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Rebarba

Rebarba « fromage prĂ©ti et fermentĂ© » dans le Gevaudan .

J’ai rencontrĂ© ce mot dans un article très intĂ©ressant de R-J. Bernard, L’alimentation paysanne en Gevaudan au XVIIIe siècle. In: Annales. Économies, SociĂ©tĂ©s, Civilisations. 24e annĂ©e, N. 6, 1969. pp. 1449-1467.(Lien direct). Il Ă©crit:

on obtenait « la rebarbe » en mĂ©langeant dans un « terou » (pot de grès) le petit lait issu du beurre et celui qui restait de la fermentation de la « tome ». Parfois on laissait fermenter la rebarbe en enfouissant le tĂ©rou sous un tas de foin, ce qui donnait un fromage coulant et d’odeur très forte »; genre de cancoillotte.

D’après le Thesoc rebarba est le nom de fromage fermentĂ© dans l’Ardèche, l’Aveyron, le Gard, l’HĂ©rault et la Lozère. Mistral la  dĂ©finit ainsi :  « ratissures du fromage de Roquefort ».

C’est cette dernière qu’on trouve sur le web et qui a Ă©tĂ© adoptĂ©e par LittrĂ©:

Dans les fromageries de Roquefort, rebarbe blanche, raclure du fromage dont on fait des pains cylindriques pour la consommation locale ; rebarbe rouge, produit d’un second grattage, ainsi dit Ă  cause de sa couleur.

Pour en savoir plus suivez ce liend’oĂą viennent ces deux images:

   
Premier raclage                                        Raclage dans la cave

L’Ă©tymologie n’est pas la mĂŞme que celle de rhubarbe (pour laquelle allez voir TLF), comme le suggère Mistral suivi d’Alibert.

Rebarba est de la mĂŞme famille que français Ă©barber et composĂ© du prĂ©fixe re + barba « barbe » qui a pris le sens de « tout ce qu’il faut enlever d’un objet, moisissures ». Latin barba signifiait dĂ©jĂ  « duvet ».  Mistral d’autres exemples :  rebarbela, desbarbela « battre les gerbes pour en faire tomber les grains », rebarbèu « grain qu’on fait tomber en battant les gerbes ».

Ă©barbeur.

Une autre image de la barbe se trouve dans le mot barbasto « gelĂ©e blanche »(S), barbarasto (Larzac), et le verbe barbarasta « se former de la gelĂ©e blanche ». Dans les CĂ©vennes  oĂą les « cirrus » sont appelĂ©s barbo de cat,  c’est la mĂŞme image qui domine.

        

Rebiscoula

Rebiscoula « ravigotĂ©, revigorĂ© »,  reviscolar  « ranimer, ragaillardir, rĂ©conforter » ; rebiscler « guĂ©rir' » (Robert Merle, Les Roses de la vie, p.414 ). L’abbĂ© de Sauvages donne l’exemple : Aco me rebiscoulo  « cela me ravigote, cela va au coeur lorsqu’on parle d’une liqueur ou d’autre chose de dĂ©licieux » et aime coucon ke me rebiscouĂ©l  « j’aime quelque chose qui aille au coeur ».

comme les taxes la caisse de l’Ă©tat

Etymologie : le latin avait crĂ©Ă© le dĂ©rivĂ© revivescere « revivre » qui raccourci en *reviscere existe encore dans le sud de l’Italie. Dans le nord de l’Italie, en occitan et dans la pĂ©ninsule ibĂ©rique on a ajoutĂ© le suffixe diminutif -ulare : *revisculare pour exprimer qu’il s’agit des premiers signes d’une guĂ©rison. Attestations : aoc. reviscolar « revivre; faire revivre », piemontais arvisculè, catalan reviscolar ( par exemple: amb la pluja, els sembrats han reviscolat. DE), espagnol revisclar. Dans beaucoup de rĂ©gions le -v- est passĂ© Ă  -b- par exemple en Lozère rebiskourĂ .
En Provence et l’est-languedocien nous trouvons une forme revioudar qui semble continuer la forme latin revivescere avec un changement de suffixe -iscere > -itare : Alais revieuda « ressusciter, ravigoter ».

