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Panteno pantiero

Panteno s.f. « filet en forme de manche qu’on place à l’extrémité des bordigues; nasse ou verveux; poche qu’on met à l’entrée des terrier des lapins ».   Pour Raymond Jourdan ( voir Sources s.v. Montagnac)  c’ést « la bourse (panténo) que le chasseur a placée au biradou« .  La forme pantiero  vient de Marseille, Montpellier et du Béarn. D’après Wikipedia  la forme gasconne est pandéla / pandèle  et désigne  un grand filet vertical.

En grec existait le  πανθηρος « chasse-tout » dont les Romains avaient fait panther  « filet servant à capturer certains animaux ». Les Grecs avaient créé aussi la πανθηρα  un « grand filet pour attraper les oiseaux » de παν « tout’ et θηρα « chasse », dérivé de θήρ «bête sauvage»; devenue panthera  en latin. C’est ce dernier qui est à l’origine des formes occitanes  et françaises.

Panthera  est devenue  pantena  « sorte de nasse » en ancien occitan (1336)La fin du mot : –era  a été sentie comme un suffixe et remplacée par  -ena  qui était mieux adapté au sens du mot « grand filet ».  Il y a une description de l’utilisation de la pantière ici.

panteno

Chacun des chasseurs suivants en fait autant, à mesure que le vol avance, et pousse de grands cris qui retentissent jusque dans la ville [Campan – NDLR]. Effrayées par la vue de ces ennemis et par les cris qu’elles entendent, les palombes abaissent continuellement leur vol, et finissent par se précipiter au fond du défilé. Là les attend la pantière qui, au moment donné, glisse sur les poulies et les recouvre de son ampleur.Cette chasse est très productive ; aussi, est-ce la spéculation, et non un but d’agrément qui la fait entreprendre.

Comme toujours le mot s’adapte au terrain.  Filet pour la chasse, la pêche, les courses, etc; suivant les emplois, les régions etc.

 

Cogot-cagot

Cogot « nuque; chignon »du latin cucutium « espèce de capuchon » attesté chez Trebellius Pollio, un historien du IIIe s. dont on ne sait rien sauf qu’il a participé à l’Historia Augusta. Attesté également en ancien languedocien et en béarnais moderne, ainsi que dans le Val d’Aran.

D’après le FEW  le mot latin est un dérivé direct du gaulois *kukka comme nom d’un vêtement très à la mode vers la fin de l’Empire romain. En Sardaigne vit encore kougouttou « capuchon », ailleurs cucuzza avec le sens « nuque », par métonymie. Il semble que basque kukutz « sommet » a la même origine. Le mot occitan a été emprunté par l’espagnol cogote et le portugais cogote, cangote « nuque ». Cucutium serait aussi l’étymologie du nom de la ville Cuoz en Suisse, dans la région rhétoromane, en désignant la colline sur laquelle elle est construite. D’autres toponymes dans la Forêt Noire.

Une forme avec –a-: cagouet « nuque » par dissimilation des deux –ou– est assez répandue dans le Ouest du français (Poitou, Vendée, Berry)

Du Cange s.v. cugus.

D’après Alibert cogot signifie « cagot, cafard » à Toulouse, si je le comprends bien avec le sens « bigot hypocrite ». Aurait-il consulté Du Cange ? qui explique qu’un cougot est un homme cocu consentant qui se tait, que les Lombards (Longobardi) appellent un Arga. L’évolution sémantique  « cocu qui se tait » vers « hypocrite » tout court est une généralisation normale et affaiblit l’étymologie proposée par le TLF:

Étymol. et Hist. 1535 cagot « hypocrite » (Rabelais, Gargantua, chap. 52, éd. R. Calder, Genève-Paris, 1970, p. 289). Empr. au béarnais cagot « lépreux blanc », d’orig. obsc. (dér. de cacare? cf. cagou) (1488 anthropon., d’apr. V. Lespy, P. Raymond, Dict. béarnais anc. et mod., Montpellier, 1887, s.v.; 1551, Fors de Bearn ds Nouv. Coutumier gén., t. 4, 1072 et 1093); le mot qui désignait des populations reculées des vallées pyrénéennes (peut-être à l’orig. affectées de la lèpre ou d’une autre maladie) a été appliqué par dérision aux bigots (pour l’évolution sém. « lépreux » > « hypocrite », v. cafard). (TLF)

Les deux mots cagot et cafard  « cocu » ne sont attestés en français que depuis de XVIe siècle. Je ne dispose pas de documents pour savoir si  le cogot toulousain est un emprunt au français ou l’inverse.

Dans un site catalan, consacré aux us et coutumes médiévaux je trouve:

cugucia, des del segle XI els senyors feudals van imposar un dret públic de justícia a la dona adúltera com a senyor jurisdiccional. A partir del segle XIII, el mal ús del dret privat, consistia en la confiscació de la meitat dels béns de la dona adúltera (quan no hi havia consentiment del marit) o de la totalitat dels béns (quan el marit ho ha consentit), la meitat pel marit i l’altra meitat pel senyor feudal. Etimològicament és un derivat de cuguç, probablement del llatí cucutium, « capulla », « barretina », és a dir cornut, marit enganya per la mulher.

