cat-right

estourelhà

estourelhà  « faire sécher devant le feu » voir l’article tourin, touril.

D’autres dérivés bien languedociens sont les verbes se tourilhà , se tourrouya  ‘se chauffer, se câliner devant un bon feu », qui en gascon  devient  estourelhà  « faire sécher devant le feu ». L’abbé de Sauvage connaît la forme  s’estoulouirà « se câliner au soleil ».

torrar, tourar

torrar, tourar  « griller, brûler, cuire »,  voir l’article  tourin, touril

tourin, touril

Tourin, touril  « soupe à l’ail, à l’oignon,   … »; la définition précise dépend de la région et de la cuisinière. Vous trouverez de nombreuses recettes sur le Web, e.a. dans Wikipedia , qui cite le Larousse gastronomique à propos de la graphie: « qui s’écrit également tourain, thourin ou tourrin, voire touril en Rouergue et touri en Béarn (…)  » .

Il faut pourtant savoir   que le touril  du Rouergue, n’est pas une graphie aberrante, mais un autre dérivé avec le même sens.  La forme en –in  se trouve principalement dans le sud-ouest, celle en –il  est plutôt languedocienne,  déjà attestée par l’abbé de Sauvages.

L’étymologie est le verbe latin torrēre « griller », qui sous l’influence de la grande majorité des verbes est passé à torrare. Le verbe torrar, tourar  « griller, brûler, cuire » est conservé en occitan et en franco-provençal.  En provençal on parle de taourà  à propos de la torréfaction des amandes. et par conséquent le « nougat » est appelé lou tourroun  à Marseille et dans l’Aveyron, que nous  retrouvons  d’ailleurs en catalan  torró, en espagnol turrón  et en portugais torrão.

Tourin et  touril   sont tous les deux des dérivés  du  verbe tourar « faire la cuisine ».  Le mot tourin  ne se trouve pas  dans le TLF.

D’autres dérivés bien languedociens sont les verbes se tourilhà , se tourrouya  ‘se chauffer, se câliner devant un bon feu », qui en gascon  devient  estourelhà  « faire sécher devant le feu ». L’abbé de Sauvage connaît la forme  s’estoulouirà « se câliner au soleil ».

Artiga, artigal, artigue

Artigal « terre défrichée », « novale, terre située entre deux rivières  » (Alibert). L’étymologie de ce groupe de mots a donné lieu à beaucoup de discussions, mais les étymologistes ne sont pas arrivés à une solution  satisfaisante pour tous les cas. Le plus difficile à expliquer est le fait qu’on retrouve un type semblable en wallon : artiu « champ labouré ».

Le substantif artiga  « terre défrichée » ne se trouve qu’en ancien gascon, et dans le Val d’Aran. En languedocien et gascon il est assez fréquent  fossilisé comme toponyme. Voir par exemple Longon, p.24 (lien direct) ou  le Pegorier s.v.artiga.

Le dérivé artigal  toujours avec le sens « terre défrichée » , et les verbes artigalar, artigar « défricher » semblent être vivants, même s’il y a des doutes sur certaines données considérées comme des reconstructions  artificielles à partir des toponymes, notamment artig (Gers) et  artigau (Périgord); etc.

Comme artiga  est aussi catalan et aragonais plusieurs étymologistes ont supposé comme étymon un *artika repris à un substrat ibère  ou basque. En effet en basque existe arteaga « bois de chênes verts, défrichement ».

En gascon  il y a un composé eishartigar , eixartigar en catalan, qui pourrait s’expliquer comme une forme hybride, composé de eissartar ( de issart « friche ») et  artigar.

La répartition géographique,sud-ouest de l’occitan, le catalan et le wallon exclut une origine commune gauloise ou ibère/basque pour toutes les données. Beaucoup de données pour celui ou celle qui veut approfondir dans le FEW  XXV,387b-390b.*artika.

