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Cusa ‘grotte’

CUSA (nf) : (Cantal) caverne, grotte ; pauvre maison ( Alibert). CUSÒL (Auvergne, Cantal, Rouergue, Tarn) : petite grotte => Toponymes Cuse, Cuset, Cusol (Pégorier, Morlet : + nom de famille). Syn. de cauna.

Pierre Gastal, auteur de¬†Nos racines celtiques, du gaulois au fran√ßais,¬† m’a fourni l’√©tymologie¬† et une riche documentation¬† de¬†cusa , cus√≤l,¬†class√© par le FEW dans les mots d’origine inconnue. Je lui ai pos√© la question:

Bonjour,Les attestations de¬† cusol, cusou¬† « cabane, pauvre maison » etc. se trouvent¬† dans le volume 23 Incognita¬† du FEW. XXIII,2b √† Carlot etc.¬†¬† A Cahors cuzoul « grotte ou cachette naturelle o√Ļ se cachaient les ermites reclus » FEW XXI,373a

Il m’ a r√©pondu :
Cher Monsieur,
Retombant sur votre r√©ponse, d√©j√† quelque peu ancienne, je peux vous indiquer que j’ai trouv√© quelques informations sur l’occitan cusa => toponymes cuse/couse/couze.
Ci-dessous un article tir√© cette fois d’un fichier de noms de lieux.Bon dimanche, amicalement.
P. Gastal

COUSE/COUZE/CUSE (nf, de l’occ.) : endroit caché, secret => caverne, grotte => (occ.) pauvre maison.

De l‚Äôoccitan cusa => cus√≤l, d‚Äôune rac. celtique voire pr√©-celt. signifiant ¬ę¬†cach√©, retir√©, secret¬†¬Ľ, cf. anc. fr. cuter (cacher), bret. kuzh, v.bret. cud (cach√©, adj.¬†; cache, n.), gallois cudd (id.).

* Communes¬†: Couze-et-Saint-Front/Dord. (grotte orn√©e de La Cavaille), Lissac-sur-Couze/Cor. (grotte du Moulin de Laguenay), Cousance/Jura, Cousances-les-Forges/Meuse, Cuse-et-Adrisans/Dbs (grottes d‚Äôo√Ļ sort le Gondenans), Cusey/HM., Cusy/HSav.-Yon., Cuzy/S&L. Cuise-la-Motte/Oise¬†?

* Lieux-dits aussi dans le Massif Central : Cuse, Cuze (grotte du Cuze à Charmensac/Cant.), Cuset/Av., Cusol… ou ailleurs : Cousancelles/Meuse (com. Cousances-les-Forges).

* Cours d’eau : Cette racine convient évidemment à des rivières sortant d’une caverne ou bordées de grottes. La Couze/Cor. près de la grotte de Noailles, La Couze/Cor.-Dord.-HV, 3 autres riv. La Couze-d’Ardes/PdD (qui a pour affl. Le Ruisseau de Cuzol). La Cuse/Dbs, source du Cusancin dans une grotte ; La Cuse/Dord., affl. Dordogne (rivus de Cusa 1495). ; Le Cusancin/Dbs,  La Cozance/Ain, La Cozanne/CdO (Vauchignon) qui sort d’une grotte dans le Cirque du Bout du monde ; Le Cuzoullet/Lot, affl. Lot.

Au regard de si nombreuses occurrences, NR et NL, la traduction vague ¬ę rivi√®re de montagne, torrent¬†¬Ľ est peu cr√©dible.

Classé dans les Incognita par FEW. Ce classement et le suff. -incos du Cusancin, NR, suggèrent une origine ligure.

Rapport avec Cusset/Allier, com. (aussi quartier de Villeurbanne + Cussey/Dbs, 2 com., et Cussey/CdO + Cussay/I&L…) ?

Cf. breton kuzh (caché, secret).

