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Escafit, -ida

Escafit, escafida adj. »étriqué » (Pan); « étroit, étranglé » (S2). En ancien occitan escafit signifie « svelte, allongé, élégant », comme eschavi en ancien français.  Raynouard le traduit par « potelé » , mais dans le contexte « svelte » est peut-être mieux. Il s’agit en tout cas d’une qualité. Jugez vous-même:

Le verbe de l’ancien français eschavir signifie « parer, façonner. »

Le FEW propose comme étymologie un ancien franc *skapjan « créer, former » , néerlandais scheppen, allemand schöpfen. (Cf. Grimm). Escafit, -da faisait partie du vocabulaire de la culture chevaleresque du Moyen Age.

Uniquement en provençal, notamment à Marseille, nous trouvons l’expression parlar d’escaffi « parler ironiquement à quelqu’un » et escaffi s.m. « chagrin, inquiétude », escaffiar « mépriser, rebuter, dédaigner ». Je ne vois pas très bien quelle évolution sémantique peut expliquer celà ??

Esquila

Esquila « grelot, sonnette » En ancien français existait le mot eschele « sonnette, petite cloche » qui s’est maintenu dans des patois du nord de la Galloromania. En occitan, depuis les textes anciens, nous trouvons la forme esquila, et en languedocien eskînlo (S), esquillo, et les dérivés esquil « grelot » (Rouquier), esqui(n)lou « clochette ». cf.Alibert.

     

Le Nord et le Midi sont séparés par une région où ni l’un ni l’autre sont présents. Pour des raisons d’ordre phonétique, ( e contre i), von Wartburgsuppose une origine franque pour les formes avec e : skella qui exsite encore en allemand Schelle « sonnette », néerlandais schellen « sonner », et l’adj. schel « son aigu et désagréable » et qu’on retrouve en Italie. D’autre part une forme gotique skilla serait à l’origine des formes occitanes, catalanes et ibéro-romanes.

Mais … gotique -i- aurait normalément dû aboutir à » -e-. Le maintien du -i- pourrait s’expliquer par une influence onomatopéique, le son d’un grelot étant très aigu (Ronjat). Von Wartburg par contre préfère l’explication du -i- par l’influence des abbayes coptes. En copte la cloche s’appelle chkil, ou chkilkil. La forme esquila serait alors une trace linguistique de l’influence des abbayes égyptiennes sur le culte dans l’occident.

En effet il y a eu plusieurs abbayes coptes dans le Midi au IIIe et IVe siècles. Dans un site de l’Eglise copte de France je trouve:

« En 330, saint Jean Cassien érigea à Marseille deux monastères. Saint Aphrodyse vint apporter d’Egypte la foi à Béziers. »    « Par l’intermédiaire de saint Jean Cassien, la vie monastique occidentale a été très marquée par les Pères du Désert et des usages liturgiques égyptiens sont probablement à l’origine des anciens rites gallican et wisigothique.

Espeisses

Espeisses, Bois des – . Nom du poumon vert et lieu de promenade de Nîmes. Etymologie.

Espeisses vient du latin spissus « épais, touffu, gros »; utilisé comme substantif spissus prend le sens « fourré, broussailles », synonyme de garrigue dans notre région. Pégorier donne Espesse « bois touffu » en ancien français.

Le Bois des Espeisses
Au Nord-ouest de la ville, à moins de deux kilomètres du centre, ce site boisé de 83 hectares est considéré comme le « poumon vert » de Nîmes. Quatre parcours découverte, fléchés et balisés sont proposés aux promeneurs.
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Le mot Bois dans le nom actuel Bois des Espeisses a une histoire spéciale. La première mention date de 1144, d’après le dictionnaire topographique  de Germer-Durand : Divisia d’Espeissal. La graphie change au cours des siècles : Devesia de Speissas en 1195 > Devesia de Espeissas en 1463 > Devois des Espeisses en 1671 > Les Espeisses en 1704 > Bois des Espeisses sive Puech Mazel, Puech Mézel en 1706.

Le nom Bois  est très récent.  Avant le XVIII siècle le nom dans la langue parlée  était Devois, Debois, en languedocien v et b sont confondus.  Dans les textes en latin nous trouvons  Devesia.  La forme Devois est une francisation de Devesia ( le -e- long latin devient -oi- en français). Les plus anciennes attestations Divisia, devesia sont une latinisation de la forme occitane deveza « terrain réservé »  qui vient du latin defensum « interdiction » (voir ci-dessous), que le premier copiste a compris comme ancien occitan deviza « division », dérivé d’un verbe *divisare « partager ».

