cat-right

Escarrafi ‘rider’

Escarrafi « rider, froncer », s’escarrafi « faire la grimace en mangeant ou buvant une chose acide ou am√®re » (Mistral),¬† escarafir¬† chez Alibert,¬†¬† est compos√© de deux √©tyma d’origine germanique *skarr√īn « r√Ęcler  » et raffen « recueillir, saisir rapidement ».

Le gotique *skarr√īn¬† a donn√© le gascon escarr√° « r√Ęcler, ratisser’, et plusieurs d√©riv√©s comme escarrat « individu qui n’a plus le sou », escarragn√° « √©rafler » qui vivent surtout en b√©arnais. Voir FEW XVII, p.102a-b.

L »√©tymon raffen a donn√© une grande famille de mots, dont nous parlerons dans l’article languedocien¬† rafi « rider, froisser ». Vous pouvez aussi jeter un coup d’Ňďil sur l’article du FEW XVI, p.654-656, sp√©cialement note 7

 

 

garaoubo ‘caroube; vesce’

Garaoubo « vesce cultiv√©e », vient de l’arabe¬†harruba¬†« fruit du caroubier ». Le caroubier est indig√®ne dans l’est du bassin m√©diterran√©en et il a √©t√© introduit dans l’ouest par les Arabes. De l√† le nom d’origine arabe en italien carruba, ¬† catalan, espagnol portugais et occitan¬†carrobi¬†ou¬†car√≥ubio en languedocien.

La ressemblance des fruits du caroubier avec les fruits d’autres plantes a abouti √† un transfert du nom : garrobe, garoube « vesce cultiv√©e » dans le Poitou,¬† la Saintonge, la Vend√©e, le P√©rigord. Il y a peu d’attestations de ce transfert en proven√ßal ou languedocien.¬† Mistral connait garaubo « orobe ». Il s’agit probablement d’un mot-t√©moin du domaine de l’occitan qui s’√©tendait jusqu’√† l’embouchure de la Loire.

Images ci-dessous : orobe    caroube    vesce cultivée

orobe  Caroube

vesce_cultivee

Ci-dessous les liens directs vers la page du FEW et vers l’article du TLF.

FEW XIX,67-68 , TLF caroube

 

 

Engano, lengano ‘salicorne’

Engano, lenagano ‘salicorne’ Mistral dans son Tr√©sor:

EnganaRolland9_165

Rolland Flore IX,165

L‚Äôans√©rine ligneuse mentionn√©e par Mistral,¬† fait partie du m√™me groupe de plantes[1.Ans√©rine ligneuse Lamarck] qui servent √† faire la soude pour la fabrication du verre. Voir √† ce propos mon article sansou√Įro ‚Äėsalicor‚Äô.

Le mot¬† engano¬† se trouve dans le FEW seulement parmi les noms de min√©raux d‚Äôorigine inconnue, avec le sens ¬ę¬†sorte de soude¬†¬Ľ. L‚Äôauteur n‚Äôa pas mis le lien avec la salicorne, qui sert √† fabriquer la soude.

Mistral sugg√®re l‚Äô√©tymologie¬† laguna, mais laguna¬† est un emprunt du XVIe si√®cle √† l‚Äôitalien . Je penche plut√īt pour une origine gauloise, *wadana¬† ¬ę¬†eau¬†¬Ľ qui a donn√© une grande famille de mots, dont, l‚Äôancien occitan gana ¬ę¬†sentiers fangeux¬†¬Ľ.¬† La salicorne poussant en bord de mer, souvent mar√©cageux, pourrait bien avoir re√ßu le nom du terrain o√Ļ l‚Äôon la trouve.

Mais comme je n’ai pas d’autres attestations de engano, lengano  que ceux de Mistral et de Rolland, cette histoire reste à compléter.