Cadereau, cadaraucus

Cadereau « foss√© d’√©coulement des eaux de pluie et immondices d’une ville ». Il s’agit d’un mot typique¬† de N√ģmes et Al√®s et qui est inconnu ailleurs. La graphie¬†avec -eau¬† est francisante. L’√©tymologie est inconnue. JohannesHubschmid propose dans la revue Romance Philology 8, pp.12-26[1.¬† Pour le moment je n’ai pas encore r√©ussi √† me procurer l’article de Hubschmid.]¬† une racine pr√©romane *katarouko-.

cadereau à sec

Dans le Dictionnaire de Germer-Durand sont mentionn√©s cinq cadereaux,¬† dont quatre apparaissent pour la premi√®re fois dans le compoix de N√ģmes de 1380, √† savoir le Cadaraucus de Payrello, le Cadaraucus de Mirabellis, le Cadaraucus Sancti-Cezarii et le Cadaraucus itineris Bellicadri. Le cinqui√®me est d√©j√† mentionn√© dans un document de 1233 le Cadaraucus de Carceribus , maintenant le Cadereau de Montaury.

Cadarau est attest√© pour la premi√®re fois en 1627 dans l’Inventaire des proverbes du Languedoc par Anne Rulman .

Dans la note 1) Mazel écrit: "Lisez lous bouton"

Cette¬† attestation qui se trouve dans un manuscrit conserv√© √† N√ģmes

et un autre à la BNF.  Dans un article intitulé Les proverbes du Languedoc de Rulman,  publiée dans la RLR 17 (1880 )42 ss. , Mazel  écrit:

« Anne Rulman est n√© √† Nimes en 1583. Son p√®re, d’origine allemande, avait √©t√© recteur du coll√®ge de Montpellier. Sous la direction d’un tel ma√ģtre, Rulman prit de bonne heure le bonnet de docteur, plaida comme avocat, et, en 1612, se rendit a Toulouse o√Ļ il se fit recevoir au Parlement en la charge d’assesseur criminel √† la pr√©vot√© g√©n√©rale du Languedoc. De retour √† Nimes, Rulman se livra √† son go√Ľt pour la litt√©rature et l’√©tude des antiquit√©s. Ses oeuvres, rest√©es manuscrites, formant plusieurs volumes, dont six in-folio, apr√®s avoir pass√© de main en main, furent donn√©s, en 1747, √† la Biblioth√®que du Roi par l’archidiacre de la ville de N√ģmes, neveu du c√©l√®bre √©v√™que Fl√©chier. Le volume √† la fin duquel se trouve l’Inventaire des proverbes porte la date de 1627, pendant laquelle l’auteur y mit la derni√®re main. Rulman mourut √† Montfrin dans la charge de juge de cette petite localit√©, vers la fin de 1639, au moment m√™me o√Ļ il venait d’entreprendre la publication de ses ouvrages »

Dans le site de l’Association Sauve Garrigue vous trouviez l’historique des inondations de N√ģmes avec un film de 15 minutes en m√©moire de l’inondation de 1988; dommage que cela a √©t√© supprim√©.

L’√©tymologie propos√©e par JohannesHubschmid dans la revue Romance Philology 8, pp.12-26 est une racine pr√©romane *katarouko-.¬†

Restanco ‘restanque’

Restanco « √©cluse; digue; morceau de bois qu’on place au travers du p√©trin pour emp√™cher la p√Ęte de s’√©tendre ». L’√©tymologie est la m√™me que celle de p√©tanque¬† voir tancar, mais je viens d’apprendre d’un ami qui conna√ģt bien la r√©gion ni√ßoise que les restanques¬† sont les terrasses, un sens inconnu de Mistral:

restancoM

qu’on appelle traversiers √† Valleraugue et bancels en Loz√®re, ribo √† Pont-de-Montvert, faissa ou paredon dans l’Aveyron. Voici une image des restancos pr√®s de Toulon:

restanquesL’auteur donne la description suivante

Photo prise sur les pentes du Mont Faron à Toulon
Les cultures en terrasses traditionnelles (restanco), c’est à dire avec un système d’écoulement des eaux de ruissellement intégré, se font de plus en plus rares. Et on n’y fait plus guère pousser de légumes, seulement des fruitiers. Celles-ci sont très belles et, curieusement, quasiment en ville.

Cette description explique l’√©volution s√©mantique qui s’est produite. Restanco vient du verbe *stanticare « arr√™ter » qui a aussi doon√©¬†tancar.¬† En ancier occitan est attest√© le verbe restancar « √©tancher le sang », restanchier en ancien fran√ßais. Dans les parlers occitans modernes on trouve restanca(r) « faire une digue, un barrage, retenir l’eau » √† Cavalaire pr√®s de Draguignan¬† un restanco est « une¬†barri√®re en bois le long¬† d’un chemin pour emp√™cher les eaux pluviales d’y passer ». ¬† Quand on cr√©e plusieurs de ces barri√®res en pierre s√®che plut√īt qu’en bois,¬† sur la pente d’un colline on obtient des¬†restancos « terrrasses ».

