cat-right

Rebiscoula

Rebiscoula « ravigot√©, revigor√© »,¬† reviscolar¬† « ranimer, ragaillardir, r√©conforter » ; rebiscler « gu√©rir' » (Robert Merle, Les Roses de la vie, p.414 ). L’abb√© de Sauvages donne l’exemple : Aco me rebiscoulo¬† « cela me ravigote, cela va au coeur lorsqu’on parle d’une liqueur ou d’autre chose de d√©licieux » et aime coucon ke me rebiscou√©l¬† « j’aime quelque chose qui aille au coeur ».

comme les taxes la caisse de l’√©tat

Etymologie : le latin avait cr√©√© le d√©riv√© revivescere « revivre » qui raccourci en *reviscere existe encore dans le sud de l’Italie. Dans le nord de l’Italie, en occitan et dans la p√©ninsule ib√©rique on a ajout√© le suffixe diminutif -ulare : *revisculare pour exprimer qu’il s’agit des premiers signes d’une gu√©rison. Attestations : aoc. reviscolar « revivre; faire revivre », piemontais arviscul√®, catalan reviscolar ( par exemple: amb la pluja, els sembrats han reviscolat. DE), espagnol revisclar. Dans beaucoup de r√©gions le -v- est pass√© √† -b- par exemple en Loz√®re rebiskour√†.
En Provence et l’est-languedocien nous trouvons une forme revioudar qui semble continuer la forme latin revivescere avec un changement de suffixe -iscere > -itare : Alais revieuda « ressusciter, ravigoter ».

En galloroman le type reviscolar se trouve jusqu’√† une ligne qui va de la Loire jusqu’aux Vosges et comprend donc le domaine franco-proven√ßal et √† l’ouest une zone jusqu’√† la Loire qui a fait partie du domaine occitan , le Poitou et la Saintonge. Sur l’origine et l’histoire la ligne qui s√©pare le domaine d’oc du domaine d’o√Įl lisez la page int√©ressante dans le livre de W.von Wartburg, Evolution et structure de la langue fran√ßaise.6e √©d. Bern,1962, p.64 en format JPEG, clicquez sur: Evolution-et-structure-p-64

Reboussier

Reboussier, reborsi√®r, -a.¬† « contariant, rebours, rev√™che » (Alibert).¬† Hier soir quelqu’un me dit : « O, les Manduellois sont r√©boussiers!  » et il¬† m’explique qu’ils sont « r√Ęleurs, jamais contents ».

Google me signale qu’il y a 569 sites avec ce mot. J’ai l’impression que la forme est n√ģmoise. En effet dans le site de l’Huma je trouve:

« Ce ph√©nom√®ne culturel original est-il li√© √† l‚Äôhistoire de ce peuple ¬ę n√ģmois ¬Ľ que l‚Äôon d√©finit comme ¬ę reboussier ¬Ľ? Incontestablement. Et l‚Äô√©crivain d‚Äôorigine n√ģmoise Jean Paulhan l‚Äôa parfaitement exprim√©. ¬ę Reboussier¬Ľ, cela veut dire toujours pr√™t √† prendre le parti du contraire, le parti du refus, parce que le N√ģmois est visc√©ralement attach√© √† son libre choix et √† son libre arbitre. »

Les aficionados sont reboussié

Charles Atger¬† explique l’expression¬† de Valleraugue Reboussi√© coumo Prodet de Gangj√© : « sa femme s’√©tant noy√©e, Pradet de Ganges remontait le cours de l’eau pour la chercher. Prodet¬† doit √™tre une figure connue dans l’H√©rault, puisque Pau Chassary et Roman Deleuse ont √©crit un livre intitul√© Pradet de Ganges (A tots). 1986.
Mon informateur pour le patois de Valleraugue connaissait bien cette expression, !Prodet

