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coudoun ‘coing’

Coudoun « coing ».. L’Ă©tymologie serait un  cydƍnĕum « coing » ou plutĂŽt cotƍnĕum. L’histoire est assez compliquĂ©e. La premiĂšre fois que le coing est mentionnĂ©   date de d’environ 700 avant JC  chez Alcman un poĂšte lyrique grec qui l’appelle ÎșÎżÎŽÏ…Î»ÎżÎœ.  Un demi siĂšcle plus tard il est mentionnĂ© par StĂ©sichore  un poĂšte lyrique grec originaire d’HimĂšre en Sicile, dont la pĂ©riode d’activitĂ© s’Ă©tend de -570 Ă  -540 environ(Wikipedia) qui l’appelle  ÎșυΎωΜÎčα Όαλα.
Pendant la pĂ©riode de la RĂ©publique romaine et encore chez Pline l’Ancien on trouve la forme cotƍnĕum. Les auteurs romains comme Columelle Ă©crivent cydƍnĕum mālum ou cydƍnĕum tout court  comme Properce.

cydonia oblonga

cydonia oblonga

Les Ă©tymologistes ont rapprochĂ© le nom cydƍnĕum du nom de la ville qui s’appelait Ă  l’Ă©poque Cydonea  sur l’Ăźle de CrĂȘte,maintenant La CanĂ©e (en grec : τα ΧαΜÎčÎŹ (au pluriel), souvent transcrit en ChaniĂĄ ou HaniĂĄ, de l’italien La Canea Wikipedia. Par exemple Maximin d’Hombres et Gratien Charvet Ă©crivent dans leur Dictionnaire Languedocien Français (1884):

CoudougnaHombresEtym

Le problĂšme est que nous ne savons pas si c’est la ville qui a donnĂ© son nom au fruit et Ă  l’arbre, ou si c’est ce dernier qui a donnĂ© son nom Ă  la ville. Il est aussi possible que les deux formes utilisĂ©es en latin, cydƍnĕum et cotƍnĕum, sont des variantes du nom d’origine provenant de l’Asie mineure. Z65,210.

Les noms du coing dans les langues romanes viennent de la forme avec -t-, cotƍnĕum. Cliquez sur ce lien vers le FEW II, 1605 cydƍnĕum « coing » pour voir les formes  et les dĂ©rivĂ©s.

La confiture ou gelĂ©e de coings s’appelle codonat ou codonhat en ancien provençal. Ce nom est attestĂ© Ă  Paris Ă  la fin du XIVe siĂšcle coudoignac. Le -c final est peut-ĂȘtre une astuce commerciale pour suggĂ©rer une AOP mĂ©ridionale. Rabelais l’appelle le coudignac  mais pendant la Renaissance apparaĂźt la forme cotignac avec un -t- qui est basĂ©e sur la forme latine cotƍnĕum  usuelle pendant la pĂ©riode de la RĂ©publique romaine.  L’abbĂ© de Sauvages (1756) distingue le sirop de coings qui est « astringeant, fortifiante » de la gelĂ©e de coings ou le cotignac (coudougna);  d’aprĂšs lui celui qu’on fait Ă  MĂącon est recommandĂ©e pour le devoiment.

Michel de Nostradamus donne 3 recettes  dans son Excellent , moult utile opuscule à touts necessaire, qui desirent avoir cognoissance de plusieurs exquises receptes,

La premiÚre se trouve dans le chapitre XV, page 172 Recette CoingsNostradamusPage 174 : Autre façon de faire gellée de coings, plus belle beaucoup..

Page 177 : Autre façon de faire gellée de coings en roche, que sera de goust meilleure

Page 182 : Pour confire des coings Ă  cartiers dens un jour

Pge 184 : Pour confire des coings Ă  cartiers avec le vin cuit

Page 186: Pour faire du codignat qui est d’une substance grande et de saveur bonne

Si un cuisinier ou une cuisiniĂšre suit une de ces recettes, j’apprĂ©cierai beaucoup ĂȘtre tenu au courant du rĂ©sultat.

 

L’arbre s’appelle coudougnĂ© et Ă  partir de l’Aveyron vers l’ouest  coudougneiro.  Cognassier Cydonia oblonga

Comme coudougneiro signifie aussi « borne  » j’en ai fait un article Ă  part.

Rolland Flore vol.V, p.9 et suivantes « coing, cognassier, confiture gelĂ©e de coings

Cusa ‘grotte’

CUSA (nf) : (Cantal) caverne, grotte ; pauvre maison ( Alibert). CUSÒL (Auvergne, Cantal, Rouergue, Tarn) : petite grotte => Toponymes Cuse, Cuset, Cusol (PĂ©gorier, Morlet : + nom de famille). Syn. de cauna.