En galloroman le type reviscolar se trouve jusqu’Ă  une ligne qui va de la Loire jusqu’aux Vosges et comprend donc le domaine franco-provençal et Ă  l’ouest une zone jusqu’Ă  la Loire qui a fait partie du domaine occitan , le Poitou et la Saintonge. Sur l’origine et l’histoire la ligne qui sĂ©pare le domaine d’oc du domaine d’oĂŻl lisez la page intĂ©ressante dans le livre de W.von Wartburg, Evolution et structure de la langue française.6e Ă©d. Bern,1962, p.64 en format JPEG, clicquez sur: Evolution-et-structure-p-64

Reboussier

Reboussier, reborsièr, -a.  « contariant, rebours, revĂŞche » (Alibert).  Hier soir quelqu’un me dit : « O, les Manduellois sont rĂ©boussiers!  » et il  m’explique qu’ils sont « râleurs, jamais contents ».

Google me signale qu’il y a 569 sites avec ce mot. J’ai l’impression que la forme est nĂ®moise. En effet dans le site de l’Huma je trouve:

« Ce phĂ©nomène culturel original est-il liĂ© Ă  l’histoire de ce peuple « nĂ®mois » que l’on dĂ©finit comme « reboussier »? Incontestablement. Et l’écrivain d’origine nĂ®moise Jean Paulhan l’a parfaitement exprimĂ©. « Reboussier», cela veut dire toujours prĂŞt Ă  prendre le parti du contraire, le parti du refus, parce que le NĂ®mois est viscĂ©ralement attachĂ© Ă  son libre choix et Ă  son libre arbitre. »

Les aficionados sont reboussié

Charles Atger  explique l’expression  de Valleraugue ReboussiĂ© coumo Prodet de GangjĂ© : « sa femme s’Ă©tant noyĂ©e, Pradet de Ganges remontait le cours de l’eau pour la chercher. Prodet  doit ĂŞtre une figure connue dans l’HĂ©rault, puisque Pau Chassary et Roman Deleuse ont Ă©crit un livre intitulĂ© Pradet de Ganges (A tots). 1986.
Mon informateur pour le patois de Valleraugue connaissait bien cette expression, !Prodet

Latin reburrus  « qui a les cheveux relevĂ©s sur le front », est  devenu rebursus par croisement avec reversus « renversĂ© ».  Reburrus  est un dĂ©rivĂ© de burra « Ă©toffe avec de longs poils ». Le mot n’a survĂ©cu que dans le domaine galloroman notamment dans le nord : français Ă  rebours et Ă  rebrousse-poil.  L’adjectif reboussier est uniquement attestĂ© en provençal (M), l’est-languedocien et en gascon : rebouichè (M).  Andriu de Gavaudan m’Ă©crit :

Vadut en Losera, a Maruèjols, ai totjorn entendut la maire e’m dĂ­ser qu’èri un « reboussiĂ© » reborsièr quand èri petit…Sabi pas se lo mot ven de la region de Nimes mès que s’emplegava e s’emplega a Maruèjols, Mende… e le mea maire n’avèva pas sonque ua coneishença passiva deu patoĂ©s (occitan). La maire qu’avèva rason; que ne’n soi un ! Coraumen

Un fidèle visiteur m’Ă©crit:

Bon, encore une modeste contribution …

Je suis Ă©tonnĂ© de l’Ă©criture « rĂ©boussiers » que je retrouve pourtant dans une rue de Sommières…
A Montpellier on dit « reboussaĂŻre« , mĂŞme terminaison que « tambourinaĂŻre » ou « empegaĂŹre » (mots qui mĂ©riteraient une entrĂ©e dans votre dictionnaire).
La terminaison en « ier » me semble « francisĂ©e » Ă  l’inverse de la terminaison originale (?) en « aĂŻre« .
Je lui ai répondu que:
Bonjour,

Il y aurait une thèse universitaire à écrire à ce propos.

J’ai regardĂ© dans le chapitre sur les suffixes dans l’Alibert et l Ă©crit que le suffixe -aire  vient du cas sujet de l’ancien occitan -ator  et que ces mots donnent des noms de mĂ©tier. Un reboussaire  est donc un « râleur professionnel » .  le suffixe  -iè, _iĂ©r  viendrait du latin -erium  et donne des substantifs ou adjectifs « abstraits ». Les NĂ®mois sont donc des « raleurs  chimĂ©riques » (ChimĂ©rique est le premier synonyme  de « abstrait » donnĂ© par le TLF)

Pour ĂŞtre sĂ©rieux je pense que  reboussaire  est un hypercorrecte forme de  l’occitan montpelliĂ©rain, parce que reboussier  ressemble trop Ă  un mot français. Mistral ne connait que le forme en -iè, iĂ©r.