Un dernier lien bibliographique : Sommaires détaillés des Actes publiés par la S.F.O.  L’Onomastique, témoin de l’activité humaine. Colloque du Creusot (30 mai-2 juin 1984) , éd. G. Taverdet, Dijon, Association Bourguignonne de Dialectologie et d’Onomastique, 1985, II-328p. spécialement  aux pp. 19-29 : Billy, Pierre-Henri, “Noms de défrichement d’origine préromane : *ARTICA, *BODICA, *CARRICA, *MARRICA”.

 

faouterna, foterla

Faouterna « aristoloche » (Montagnac), foterla s.f. « aristoloche clématite » (BotaniqueArles).

Far fauterna « troubler la vue »  à Agde d’après Alibert.  Comme le lien sémantique n’est pas clair, je ne sais s’il s’agit du même mot. D’après Mistral  fauterno est une variante languedocienne de farfantello.

Le mot falterna « arristoloche » apparait pour la première fois dans un Dynamidia  du  Xe siècle,  un genre de guide médical  sur utilisation des plantes . Ensuite il y a quelques attestations médiévales de la région picarde, normande et wallonne,  mais pour les parlers modernes les attestations viennent surtout du domaine occitan.  La première date de 1355.

On n’ aucune idée de l’origine de ce mot. Il n’y a aucune trace de falterna   en dehors des parlers galloromans.  En googlant j’ai trouvé 3 suggestions :

Eras, quan plou et iverna
e fresca aura e buerna
s’atrai e chai e despuelha la verna,
fas sirventes per esquerna
d’amor, qu’enaissi s’enferna
que las joves an levad’a taverna.
Tant an apres de falterna
que lur cons vendon a terna:
plus son arden non es lums en lanterna.
10 Domnas tozas,   sofrachozas,   la vera paterna
vos cofonda,   e·us rebonda   selh que·l mon governa!
Qu’en Jausbertz   non es tan certz,   per los sanhs de Palerna,
qu’el pantais   del pel no·i lais,   si sec la vostr’esterna.

Si je comprends bien le texte  falterna  veut dire ici « voir trouble, sont aveuglé ».  Faux! Heureusement j’ai demandé au prof. Gérard Gouiran de m’éclairer. Il a retrouvé son article cité dans la note en bas de cette page, où il avait écrit:

Or cette plante passait au Moyen Âge pour aider à l'accouchement.
On lit en effet, dans le Livre des simples medecines (ms. British Museum
Sloane 3525, 118 v°a) que R. Arveiller m'a fait l'amitié de transcrire :
Por delivrer la feme de sa porteure, prennez la racine d'aristologe et cuisiez la en vin et en huile et faites laver la feme del nombril desi as quisses. La racine doit estre cuillie quant i n'i a ne foille ne flor ; et la foille et la flor, quant elle i est, par ce qu'eles traient tote la force a eus.
On peut également songer aux vertus toniques et emménagogues
reconnues à cette plante. Au lecteur de choisir laquelle de ces propriétés
convient le mieux ici.

Il conclut aujourd’hui : « Je suppose que j’avais dû parler de ce passage à mon très regretté maître Arveiller, qui était très fort sur le vocabulaire de la botanique et il faut bien dire que, si l’on attribuait à l’aristoloche la vertu (si j’ose dire!) de faire avorter, il ne me semble pas nécessaire de chercher autre chose. » Falterna_Gérard Gouiran (texte complet de sa lettre)

Déjà l’abbé de Sauvages  avait écrit pudiquement  qu’il y a deux espèces, une avec des fleurs jaunes pâle appelée  sarasine, et la seconde est   « l’aristoloche ronde »; on l’emploie pour les maladies de femmes.   Mais elle est très toxique:

l’Aristoloche clématite possède de l’acide aristolochique au niveau de ses parties souterraines. Cette molécule est toxique pour l’homme avec de multiples conséquences. (Wikipedia). Plus dans l’article en catalan:  Tinguda des de l’antiguitat sútilitzaven algunes espècies com a planta medicinal basant-se en la teoria del signe. És, però una planta tòxica i cal extremar la precució en qualsevol ús que es faci. La bellesa de les seves flors en fan una planta de jardineria. (Wikipedia catalan).