FEW  XII, 232

Mon ami d’Ampus qui m’a parl√© de ces restanques, m’a dit qu’√† Ampus, au Nord de Draguignan;¬† on appelle ces murets en pierre s√®che¬† et les terrasses qui sont ainsi form√©es des berges. L’√©volution s√©mantique de berge « Bord d’un cours d’eau » > « muret avec syst√®me d’√©coulement d’eau »¬† > « terrasses form√©es avec ces murets »¬† est la m√™me.

 

Marrane ‘Juif converti’

Etymologie : Marrane signifie en fran√ßais : « Juif ou descendant de juif d’Espagne ou du Portugal, converti au christianisme, mais rest√© secr√®tement fid√®le aux croyances et aux pratiques juives ancestrales. » et date du XVe si√®cle en fran√ßais1.

Le TLF reprend l’√©tymologie du FEW XIX, 113¬† et de Coromines :

Empr. √† l’esp. marrano ¬ęporc¬Ľ (965 ds Coromines), puis ¬ęjuif ou Maure converti au catholicisme¬Ľ (XIIIe s., ibid.), par sarcasme pour ceux-ci en raison de la r√©pugnance qu’ils √©prouvaient pour la viande de porc. L’esp. marrano est empr. √† l’ar.mahŐ£ram (ar. d’Espagne mahŐ£ran) ¬ęce qui est d√©fendu, illicite¬Ľ (en partic. dans le lang. relig.), d√©r. de hŐ£arama ¬ęd√©fendre, prohiber, d√©clarer illicite; exclure, excommunier¬Ľ¬† Le mot est surtout utilis√© aux XVe-XVIIe s. avec quelques « nuances » comme par exemple « Espagnol, terme injurieux » et « avide, avare; usurier; impie ». Voir le texte de Borel ci-dessous. Il n’est pas attest√© dans les dialectes fran√ßais, except√© le d√©p. des Deux S√®vres, ni en franco-proven√ßal.
L’√©volution s√©mantique « juif » > « usurier » etc. se retrouve dans d’autres mots et s’explique par le fait que les guildes interdisaient aux Juifs l’acc√®s aux m√©tiers et que par cons√©quence ils √©taient devenus commer√ßants ou banquiers.

Marrane est donc d’abord une injure, comme le mot porc,¬† marrano en espagnol. Mais von Wartburg pense que le sens « Juif converti » est peut-√™tre n√©, non pas √† partir de l’injure, mais √† partir du sens √©tymologique de mahram « sacr√©, inaccessible » en rapport avec la nouvelle foi des convertis et que la connotation p√©jorative est plus r√©cente.

La question est de savoir si cette explication est plausible, √©tant donn√© que le sens « porc » est attest√© en 965 et le sens « juif converti » seulement 3 si√®cles plus tard (Corominas).

Le rapprochement des deux mots « porc » et « Juif » est tr√®s ancien. Vous trouverez un¬† long article, tr√®s document√© dans le Wikipedia en espagnol. Le premier √† le faire est Rabanus Maurus n√© √† Mayence vers 780, qui dans son encyclop√©die De universo de 847, compare les Juifs aux porcs pour avertir les « bons » chr√©tiens, en se basant sur la Bible: « porque -seg√ļn √©l- heredan a sus hijos del mismo modo su inmoderaci√≥n imp√≠a y su impudicia. Se refiri√≥ a la imprecaci√≥n en Mateo (Mt 27,25: ¬°Su sangre sobre nosotros y sobre nuestros hijos!). Aqu√≠, los jud√≠os, al igual que los cerdos, fueron una alegor√≠a para los vicios, para advertir a los cristianos sobre ellos con im√°genes dr√°sticas. De este modo se utilizaron igualmente los monjes y los monos para ilustrar el pecado de la « inconstancia ».

Rabanus Maurus (Wikipedia).