Latin reburrus¬† « qui a les cheveux relev√©s sur le front », est¬† devenu rebursus par croisement avec reversus ¬ę renvers√© ¬Ľ.¬† Reburrus¬† est un d√©riv√© de burra « √©toffe avec de longs poils ». Le mot n’a surv√©cu que dans le domaine galloroman notamment dans le nord : fran√ßais √† rebours et √† rebrousse-poil.¬† L’adjectif reboussier est uniquement attest√© en proven√ßal (M), l’est-languedocien et en gascon : rebouich√® (M).¬† Andriu de Gavaudan m’√©crit :

Vadut en Losera, a Maru√®jols, ai totjorn entendut la maire e’m d√≠ser qu’√®ri un « reboussi√© » reborsi√®r quand √®ri petit‚ĶSabi pas se lo mot ven de la region de Nimes m√®s que s’emplegava e s’emplega a Maru√®jols, Mende‚Ķ e le mea maire n’av√®va pas sonque ua coneishen√ßa passiva deu pato√©s (occitan). La maire qu’av√®va rason; que ne’n soi un ! Coraumen

Un fid√®le visiteur m’√©crit:

Bon, encore une modeste contribution …

Je suis √©tonn√© de l’√©criture « r√©boussiers » que je retrouve pourtant dans une rue de Sommi√®res…
A Montpellier on dit « reboussa√Įre« , m√™me terminaison que « tambourina√Įre » ou « empega√Źre » (mots qui m√©riteraient une entr√©e dans votre dictionnaire).
La terminaison en « ier » me semble « francis√©e » √† l’inverse de la terminaison originale (?) en « a√Įre« .
Je lui ai répondu que:
Bonjour,

Il y aurait une thèse universitaire à écrire à ce propos.

J’ai regard√© dans le chapitre sur les suffixes dans l’Alibert et l √©crit que le suffixe -aire¬† vient du cas sujet de l’ancien occitan -ator¬† et que ces mots donnent des noms de m√©tier. Un reboussaire¬† est donc un « r√Ęleur professionnel » .¬† le suffixe¬† -i√®, _i√©r¬† viendrait du latin -erium¬† et donne des substantifs ou adjectifs « abstraits ». Les N√ģmois sont donc des « raleurs¬† chim√©riques » (Chim√©rique est le premier synonyme¬† de « abstrait » donn√© par le TLF)

Pour √™tre s√©rieux je pense que¬† reboussaire¬† est un hypercorrecte forme de¬† l’occitan montpelli√©rain, parce que reboussier¬† ressemble trop √† un mot fran√ßais. Mistral ne connait que le forme en -i√®, i√©r.

ReboussieMistral

Un lecteur me signale les sobriquets suivants pour les N√ģmois:

  • Li rachalan qualifiait les paysans de N√ģmes. ( Peut-√™tre une d√©formation de bachalan? voir aussi bajana). cf aussi ce site sur Marguerittes, terre des Rachalans.¬†
  • manjo-merlusso pour le mangeur de morue qui appr√©ciait la brandade.
  • manjo-loco pour le mangeur de loche, ce petit poisson du Vistre.
  • casso-lignoto pour le chasseur de linotte.
  • sa√Ļto-rigolo pour le sauteur de rigoles ou de ruisseaux.
  • li losso les lourdauds.
  • c√©bet ou c√©ban. Dans les quartiers, celui de l’Enclos Rey, catholique et royaliste, √©tait peupl√© de travailleurs de la terre qui √©taient surnomm√©s les c√©bet ou c√©ban pour oignons ou mangeurs d’oignons.
  • gorjo-n√®gro.¬† Chemin de Montpellier et la Placette habit√©s par des Protestants des « gorjo-n√®gro », appel√©s aussi par d√©rision p√© desca√Ļ pieds nus ou va-nu-pieds.
  • li verdets volontaires royalistes apr√®s le 9 Thermidor, en 1815 et pendant la Terreur Blanche.
  • gri haire pour les protestants qui ont pris N√ģmes apr√®s la Michelade (le 30 septembre 1567). Ils √©taient une centaine de soldats ayant de l’eau jusqu’√† la ceinture dans le canal vo√Ľt√© de l’Agau, √† avoir franchi les barreaux du Moulin de la Bouquerie, apr√®s les avoir sci√©s;
  • Li escambarla pour ceux qui avaient un pied dans le parti catholique et un autre dans le parti protestant.
  • Li mazeti√© pour les N√ģmois qui allaient chaque dimanche dans leur mazet.

recatar

recatar « ramasser quelque chose qui tra√ģne » et ¬† se recat√† « s’endimancher; ¬†se marier » voir acatar

Redable "tire-braise"

Redable « tire-braise » vient du latin rutabulum « fourgon 1 , r√Ęble de boulanger, spatule » surtout avec le sens « tire-braise ».