Saussola 'pain trempé'

Saussola « pain tremp√© dans du vin, du caf√©, etc.’ est d√©riv√© du latin salsus « sal√© », attest√© √†¬† Clermon-l’H√©rault et √† P√©zenas, chouchoule¬† √† Bayonne. Suite √† mon article sansou√Įro, o√Ļ je parle¬† du mot salsola « salicorne « , G√©rard Jourdan, fid√®le et pr√©cieux commentateur de mes articles, m’√©crit :

Bonsoir Robert,
j’ai lu avec plaisir, et un peu de nostalgie, cet article sur la salicorne avec l’indication du terme « sausola »
Quand j’√©tais gamin, √† Montagnac (34), donc tout proche de P√©z√©nas et de Clermont-l’H√©rault, ma m√®re me pr√©parait, souvent le jeudi quand je rentrais de travailler √† la vigne avec mon p√®re, un bol rempli d’eau fra√ģche, avec du vin rouge et quelques morceaux de sucre ; j’y trempais une ou deux tartines de pain et c’√©tait un plaisir rafra√ģchissant incomparable ; peut-√™tre que certains, plus riches, y trempaient des biscuits, mais il n’y en avait pas chez nous.
J’appelais √ßa « faire saussole ».

j’ai trouv√©, sur un site de Cessenon, l’indication suivante :

« L√©on Cordes raconte que les habitants de Minerve, en 1907, manifest√®rent sous la pancarte:

Avèm de vin, mas cal de pan per far saussòla.

Le petit livre de Minerve, Lodève, 1974, p. 24.

Bachin, bachino 'Génois'

Bachin « G√©nois, Sarde » vient du nom de personne Baptiste,¬† du latin baptista « celui qui baptise ». Le nom Baptiste¬† est souvent utilis√© dans les th√©√Ętres de foires pour un personnage « niais, cr√©tin« .¬† Nous le retrouvons en pi√©montais¬† batŇ°itŇ°a , en pi√©montais et en lombard tiŇ°tŇ°a et √† Como batista.

Dans Les Cris de Marseille, (Voir Sources s.v. Marseille), j’ai trouv√© la description que voici:

Les attestations dans le premier volume du FEW qui date de 1928 sont rares. Heureusement nous avons √† notre disposition sur internet le Lessico Etimologico Italiano¬† (abr√©g√© LEI), s.v. baptista de nombreuses attestations dans les parlers nord-italiens. Ci-dessous¬† l’extrait de l’article du LEI avec l’explication de l’√©volution s√©mantique.

Voir aussi le TLF s.v. baptiste,¬† qui mentionne sp√©cialement les Canadien fran√ßais: « Nom donn√© au Canadien fran√ßais… Par extension, Baptiste et Baptisse d√©signent aussi le contribuable canadien : Le gouvernement vient d’augmenter les taxes : paye, Baptisse!«  (Canada 1930). »

sansou√Įre 'salicor'

Saussouiro, sansou√Įro « salicorne, salicor »¬† . Mistral, Tr√©sor:

Ma voisine Maryse, originaire de Cannes et excellente cuisini√®re, m’a racont√© que la salicor(ne) √©tait comestible. Wikipedia confirme dans l’article Salicorne d’Europe :

Les tiges tendres de la salicorne jeune, r√©colt√©e en mai/juin, peuvent se d√©guster crues, nature ou en vinaigrette. Plus tard, la salicorne devient un peu am√®re et il est pr√©f√©rable de la blanchir. Quelques minutes dans l‚Äôeau bouillante suffisent √† lui √īter son amertume et le sel en exc√®s. Elle sera alors cuisin√©e comme l‚Äô√©pinard, √† la vapeur, √† l‚Äôeau (non sal√©e¬†!) ou revenue √† la po√™le. La salicorne fra√ģche, tr√®s fragile, ne se garde pas plus de deux jours au r√©frig√©rateur.

salicor¬†¬† sansou√Įre

¬†Dans RollandFlore, IX,165 nous trouvons les attestations suivantes de saoussou√Įro pour la « soude1 »

En fran√ßais : « Les sansouires sont des milieux naturels √† v√©g√©tation basse situ√©s en bordure haute des vasi√®res littorales, soit la partie haute des marais maritimes. Ce terme est employ√© en France m√©ridionale (Camargue, Languedoc et Corse). » (Wikimedia Commons). ¬† Littr√© propose l’√©tymologie¬† latin salsŇęra « saumure »,¬† mais¬† salsŇęra¬† aurait d√Ľ aboutir √† *saoussura.