Pendant les 700 premi√®res ann√©es du christianisme, les communaut√©s juives d’Europe sont rarement menac√©es directement. La situation change lorsque le pape Urbain exhorte les fid√®les en 1095 √† partir en croisade pour lib√©rer J√©rusalem des infid√®les. En chemin pour J√©rusalem, les crois√©s d√©ciment les communaut√©s juives le long du Rhin et du Danube. ¬ę Comment, s’exclament-ils, devrions-nous attaquer les infid√®les en Terre Sainte, et laisser en repos les infid√®les en notre sein ?
Le 25 mai 1096, environ 800 juifs sont assassin√©s √† Worms (Allemagne), et beaucoup d’autres choisissent le suicide. √Ä Regensburg, les juifs sont jet√©s dans le Danube, pour y √™tre ¬ę baptis√©s ¬Ľ. √Ä Mayence, Cologne, Prague et dans beaucoup d’autres villes, des milliers de juifs sont tu√©s, leurs biens pill√©s.¬Ľ Source) .

¬†√Ä partir du d√©but du XIIIe si√®cle on fait des sculptures repr√©sentants des truies avec des hommes v√™tus comme des Juifs. Ce genre de repr√©sentations comme expression d’anti-s√©mitisme se trouvent surtout en Europe centrale. Les sculptures les plus pr√®s de la France sont √† B√Ęle, Colmar et Metz.


D√īme de Regensburg (Ratisbonne)

Il me semble probable qu’√† partir du d√©but de l’antis√©mitisme en Espagne et au Portugal au XIIIe si√®cle , qui a abouti √† l’Inquisition en Espagne et de l’expulsion des Juifs en 1492, l’injure marranos a √©t√© import√©e de l’Europe centrale et qu’il s’agit tout simplement d’un emprunt-traduction et que cette histoire n’a rien √† voir avec l’interdiction de manger du porc de la religion Juive ou Musulmane. Cette interpr√©tation pourrait √™tre de l’√©tymologie populaire.
Une autre possibilit√© est que la m√™me cause (la Bible) a eu le m√™me effet en Espagne comme en Europe centrale marrano « porc » > « Juif « > « Juif converti » > « Converti, Juif ou Maure »
Le fait qu’en Catalan existe un autre mot √† savoir xueta « Juif converti » 2 qui a √©galement une connotation « porcine » √©taye cette hypoth√®se d’un emprunt traduction. En fran√ßais¬† le mot marrane ne s’applique qu’aux Juifs et aux Maures convertis en Espagne ».
Aveyron marr√°, -√°na adj. « avare » est s√©mantiquement li√© : « Juif » > « banquier » > avare ou bien au groupe 3) ci-dessous.

D’autres propositions √©tymologiques se trouvent dans l’article Maranisme de Wilipedia. Un extrait en bas de cette page.

 

Notes
  1. Si vous lisez l’espagnol, suivez ce lien vers Wikipedia.
  2. probablement der. de xulla ‘cansalada’ (mallorqu√≠ xuia), com a sarcasme contra els jueus conversos que menjaven cansalada per demostrar que eren cristians; tamb√© podria tractarse d’un der. regressiu de xuet√≥; en tot cas tots dos mots han d’haver acabat per influirse rec√≠procament

La√Įer, laguiar

La√Įer ou layer, fr.r√©gional, laguiar, la√Įar « fatiguer, ennuyer, barber » fait partie d’une famille de mots que nous trouvons surtout en languedocien avec des attestations √† l’ouest, par exemple en Limousin alai « fatigu√©, harass√©, d√©bile » et en Bigorre alayat « affaibli, fatigu√©, ext√©nu√© », mais pratiquement pas √† l’est du Rh√īne.

La premi√®re attestation a la forme laguiat, participe pass√©, avec le sens « accabl√©, souffrant » dans La chanson de la Croisade contre les Albigeois, qui date du d√©but du XIIIe si√®cle.

La page de titre du manuscrit.

 

L’abb√© de Sauvages le conna√ģt bien: laghia « chagriner » ainsi que le substantif lagui qu’il traduit avec « peine, chagrin, inqui√©tude, souci ».

J’ai l’impression que les formes avec un -y- se trouvent surtout dans l’ouest langedocien, et les formes avec -gu- dans l’est, mais √† Al√®s la forme est lagui√† « causer de la peine, donner du chagrin, se tourmenter, s’inqui√©ter » et ici dans la r√©gion n√ģmoise, j’entends de nos jours layer en fran√ßais r√©gional comme attest√© dans l’Aveyron loya « fatiguer, ennuyer ».

L’abb√© de Sauvages donne encore un autre d√©riv√©: alaguia « lasser, ennuyer, d√©plaire par trop d’importunit√© » qu’on retrouve jusqu’en Gascogne.