Sur la théorie des signatures, dont je parle à propos de plusieurs plantes et leurs utilisations, voir l’article dans Wikipedia français et les autres langues.

Le fait que faouterna « aristoloche »  apparaît dans  le glossaire d’un viticulteur de Montagnac s’explique par le fait qu’il faut éviter d’en mettre avec les raisins, parce qu’il donne un goût âcre au vin.

Le nom faouterno  a été transféré  à la « morelle » en Lozère et dans l’Hérault,  et  à la fumeterre dans le Gard. Il s’agit peut-être d’erreurs?

        

Morelle (Solanum ambosinum)     Fumeterre

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1

  1. Edizioni critiche: William P. Shepard, «A Provençal débat on Youth and Age in Women», Modern Philology, 29, 1931, pp. 149-161, a p. 151; Fortunata Latella, «Un indiscusso caso di intertestualità trobadorica», Pluteus, 6-7, 1988-9, pp. 45-65, a p. 58. Gérard Gouiran, «Le cycle de la bataille des jeunes et des vieilles», in Per Robert Lafont: estudis ofèrts à Robert Lafont per sos collègas e amics, Montpelhièr-Nîmes 1990, pp. 109-133, a p. 127; John H. Marshall, «Les jeunes femmes et les vieilles: une tenso (PC 88.2 =173.5) et un échange de sirventes (PC 173.1 + 88.1)», in Il miglior fabbro. Mélanges de langue et littérature occitanes en hommage à Pierre Bec, par ses amis, ses collègues, ses élèves, Poitiers 1991, pp. 325-338, a p. 333.

Nouvè, Nau, Nadau, Nadal

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Nouve(l) « Noël ». Le mot courant pour Noël en provençal et est-languedocien est Calenda. Pourtant il y a pas mal d’attestations de Nouvè,  e.a. dans le Trésor de Mistal :

L’étymologie est l’adjectif latin natalis « relatif à al naissance » qui était également utilisé comme substantif avec le sens « jour de naissance, anniversaire ». Dans la langue de l’Église le sens est devenu « le jour de la naissance de Jésus ». Nous le retrouvons en italien natale, catalan nadal, portugais natal et en galloroman principalement dans le Nord jusqu’à la Loire et dans l’Ouest du domaine occitan. (Cliquez sur  la carte)Il y une belle carte des noms de Noël :  Nau, Nadau, Nadal, Nouvé, Chalendes  dans le livre de  Lectures de l’ALF ((Voir Source, s.v. ALF), qui ne donne pas les mêmes résultats, en particulier pour Calendas,  malgré le fait que la source est identique.  Il faudra vérifier avec l’ALF.

Nous trouvons dans le Gard, à Alès  nadàou, St-Jean du Gard, Valleraugue nadal, etc. Voir aussi le Thesoc, qui atteste nadal dans pas mal de départements 1

Natalis a abouti dans la région parisienne à une forme avec –o- ancien français noé, nouvel, probablement par dissimilation des deux -a-, et dans de nombreux dialectes la forme parisienne a supplanté la forme indigène nadal. Cette invasion est de date relativement récente. Cecii est illustré par une comparaison des données de l’Atlas Linguistique de la France (1908-1910), avec celles des dictionnaires plus anciens. En Provence, la forme Noël est plus ancienne et désigne la « cantique populaire, chanté le jour de Noël; l’air de cette cantique », attesté depuis Cotgrave 1611.

Un nouël était aussi le « cri de réjouissance que poussait le peuple à la naissance d’un prince, etc. ». Cela ne se fait plus de nos jours!