Dans un site marchand, je trouve la description suivante:

Les outils du boulanger : R√Ęcle, √©couvillon, pelles. Vous les connaissez peut-√™tre d√©j√† sous des noms diff√©rents de ceux que je donne ici. Pas d’affollement !! Ils ont un nom par village… ou peu s’en faut. Le r√Ęcle (r√Ęble, etc.). Une plaque de 25 x 6 cm taill√©e dans les chutes de la t√īle qui a servi √† fabriquer la porte, 40cm de fer √† b√©ton de 8, quelques points de soudure et 2m de bambou. Le r√Ęcle sert √† √©taler les braises pendant la chauffe et √† les retirer dur four apr√®s la chauffe.

 

La voyelle de la première syllabe varie dans les parlers locaux : ridable, radable, roudable et le -b- devient souvent -p-.

Le FEW suivi par le TLF rattachent le mots r√Ęble (surtout en parlant du li√®vre et du lapin) √† rutabulum.¬† Le Bloch-Wartburg suivi par A.Rey,¬† √©crit que

le mot¬† r√Ęble (du li√®vre) est probablement une extension de rable « fourgon spatule » par analogie d’aspect; certains instruments appel√©s r√Ębles √©tant munis de fourchons fix√©s dans la barre comme l’√©chine est munie de ses c√ītes « .

Dans le FEW von Wartburg est beaucoup plus nuanc√©. Il y sugg√®re la m√™me comparaison, mais les formes occitanes avec -e- au lieu de -a- posent un probl√®me d’ordre phon√©tique. La forme ri√®ble se trouve d√©j√† dans le Miroir de Ph√©bus (1390) de Gaston comte de Foix.

Von Wartburg pense que r√Ęble¬† en parlant du li√®vre est un mot de chasseurs, qui est pass√©¬† dans la langue g√©n√©rale au cours du XVIe¬† si√®cle. La premi√®re attestation en fran√ßais de r√Ęble (1532) vient de l’auteur de Pantagruel et Gargantua! Le mot s’est r√©pandu ensuite dans les dialectes. Il y a donc deux histoires.¬†¬† Rutabulum > redable en occitan, ou¬† rouable, roable en ancien fran√ßais avec le sens « tire-braise » qui a eu une √©volution √† partir du latin.¬† D’autre part¬† r√Ęble (de li√®vre) qui s’est r√©pandu √† partir du XVIe si√®cle dans tout le domaine galloroman.¬† Les formes occitanes avec -e- s’expliquent peut-√™tre par une influence du mot r√®ble(s) « de la blocaille: petites pierres pour remplir entre les parements d’un mur »(S1), du verbe reblar « remplir, garnir de blocaille » (S1) du latin replńďre « remplir ». Cette explication ne me convainc pas √† 100%. Une autre explication de C. Nigra dans l’Archivio Glottologico 14, p.374.

Pour le moment aucune √©tymologie est vraiment satisfaisante. Si vous avez une id√©e…

A Die et √† Tri√®ves les formes sont identiques: riable s.m. « dos » et « rivet du boulanger ». (Schook)

Notes
  1. Fourgon « Longue barre m√©tallique ou longue perche garnie de m√©tal utilis√©e pour remuer la braise ou la charge d’un four, d’une forge, d’un fourneau, ou pour attiser un feu. » (TLF). Le fourgon « automobile » doit probablement son nom √† cette barre;¬† m√™me mot que fourgon 1, ce mot ayant d√Ľ d√©signer successivement le ¬ę b√Ęton de la ridelle ¬Ľ puis la ¬ę ridelle ¬Ľ et enfin la ¬ę voiture √† ridelle ¬Ľ (ces deux derniers sens √©tant attest√©s en prov. mod. : MISTRAL, s.v. fourgoun) TLF

Redessan. Les noms de lieu et l'étymologie.

