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Laune, lona

Lona, lone « mare o√Ļ l’eau est profonde et tranquille » (Camargue); lagune, √©tang, marais (Alibert) », fait le lien entre la Camargue¬† et la Norv√®ge! Le norv√©gien¬† a le mot l√īn « mare, √©tang » qui vient d’une forme germanique *luhno qui a abouti en ancien franc √† *lohna ou *luhna. Dans le nord-est de la France, d√©partements de la Meuse et de la Haute-Marne, nous trouvons des toponymes comme La Lonne, Sommelonne. Dans la Moselle une lone est un foss√© d’assainissement dans les prairies » (Pegorier).

La laune est peu profonde » ( le site de M√©ailles, au N-W de Nice))

D’apr√®s le FEW le mot lone se trouve principalement dans les parlers franco-proven√ßaux et en occitan √† l’est du Rh√īne. Pourtant la premi√®re attestations de 1050 lona « √©tang » vient de N√ģmes et en cherchant des toponymes √† l’aide du site de l’IGN, j’en ai trouv√© des dizaines, dont plusieurs dans le Gard, entre autres √† Montfrin et Marguerittes o√Ļ il y a le Pont de la Lone..

D’apr√®s l’√©bauche d’un article dans Wikipedia : * Le Rh√īne : on d√©nombre plus de 250 l√īnes d’importance variable. * L’Is√®re : l√īnes de Francin, l√īnes de Pontcharra, Bois Fran√ßais. »

Dans le site de Barbentane :  » La Lonne, autrefois appel√©e ¬ę¬†La Roubine Vieille¬†¬Ľ, est un ancien bras de la Durance qui, au moyen-√Ęge, s’√©coulait de la Rami√®re √† St-Joseph vers le Pont de la Gaffe et le quartier Mouton. Elle re√ßoit la totalit√© des eaux du village pour les √©vacuer √† l’ouest dans le contre-canal du Rh√īne. Le sous-sol de la plaine contient aussi de nombreuses lonnes souterraines, nappes cr√©√©es par les comblements anciens ou creus√©es par les infiltrations du Rh√īne et de la Durance. »

Il reste √† voir si le mot laune, dans les nombreux Mas de Laune a la m√™me origine. P√©gorier donne launo, lona « bande de terrain au milieu de rochers ou entre les bras d’une rivi√®re; r√©gion basse o√Ļ l’eau s√©journe; ruisseau (Alpes-Maritimes); lagune, √©tang, mare (Camargue).

En Ard√®che, dans le Pays de Crussol, il y a le Lone de l’Ove :

Lambrusquiero

Lambrusquiero de vedigan « cep de vigne sauvage servant √† fabriquer une badine souple et l√©g√®re utilis√©e par les manadiers » (Camargue)¬† vient de l’ancien languedocien lambrusquieira « cep de vigne sauvage » (B√©ziers, XIIIe s.) d√©riv√© du latin labrusca, lambrusca, « vigne sauvage » qui a¬† peut-√™tre √©t√©¬† emprunt√© √† l’√©trusque1

Ancien occitan lambrusca va signifier¬†en occitan « grappillon » et « plante quelconque qui n’a pas pouss√©e ». On retrouve la lambrusque dans quelques toponymes de Provence, comme le mas des Lambrusques, √† Maussane-les-Alpilles, Bouches-du-Rh√īne, ou le quartier Lambrusque, √† Forcalqueiret,Var2.

Tout le monde conna√ģt le Lambrusco italien.¬† Dans le Breviari d’amor de Matfre¬†Ermengaud de Bezers ( = Manfred …. de B√©ziers) ¬† du XIIIe si√®cle nous trouvons:

Quan Noe de lambrusquieira
Plantet la vinha primeira
(d’apr√®s Raynouard)

Voir aussi l’article¬† vedigan.

Les Egyptiens l’avaient fait d√©j√†, mais en Occident¬† c’est au XIIe si√®cle qu’on commence √† d√©corer les plafonds et les parois des maisons avec des sculptures repr√©sentant des sarments: lambruschier. Les rev√™tements en bois, en marbre etc. qui garnissaient les murs d’une pi√®ce √©taient appel√©s des lambris, emprunt√© par le n√©erlandais : lambrisering.