Le mot nouël, nouvelet « refrain ou chorus d’un chant de Noël ». Cliquez ci-dessous:  le  Nouvé 35 de Saboly.

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  1. ARIEGE, CORREZE, CREUSE, DORDOGNE, GERS, GIRONDE, HAUTE-GARONNE, HAUTE-VIENNE, HAUTES-PYRENEES, INDRE, LANDES, LOT-ET-GARONNE, PROV. DE LERIDA (ESPAGNE), PUY-DE-DOME, PYRENEES-ATLANTIQUES, TARN-ET-GARONNE.

Cassagne, chassaigne

Voir aussi rove et rore et l’article qui approfondit  les différentes dénominations des chênes en occtan : Cassanus, robur, quercus, carra.

Les noms du chêne

Cassanus, robur, quercus, carra, blaca ,etc.

Le nom du chêne cassanus  est-il  gaulois?   Von Wartburg écrit dans le FEW (je résume) :

  1. *cássanus (la petite étoile signifie que le mot n’est pas attesté, mais reconstitué!), est peut-être d’origine celtique , mais le mot peut aussi bien être rerpris par les Gaulois aux peuples pré-celtiques. Le problème est que *cassanus ne se retrouve dans aucune autre langue celtique, et d’autre part que la répartition géographique du mot ne correspond pas non plus à celle d’un peuple pré-celtique.
  2. *cássanus est indigène dans toute la France, sauf dans les départements provençaux
  3. La répartition géographique du type *cassanus et des concurrents gaulois *derua, le préroman (?) carr et le latin robur n’est pas restée immuable au cours des siècles. Dans le Midi et notamment dans le Languedoc, le type *cassanus a été concurrencé et remplacé par des mots du type *carr- qui désignaient à l’origine des « taillis de chênes ». Là où nous trouvons le type *cássanus dans les patois modernes, il s’agit d’un emprunt aux patois nord-occitans, comme par exemple l’auvergnat.

Le professeur Henriette Walter écrit dans son « bestseller » L’aventure des mots français venus d’ailleurs », (Paris,Robert Lafont, 1997) p. 42 « Le nom du chêne était cassanos en gaulois, quercus en latin. » Elle a oublié de consulter le FEW , contrairement à Alain Rey pour son « Dictionnaire historique »Le chapitre que Mme Walter consacre à « Le chêne gaulois: présent partout » (p.42) demande quelques remarques.

Même si le chêne était « un objet de culte chez les Gaulois », cela n’implique pas que le nom *cassanus est d’origine gauloise. Le « service publique » est un objet de culte chez les Français, mais cela n’implique pas que les mots service et publique sont d’origine francaise. Et comment expliquer que les Gaulois de la Provence n’ont pas conservé ce mot? ou qu’on le retrouve dans des patois ibéro-romans, là où les Celtes ne se sont jamais installés?

Pourquoi rattacher la Provence au pays de chassaigne, si le mot n’y est pas indigène, mais un emprunt?. D’ailleurs la conclusion de Mme H. Walter, quand on regarde sa carte, que ca- est devenu cha- en Provence est fausse. La ligne qui sépare la zone où ca- s’est maintenu de la zone où ca- a évolué en ts-, ch- suit approximativement la ligne qui sépare le provençal et le languedocien des parlers nord-occitans. Voir la carte ci-dessous, couleur lavande = provençal , ocre foncé= languedocien. Ocre clair = nord occitan. La limite ca-/tsa a été décrite très précisement par Ronjat. ( BDP, voir aussi NVelay).

Lire l’article carr dans FEW!!! = préroman, peut-être basque!