Dans un site consacr√© √† l’occitan de Montpellier, je retrouve √©galement les deux formes:

laguiant (=) ennuyeux
laguiar (=) inquiéter
laguiar (se) (=) s’inqui√©ter, se d√©moraliser (syn.: s’alassar, se laiar)
laguiat (=) fatigué, las
laguiós (=) soucieux, tourmenté
laguis (=) soucis
laiant (=) ennuyeux laiar (se) (=) fatiguer (se) (syn.: s’alassar, se laguiar)
laiar, segar la gueta (=) casser les pieds « veses pas que me laias? »; »nos an ja segat la gueta amb aquela ist√≤ria »
laiat, -ada (=) √©puis√©, -√©e « enfin, a la l√≤nga, laiada de tant d’esf√≤r√ß ».

 

Au cours des si√®cles la valeur affective du mot s’est l√©g√®rement affaiblie, ce qui est normal. Ecoutez le proverbe de Valleraugue : Lo bigno dis : poudo mi doban qu√© plour√©, fou√Į mi doban qu√© bour√©, bino mi et agu√©s pa lagui d√© bi. « La vigne dit : taille-moi avant que je pleure, laboure-moi avant que je bourgeonne, et n’aie pas peur de manquer de vin ».

N’aies pas lagui « Ne t’inqui√®te pas » en fran√ßais r√©gional (Lhubac)

L’√©tymologie de cette famille de mots est inconnue. L’anciennet√© des attestations et l’√©tendue du territoire languedocien et rouergat dans lequel on le trouve, sugg√®rent qu’il s’agit d’un mot indig√®ne, mais nous n’avons trouv√© aucune racine latine ou autre √† laquelle la rattacher.
Un visiteur qui conna√ģt bien les langues celtiques m’envoie les mots celtiques suivants: Ga√©l. √©cos. lag, weak (faible, fragile, d√©licat, m√©diocre) , Irish lag, Early Irish lac, Middle Irish luice (pl.), Welsh llag, sluggish(l√©thargique) : *laggo-s, root lag; Latin langueo, English languid; Greek lagg√°zw, slacken (l√Ęcher) , lagar√≥s, thin (mince, maigre) ; English slack (mou), also lag (√† la tra√ģne), from Celtic. (MB) (Ce terme para√ģt bien coller au sens du fr. r√©g. Layer, ainsi qu‚Äô√† l‚Äôoccitan laguiar).

Cette étymologie me semble probable, mais je ne dispose pas des moyens  ni des connaissances pour le vérifier.

Plus de formes dans le FEW vol.XXII/1, p.114 s.v. fatigue et vol XXII/1,p.27 s.v. chagrin.

sansogno ‘cornemuse’

Sans√īgno « cornemuse; chant monotone et intermittent »¬† vient du grec¬†ŌÉŌÖőľŌÜőŅőĹőĻőĪ (symphonia)¬† « concert » dans le sens le plus large possible. Zambonha ‘concert’, zambonhaire ‘musicien’ ont a m√™me origine.¬† Cette forme du mot nous est venu de l’Italie du Nord.¬† L’√©volution s√©mantique de « concert »¬† vers « instrument de musique s’est produit tr√®s t√īt au IIIe si√®cle.¬† La forme¬†sampogna¬† se trouve d√©j√† en ancien italien chez Dante et nous le retrouvons dans les parlers du Nord de l’Italie et dans les Alpes.

Dans les parlers occitans existe une grande variété de formes et de sens. Je cite les principaux:

  • Champ√≤rgna √† Barcelonnette  »¬† lyre de fer qu’on fait sonner entre les dents »,¬† champ√≤rni « guimbarde » Marseille, zambougnaire « joueur de vielle » √† Al√®s.
  • samphogno « orgue de Barbarie » √† Limoges
  • fanfouni√† « faire r√©sonner de bois, du m√©tal ou du papier comme si l’on jouait de la mandoline » proven√ßal
  • founfon√≠ « mandoline (vieux), objets d’amusement des enfants » proven√ßal
  • sansogno¬† « cornemuse », sansougnari√© « r√©p√©tition monotone, radotage » √† Montpellier.