ReboussieMistral

Un lecteur me signale les sobriquets suivants pour les Nîmois:

  • Li rachalan qualifiait les paysans de NĂ®mes. ( Peut-ĂŞtre une dĂ©formation de bachalan? voir aussi bajana). cf aussi ce site sur Marguerittes, terre des Rachalans. 
  • manjo-merlusso pour le mangeur de morue qui apprĂ©ciait la brandade.
  • manjo-loco pour le mangeur de loche, ce petit poisson du Vistre.
  • casso-lignoto pour le chasseur de linotte.
  • saĂąto-rigolo pour le sauteur de rigoles ou de ruisseaux.
  • li losso les lourdauds.
  • cĂ©bet ou cĂ©ban. Dans les quartiers, celui de l’Enclos Rey, catholique et royaliste, Ă©tait peuplĂ© de travailleurs de la terre qui Ă©taient surnommĂ©s les cĂ©bet ou cĂ©ban pour oignons ou mangeurs d’oignons.
  • gorjo-nègro.  Chemin de Montpellier et la Placette habitĂ©s par des Protestants des « gorjo-nègro », appelĂ©s aussi par dĂ©rision pĂ© descaĂą pieds nus ou va-nu-pieds.
  • li verdets volontaires royalistes après le 9 Thermidor, en 1815 et pendant la Terreur Blanche.
  • gri haire pour les protestants qui ont pris NĂ®mes après la Michelade (le 30 septembre 1567). Ils Ă©taient une centaine de soldats ayant de l’eau jusqu’Ă  la ceinture dans le canal voĂ»tĂ© de l’Agau, Ă  avoir franchi les barreaux du Moulin de la Bouquerie, après les avoir sciĂ©s;
  • Li escambarla pour ceux qui avaient un pied dans le parti catholique et un autre dans le parti protestant.
  • Li mazetiĂ© pour les NĂ®mois qui allaient chaque dimanche dans leur mazet.

recatar

recatar « ramasser quelque chose qui traĂ®ne » et   se recatĂ  « s’endimancher;  se marier » voir acatar

Redable "tire-braise"

Redable « tire-braise » vient du latin rutabulum « fourgon 1 , râble de boulanger, spatule » surtout avec le sens « tire-braise ».

Dans un site marchand, je trouve la description suivante:

Les outils du boulanger : Râcle, Ă©couvillon, pelles. Vous les connaissez peut-ĂŞtre dĂ©jĂ  sous des noms diffĂ©rents de ceux que je donne ici. Pas d’affollement !! Ils ont un nom par village… ou peu s’en faut. Le râcle (râble, etc.). Une plaque de 25 x 6 cm taillĂ©e dans les chutes de la tĂ´le qui a servi Ă  fabriquer la porte, 40cm de fer Ă  bĂ©ton de 8, quelques points de soudure et 2m de bambou. Le râcle sert Ă  Ă©taler les braises pendant la chauffe et Ă  les retirer dur four après la chauffe.

 

La voyelle de la première syllabe varie dans les parlers locaux : ridable, radable, roudable et le -b- devient souvent -p-.

Le FEW suivi par le TLF rattachent le mots râble (surtout en parlant du lièvre et du lapin) à rutabulum.  Le Bloch-Wartburg suivi par A.Rey,  écrit que

le mot  râble (du lièvre) est probablement une extension de rable « fourgon spatule » par analogie d’aspect; certains instruments appelĂ©s râbles Ă©tant munis de fourchons fixĂ©s dans la barre comme l’Ă©chine est munie de ses cĂ´tes « .

Dans le FEW von Wartburg est beaucoup plus nuancĂ©. Il y suggère la mĂŞme comparaison, mais les formes occitanes avec -e- au lieu de -a- posent un problème d’ordre phonĂ©tique. La forme rièble se trouve dĂ©jĂ  dans le Miroir de PhĂ©bus (1390) de Gaston comte de Foix.