Redessan 

Des visiteurs me demandent r√©guli√®rement l’origine d’un nom de lieu. La Toponymie est une discipline tr√®s difficile! Je ne m’y risque que rarement.

Voici un exemple. Dans le livre Statistique du d√©partement du Gard, je trouve: « A l’est de la ville de N√ģmes, …, on aper√ßoit un village appel√© Redessan, dont l’√©tymologie, donn√©e par Deiron (Antiquit√©s de N√ģmes, chap.X, p.60) para√ģtrait renfermer quelque apparence de v√©it√©, quoique mise en doute par M√©nard. Un sanglante bataille donn√©e non loin de ce village (note: Cette bataille termina en 410 l’envahissement de cette partie des Gaules, que Constance, g√©n√©ral d’Honorius, purgea de tous ses ennemis) aurait amen√©, d’apr√®s Deiron, cette phrase incidente dans le r√©cit de cet √©v√®nement, en langage vulgaire de cette √©poque : Id est rech de sang; les trois derniers mots signifient : Ruisseau de sang.

De telles histoires sont amusantes, √† raconter devant la chemin√©e, mais cela n’a rien √† voir avec l’√©tymologie. Un coup d’oeil dans le Dictionnaire toponymique du Gard suffit: Rediciano en 909. C’est une Villa Rediciano ce qui veut dire  » qui appartient √† », ou « est situ√© pr√®s de », ou « un lieu de plantation de ….. Redix » . Je m’arr√™te l√†.

Rega

Rega « sillon » vient d’un gaulois *rica « sillon » et sp√©cialement le « sillon produit par le soc de la charrue ». C’est un des nombreux mots celtiques qui ont un rapport √† l’agriculture. Il est conserv√© dans toute la Galloromania.

Dans la Charente redzo a pris le sens « bande de terre cultiv√©e » d’apr√®s le Thesoc. Pour son d√©veloppement en fran√ßais voir le TLF raie.
L’abb√© de Sauvages cite un¬† rego avec le sens « raie, trait de la plume », mais dans d’autres dictionnaires occitans c’est une raio, la forme fran√ßis√©e.¬† La regan√®lo d√©signe d’apr√®s lui « les rayons, ardeur du soleil ».

 

repounchou ?

Repounchou est un nom de plante, mais laquelle?¬† J’ai re√ßu le message suivant:

Comme tu le sais, c’est un important point de d√©saccord entre Languedociens (pour qui c’est la raiponce) et Toulousains (pour qui c’est le tamier).

Wikipedia: Le Tamier commun ou Herbe aux femmes battues (Dioscorea communis), est une espèce de plantes grimpantes monocotylédones de la famille des ignames (Dioscoreaceae).

Elle est parfois appel√©e haut liseron, racine-vierge, raisin du Diable, sceau de Notre-Dame ou vigne noire. Dans le sud de la France, elle est couramment d√©sign√©e par son nom occitan ¬ę¬†reponchon¬†¬Ľ2 (qui se prononce r√©pountsou) ou ¬ę¬†r√©(s)pountchou¬†¬Ľ.( Attention, ne pas faire de confusion avec la Bryone dio√Įque d’aspect approchant mais enti√®rement toxique.)

repounchon1dioscorea

Raiponce¬† par contre¬† n’est pas une esp√®ce mais un genre Phyteuma (Linn√© 1753) avec de nombreuses esp√®ces, dont la raiponce en √©pi ou raiponce salade ou raiponce des bois.¬†¬†(Phyteuma spicatum):

raiponce en épi

Par Csame ‚ÄĒ Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=4731535

Le CNRTL s.v. raiponce¬† d√©finit  » plante de la famille des Campanulac√©es … »¬† dont 3 genres Campanula, Phyteuma et Legousia vivent en France.