Ci- dessous la carte à gauche : la ligne cassagne/chassaigne.(Mme Walter)                  A droite: au sud de la ligne blanche ca– > ca- en provençal, languedocien et gascon

Gascon: garric. Un des nombreux noms que peut prendre le chêne suivant la région et la variété. Dérivés : garrigar (ne pas prononcer le « r » final), et bien sûr « garriga » (prononcer « garrigo« ), mais ce dernier est plutôt languedocien. Voir l’article  Garriguette, la benjamine de la famille Garric

escós chêne ou autre arbre étêté. Prononcer « escous ou escoup

surrèr « chêne liège » Prononcer « surrè »; surrèda (prononcer entre « surrède » et « surrèdo ») : endroit planté de chênes liège

cassi est plutôt girondin, l’autre forme gasconne est casso (prononcez [cassou] en accentuant la première syllabe), cassiar (masc.), cassia o cassièra (fem.), et cassanha « chênaie ».

tausin « chêne tauzin » variante : taudin. Dérivés tausiar (prononcer « tawzia »), taudinar, tausièda (prononcer entre « tawziède » et « tawzièdo »)…, qui sont les forêts de chênes tauzins

Languedocien

Garric « chêne; chêne kermès ». Voir l’article Garriguette, la benjamine de la famille Garric

Le chêne blanc lo rore, lo roire, lo rove (prononcez [rouré], [rouiré], [rouvé]) « Quercus humilis subsp. lanuginosa, autrefois Quercus pubescens »

Comme nom de lieu le type robur est très répandu. Dans le site de l’IGN (Les chiffres donnent le nombre de lieux en France; en consultant le site vous pouvez retrouvez tous les détails : département, commune, coordonnés) j’ai trouvé:

116 noms de lieu pour roure: roure 66 rouré 3 rourebean 1 rourebeau 3 rourebel 6 rourebet 1 roureda 1 rouregros 1 rourelas 1 roures 4 rouressol 1 rouresson 1 rouret 14 rourette 1 rourèda 1 rourède 3 rourèdes 1 rourètrie 1 rouréa 1 rourée 1 rouréou 1 arrourets 1 auroure 2 et

21 pour roire: au rouire 1 bergerie de la rouire 1 col d’al rouire 1 col de rouire 1 en rouire 2 la rouire 1 le bois de rouire 1 le rouire 3 pech de rouire 1 puech de rouire 1 rouire 3 rouire ouest 1 rouire verdal 1 ruisseau de rouire 1 ruisseau du col de rouire 1 ruisseau du rouire 1

et beaucoup plus pour rouve : rouve 15 rouvé 1 rouveau 4 rouvecau 3 rouvegade 1 rouvegros 1 rouveillat 1 rouveille 1 rouveirac 1 rouveiret 3 rouveirette 1 rouveirole 1 rouveiroles 1 rouveirolle 2 rouveirolles 1 rouveirète 1 rouveix 8 rouvel 4 rouveladas 1 rouvelade 1 rouvelades 1 rouvelane 1 rouvelet 3 rouvelias 1 rouvelines 1 rouvelinière 1 rouvelière 1 rouvellac 1 rouvelle 1 rouvellière 1 rouvelon 1 rouvelong 1 rouvelot 1 rouvenac 3 rouvenaie 2 rouvenaz 1 rouvenet 1 rouvenoz 1 rouvenèdes 1 rouverade 1 rouverades 1 rouveral 1 rouverat 2 rouveray 3 rouverdal 2 rouvereau 1 rouvereaux 1 rouverel 1 rouveret 2 rouverets 1 rouverette 1 rouvergne 1 rouvergue 4 rouvergues 1 rouverieux 1 rouveroi 1 rouverol 3 rouverolles 1 rouverot 2 rouverou 1 rouveroux 2 rouveroye 1 rouvert 1 rouvery 1 rouves 7 rouvet 3 rouvets 2 rouvette 1 rouveure 3 rouveurette 1 rouvey 7 rouveya 1 rouveyrac 1 rouveyrasse 1 rouveyre 6 rouveyrenque 1 (à Congéniès près de Vergèze dans le Gard) rouveyres 1 rouveyret 2 rouveyrette 5 rouveyrieux 1 rouveyrol 4 rouveyrole 1 rouveyroles 1 rouveyrolle 4 rouveyrolles 4 rouveyrols 1 rouvède 1 rouvègues 1 rouvère 1 rouvès 2 rouvèze 1 rouvéreide 2 anrouve 1 bellerouveroye 1