Pierre Gastal, auteur de Nos racines celtiques, du gaulois au français,  m’a fourni l’Ă©tymologie  et une riche documentation  de cusa , cusĂČl, classĂ© par le FEW dans les mots d’origine inconnue. Je lui ai posĂ© la question:

Bonjour,Les attestations de  cusol, cusou  « cabane, pauvre maison » etc. se trouvent  dans le volume 23 Incognita  du FEW. XXIII,2b Ă  Carlot etc.   A Cahors cuzoul « grotte ou cachette naturelle oĂč se cachaient les ermites reclus » FEW XXI,373a

Il m’ a rĂ©pondu :
Cher Monsieur,
Retombant sur votre rĂ©ponse, dĂ©jĂ  quelque peu ancienne, je peux vous indiquer que j’ai trouvĂ© quelques informations sur l’occitan cusa => toponymes cuse/couse/couze.
Ci-dessous un article tirĂ© cette fois d’un fichier de noms de lieux.Bon dimanche, amicalement.
P. Gastal

COUSE/COUZE/CUSE (nf, de l’occ.) : endroit cachĂ©, secret => caverne, grotte => (occ.) pauvre maison.

De l’occitan cusa => cusĂČl, d’une rac. celtique voire prĂ©-celt. signifiant « cachĂ©, retirĂ©, secret », cf. anc. fr. cuter (cacher), bret. kuzh, v.bret. cud (cachĂ©, adj. ; cache, n.), gallois cudd (id.).

* Communes : Couze-et-Saint-Front/Dord. (grotte ornĂ©e de La Cavaille), Lissac-sur-Couze/Cor. (grotte du Moulin de Laguenay), Cousance/Jura, Cousances-les-Forges/Meuse, Cuse-et-Adrisans/Dbs (grottes d’oĂč sort le Gondenans), Cusey/HM., Cusy/HSav.-Yon., Cuzy/S&L. Cuise-la-Motte/Oise ?

* Lieux-dits aussi dans le Massif Central : Cuse, Cuze (grotte du Cuze à Charmensac/Cant.), Cuset/Av., Cusol
 ou ailleurs : Cousancelles/Meuse (com. Cousances-les-Forges).

* Cours d’eau : Cette racine convient Ă©videmment Ă  des riviĂšres sortant d’une caverne ou bordĂ©es de grottes. La Couze/Cor. prĂšs de la grotte de Noailles, La Couze/Cor.-Dord.-HV, 3 autres riv. La Couze-d’Ardes/PdD (qui a pour affl. Le Ruisseau de Cuzol). La Cuse/Dbs, source du Cusancin dans une grotte ; La Cuse/Dord., affl. Dordogne (rivus de Cusa 1495). ; Le Cusancin/Dbs,  La Cozance/Ain, La Cozanne/CdO (Vauchignon) qui sort d’une grotte dans le Cirque du Bout du monde ; Le Cuzoullet/Lot, affl. Lot.

Au regard de si nombreuses occurrences, NR et NL, la traduction vague « riviÚre de montagne, torrent » est peu crédible.

Classé dans les Incognita par FEW. Ce classement et le suff. -incos du Cusancin, NR, suggÚrent une origine ligure.

Rapport avec Cusset/Allier, com. (aussi quartier de Villeurbanne + Cussey/Dbs, 2 com., et Cussey/CdO + Cussay/I&L
) ?

Cf. breton kuzh (caché, secret).

Restanco ‘restanque’

Restanco « Ă©cluse; digue; morceau de bois qu’on place au travers du pĂ©trin pour empĂȘcher la pĂąte de s’Ă©tendre ». L’Ă©tymologie est la mĂȘme que celle de pĂ©tanque  voir tancar, mais je viens d’apprendre d’un ami qui connaĂźt bien la rĂ©gion niçoise que les restanques  sont les terrasses, un sens inconnu de Mistral:

restancoM

qu’on appelle traversiers Ă  Valleraugue et bancels en LozĂšre, ribo Ă  Pont-de-Montvert, faissa ou paredon dans l’Aveyron. Voici une image des restancos prĂšs de Toulon:

restanquesL’auteur donne la description suivante

Photo prise sur les pentes du Mont Faron Ă  Toulon
Les cultures en terrasses traditionnelles (restanco), c’est Ă  dire avec un systĂšme d’écoulement des eaux de ruissellement intĂ©grĂ©, se font de plus en plus rares. Et on n’y fait plus guĂšre pousser de lĂ©gumes, seulement des fruitiers. Celles-ci sont trĂšs belles et, curieusement, quasiment en ville.

Cette description explique l’Ă©volution sĂ©mantique qui s’est produite. Restanco vient du verbe *stanticare « arrĂȘter » qui a aussi dooné tancar.  En ancier occitan est attestĂ© le verbe restancar « Ă©tancher le sang », restanchier en ancien français. Dans les parlers occitans modernes on trouve restanca(r) « faire une digue, un barrage, retenir l’eau » Ă  Cavalaire prĂšs de Draguignan  un restanco est « une barriĂšre en bois le long  d’un chemin pour empĂȘcher les eaux pluviales d’y passer ».   Quand on crĂ©e plusieurs de ces barriĂšres en pierre sĂšche plutĂŽt qu’en bois,  sur la pente d’un colline on obtient des restancos « terrrasses ».