Campanule raiponce (Campanula rapunculus) encore appel√©e Raiponce cultiv√©e est une plante herbac√©e bisannuelle de la famille des Campanulac√©es. La « Campanule raiponce » est aussi appel√©e en France b√Ęton de Saint Jacques, Rave sauvage et Rampouchou dans le Sud-Est (mais ce mot, reponchon en occitan, d√©signe le Tamier commun en Aveyron), en Angleterre Rampion et Rampion Bellflower d’apr√®s l’auteur de cet article de Wikipedia.

repounchon-Campanula_rapunculus_L_ag1Alibert d√©finit¬† reponchon ¬†avec¬† « raiponce; houblon; pissenlit; chondrille ».

repounchou = houblon houblon;reoiunchou = chondrilla ?chondrilla

Français pissenlit est un nom vernaculaire ambigu. La chondrilla est un autre genre de plantes de la famille des Asteracées.

Pour y comprendre quelque chose, j’ai eu recours au FEW X, 72-73 qui a class√© raiponce dans l’article rapum « racine » . Le nom raponce apparait au XIVe si√®cle en Italie raperonzolo, raponzo .¬† Si j’ai bien compris ces noms d√©signent deux plantes √† savoir la Raiponce en √©pi (Phyteuma¬† spicatum) et la Campanula rapunculus ¬† campanule , dont les racines (rapum¬† en latin) sont consomm√©es en salade au printemps.¬† Beaucoup plus tard, au XIXe si√®cle la m√Ęche (Valerianella locusta) est √©galement appel√©e raiponce, parce qu’elle est aussi consomm√©e, mais cette fois on consomme les feuilles. C’est √ßa l’explication ! . Voir mon article Botanique et occitan ou l’int√©r√™t des noms vernaculaires.

L’allemand Rapunzel d√©signe 1.¬† la mache (Gew√∂hnlicher Feldsalat ) et 2.¬† la campanule (Rapunzel-Glockenblume).

Suite √† l’ article repounchou G√©rard Jourdan qui me suit fid√®lement, me raconte ses souvenirs¬† de jeunesse:

Je lisais avec int√©r√™t ton article sur rapounchou. Un peu de nostalgie aussi car quand j’√©tais gosse, mes parents, ouvriers agricoles, ramenaient souvent de leurs travaux de la salade sauvage. Je me souviens de quelques noms donn√©s par mon p√®re : ampouleta, douceta, pench√© et la star des salades¬† le respountchou. Cette petite racine avec une rosette de feuilles √©tait un vrai r√©gal pour nous. J’ai d√©couvert plus tard qu’il s’agissait de la campanule raiponce reconnaissable √† ses clochettes bleues. Les autres salades √©taient donc la val√©riane (ampouleta), la m√Ęche sauvage (douceta) et le pissenlit (pench√©) au go√Ľt tr√®s prononc√© !!
Pour ce qui est du tamier, je pense qu’il ne pousse pas chez nous dans les basses-plaines de l’H√©rault, mais je me souviens d’avoir consomm√© les jeunes pousses de cette plante (comme des asperges sauvages) lors d’un stage au-dessus de Lod√®ve, au col du Perthus (voisin du causse du Larzac).

 

 

 

 

Rese ‘tique’

Rese « tique, ixode (chien et boeuf) d’apr√®s Alibert,¬† synonymes pat, fedon, legast. » L’√©tymologie est le latin rń≠cń≠nus « une grosse tique » d’apr√®s mon dictionnaire latin. En occitan les attestations sont rares et viennent principalement des d√©partements du Gard, de l’Aveyron et de la Loz√®re.¬† Voir le Thesoc : tique rese [reze] AVEYRON, GARD, HERAULT, LOZERE, TARN.

Pourtant en dehors du galloroman le nom a survécu en Sardaigne, en catalan de Mallorca, en espagnol et même en albanais.

L’abb√© de Sauvages le conna√ģt bien. Il √©crit:

 » R√™z√ę, le Riccin, la tique, & selon l’Acad√©mie la tic insecte du genre des acarus qui s’attache aux chiens & √† d’autres quadrup√®des, il est de la grosseur d’un pois, on distingue peu la t√™te & les pattes de du reste du corps qui a la forme d’une boulette. Il s »attache si bien √† la peau des animaux qu’on ne le tire qu’avec peine: de l√† le Proverbe ; — ten coum’un r√™s√ę; il tient comme la teigne.