L’√©tymologie de de saussou√Įro¬†¬† semble √™tre inconnue. Je n’ai pas trouv√© d’attestations anciennes, mais nous pouvons reconstruire une forme *salsoria.¬† Dans le FEW, que vous pouvez maintenant consulter sur le site de l’ATILF en mode image, ¬† s.v. salsus , vol XI, p.110, il y a une s√©rie de noms de champignons du type sauceron¬† et l’occitan sausseiroun « fenouil de mer »;¬†¬† Les formes sont tr√®s proches mais le sens « salicor » ou « sansouire » n’y est pas.

Dans le site e-sant√©, je trouve la remarque suivante: « La salicorne est parfois confondue avec la criste-marine car toutes deux poussent presque dans la mer. Mais elles n’appartiennent pas √† la m√™me famille botanique et ne se consomment pas de la m√™me fa√ßon. »

Si vous cherchez des images de « fenouil de mer » vous verrez qu’en effet il y a une forte ressemblance, mais la criste-marine est un ombellif√®re!

Salsola.Dans la m√™me page du FEW je trouve le type saussola « pain tremp√© dans du caf√© etc » attest√© √† Clermont-l’H√©rault et √† P√©zenas.¬† Je ne pense pas que Linn√©¬† ait trouv√© le nom salsola¬† en trempant le¬† pain dans son caf√© en compagnie d’un botaniste montpelli√©rain (Linn√©, Genera Plantarum, p. 67 cf.TLF). En effet, la premi√®re attestation que nous avons vient de Bauhin2 1671, p.289 salsola

J’ai suivi le lien de Bauhin « C√¶s. », qui renvoie √† Andreas C√¶salpinus, De Plantis Libri XVI. Florence, 1583(De plantis (1583), 621 p.disponible sur Gallica). Je n’ai pas cherch√© la page exacte, mais nous pouvons conclure que le mot¬† salsola¬† est d’origine italienne ou a √©t√© cr√©√© par C√¶salpinus, d’autant plus que l’adjectif salso¬† « sal√© » y est √† la base de nombreux d√©riv√©s:

Salicor, salicorne.

Le TLF  suit Corominas et propoe comme étymologie de  salicor,  (salicorne  en français)     le mot catalan salicorn attesté en 1490:

salicorne (id. ¬Ľ (Cotgr.). Empr. au cat.salicorn (att. dep. 1490 ds Alc.-Moll), plus prob. issu d’un b. lat. salicorneum, comp. de sal ¬ę sel ¬Ľ et de corneum ¬ę en forme de corne ¬Ľ, que d’orig. ar. Voir Cor.-Pasc., s.v. sal et FEW t. 21, p. 154a.

Un petit détour historique.

L’utilisation de la salicorne a √©t√© tr√®s importante dans la fabrication du verre.

Voici un extrait du  site des verriers du Rouergue

Soude ou salicor employée par les verriers (3 parties)

Cet article est extrait du Dictionnaire raison√© universel d’histoire naturelle de M.Valmont de Bomare publi√© √† Lyon en 1776.

SOUDE, soda, plante dont on distingue nombre d’esp√®ces. Nous d√©crirons ici les esp√®ces les plus en usage dans les Arts & dans la Pharmacie.

1¬į. La Soude appel√©e Salicor : c’est une plante annuelle qui cro√ģt dans les pays chauds, sur les bords de la M√©diterran√©e. …¬†¬†¬† La plante appel√©e salicor, dit M. Marcorelle, est utile par le revenu qu’elle rapporte ; pr√©cieuse par ses usages ; curieuse par ses diverses m√©tamorphoses; & agr√©able √† la vue par la vari√©t√© de ses couleurs & sa forme r√©guli√®re : elle figurerait dans un parterre & y r√©ussiroit tr√®s bien, mise dans une terre appropri√©e. Cette plante de salicor est connue en Latin sous le nom de kali majus cochleato semine. C. B. Tournts infl. p. 247, salsola (kali ), Linn. N¬į. 1 : en Arabe sous celui de kali : en Fran√ßois sous celui de soude, & en Languedoc & dans le Roussillon, sous celui de salicor. C’est le boucar des Poitevins & des Saintongeois.