blacha, blaca, blacàs, souvent aussi employés pour désigner le chêne blanc. s’applique à divers espèces : le chêne vert en plaine, le châtaignier en Cévennes, le chêne blanc un peu plus dans l’arrière-pays.

avaus « Quercus coccifera (chêne-kermès) »

rovièira, roveda, rovereda, roireda (en languedocien) /roviera (en provençal), »chênaie blanche »

roret, roet « un petit bois de chênes »

Blaca « chêne blanc ».  Dans le premier volume du FEW blaca est considéré avec beaucoup d’hésitations comme d’origine gotique dans l’article blakk- « reluisant, brillant »1, mais cet étymon n’est pas repris dans les éléments d’origine germanique.

 D’après les généalogistes le nom de famille  Blachère dérivé de blaca 

 est fréquent dans l’Ardèche, où l’on trouve aussi la forme Blacher. C’est un toponyme désignant un bois de chênes blancs (occitan blaca). Le chêne blanc (ou Quercus pubescens) est considéré comme un des meilleurs chênes truffiers. De nombreux hameaux s’appellent (la) Blachère dans l’Ardèche et la Lozère. Formes voisines : Blacheyre (42), Blachier (07), Blache (26, 38), Blacas, Blachas (83, 84, 34, 48), Blachette (07, 26)

Google  me fournit 2 autres sources:

Dans Mélanges de philologie romane offerts à Charles Camproux: Volume 2

BLACAS, spécialement nom noble, est un augmentatif provençal de blaca, mot du Sud-Est, d’origine pré-gauloise, désignant originairement un taillis de chênes. BREA. Ludovic Brea : in « Theatrum Statuum Sabaudiae Ducis », Amsterdam, 1682.

et dans la Zeitschrift für romanische Philologie vol.79(1963)

J. Ubaud  ne dit rien sur l’étymologie  du mot  mais précise la répartition géographique :

blacha, blaca, blacàs, souvent aussi employés pour le (sc. le rore)  désigner, ces noms semblent concerner à l’origine des baliveaux (donc des jeunes arbres, nous l’avons déjà signalé dans l’article précédent) s’appliquant à divers espèces : le chêne vert en plaine, le châtaignier en Cévennes 2 , le chêne blanc un peu plus dans l’arrière-pays.

blaquièira (ou plus au nord blachièira) ou blacareda un collectif, désignerait un taillis de jeunes chênes blancs, mais il nous semble plutôt employé dans les zones de l’arrière-pays (pied du Larzac, Larzac, Haute Provence) où les toponymes dérivés abondent : Blaquières, Saint Jean de la Blaquière, La Blacarède, La Blachière, Les Blaquettes.

 

Le FEW écrit que  blakk-    est peut-être une forme du germanique  blank  « blanc ». On trouve en effet des formes dénasalisées de blank  dans les langues germaniques  comme le norvégien blakr  « chatoyer ». Les feuilles du chêne blanc sont en effet chatoyants.

Rore ramièr (de rama feuillage ) utilisé pour le fourrage pour les bêtes

rore aglanièr, destiné à fournir des glands aux bestiaux); engalar un teissut, c’était passer un tissu à la noix de galle.