Von Wartburg pense que râble  en parlant du lièvre est un mot de chasseurs, qui est passé  dans la langue gĂ©nĂ©rale au cours du XVIe  siècle. La première attestation en français de râble (1532) vient de l’auteur de Pantagruel et Gargantua! Le mot s’est rĂ©pandu ensuite dans les dialectes. Il y a donc deux histoires.   Rutabulum > redable en occitan, ou  rouable, roable en ancien français avec le sens « tire-braise » qui a eu une Ă©volution Ă  partir du latin.  D’autre part  râble (de lièvre) qui s’est rĂ©pandu Ă  partir du XVIe siècle dans tout le domaine galloroman.  Les formes occitanes avec -e- s’expliquent peut-ĂŞtre par une influence du mot rèble(s) « de la blocaille: petites pierres pour remplir entre les parements d’un mur »(S1), du verbe reblar « remplir, garnir de blocaille » (S1) du latin replÄ“re « remplir ». Cette explication ne me convainc pas Ă  100%. Une autre explication de C. Nigra dans l’Archivio Glottologico 14, p.374.

Pour le moment aucune Ă©tymologie est vraiment satisfaisante. Si vous avez une idĂ©e…

A Die et Ă  Trièves les formes sont identiques: riable s.m. « dos » et « rivet du boulanger ». (Schook)

Notes
  1. Fourgon « Longue barre mĂ©tallique ou longue perche garnie de mĂ©tal utilisĂ©e pour remuer la braise ou la charge d’un four, d’une forge, d’un fourneau, ou pour attiser un feu. » (TLF). Le fourgon « automobile » doit probablement son nom Ă  cette barre;  mĂŞme mot que fourgon 1, ce mot ayant dĂ» dĂ©signer successivement le « bâton de la ridelle » puis la « ridelle » et enfin la « voiture Ă  ridelle » (ces deux derniers sens Ă©tant attestĂ©s en prov. mod. : MISTRAL, s.v. fourgoun) TLF

Redessan. Les noms de lieu et l'Ă©tymologie.

Redessan 

Des visiteurs me demandent rĂ©gulièrement l’origine d’un nom de lieu. La Toponymie est une discipline très difficile! Je ne m’y risque que rarement.

Voici un exemple. Dans le livre Statistique du dĂ©partement du Gard, je trouve: « A l’est de la ville de NĂ®mes, …, on aperçoit un village appelĂ© Redessan, dont l’Ă©tymologie, donnĂ©e par Deiron (AntiquitĂ©s de NĂ®mes, chap.X, p.60) paraĂ®trait renfermer quelque apparence de vĂ©itĂ©, quoique mise en doute par MĂ©nard. Un sanglante bataille donnĂ©e non loin de ce village (note: Cette bataille termina en 410 l’envahissement de cette partie des Gaules, que Constance, gĂ©nĂ©ral d’Honorius, purgea de tous ses ennemis) aurait amenĂ©, d’après Deiron, cette phrase incidente dans le rĂ©cit de cet Ă©vènement, en langage vulgaire de cette Ă©poque : Id est rech de sang; les trois derniers mots signifient : Ruisseau de sang.

De telles histoires sont amusantes, Ă  raconter devant la cheminĂ©e, mais cela n’a rien Ă  voir avec l’Ă©tymologie. Un coup d’oeil dans le Dictionnaire toponymique du Gard suffit: Rediciano en 909. C’est une Villa Rediciano ce qui veut dire  » qui appartient Ă  », ou « est situĂ© près de », ou « un lieu de plantation de ….. Redix » . Je m’arrĂŞte lĂ .

Rega

Rega « sillon » vient d’un gaulois *rica « sillon » et spĂ©cialement le « sillon produit par le soc de la charrue ». C’est un des nombreux mots celtiques qui ont un rapport Ă  l’agriculture. Il est conservĂ© dans toute la Galloromania.

Dans la Charente redzo a pris le sens « bande de terre cultivĂ©e » d’après le Thesoc. Pour son dĂ©veloppement en français voir le TLF raie.
L’abbĂ© de Sauvages cite un  rego avec le sens « raie, trait de la plume », mais dans d’autres dictionnaires occitans c’est une raio, la forme françisĂ©e.  La reganèlo dĂ©signe d’après lui « les rayons, ardeur du soleil ».

 

Renebre ‘patience’ plante

Renebre « patience, espèce avec des racines jaunes » (R.Jourdan, Montagnac), rouzerbe « patience » (Sauvages1756 et 2e Ă©d.)

rouzerbeS2L’Atlas linguistique de la France, ALF, donne la forme  ruzerge pour 2 villages du Gard.

D’après Wikipedia la patience sauvage est  la Rumex obtusifolius

Rumex_obtusifolius_Sturm48Pierre Larousse a repris des formes occitanes dans son  dictionnaire encyclopĂ©dique en 1875, mais elles ont disparu des Ă©ditions postĂ©rieures. J’ai l’impression qu’il connaissait Mistral qui mentionne le renèbre.