2¬į. La Soude SAlicor appel√©e Salsovie Ou Marie √©pineuse, kali spinosum : elle na√ģt aussi dans les pays chauds, sur les rivages sablonneux de la mer, le long des lacs sal√©s, quelquefois m√™me dans les champs √©loign√©s de la mer.

3¬į. La Soude appel√©e la Marie Vulgaire Ou la Grande Soude, est le kali geniculatum majus, C. B. salicornia articulis apice crassioribus, Linn. Il y en a de deux esp√®ces, l’une est le salicornia annua, l’autre est le salicornia semper virens.

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Notes
  1. Saeda (genre)L. et Salsola (genre)L.
  2. Bauhin Caspar (Caspari Bauhini Viri Clari√ü.) – Pinax Theatri Botanici sive Index In Theophrasti Dioscoridis Plinii Et Botanicorvm qui √† seculo scripserunt Opera: Plantarvm Circiter Sex Millivm Ab Ipsis Exhibitarvm Nomina cum earundem Synonymiis & differentiis methodice secundum genera & species proponens. B√Ęle,1671. Plusieurs num√©risations en ligne, dont Google books

baragane 'poireau sauvage'

Baragane, barragane s.f. « poireau sauvage ». Deux attestations dans le FEW¬† venant de la Saintonge,et une du Gers.

Nouvelles attestations: Wikipedia : 1. « Il est √©galement appel√© baragane, pouragane, poireau des vignes, poireau sauvage. » 2. Un blog avec une recette. 3. Dans Acabailles gerbebaude pampaillet: les r√©gionalismes viticoles dans les Graves...¬†Par Sabine Marterer :

4. Dans¬† un commentaire du site de Bonnetan¬† c’est maragane : Dans la r√©gion de Ste Foy la Grande (33) et Puyguilhem (24), sur un axe allant de Ste Foy √† Eymet (24), on disait aussi « maragane« , comme en attestent plusieurs t√©moignages.

5. Dans Le régal végétal: Plantes sauvages comestibles Par François Couplan, avec un avertissement concernant la cueillette :

L’√©tymologie¬† de barragane √©tant¬† inconnue (FEW XXI, 129b), j’ai √©crit √† l’auteur du Dictionnaire √©tymologique du basqueMichel Morvan : J »ai vu quelques mots basques pour « ail »¬† et « poireau » qui ont une ressemblance. Avez-vous une id√©e sur l’origine? Il a eu la gentillesse de me r√©pondre ;

Pas simple en effet. Pour ce qui est du basque, il y a deux mots pour d√©signer l’ail: baratxuri et berakatz. Le premier semble form√© de baratze « jardin » et xuri « blanc » (le blanc du jardin) et le second de berar « herbe » et katz « am√®re ». Quant au poireau c’est un emprunt roman, porru. Pour « poireau sauvage » on rajoute basa « sauvage » devant, soit basaporru.

Une id√©e au hasard qui vaut ce qu’elle vaut: le poireau √©tant appel√© aussi « asperge du pauvre », on pourrait envisager peut-√™tre une sorte de croisement entre deux mots, vu qu’il y a une variante pouragane qui fait penser √† poireau. L’autre partie serait issue de *asparagus ?

Une piste √† explorer….

Pouragane¬† ne se trouve pas dans l’article porrum du FEW, mais des formes assez proches comme¬† pourrigal « ail des vignes » √† B√©ziers et P√©zenas, porregal¬† √† Puisserguier,, pourracho « asphod√®le » dans le P√©rigord, pourracha id. ,¬† pr√®s de Barcelonnette¬† etc. FEW IX, 196b. Fran√ßais pourragne « esp√®ce d’Asphod√®le » (Acad√©mie 1842). A propos de ce dernier le FEW remarque qu’il doit certainement venir du Midi, m√™me s’il n’y a aucune attestation en occitan.