Devèze, devèse; deveso, debes en Rouergue, defès en Périgord, est un toponyme très courant; voir par ex. pour le Gard Germer-Durand. Ancien occitan deveza signifie « terrain réservé ». D’après Pégorier devèse s.f. « défens, réserve, jachère, friche » dans les noms de lieux. Dans l’Aude (cf. Thesoc) et le Cantal debezo « jachère », dans le Cahors debéso « pâturage ». La forme féminine est limitée à l’occitan et désigne le plus souvent une jachère. L’étymon est latin defensum « interdiction » > ancien occitan deves.

La devèse était une jachère, du terrain où le bétail ne pouvait paître qu’avant le labourage et qui lui était interdit après cette période de l’année.

Conclusion : une mauvaise interprétation au XII siècle du mot occitan Devese a abouti au nom actuel Bois des Espeisses.

Puech Mazel, Puech Mézel. La remarque dans le Dictionnaire topographique du Gard, m’a poussé à jeter un coup d’oeil à ce nom : « Montagne commune de Nîmes, dans le bois des Espeisses. Première attestation date de 1144 : Medium leprosum c’est-à-dire le « domaine des lépreux », plus tard le Medium Mezel et depuis 1596 le Puech Mazel. A partir d’ici, c’est aux historiens de révéler l’histoire.

Duc, dugou

Duc, du « duc »; ducat « duché ». Quand les Francs ont envahi la Gaule et établi l’ordre, ils ont repris l’organisation de l’administration romaine et les noms des différentes fonctions. L’étymon est le latin dux, ducem « chef ».   Les ducs exercaient, au nom du souverain, des pouvoirs de nature militaire et judiciaire sur un ensemble de comtés. (voir Wikipedia). C’est le sens le plus ancien du mot.

La première attestation de duc pour désigner le « Rapace nocturne de la famille des Strigidés, aux yeux gros, ronds, tournés vers l’avant et entourés de disques de petites plumes effilées qui se dressent en aigrettes de chaque côté de la tête (ce qui les distingue des chouettes*) (TLF),date de 1165. L’explication de cette évolution sémantique serait le fait que le duc est souvent entouré d’un nuage d’autres oiseaux quand il apparaît en plein jour. Une autre explication est donnée dans R.Richter, p.114. D’après lui Aristote raconte qu’un duc accompagnait des cailles pendant leur voyage vers le Sud en automne. L’abbé de Sauvages pense que l’origine du nom du(c) « hibou » est une  onomatopée, mais les étymologistes n’y croient pas, sans pouvoir donner une explication 100% satisfaisante de cette évolution sémantique. Ecoutez le cri du grand duc et vous serez d’accord avec moi que cela ressemble plutôt à « hibouou » qu’à « duuuuc » . Peut-être quand on pense à  la prononciation des Romains « douououc ».

Le Thesoc donne la forme dugou pour des parlers des Alpes-Maritimes et la Lozère en les classifiant comme le type dugol (??) et comme étymon duculu* ou ducu* (??). Je pense que la terminaison en -ou est une transformation due à l’influence du français hibou, ou des parlers du nord de l’Italie : Gênes dugou, Valsesia dugu. Pour d’autres noms du grand duc voir Rolland, Faune 2, p.50 ss. Vous trouverez des toponymes du type Canta-duc en cliquant ici. Il s’agit d’un article cantare dans la toponymie galloromane; cf canta-perdris.

En occitan duc, dugon, du(g)a etc. a pris au figuré un sens péjoratif; « niais, imbécile ». Duganel, duganeou « petit duc; nigaud, innocent ». Je pense que cette évolution s’est produite à partir du verbe duca « regarder sans rien dire; bayer aux corneilles » ( Mistral et Sauvages). 

Nouveau. Cette interprétation est probablement erronée. Il s’agit peut-être d’une évolution sémantique de deganel, deganeu, duganau variante de uganau « huguenot »,  ou d’une fusion de ces deux mots.  On n’a pas d’attestations de deganel « imbécile »  dans les textes anciens.  Voir cet article.

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………………grand duc ………………………………………………Grand duc Henri (Luxembourg)

Voir aussi l’article  douts

Dousil, dosilh

Dousil, douzil, dosilh est « un petit cône en bois de cinq centimètres de long destiné à reboucher les tonneaux percés à cet effet pour goûter le vin. » Le trou s’appelle le fausset en français, mais d’après le TLF les deux mots ont les deux significations : 1. petit orifice 2. cheville.