Ixodes_ricinus_08   ou celui-ci?  Rhipicephalus_sanguineus

Images Wikipedia

Et il ajoute:

Le Ricin ou le Pignon d’Inde est la semence d’une plante de m√™me nom qui ressemble un peu √† la tique des chiens & qui est fort joliment bariol√©e.

Ricinus_communis_-_K√∂hler‚Äďs_Medizinal-Pflanzen-257¬† http://fr.wikipedia.org/wiki/Ricin_commun¬† Ricinus_communis Seeds

Images de la plante Wikipedia

Latin rń≠cń≠nus est aussi le nom de la plante¬† ricin,¬† attest√©e chez Pline, qui a d’ailleurs donn√© le m√™me nom √† « une sorte de m√Ľre qui n’est pas encore arriv√©e √† toute sa croissance ».¬† En fran√ßais la premi√®re attestation de ricin « Grande plante originaire de l’Afrique tropicale (famille des Euphorbiac√©es) » (CNRTL) date de 1548 et vient des m√©decins/botanistes de l’√©poque.¬†¬†

L’abb√© de Sauvages ou son fr√®re Fran√ßois, se trompe donc en appelant le ricin le Pignon d’Inde, mais il sait que ces graines, dont on fait¬† l’huile de ricin, viennent de loin. C’est une autre plante de la m√™me famille.

 

Tique En ce qui concerne le mot tique le CNRTL mentionne que la¬† premi√®re attestation dans le dictionnaire de l’Acad√©mie date de 1798. Or, le dictionnaire de l’abb√© de Sauvages date de 1756.¬† Il a donc utilis√© la 3e √©dition de 1740 ou ant√©rieure.¬†¬† Le FEW XVII, 329 ne mentionne pas non plus la graphie tic. A trouver.¬†

Le FEW mentionne que le mot tique a eu aussi le sens de « fruit du ricin »,¬† dans des dictionnaires du fran√ßais de 1635 √† 1675.¬† Curieux. Probablement un sens fant√īme.

 

 

 

 

Rèssar, serrar, resegar, setar

R√®ssar « scier » et¬† r√®ssa « scie » viennent d’un latin rńē + sńēcare « couper ».

Scier dans la Gaule romane du sud et de l’est par J. Gilli√©ron et J.Mongin, Paris, 1905 est une √©tude importante de g√©ographie linguistique1. Voici la carte tir√©e de cette √©tude (c’est moi qui ai ins√©r√© les verbes √† l’infinitif):

Cette carte peut √™tre actualis√©e avec les donn√©es du Th√©soc sous scier, scie, scieur, scierie et sciure, qui confirment et compl√®tes celles de l’ALF, par exemple les villages Lembeye, Pontacq et Sedzere dans les Pyr√©n√©es Atlantiques ont le type serrar

D’apr√®s cette √©tude le type serrar, du latin serrare « scier » avait occup√©¬† autrefois tout le territoire du sud. Au cours des si√®cles le type ressegar ou segar¬† issu du compos√© re + sec√Ā re¬† « couper » et le type ressar issu du compos√©¬†r√Č + secare¬† ont supplant√© serrar dans une grande partie du sud, mais il en reste des √ģlots dans les Pyr√©n√©es orientales (domaine catalan; serra¬† est aussi le verbe courant en Catalogne), dans les Hautes -Pyr√©n√©es,¬† un seul point dans le d√©partement des Landes et trois zones du domaine¬† franco-proven√ßal.