Lambrusco

Abbaye de Vauclair                                                      Lambrisering aux Pays Bas

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Notes
  1. Si vous voulez tout savoir sur l’√©tymon¬† protoroman¬† */la’brusk‚ÄĎa/¬†~¬†*/la’br äsk‚ÄĎa/ s.f. ¬ę¬†vigne grimpante … » consultez le Dictionnaire¬†√Čtymologique Roman. Un grand projet de linguistique romane.
  2. Source

Jas, jasse

Jas « liti√®re, g√ģte » (Camargue), jasse, ja√ß . Les deux formes sont tr√®s fr√©quentes dans la toponymie. Dans le Compoix de Valleraugue:¬† Maison geasse « bergerie ». Dans le classement « fonctionnel » de C. Lassure jas (m) : terme proven√ßal (ja√ß en graphie occitane normalis√©e) employ√© pour d√©signer les grandes bergeries en pierres s√®ches (ou non) des Monts de Lure et d’Albion dans les Alpes-de-Haute-Provence. Ceci est confirm√© par E.Fabre : « Le Jas est une grande hutte en pierres qui doit nous abriter la nuit, b√™tes et gens. »


Jean Giono devant le jas de Bouscarle1

Dans le site de l’IGN on trouvait 474 noms de lieu compos√©s avec le mot jas ! J’ai parcouru un peu cette liste et constat√© qu’il y en a beaucoup dans les d√©partements 04 et 05 , mais √©galement dans la Loire (42), et 341 fois la graphie est jasse.

En latin le verbe jacere signifie « jeter, lancer, envoyer », mais aussi « poser », par exemple dans jacere muros « construire des murs » ou jacere fundamenta urbi « jeter les fondements d’une ville ». Il a d√Ľ exister un substantif d√©riv√© *jacium « g√ģte » qu’on retrouve dans de nombreux patois italiens et galloromans au sud de la ligne Loire-Vosges ainsi qu’en catalan, avec 3 groupes de significations:

  • 1) g√ģte des animaux sauvages
  • 2) g√ģte ou parc pour les animaux domestiques
  • 3) liti√®re , par ex. pi√©montais jas « pavement de l’√©table », catalan ja√ß « liti√®re; lit »(DE)

Ajass√° « coucher, enfermer le b√©tail », verbe r√©fl√©chi « se coucher ». ¬†En ancien occitan jatz signifie « g√ģte d’un animal sauvage » et il y a des attestations dans tout le domaine occitan, de Nice jusq’au B√©arn. A partir de ce sens a √©t√© form√© le d√©riv√© ajass√° « coucher », verbe r√©fl√©chi « se coucher », √©galement tr√®s r√©pandu.

Un lièvre dans son jas

D√©j√† en ancien occitan (1208) jas prend le sens de « parc o√Ļ l’on faisait coucher les troupeaux de ch√®vres et de moutons dans les p√Ęturages de montagne » et de l√† « bercail; bergerie ».¬† Ce sens se trouve principalement en proven√ßal, y compris les vall√©es proven√ßales de l’Italie, mais aussi en Ari√®ge : « pont d’√©table » et √† Apinac (Loire)  » habitation rudimentaire avec √©table et grange o√Ļ le b√©tail s√©journe en √©t√© ».
En languedocien nous retrouvons ce sens dans le d√©riv√© jasso « petite m√©tairie » (Al√®s) ou « bergerie » ( Alzon, Valleraugue, Lasalle) et le verbe ajass√° « renfermer le b√©tail » (St Andr√© de Valborgne).

Le sens « liti√®re » est proven√ßal et languedocien. La zone continue en catalan.ja√ß « liti√®re; lit ». En languedocien le mot jasses au pluriel √©tait √©galement utilis√© pour la « liti√®re des vers √† soie » et ensuite a √©t√© cr√©√© le verbe desenjass√° « d√©liter des vers √† soie ».
Les sens jas « partie du melon qui repose par terre » (P√©zenas) ou « bourbe » (Languedocien) font partie de la m√™me famille.
Jaç
« placenta des animaux »(Ari√®ge), voir ja√Įre.