Dans http://www.ulb.ac.be/philo/spf/langue/exam.htm (sauf gardé sous Divers) :

9. Les Lat. disaient quercus pour « chêne », d’où l’italien quercia. Ils avaient aussi robur « chêne rouvre, sorte de chêne très dur » > it. rovere, esp. roble. Chêne doit venir d’un *cassanus, mot pré-latin. Pourquoi pense-t-on qu’il soit celtique? a) Il serait conservé à cause du rôle religieux du chêne dans le druidisme; b) On trouve en esp. quejigo, sans doute de la racine cax- > cassanus/. *Cassanus, aurait dû donner en fr. *châne, *chasne comme dans asinus > as’nus > âne; *mâtrastra > marâtre « femme du père »; *salmaster > saumâtre. La forme régulière est du reste fournie par le wallon tchâgne. *Cassanus a donc évolué en chaisne par réfection analogique sous l’influence de fraisne, frêne < fraxinus. *Cassanus + suff. -eta pour désigner des « collectifs d’arbres » > top. Chênée. En France, on trouve Casseneuil, Chasseneuil (= Cassano+ ialo « localité des chênes »).

Catalan roure (DE)

Une liste des noms du chêne en galloroman et en catalan.

Tuaillon, Gaston (1971), “ ‘Chêne‘ et ‘frêne‘ en gallo-roman“, Revue de Linguistique Romane 35: 196-230.
(L: French, Occitan, Gallo-Romance; C: oak, ash tree)

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  1. Petite erreur dans FEW 1: westhälfte doit être osthälfte
  2. Je n’ai pas retrouvé l’attestation de « châtaignier ». Il n’y a que Mistral qui écrit « taillis de chêne ou de  châtaigner »

Cogot-cagot

Cogot « nuque; chignon »du latin cucutium « espèce de capuchon » attesté chez Trebellius Pollio, un historien du IIIe s. dont on ne sait rien sauf qu’il a participé à l’Historia Augusta. Attesté également en ancien languedocien et en béarnais moderne, ainsi que dans le Val d’Aran.

D’après le FEW  le mot latin est un dérivé direct du gaulois *kukka comme nom d’un vêtement très à la mode vers la fin de l’Empire romain. En Sardaigne vit encore kougouttou « capuchon », ailleurs cucuzza avec le sens « nuque », par métonymie. Il semble que basque kukutz « sommet » a la même origine. Le mot occitan a été emprunté par l’espagnol cogote et le portugais cogote, cangote « nuque ». Cucutium serait aussi l’étymologie du nom de la ville Cuoz en Suisse, dans la région rhétoromane, en désignant la colline sur laquelle elle est construite. D’autres toponymes dans la Forêt Noire.

Une forme avec –a-: cagouet « nuque » par dissimilation des deux –ou– est assez répandue dans le Ouest du français (Poitou, Vendée, Berry)

Du Cange s.v. cugus.

D’après Alibert cogot signifie « cagot, cafard » à Toulouse, si je le comprends bien avec le sens « bigot hypocrite ». Aurait-il consulté Du Cange ? qui explique qu’un cougot est un homme cocu consentant qui se tait, que les Lombards (Longobardi) appellent un Arga. L’évolution sémantique  « cocu qui se tait » vers « hypocrite » tout court est une généralisation normale et affaiblit l’étymologie proposée par le TLF:

Étymol. et Hist. 1535 cagot « hypocrite » (Rabelais, Gargantua, chap. 52, éd. R. Calder, Genève-Paris, 1970, p. 289). Empr. au béarnais cagot « lépreux blanc », d’orig. obsc. (dér. de cacare? cf. cagou) (1488 anthropon., d’apr. V. Lespy, P. Raymond, Dict. béarnais anc. et mod., Montpellier, 1887, s.v.; 1551, Fors de Bearn ds Nouv. Coutumier gén., t. 4, 1072 et 1093); le mot qui désignait des populations reculées des vallées pyrénéennes (peut-être à l’orig. affectées de la lèpre ou d’une autre maladie) a été appliqué par dérision aux bigots (pour l’évolution sém. « lépreux » > « hypocrite », v. cafard). (TLF)

Les deux mots cagot et cafard  « cocu » ne sont attestés en français que depuis de XVIe siècle. Je ne dispose pas de documents pour savoir si  le cogot toulousain est un emprunt au français ou l’inverse.