¬†Une influence d’un des nombreux d√©riv√©s de asparagus « asperge » (FEW XXV, 464) comme ancien occitan aspargula,¬†¬† occitan espergasso « asperge sauvage » est probable.

Lagagno ‘euphorbe’

Lagagno « euphorbe »¬† est attest√© dans les B.d.Rh√īne, √† Puisserguier et √† P√©zenas et dans 5 autres villages dans l’H√©rault ( Thesoc). Le sens le plus r√©pandu et attest√© en ancien occitan de laganha,¬† lagagna, lagagnes¬† est¬† « chassie1« . Le d√©riv√© lagan¬† signifie « goutte qui d√©coule des yeux¬† chassieux »,¬† laganhos, lagagnous¬† « chassieux »2

   

Il y quelques d√©riv√©s dont le lien s√©mantique avec « chassie » ne m’est pas clair, mais qu’un ornithologue pourra certainement expliquer: dans la Dr√īme lagagnousa « fauvette », √† Marseille lagagnoua « roitelet » et √† Teste lagagnoun « sorte de coquillage ».

En proven√ßal existent des d√©riv√©s¬† comme lagagnoro « pluie soudaine et de peu de dur√©e » qui ont un lien s√©mantique avec la notion « goutte, larme ».¬† Le¬† sens « euphorbe » a le m√™me lien s√©mantique, comme le sens « pissenlit » , par exemple √† Toulouse lagaigno,¬† et lagaino « renoncule » dans le Gard.

L’√©tymologie d’apr√®s le FEW IV,130¬† est le latin lagńÉnum « g√Ęteau fait de plusieurs couches de p√Ęte, genre de feuillet√©e3 » emprunt√© au grec¬† őĽőĪő≥őĪőĹŌČőĹ « gateau ». Pour les formes occitanes le FEW √©crit qu’il faut supposer un d√©riv√© ancien *laganea, mais il y a en grec d√©j√† un d√©riv√© qui les explique:

őĽőĪő≥őĪőĹőĻőŅőĹ « petit g√Ęteau ».¬† Le lien s√©mantique serait la comparaison de la chassie √† un petit g√Ęteau √† l’huile; comme en allemand la chassie s’appellle Augenbutter litt√©ralement « beurre des yeux »; ik y a aussi l’anglais eye booger litt√©ralement « crotte des yeux » ou crusty¬† qui sont plus proches du sens « petit g√Ęteau ».¬† En occitan c’est la notion « goutte » qui a √©t√© retenue. Voir ci-dessus.

Le Diccionari etimologic¬† du catalan propose une origine protohispanique, le basque¬† lakai√Īa, mais je n’ai pas r√©ussi √† en savoir plus.

Dans l’article Lachusclo j’ai d√©j√† parl√© de la p√™che √† l’aide de l’euphorbe la lachusclada¬† interdite au XVe si√®cle √† Remoulins. La lecture de cette histoire a incit√© G√©rard Jourdan √† m’envoyer un extrait des m√©moires de son p√®re, Raymond Jourdan, ouvrier agricole √†, Montagnac (34), dont je le remercie cordialement! Le voici:

Mon grand-p√®re paternel (Milou del Cougun) m’avait enseign√© un moyen facile et peu on√©reux de prendre du poisson. C’√©tait la ¬ę lagagno facile et peu on√©reux de prendre du poisson. C’√©tait la ¬ę lagagno(1)¬† ¬Ľ et un jour, j’avais 9 ou 10 ans, et avais une confiante infinie en mon grand-p√®re, je me d√©cidai √† tenter le coup. La¬† « lagagno » ce n’est pas ce qui manquait √† Montagnac. J’en cueillis un « fai » un fagot, que je pla√ßai sur un sac et avec le battoir de lavandi√®re de ma m√®re, j’√©crasai les plantes, faisant exsuder le latex. Repliant ensuite le sac, je liai le tout et j’allai jeter l’ensemble dans un gourg de Poud√©rous(2) o√Ļ j’avais vu pas mal de poissons : sofis (hotus) en majorit√©. J’√©tais avec Marcel Dores et Eug√®ne Nozeran, mes amis d’enfance, et le r√©sultat d√©passa nos esp√©rances. Je pense que la totalit√© des poissons se retrouva le ventre en l’air et nous rev√ģnmes triomphants et joyeux √† la maison. Mais nos m√®res respectives soup√ßonneuses (√† juste titre, nous n’√©tions pas de petits saints), demand√®rent l’origine et tout fiers, nous expliqu√Ęmes notre truc, et supr√™me affront pour moi, nous nous f√ģmes engueuler car, para√ģt-il, les poissons empoisonn√©s par le latex des euphorbes √©taient immangeables et dangereux √† consommer. Je fus extr√™mement d√©√ßu mais n’ai jamais su si vraiment les poissons √©taient dangereux √† manger. Je pense qu’ils l’√©taient et que le latex tuait les sofis (hotus) mais n’√©tait pas nocif pour l’homme(3). Je n’ai jamais plus exp√©riment√© ce proc√©d√©, peut-√™tre aussi mon grand-p√®re s’√©tait-il moqu√© de moi ? Je ne le crois pas, s√Ľrement qu’il avait ainsi p√©ch√© dans sa jeunesse et mang√© sans inconv√©nient le poisson.

1 Lagagno : occitan, l’euphorbe. Plante secr√©tant un latex, lait, ¬ę lach ¬Ľ en occitan, d’o√Ļ son nom et ce latex est, para√ģt-il, toxique et ce fut vrai pour les poissons.
2 Poud√©rous : rivi√®re affluent de H√©rault, n√©e √† Sept-Fonts, de 8 ou 15 km de long et qui garde l’√©t√© venu de grands gourgs qui ne tarissent jamais. Le poisson remonte en hiver et au printemps de l’H√©rault et restaient parfois prisonniers dans les gourgs.
3 Dans certains pays africains, le latex d’euphorbe est utilis√© pour la p√™che (NdG)

Cette m√©thode de p√™che s’appelait lachusclada¬† √† Remoulins au XVe si√®cle. Voir mon article¬† lachusclo.

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Notes
  1. voir Thesoc s.v. chassie.
  2. G√©rard Jourdan m’√©crit √† propos de la¬†marrana : « J’ai souvenir que nous traitions cette maladie de l’o√Įdium avec du soufre qu’il fallait projeter sur le cep de vigne avec une soufrette (tu dois avoir le sch√©ma dans le document de mon p√®re) ce qui projetait du soufre un peu partout (y compris sur le visage (surtout s’il y avait un peu de vent) et nous rentrions √† la maison (le traitement se faisait t√īt le matin, justement pour √©viter le vent) avec des yeux « lagagnous » et gonfl√©s.
  3. voir Zeitschrift 41,690 . Le FEW √©crit que lagagno ne vient certainement pas du gaulois l√°ginon « euphorbe » comme propose Bertoldi Zeitschrift 44,112

Lachusclo 'euphorbe', lachusclada et gin...

Lachusclo « euphorbe r√©veil matin » (Mistral. Voir l’explication du nom « reveil matin » en bas de la page). Mot proven√ßal et est-languedocien jusqu’√† l’Aveyron. Attest√© dans l’Aude avec le sens « laitue ».¬† L’√©tymologie est un d√©riv√© non attest√© du latin lac « lait »¬† *lactŇęscŇ≠la¬† ou¬† *lactŇ≠scŇ≠la,¬† cette derni√®re entre autres¬† pour la forme marseillaise lachousclo . Je ne peux mieux faire que vous donner l’article de A.Thomas, M√©langes d’√©tymologie fran√ßaise. Paris, 1902,¬† p.97.

