qui, autrefois, exerçait  la profession de déchiffrer, de traduire les anciens actes » (Lang.), appelé aussi frâoudulisto  Le métier n’existe plus depuis la 2e moitié du 19e s.

Substantif formé sur français fleur de lis « l’emblème des rois de France » depuis le XIIe s. La forme frâoudulisto est contaminée (ou un jeu de mots) par . fraoudo « fraude » emprunt au lat. fraus « tromperie » ; la forme indigène serait *fraou comme cat. frau  «tromperie».

J’ai l’impression que le syndrome du « tous pourris » est très ancien.

Flourat

Flourat, « vermeil, bien portant » (Alès, Béziers), part.passé du verbe  ancien occitan   floura « donner de l’éclat », dérivé de flou « fleur ».

Flour

Flou « fleur » (en parlant des plantes) du latin flos, floris, mot vivant dans toutes les langues romanes.  Le sens « ce qu’il y a de mieux » a existé en ancien languedocien flor « farine », (XIIIe s.) mais ne se retrouve pas dans les patois modernes, pourtant le sens « ce qu’il y a de meilleur » est international.  D’ailleur flourat  « bien portant » en est très proche.

Le sens  « cendres » semble être limité à la région de St. Etienne. Voir flourié

Dans un Sirventès, intitulé De paraulas es grans mercatz , toujours d’actualité, Peire Cardinal, écrit à propos du bon et mauvais utilisateur de la parole:

E-l mals s’en va ab so mot mal,
E si res a bon, non li’n qual;

Que semblanz es a barutèl (tamis)
Que reten lo lach (le laid) e da-l bèl

E laissa en passar la flór.
E qui retenra lo peiór
De so qu’au dire, ieu entén
Qu’el laissara la flor per bren
(le son. )

Vous trouverez le texte complet avec la traduction en francais en suivant ce lien: Peire Cardinal

Par contre existe le mot  flourado, « élite: ce qu’il y a de meilleur ». Dérivé de flos qui avait ce sens déjà en latin. Anglais flour « farine », néerlandais bloem « fleur; farine’. Cf. aussi sanfloura, flourat et flourié ci-dessous.

Flourié

Flourién, florièr « grosse toile dans laquelle on met la cendre  pour la lessive au-dessus du linge à couler » (S),  ancien occitan flourie (1473);  D’après les attestations le mot est limité à l’est de la France, de la Lorraine au franco-provençal, provençal et en languedocien jusqu’à Pézenas.  On le trouve aussi dans le Piémont.

Etymologie : dérivé du latin flos « fleur » dont le sens « cendres » semble être limité à la région de St. Etienne. Le transfert de sens de « fleur » vers « cendres » a dû se faire par le sens intermédiaire «farine » comme dans fleur de farine,  quoique ce sens est absent en languedocien moderne. Cf.   pourtant sanfloura  et flour .

Floron

Floron « furoncle », flouroun, fleuron (Andolfi). vient du latin furunculus « furoncle », avec métathèse du -l-, probablement sous l’influence du mot flour « fleur ».  Floron   est commun à l’occitan, le catalan floronc et le piémontais fioron.

 

flor et floron

D’après le TLFs.v. furoncle il y a eu en ancien français une forme floroncle sous l’influence de l’ancien occitan floronc. L’effet de  l‘étymologie populaire qui veut toujours « motiver » les mots, c’est à dire donner un sens à la forme,  furoncle a changé de famille. Latin ferunculus signifiait « abcès « , sens issu par analogie de celui de « bouton, bosse de la vigne; sarment sauvage (qui dérobe la sève aux tiges principales) », diminutif . du bas latin furo,-onis pris au sens de « voleur ». Voir  furo « furet ». La forme n’etant plus comprise, et par ressemblance à certaines « fleurs » on a  transformé un  voleur en  une petite fleur : florem.

Fissá

Fissá « cingler, piquer ; enfoncer un aiguillon » (Lhubac : fisser fr. rég.)   représente un latin *fixare  dérivé de fixus  « fixe, consolidé, durable ».  L’évolution phonétique ainsi que l’évolution du sens très spécifique indiquent qu’il s’agit d’un mot indigène et non pas d’un emprunt tardif au latin.

Le sens du latin fixare   est conservé dans une attestation qui doit provenir de la région minière de la Grande Combe .fisso «  pierre noire feuilletée, de la nature du charbon, sur laquelle on trouve des empreintes de plantes fossiles, gardes de la houille » .

  Fougère fisso

Dans le domaine galloroman fissá « piquer » et ses dérivés ou composés sont  limités à l’occitan.  On retrouve une évolution sémantique comparable  en Espagne, par ex. Aragon fizar « piquer ».

De nombreux dérivés sont attestés dans les patois de l’Aveyron,  comme fissounenc « piquant, mordant », fissounado « piqûre », fisso-lusèrp  « petit couteau pointu usé », fisou « aiguillon d’insecte », fissat « qui a bu un coup de trop », etc.

Alibert s.v.fissa donne comme étymon latin fissus « fendu » part.passé de findere, mais cela est impossible pour une raison phonétique: latin fissus avec un -i- court se prononçait féssu déjà en latin vulgaire et a abouti à fesse.

Languedocien fouisset « fourche à manche court » (Mistral)   se rattache à la même famille de mots, mais a subi l’influence de foire « bêcher, piocher » du latin fodere  ou bien  de fouissino « sorte de trident » du lat. fuscina « fourche »