Vous trouverez plus de formes et de sens dans le FEW XII, 489¬† ainsi que des explications sur la naissance de toutes ces formes √† la fin de l’article du FEW.

cornemuse Grand

 

Estoc

Estoc Un visiteur m’√©crit: : √† Marseillan et ici, les locaux d√©signent la rive sud-est de la lagune de Thau en disant : les tocs. J’ignore s’ils l’√©crivent ainsi ou thoc. En fran√ßais maritime classique on a appel√© « √©toc » un recif.

J’ai pu lui r√©pondre: Dans le TLF je trouve: E(S)TOC : SYLVIC. Coupe d’un bois qui n’en laisse rien subsister (cf. coupe blanche). Synon. vx blanc-√™tre. Couper √† blanc-√©toc . √Čtymologie : un ancien francique stok « souche, tronc d’arbre ».

Mais le probl√®me est que ce mot avec ce sens n’existe nulle part en occitan. En occitan estoc d√©signe » un grand bloc de bois sur lequel les serruriers et les forgerons fixent les pi√®ces qu’ils travaillent : Marseille estoq, Aix en Provence esto, Loz√®re √©stok etc. Ensuite j’ai trouv√© √† Gap toc « pieu » et dans le Cantal estocado « pieux de soutien dans un barrage », qui correspondent √† un ancien fran√ßais estoc « poteau, pieu ». Alibert donne estoc « √©tau » , mais il n’y a aucune confirmation dans les dictionnaires occitans. Ceux-ci viennent bien du germanique stok, n√©erlandais stok « b√Ęton ». Pour √™tre s√Ľr, il me faudrait une photo de la rive sud de la lagune, peut-√™tre m√™me une ancienne photo pour voir s’il y a(vait) des estocs.
L’origine du terme stock-options n’est pas tout √† fait clair.

Estaque « tronc d’olivier » dans Lexique de Labrusse. L’Estaque √† Marseille dont l’√©tymologie est discut√©e.

Estocs?

Estocs?

 

Occitan kèsako?

Occitan adj., subst. m.¬†¬† Etymologie : latin hoc « ceci »¬†[note 1.]¬† k√®sako « qu’est-ce que c’est »

D’apr√®s le TLF occitan¬† signifie:

I. ‚ąíAdjectifA. ‚ąí De l’Occitanie (nom donn√© au Languedoc et au littoral m√©diterran√©en au Moyen √āge).

B. ‚ąíLINGUISTIQUE1. [En parlant de qqc.] Relatif √† l’ensemble des parlers romans anciens ou modernes de langue d’oc (dialectes proven√ßal proprement dit, dauphinois, auvergnat, limousin, languedocien, gascon, catalan, romand et savoyard); en partic., relatif √† l’ancien proven√ßal (langue des troubadours) ou au proven√ßal pr√īn√© par Fr√©d√©ric Mistral et le F√©librige (bas-rhodanien), ou au languedocien. Po√©sie, renaissance occitane:
II. ‚ąíSubstantifA. ‚ąí Habitant ou originaire de l’Occitanie.
B. ‚ąíSubst. masc.,LING. Ensemble des parlers anciens ou modernes de langue d’oc (supra I B); en partic., ancien proven√ßal (langue des troubadours), ou proven√ßal pr√īn√© par Fr√©d√©ric Mistral et le F√©librige (bas-rhodanien), ou languedocien. Synon. langue d’oc, proven√ßal (vieilli). Occitan classique, moderne:
A√ŹE A√ŹE! Je ne connais pas l’auteur de cette d√©finition, mais je suis s√Ľr que les Catalans, les Suisses romands, les Savoyards, comme les Vald√ītains (oubli√©s ici) et¬† une partie des Dauphinois¬† ne sont pas d’accord.¬† Qu’est-ce qu’en pensent les occitanistes¬† « (Personne) sp√©cialiste de la langue et de la litt√©rature occitanes. » (TLF) ?.
Les linguistes, dont je fais partie, non plus.
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1. Voir le site Lexilogos qui √©crit:¬† Oc (prononcez √≤ )vient du latin hoc qui signifie litt√©ralement « ce-ci ». En fait, on exprimait ainsi l’affirmative: « c’est cela » ! De ce terme s’est forg√© le nom de la r√©gion du Languedoc, pays de langue d’oc. Il s’√©tendait de la Garonne au Rh√īne, sa capitale √©tait Toulouse. Le terme Occitanie appara√ģt au Moyen √āge sous sa forme latine Occitania, nom dont la terminaison a certainement √©t√© forg√©e sur le mod√®le d’Aquitania.
Aujourd’hui « oui » s’√©crit oc en occitan mais le -c final ne se prononce pas (except√© dans le nom Lengadoc ou bien pais d’oc). En proven√ßal, oui s’√©crit o. Fr√©d√©ric Mistral parle de la lenga d’o ( Quelle id√©e¬† bizarre d’√©crire comme on prononce!. C’est trop facile.) A l’est du Rh√īne, c’est donc le pais d’o¬†!