Etymologie: Au VIe siècle seulement est attesté la forme duciculus « fausset d’un tonneau; petit bondon » dans la Vita Sancti Columbani que je n’ai pas pu consulter, mais qui se trouve dans le blog du professeur Gruber. La même confusion entre le nom de la cheville en bois et le nom du trou dans lequel elle rentre se retrouve dans les attestations dialectales, par exemple languedocien dousil « fausset; ouverture que bouche le fausset; blessure étroite ». von Wartburg traduit duciculus avec « Fasshahn », c’est-à-dire le robinet du tonneau ».

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Fasshahn
…….…….…….…….……. Epistomium

Même si par ci par là douzil signifie « robinet », en général il s’agit d’un « petit orifice« . D’après von Wartburg, les Romains ne connaissaient pas ce genre de robinet, puisqu’ils appelaient le douzil os « bouche »; le Prof. Jörn Gruber m’écrit que le dozilh n’est pas le « fausset-orifice  » mais la « cannelle », et que les Romains l’appelaient epistomium emprunté au grec epistomion.

Dans le DICTIONNAIRE DES ANTIQUITES ROMAINES ET GRECQUES Anthony Rich (3e ed. 1883) (lien vers le site) : Epistomium. La gravure ci-dessus représente un robinet d’eau, dont le modèle en bronze a été trouvé à Pompéi, et fait d’après le même principe que ceux dont on se sert maintenant, mais dessiné avec plus de goût.

En galloroman par contre, dans les très nombreux cas où les dictionnaires patois spécifient le sens de douzil, ils disent qu’il s’agit d’un petit trou ou d’une petite cheville en bois pour le boucher.Voir ci-dessous le logo des Tire-douzils.

Il y a  deux emplois métaphoriques qui font allusion à la cheville :   douzil « pénis »  (Rabelais) et dans le patois de l’Indre. Pour cette dernière on peut se demander s’il ne s’agit pas d’une réminiscence littéraire. Le Prof. Jörn Gruber (voir la page qu’il consacre à douzil ) éminent cercaire-trobaire ou trobadorologue, qui  » chante et récite los vers e cansos dels trobadors au choix : (1) avec une parfaite prononciation restituée (2) avec une prononciation moderne (occitan languedocien) », montre que les troubadours comme Marcabru et Arnaut Daniel connaissaient bien et se servent de cet emploi métaphorique. Si vous voulez tout savoir sur le Dosilh et l’Affaire Cornilh, suivez ces liens: 1. Dozilh 2. Cornilh

     

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Marcabru ……………..     ..Arnaut

Le douzil français avec le sens « cheville »  est passé en anglais dossil « tampon pour blessures; petit rouleau de coton pour nettoyer une plaque de cuivre (gravure) « , en breton doulzil « burette » et en néerlandais doezel, doezelaar « estompe » outil d’artiste qui s’en sert pour estomper le pastel et qui a la forme d’une cheville conique, doezelen « ombrer à l’estompe » et au fig. wegdoezelen, verdoezelen « estomper, cacher ».

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néerl.doezelaar n°3 …………….anglais dossil sieve « tamis pour la bonde ». c’est nouveau.

Dans la description de la fabrication d’une barrique, j’ai trouvé :
« Le fausset, petit orifice de 10 mm, percé à 30 cm du haut du même fond, à l’opposé du trou de clé, permet de tirer un cidre clair, sans lie, et évite aussi de briser la fine pellicule qui pourrait recouvrir le breuvage; ce qui n’est pas le cas du tirage au siphon. Le fausset est bouché par une cheville de bois. » La bonde au centre du tonneau, un diamètre de 6 à 8 cm. Elle sert à déverser le cidre dans le fût . Par métonymie le bout de bois qui sert à la boucher s’appelle également bonde.

Un dicton : Quand il tonne en mars, – Bonhomme enfonce ton quart – Mais s’il tonne en avril – Bonhomme casse ton douzil.

A Marigny-Brizay (86) existe La Confrérie des Tire-Douzils, dont la devise est « en gousier sec, jamais joie n’habite ».

La conclusion est que le premier sens de  dousil  est « cheville » et que le sens « orifice » est secondaire par métonymie.

Pour y voir plus clair, j’ai étudié aussi le mot enco « cannelle du muid » (S).