Notes
  1. Son arri√®re petit fils Bruno Bouscarle m’√©crit en janvier 2016  » Bonjour, sur l’illustration du mot Jas il est dit sous l’illustration : « Jean GIONO devant son jas.  » Or il ne s’agit pas de SON jas mais bien du Jas de Bouscarle achet√© par mon arri√®re grand p√®re dans les ann√©es 1890 et qui est toujours dans ma famille depuis cette date. Merci.

    De tr√®s belles photos du jas La Bouscarle et d’autres¬† monuments en pierre s√®che du Plateau de Contadour dans le pays de¬† Haute Provence dans ce site

Issar(t)

Issar « essart,¬† lieu d√©frich√© »;¬† fa√Įre un issar « √©carter un champ, un bois etc. » (Sauvages).¬† En allant de Comps √† Avignon le long du Rh√īne, je vois un panneau « Les Issarts », un nom qui m’intrigue. Je cherche d’abord dans le dictionnaire de l’abb√© Sauvages et trouve la d√©finition donn√©e. Puis sur internet je vois qu’il s’agit d’un ch√Ęteau en bordure du Rh√īne!

L’√©tymon est le¬† d√©riv√© *exsartum « lieu d√©frich√© », qui vient du participe pass√© sartus du verbe sarire « sarcler ».¬† Le mot n’existe pratiquement plus que dans la toponymie. En fran√ßais essart est « rare », voir TLF, mais¬† Charles Atger l’utilise¬† dans l’histoire Lou loup e lou Roynal : … per fa√Įre un issard o lo borio de Pelet, dins lous coms de Boucofredjo. (p.59).

Dans le Compoix de Valleraugue il y a le d√©riv√© issartiel probablement avec le m√™me sens, d√©riv√© d’ issart, comme airiel de aire. Dans le Dicitionnaire topographique du d√©partement du Gard, vous trouverez de nombreux Issarts, Issartiels, Issartas, et Issartines

Dans LES CRIEES ET PROCLAMATIONS PUBLIQUES DU BARON D’HIERLE (1415) : Item, manda may la dicha court que degun home ne deguna femena, de qualque condition ou estat que sia, non auze mettre degun bestiari en pratz, ny en vignes, ny en ortz, ny en yssartadas joves, ny en aultre loc, houc poguesson far mal, tala ny damnage. Et aquo sus la pena de cinq solz tournes de jour, et de detz sols tournes de nuech, donados aldict senhor. Et que tout home que ou veyra sia crezut a son sagramen

L’abb√© de Sauvages, √©cologiste avant la lettre, ajoute que les issar sont des terrains tr√®s fertiles par le compostage de feuilles etc, et qu’ils produisent beaucoup les 2 √† 3 premi√®res ann√©es.

 

Abadià

Abadi√† « abbaye ».√Čtymologie: latin abbatia qui est aussi √† l’origine de l’anglais abbey, l’allemand Abtei, le n√©erlandais abdij, l’espagnol abad√≠a, etc.
. A Manduel il y a le Chemin de l’ABADIE.
Comme la plaque est √©crite en majuscules, j’avais un probl√®me avec la place de l’accent tonique. Pour moi il s’agissait manifestement d’une francisation du mot occitan abadia « abbaye », du latin abbatia. Mais mon informateur pour Manduel, m’√©crit: « Abadi√© (en proven√ßal), abadi√® (en languedocien). A Manduel on prononce abadi√© , le contraire est aussi de pratique courante: beaucoup de noms se terminant par √® sont prononc√©s √©. » Je pense que la majorit√© des Manduellois prononcent [abad√≠] comme ferait un Fran√ßais. Cela reste √† v√©rifier.

Petit probl√®me : il n’y a jamais eu d’abbaye √† Manduel…. Le sens est peut-√™tre « chapelle » ou « maison du pr√™tre ». Nous le retrouvons dans d’autres communes du Gard (voir le paragraphe¬† Toponymie).

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