Le FEW X, 540 les range  dans l’article rudember, un mot latin qui n’est attestĂ© qu’au XIe  siècle et qui signifie « glouteron ». L’auteur remarque d’ailleurs que cette famille  se trouve uniquement dans le domaine gallo-roman et qu’il est peut-ĂŞtre d’origine celtique, mais que pour le moment on n’a pas encore trouvĂ© des relations.

Alibert a rassemblĂ© des formes occitanes dans l’article rosembre, m. Patience (Rumex patientia) ; moutarde des champs, Don(= Donnezan)., Toul.  Var. rosèrgue, rosomet, rosonabre, roergue, roserbe, renebre, rosenabre, renible,rosomec, rosomet, Toul., roergĂ s. Ă©tym. B. L. rudember, du Gaul. reudo, rouge.

Je ne sais sur quoi est basé son étymologie gauloise. ??

 

repounchou ?

Repounchou est un nom de plante, mais laquelle?  J’ai reçu le message suivant:

Comme tu le sais, c’est un important point de dĂ©saccord entre Languedociens (pour qui c’est la raiponce) et Toulousains (pour qui c’est le tamier).

Wikipedia: Le Tamier commun ou Herbe aux femmes battues (Dioscorea communis), est une espèce de plantes grimpantes monocotylédones de la famille des ignames (Dioscoreaceae).

Elle est parfois appelĂ©e haut liseron, racine-vierge, raisin du Diable, sceau de Notre-Dame ou vigne noire. Dans le sud de la France, elle est couramment dĂ©signĂ©e par son nom occitan « reponchon »2 (qui se prononce rĂ©pountsou) ou « rĂ©(s)pountchou ».( Attention, ne pas faire de confusion avec la Bryone dioĂŻque d’aspect approchant mais entièrement toxique.)

repounchon1dioscorea

Raiponce  par contre  n’est pas une espèce mais un genre Phyteuma (LinnĂ© 1753) avec de nombreuses espèces, dont la raiponce en Ă©pi ou raiponce salade ou raiponce des bois.  (Phyteuma spicatum):

raiponce en Ă©pi

Par Csame — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=4731535

Le CNRTL s.v. raiponce  dĂ©finit  » plante de la famille des CampanulacĂ©es … »Â  dont 3 genres Campanula, Phyteuma et Legousia vivent en France.

Campanule raiponce (Campanula rapunculus) encore appelĂ©e Raiponce cultivĂ©e est une plante herbacĂ©e bisannuelle de la famille des CampanulacĂ©es. La « Campanule raiponce » est aussi appelĂ©e en France bâton de Saint Jacques, Rave sauvage et Rampouchou dans le Sud-Est (mais ce mot, reponchon en occitan, dĂ©signe le Tamier commun en Aveyron), en Angleterre Rampion et Rampion Bellflower d’après l’auteur de cet article de Wikipedia.

repounchon-Campanula_rapunculus_L_ag1Alibert dĂ©finit  reponchon  avec  « raiponce; houblon; pissenlit; chondrille ».

repounchou = houblon houblon;reoiunchou = chondrilla ?chondrilla

Français pissenlit est un nom vernaculaire ambigu. La chondrilla est un autre genre de plantes de la famille des Asteracées.

Pour y comprendre quelque chose, j’ai eu recours au FEW X, 72-73 qui a classĂ© raiponce dans l’article rapum « racine » . Le nom raponce apparait au XIVe siècle en Italie raperonzolo, raponzo .  Si j’ai bien compris ces noms dĂ©signent deux plantes Ă  savoir la Raiponce en Ă©pi (Phyteuma  spicatum) et la Campanula rapunculus   campanule , dont les racines (rapum  en latin) sont consommĂ©es en salade au printemps.  Beaucoup plus tard, au XIXe siècle la mâche (Valerianella locusta) est Ă©galement appelĂ©e raiponce, parce qu’elle est aussi consommĂ©e, mais cette fois on consomme les feuilles. C’est ça l’explication ! . Voir mon article Botanique et occitan ou l’intĂ©rĂŞt des noms vernaculaires.

L’allemand Rapunzel dĂ©signe 1.  la mache (Gewöhnlicher Feldsalat ) et 2.  la campanule (Rapunzel-Glockenblume).