Dans le Trésor de Mistral il y a le dérivé :

Mistral

Sa source, le Cartvlaire de Removlins; recueilli, class√©, annot√© et pub. sous les auspices du Conseil municipal de Remoulins. 2. livr. by Charvet, Gratien, d. 1884. Remoulins, France. Conseil municipal.Published 1873,¬†¬† a √©t√©¬† num√©ris√© aux Etats Unis et il est consultable pour les Am√©ricains. Mais les Europ√©ens doivent l’acheter parce qu’il a √©t√© r√©-imprim√© par un Anglais, le British Library,¬† et¬† est vendu par Amazon !¬† Par contre si vous l’avez scannez-le et mettez-le en ligne!¬† vous avez le droit.

Heureusement, avant de publier le¬† Cartulaire..¬† Gratien Charvet a √©crit un petit livret intitul√© lesCoutumes de Remoulins, qu’on peut lire et t√©l√©charger sur Gallica. Ce que j’ai fait. Ces Coutumes¬† datent de 1500.¬† Ci-dessous l’extrait qui nous int√©resse:

dans le note 3  nous trouvons

Le mot lachusclada  avait peut-être vieilli?  En tout cas lachuscle  était devenue lajuscle.

A la suite de cet article G√©rard Jourdan m’a envoy√© un extrait des m√©moires de son p√®re, qui √† l’√Ęge de 9 ans a encore pratiqu√© la lachusclada.¬† Son histoire savoureuse se trouve¬† dans l’article lagagno « euphorbe ».

Le mot montpellierain ginouscla1 dont parle Thomas dans la note reproduite ci-dessus,  se retrouve dans de grands dictionnaires2copié avec une coquille typographique:

Lachusclo « euphorbe r√©veil matin ». Dans RollandFlore vol.IX p.225 se trouve l’explication que voici:

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Notes
  1. D’apr√®s RollandFlore IX √©galement attest√© dans le Gard¬†
  2. dont Littr√©¬† qui d√©finit « nom vulgaire de l’√©purge »

Rudo 'rue' plante

Rudo « rue du jardin » (ruta graveolens L.), vient du latin rŇęta¬† m√™me sens, peut-√™tre emprunt√© au grec ŌĀŌÖŌĄő∑, plus pr√©cis√©ment au P√©loponn√®se. ¬† La rue a jou√© un r√īle important dans la m√©decine de l’Antiquit√© et du Moyen Age1 .

La cons√©quence de cette popularit√© a √©t√© que le nom¬† rŇęta a √©t√© conserv√© dans toutes les langues romanes (italien ruta, espagnol ruda) et a √©t√© emprunt√© au latin par l’allemand Raute, n√©erlandais ruit, et emprunt√© au galloroman¬† en anglais rue, basque erua, et¬† breton ruz.

Dans les Commentaires tres excellens de l’hystoire des plantes, composez premierement en latin par Leonarth Fousch medecin tres renomm√© :¬† Paris, 1549 (Gallica)¬† chapitre 236 (CCXXXVI) vous pouvez lire √† quoi servait la rue.

Il  restait encore beaucoup de recettes populaires  à la fin du XIXe siècle.  Voir Rolland Flore IV, p.7 et suivantes, dont:

Extrait de la p.8 Roland flore IV,8.

Plus d’informations sur les effets de la rue

C’est gr√Ęce √† un membre de la Soci√©t√© des Etudes scientifiques de l’Aude, qui a eu la gentillesse de m’envoyer une photocopie d’un manuscrit de la fin du XIXe si√®cle sur les Noms patois des plantes dans les environs de Carcassonne¬† que j’ai pu relever l’effet curieux de la rue que voici:

Dans un site sur les agrumes, l’auteur √©crit :

Dans le jardin, la rue est un tr√®s bon compagnon pour le framboisier et les rosiers (eloigne ses principaux parasites). La plupart des chats n’appr√©cient pas la rue. Si des chats viennent an√©antir vos nepetas (menthe et herbe a chats), plantez une rue √† cot√©! On peut aussi obtenir une teinture rouge a partir de la plante.

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Notes
  1. En tapant je d√©riv√© « rutine » dans mon moteur de recherche, je vois que c’est toujours le cas.
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