Fricaud ‘√©veill√©’

Fricaud « qui a le teint frais » M vient du germanique friks friks« avare; vif, hardi ». ¬† FEW XV/2, 171b : ( reprise de l’article publi√© dans le vol.¬† FEW III, 803 b)

Appartiennent à la même famille:

Barcelonnette : fric « coquet, pimpant »;

languedocien fricaud, fric√°u « √©veill√©, gentil »

languedocien fricaud√©to « moineau »,

Castres fricaud√®l « amoureux √©veill√©, intelligent ».

moineau

chalaia, chalosse ‘foug√®re’

Pierre GASTAL¬†¬† auteur de Nos Racines Celtiques ‚Äď Du Gaulois Au Fran√ßais. Dictionnaire. Editions Desiris, 2013,¬† m’a √©crit:
Cher Monsieur,
Je fais √† nouveau appel √† vos lumi√®res pour trouver l’√©tymologie des termes dialectaux nord-occitans challe (Centre), chalaia (francis√© chalaye) dans la Loire et le Velay, challage (Forez), chalosse (Poitou), d√©signant tous la foug√®re.
La grande majorit√© des mots employ√©s d√©rivent du latin filix-icis => latin pop. *filicaria : falga, halga, felgina, feuge, falgui√®ra, falhi√®ra, feuse, fuchi√®ra,¬†etc. Dans l’angle¬†sud-ouest de l’Aquitaine, certains sont apparent√©s au basque : iratze (Biscaye), garoa (Guipuzcoa). En Bretagne, radenn est √©videmment celtique (gaulois ratis) mais on¬†trouve aussi cette racine dans certains secteurs de la Champagne (ratin).
D’avance merci.

J’ai pu lui r√©pondre

Bonjour,
Là, vous avez un grand os, je dirais presque  une souche à ronger!
1.Des attestations de challaye¬† sont dans le FEW , vol 21, 164a , , c’est-a-dire les Incognita, dans l’article « foug√®re« .¬† Dans le commentaire il¬† √©crit que ce mots appartiennent probablement √† la famille¬† cale¬† « souche »
2.A la p. 60 du m√™me volume des Incognita, 2 colonnes de formes et de sens¬† de¬† cale.¬† Dans le commentaire « l’origine est probablement le grec kala¬† «  »bois », pluriel de kalon,¬†¬† avec des suffixes d’origine pr√©romanes.
3. A la p. 120, toujours du m√™me volume¬†¬† chalosse¬† « tige des plantes l√©gumineuses…. »¬† chalaille¬† « tiges dess√©ch√©es…. ». Une¬† colonne¬† de formes et de sens . Le commentaire:  » Ce groupe appartient certainement √† la famille cale¬† « souche ».
4. A la p.151b  s.v. chènevotte   deux groupes de mots  avec  des remarques analogues.

De toute façon, je vous souhaite bon courage!

Pierre Gatel m’a r√©pondu :
A partir du 3e « os¬†√† ronger », je me demande si le sens premier de challe/chalaye/chalosse n’est pas « fane, tige de plantes destin√©es √† la nourriture ou √† la liti√®re des animaux »… Mais cela ne r√©sout pas la question de son √©tymologie.

Voir aussi mon article¬† Calos (S√®te)¬† « rebuts, restes, trognon, partie dure d’une plante » Camps, Alibert idem, base de la tige de ma√Įs coup√©e… ; . »calos¬† « trognon, partie dure …. » Sauvages. FEW XXI,60 s.v. souche !

Une attestation très récente, par René Domergue:  Calos : gros bout de bois. Personne rugeuse. Obstacle. Calòs (cl). Calos (mis).

Le¬† FEW sugg√®re¬† comme √©tymon le¬† grec őļőĪőĽőĪ,¬† le pluriel de őļőĪőĽőŅőĹ « bois, principalement bois coup√©, bois sec √† br√Ľler ».

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