Suite Ă  l’ article repounchou GĂ©rard Jourdan qui me suit fidèlement, me raconte ses souvenirs  de jeunesse:

Je lisais avec intĂ©rĂŞt ton article sur rapounchou. Un peu de nostalgie aussi car quand j’Ă©tais gosse, mes parents, ouvriers agricoles, ramenaient souvent de leurs travaux de la salade sauvage. Je me souviens de quelques noms donnĂ©s par mon père : ampouleta, douceta, penchĂ© et la star des salades  le respountchou. Cette petite racine avec une rosette de feuilles Ă©tait un vrai rĂ©gal pour nous. J’ai dĂ©couvert plus tard qu’il s’agissait de la campanule raiponce reconnaissable Ă  ses clochettes bleues. Les autres salades Ă©taient donc la valĂ©riane (ampouleta), la mâche sauvage (douceta) et le pissenlit (penchĂ©) au goĂ»t très prononcĂ© !!
Pour ce qui est du tamier, je pense qu’il ne pousse pas chez nous dans les basses-plaines de l’HĂ©rault, mais je me souviens d’avoir consommĂ© les jeunes pousses de cette plante (comme des asperges sauvages) lors d’un stage au-dessus de Lodève, au col du Perthus (voisin du causse du Larzac).

 

 

 

 

Rese ‘tique’

Rese « tique, ixode (chien et boeuf) d’après Alibert,  synonymes pat, fedon, legast. » L’Ă©tymologie est le latin rÄ­cÄ­nus « une grosse tique » d’après mon dictionnaire latin. En occitan les attestations sont rares et viennent principalement des dĂ©partements du Gard, de l’Aveyron et de la Lozère.  Voir le Thesoc : tique rese [reze] AVEYRON, GARD, HERAULT, LOZERE, TARN.

Pourtant en dehors du galloroman le nom a survécu en Sardaigne, en catalan de Mallorca, en espagnol et même en albanais.

L’abbĂ© de Sauvages le connaĂ®t bien. Il Ă©crit:

 » RĂŞzĂ«, le Riccin, la tique, & selon l’AcadĂ©mie la tic insecte du genre des acarus qui s’attache aux chiens & Ă  d’autres quadrupèdes, il est de la grosseur d’un pois, on distingue peu la tĂŞte & les pattes de du reste du corps qui a la forme d’une boulette. Il s »attache si bien Ă  la peau des animaux qu’on ne le tire qu’avec peine: de lĂ  le Proverbe ; — ten coum’un rĂŞsĂ«; il tient comme la teigne.

Ixodes_ricinus_08   ou celui-ci?  Rhipicephalus_sanguineus

Images Wikipedia

Et il ajoute:

Le Ricin ou le Pignon d’Inde est la semence d’une plante de mĂŞme nom qui ressemble un peu Ă  la tique des chiens & qui est fort joliment bariolĂ©e.

Ricinus_communis_-_Köhler–s_Medizinal-Pflanzen-257  http://fr.wikipedia.org/wiki/Ricin_commun  Ricinus_communis Seeds

Images de la plante Wikipedia

Latin rÄ­cÄ­nus est aussi le nom de la plante  ricin,  attestĂ©e chez Pline, qui a d’ailleurs donnĂ© le mĂŞme nom Ă  « une sorte de mĂ»re qui n’est pas encore arrivĂ©e Ă  toute sa croissance ».  En français la première attestation de ricin « Grande plante originaire de l’Afrique tropicale (famille des EuphorbiacĂ©es) » (CNRTL) date de 1548 et vient des mĂ©decins/botanistes de l’Ă©poque.  

L’abbĂ© de Sauvages ou son frère François, se trompe donc en appelant le ricin le Pignon d’Inde, mais il sait que ces graines, dont on fait  l’huile de ricin, viennent de loin. C’est une autre plante de la mĂŞme famille.

 

Tique En ce qui concerne le mot tique le CNRTL mentionne que la  première attestation dans le dictionnaire de l’AcadĂ©mie date de 1798. Or, le dictionnaire de l’abbĂ© de Sauvages date de 1756.  Il a donc utilisĂ© la 3e Ă©dition de 1740 ou antĂ©rieure.   Le FEW XVII, 329 ne mentionne pas non plus la graphie tic. A trouver. 

Le FEW mentionne que le mot tique a eu aussi le sens de « fruit du ricin »,  dans des dictionnaires du français de 1635 Ă  1675.  Curieux. Probablement un sens fantĂ´me.

 

 

 

 

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