L‘image qui explique cette évolution sémantique est que le mari trompé consentant tire le capuchon, cucutium, devant ses yeux pour ne pas voir.

Du Cange s.v. cugus, explique que cugus signifie « cocu, coucou, cornard » en français et qu’on dit couyoul en occitan. 1.
Couioul « cocu »  se trouve  en limousin (Mistral), et dans le Périgord, à Sarlat,  et à Puisserguier  dans l’Hérault.  Pour le FEW c’est  un dérivé de coleus « bourse »+ -olu2.

A Pézenas  couioul a le sens « folle avoine », Attesté également dans le Tarn, Tarn et Garonne et le Lot kouyoulo, en Lozère kouyogo, dans l’article cuculus « coucou » (FEWII/2,1453b-1454a). Un autre nom de la folle avoine :  coquiole. Couquiol est attesté  avec le sens « cocu » en 1462 d’après le DMF


coquiole

La forme de la balle ou glume de  la coquiole ressemble bien à un « capuchon ».  Ma conclusion provisoire est donc qu’il faudra revoir l’étymologie de couioul; couyoul  et la rattacher à l’histoire du cagot, cogot.  Le sens « mari trompé consentant » peut facilement passer à « mari trompé ».

  1. … et chez nous couz  du latin culpa « faute » FEW II/2,1497b (« Chez nous » veut dire peut-être à Amiens, son lieu de naissance?)
  2. II/2,888a-b

Flour

Flou « fleur » (en parlant des plantes) du latin flos, floris, mot vivant dans toutes les langues romanes.  Le sens « ce qu’il y a de mieux » a existé en ancien languedocien flor « farine », (XIIIe s.) mais ne se retrouve pas dans les patois modernes, pourtant le sens « ce qu’il y a de meilleur » est international.  D’ailleur flourat  « bien portant » en est très proche.

Le sens  « cendres » semble être limité à la région de St. Etienne. Voir flourié

Dans un Sirventès, intitulé De paraulas es grans mercatz , toujours d’actualité, Peire Cardinal, écrit à propos du bon et mauvais utilisateur de la parole:

E-l mals s’en va ab so mot mal,
E si res a bon, non li’n qual;

Que semblanz es a barutèl (tamis)
Que reten lo lach (le laid) e da-l bèl

E laissa en passar la flór.
E qui retenra lo peiór
De so qu’au dire, ieu entén
Qu’el laissara la flor per bren
(le son. )

Vous trouverez le texte complet avec la traduction en francais en suivant ce lien: Peire Cardinal

Par contre existe le mot  flourado, « élite: ce qu’il y a de meilleur ». Dérivé de flos qui avait ce sens déjà en latin. Anglais flour « farine », néerlandais bloem « fleur; farine’. Cf. aussi sanfloura, flourat et flourié ci-dessous.

Abrivar

Abrivar, ou s’abriva signifie  « se hâter, (s’) élancer ».  Ce sens s’est spécialisé  en provençal de Barcelonnette : abriva « goulu » et le verbe s’abrivar « se jeter brusquement sur quelque chose, sur des aliments en particulier. » Voir l’article abrivado

Voto; vot

Vota « fête patronale, fête du village »;Vot « voeu, souhait désir; ex-voto; pèlerinage; fête votive » et vote s.m. »vote, voix, suffrage » ( Alibert) . Vot, voto « fête locale ». Etymologie: latin votum « promesse solennelle faite aux Dieux ».

En ancien provençal existait le mot lo vot « promesse faite au ciel par laquelle on s’engage à quelque oeuvre non obligée », comme en provençal moderne : vot, vo, vou ou dans l’Aveyron bouot ou bot.  Il existe également  en français : voeu « promesse » (religieux), ancien français vut, anglo-norman vou , qui est devenu en  anglais vow « An earnest promise to perform a specified act or behave in a certain manner, especially a solemn promise to live and act in accordance with the rules of a religious order: take the vows of a nun ».

Dans une période plus récente,  au XVIe siècle nous trouvons en français le mot vote « voeu, prière » provenant du pluriel vota qui dans tout le midi de la France, de  la Drôme jusqu’à la Gironde désigne « la fête patronale »,  Vaucluse, Languedoc voto, Toulouse boto,  Aveyron et Rouergue bouoto, Gers boto.En français ou plutôt en  français régional l’expression fête votive est attestée depuis 1876, propre à certaines régions, avec toujours le sens de « fête patronale » où le patron n’est pas un chef d’entreprise, mais le saint à qui est dédiée l’église de la paroisse!

Changement d’époque! J’ai demandé à plusieurs personnes à Manduel (30) à quoi leur faisait penser le mot « votive » dans « fête votive » . La réponse a été unanime  : « à la mairie, aux élus, aux votes ». Pourtant les votants devraient savoir  qu’il y a une différence entre les vots  « promesses faites au ciel » et  les votes « résultats des  promesses faites aux électeurs ».

   

fête votive                                              ex-voto