FEW  XII, 232

Mon ami d’Ampus qui m’a parlĂ© de ces restanques, m’a dit qu’Ă  Ampus, au Nord de Draguignan;  on appelle ces murets en pierre sĂšche  et les terrasses qui sont ainsi formĂ©es des berges. L’Ă©volution sĂ©mantique de berge « Bord d’un cours d’eau » > « muret avec systĂšme d’Ă©coulement d’eau »Â  > « terrasses formĂ©es avec ces murets »Â  est la mĂȘme.

 

destrecha ‘pressoir’

Destrecha « pressoir pour les raisins ». L’Ă©tymologie est l’adjectif /participe passé latin  districtus  » resserrĂ©, Ă©troit, abattu, serrĂ© ».  D’aprĂšs le Thesoc le mot est limitĂ© aux dĂ©partements  ARDECHE, GARD, et HERAULT.

D’aprĂšs le FEW III, 100  destrech est  attestĂ© en occitan ancien et moderne avec le sens « passage Ă©troit entre deux montagnes: pressoir; machine Ă  bois Ă  4 piliers pour ferrer ou panser les chevaux vicieux ».  Le fĂ©minin destrecha signifie dĂ©jĂ  en ancien occitan « contrainte, amende, impĂŽt, austĂ©ritĂ© ».

Dans les Alpes destreicha a pris le sens de « repas qu’on fait Ă  la fin de la moisson », une Ă©volution sĂ©mantique Ă  expliquer.

L »abbĂ© de Sauvages donne la forme destrë  avec le description suivante :

destrë_S1

Le fĂ©minin de l’adjectif est dĂ«strĂ«chos,  comme il ressort de l’exemple  nozĂ«s dĂ«strĂ«chos. Je ne sais pas ce que sont des noix cingleuses ? GrĂące Ă  l’attention d’un visiteur fidĂšle, j’ai pu vĂ©rifier dans la deuxiĂšme Ă©dition du Dictionnaire languedocien de l’abbĂ© Sauvages oĂč il corrige cingleuses en anguleuses.

 

gourbet ou oyat ?

L’Ă©tymologie de gourbet (ammophila arenaria Ml) comme celle de oyat est inconnue, mais l’histoire du nom gourbet,  de la plante et de son utilisation pour fixer les dunes est un bon exemple de l’histoire de la langue française en gĂ©nĂ©ral, Ă  savoir que le mot gascon gourbet a pratiquement disparu.

gourbetAbonnĂ© aux ActualitĂ©s de TĂ©lĂ©botanica, j’y trouve une BrĂšve intitulĂ©e « Sauvons le Gourbet »qui fait tilt.  Un vieux mot gascon mis au rebut et remplacĂ© par oyat un mot picard.  Dans la BrĂšve il y a un lien vers l’article de Gilles Granereau intitulĂ© Rendez-nous le gourbet !

Dans le CNRTL l’histoire du mot  gourbet   est rĂ©duit Ă  ceci:

Étymol. et Hist. 1846 (Besch.). Terme dial. du Sud-Ouest dĂ©signant l’oyat, d’orig. inc. (FEW t. 21, p. 204b).

Dans le FEW XXI, 204 nous retrouvons les attestations du Sud-Ouest:

gourbetFEW21,201Gilles Granereau Ă©crit que « pour d’obscures raisons ce nom a disparu du langage au profit de celui d’oyat dont l’usage originel est beaucoup plus nordique ».    Oyat est un mot picard.

GrĂące Ă  l’article de Gilles Granereau nous pouvons donner une premiĂšre attestation de gourbet avec beaucoup de prĂ©cision : le 29 juillet 1307, Ă  Bayonne.  Cela fait plus de 5 siĂšcles.  Cette attestation se trouve Ă  la p.128 du Livre des Etablissements , publiĂ© en 1897, par l’Imprimerie LamaignĂšre (mais pas encore numĂ©risĂ©), un recueil des arrĂȘtĂ©s municipaux de la ville de Bayonne des XIIIe et XIVe siĂšcles. La ville de Bayonne « fait dĂ©fense absolue de faucher, tailler et transporter le gurbet »Â  depuis la Pointe jusqu’Ă  la roche d’Igasc,  proche de la Chambre d’Amour.

Il faudra que quelqu’un aille aux Archives de Bayonne pour trouver l’original, qui doit ĂȘtre en latin ou en gascon, ce qui expliquerait en mĂȘme temps la graphie -u- , probablement prononcĂ©e -ou-.

L’utilisation du gourbet pour fixer les dunes date en effet du XIVe siĂšcle. (Wikipedia en nĂ©erlandais « helmgras »)

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