Dans un site catalan, consacré aux us et coutumes médiévaux je trouve:

cugucia, des del segle XI els senyors feudals van imposar un dret públic de justícia a la dona adúltera com a senyor jurisdiccional. A partir del segle XIII, el mal ús del dret privat, consistia en la confiscació de la meitat dels béns de la dona adúltera (quan no hi havia consentiment del marit) o de la totalitat dels béns (quan el marit ho ha consentit), la meitat pel marit i l’altra meitat pel senyor feudal. Etimològicament és un derivat de cuguç, probablement del llatí cucutium, « capulla », « barretina », és a dir cornut, marit enganya per la mulher.

L‘image qui explique cette évolution sémantique est que le mari trompé consentant tire le capuchon, cucutium, devant ses yeux pour ne pas voir.

Du Cange s.v. cugus, explique que cugus signifie « cocu, coucou, cornard » en français et qu’on dit couyoul en occitan. 1.
Couioul « cocu »  se trouve  en limousin (Mistral), et dans le Périgord, à Sarlat,  et à Puisserguier  dans l’Hérault.  Pour le FEW c’est  un dérivé de coleus « bourse »+ -olu2.

A Pézenas  couioul a le sens « folle avoine », Attesté également dans le Tarn, Tarn et Garonne et le Lot kouyoulo, en Lozère kouyogo, dans l’article cuculus « coucou » (FEWII/2,1453b-1454a). Un autre nom de la folle avoine :  coquiole. Couquiol est attesté  avec le sens « cocu » en 1462 d’après le DMF


coquiole

La forme de la balle ou glume de  la coquiole ressemble bien à un « capuchon ».  Ma conclusion provisoire est donc qu’il faudra revoir l’étymologie de couioul; couyoul  et la rattacher à l’histoire du cagot, cogot.  Le sens « mari trompé consentant » peut facilement passer à « mari trompé ».

  1. … et chez nous couz  du latin culpa « faute » FEW II/2,1497b (« Chez nous » veut dire peut-être à Amiens, son lieu de naissance?)
  2. II/2,888a-b

Furo, furar

Furo « souris ». Le sens attesté du latin fur, furis est « voleur », mais le fait que le dérivé latin furo, furonis  signifie « furet », nous permet de supposer que fur signifiait également « furet ».

Le furet est un putois domestiqué. Il y a des élevages de furets! L’animal a été importé en Espagne pour la chasse au lapin et ensuite en Pays d’Oc.

En occitan il y a deux formes : fura « furet femelle », comme en catalan, et le dérivé furet. En languedocien le sens de  furo a été transféré sur la « souris » et les dérivés furé ou fureto  désignent également une « (petite) souris ».

Furar « fouiller ; fureter ; chasser au furet » du verbe latin furare « voler ». En ancien occitan furar signifie « dérober ». Les sens   actuels se sont développés sous influence de fura « furet » et ses dérivés. Le subst.m. fur « action de fouiller, perquisition » est dérivé de furar.

Spéciaux sont les verbes entrefura qui  se dit dans l’Aveyron du furet « lorsqu’il est enfermé dans un terrier par le lapin blessé qui bouche la voie » et  furetéja « chasser au furet ».
L’italien furetto, l’allemand  Frettchen et le néerl. fret ont été empruntés au français. En espagnol hurón et pg. furão nous trouvons le type lat. furo, furonis « furet » qui est également connu en occitan depuis le moyen age :  furon, furoun.  Le verbe furenejar « puer » (Alibert) est un autre dérivé du lat. furonem.  Le sens par contre est dû à une confusion entre le furet et le putois, qui lúi répand une odeur infecte.

        

1.souris 2.mulot 3.putois 4.furet