La cause de cette fragmentation est d’apr√®s Gilli√©ron l’homonymie de serrar « scier » et serrar « fermer ».¬† Mais von Wartburg n’est pas du tout d’accord avec cette explication.¬†¬† Serra et resecare ont tr√®s bien pu exister dans la m√™me p√©riode; les Romains disaient d√©j√† serra secare.¬† Il conteste √©galement l’hypoth√®se de deux accentuations re + sec√Ā re¬† et ¬† r√Č + secare pour expliquer les formes ressar¬† et resegar.¬† D’apr√®s von Wartburg il s’agit de m√™me ph√©nom√®ne que nous trouvons dans le verbe disjejunare¬†¬† qui a donn√©¬† d√©jeuner¬† et¬† d√ģner.¬†¬† Si vous voulez en savoir plus consulter=z le TLF.

Le type setar¬† du latin sectare « couper » l’a supplant√© dans le nord de l’occitan.

En ancien occitan, vers 1540, est attest√© le sens « supprimer, d√©falquer » pour le verbe resecar.

Plus int√©ressant est l’ancien occitan rezegue¬† « risque que courent les marchandises en haute mer » attest√© √† Marseille et √† Montpellier¬† vers 1300 et en latin m√©di√©val resegum en 1200 √† Marseille. Cette zone fait partie d’un domaine plus √©tendu qui va du Nord de l’Italie √† la Catalogne. L’origine serait un¬† rńēsńēcum « r√©cif » d√©riv√© du verbe rńēsńēcare, qui a donn√© riesgo « lutte » > « risque »¬† et risco¬† « r√©cif » en espagnol (Corominas).¬† L’√©volution s√©mantique « r√©cif » > « risque » se trouve aussi en allemand Klippe , n√©erlandais¬† klippen « r√©cif » >¬† « danger, risque ».

un  cargo échoué depuis octobre dernier sur un récif

le risque

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Notes
  1. Je saisis l’occasion de d√©noncer la pratique de Google, qui ne trouve que les « reprint » que vous pouvez acheter et oublie que vous pouvez le lire gratuitement sur le site d‘Internet archive. Profitez-en!

Restanco ‘restanque’

Restanco « √©cluse; digue; morceau de bois qu’on place au travers du p√©trin pour emp√™cher la p√Ęte de s’√©tendre ». L’√©tymologie est la m√™me que celle de p√©tanque¬† voir tancar, mais je viens d’apprendre d’un ami qui conna√ģt bien la r√©gion ni√ßoise que les restanques¬† sont les terrasses, un sens inconnu de Mistral:

restancoM

qu’on appelle traversiers √† Valleraugue et bancels en Loz√®re, ribo √† Pont-de-Montvert, faissa ou paredon dans l’Aveyron. Voici une image des restancos pr√®s de Toulon:

restanquesL’auteur donne la description suivante

Photo prise sur les pentes du Mont Faron à Toulon
Les cultures en terrasses traditionnelles (restanco), c’est à dire avec un système d’écoulement des eaux de ruissellement intégré, se font de plus en plus rares. Et on n’y fait plus guère pousser de légumes, seulement des fruitiers. Celles-ci sont très belles et, curieusement, quasiment en ville.

Cette description explique l’√©volution s√©mantique qui s’est produite. Restanco vient du verbe *stanticare « arr√™ter » qui a aussi doon√©¬†tancar.¬† En ancier occitan est attest√© le verbe restancar « √©tancher le sang », restanchier en ancien fran√ßais. Dans les parlers occitans modernes on trouve restanca(r) « faire une digue, un barrage, retenir l’eau » √† Cavalaire pr√®s de Draguignan¬† un restanco est « une¬†barri√®re en bois le long¬† d’un chemin pour emp√™cher les eaux pluviales d’y passer ». ¬† Quand on cr√©e plusieurs de ces barri√®res en pierre s√®che plut√īt qu’en bois,¬† sur la pente d’un colline on obtient des¬†restancos « terrrasses ».

FEW  XII, 232

Mon ami d’Ampus qui m’a parl√© de ces restanques, m’a dit qu’√† Ampus, au Nord de Draguignan;¬† on appelle ces murets en pierre s√®che¬† et les terrasses qui sont ainsi form√©es des berges. L’√©volution s√©mantique de berge « Bord d’un cours d’eau » > « muret avec syst√®me d’√©coulement d’eau »¬† > « terrasses form√©es avec ces murets »¬† est la m√™me.

 

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