cat-right

Autan, aouta ‘vent du sud-est’

La dormeuse de Mirepoix √©crit que dans sa r√©gion d’auta¬† d√©signe « la direction de l‚Äôest sur les cartes, plans, compoix de l‚ÄôAncien R√©gime ». Pourtant dans la grande majorit√© des attestations¬† l’autan, ven d’autan¬† est le vent du sud-est ou du sud.¬† Notamment dans le d√©partement de l’Ari√®ge r√®gne une grande confusion en ce qui concerne la direction indiqu√©e par le terme d’autan.

D’apr√®s Amilia Barthelemy1 (1673) de Pamiers auta c’est le vent du sud. Le t√©moin de Saverdun fournit le m√™me sens √† l’enqu√™teur de l’ALF au d√©but du XXe si√®cle.¬† Dans d’autres villages c’est comme l’√©crit la dormeuse le vent d’est, sens qu’on retrouve par exemple dans les Deux-S√®vres, la Haute Vienne et √† Saintes. A Crampagna, un peu au sud de Pamiers, le point 783 de l’ALF, le t√©moin de l’ALF a dit que l’aut√†¬† √©tait le vent du nord-ouest et il n’est pas le seul √† donner cette d√©finition.

La forme aouto, auta¬† avec l’accent sur la premi√®re syllabe est une formation r√©gressive, altanus r√©duit √†¬† *alta.

Le sens de l’origine de autan¬† le latin altanus « vent qui souffle de la haute mer » a d√Ľ rester pr√©sent dans l’esprit des gens ». Dans les premi√®res attestations de Toulouse et de Montpellier en ancien occitan ,¬† altan¬† signifie « drection du sud-est ou de la mer ».

Le mot a √©t√© pr√™t√© au fran√ßais au XVIe si√®cle avec le sens languedocien « vent du sud-est ». Le mot est inconnu √† l’est du Rh√īne.

 

carte météo France vent-situation-autan-marin

Notes
  1. Barth√©l√©my Amilia (16.. ; ‚Ć 29 septembre 1673), chanoine r√©gulier de Saint-Augustin, vicaire g√©n√©ral, archipr√™tre de la cath√©drale de Pamiers, pr√©dicateur, auteur du de texte et la musique de cantiques c√©l√®bres. Cf. Le tableu de la bido del parfet crestia en bersses, que represento l‚ÄôExercici de la fe acoumpaignado de Las bounos obros, de Las pregarios ; Del boun usatje des sacrements ; de l‚ÄôEloignomen del pecat, et de Las oucasius que nous y poden pourta. J’ai copi√© ce lien d’un article de la dormeuse¬†Note sur les cloches de l’√©glise Saint Volusien √† Foix dans lequel elle cite un tr√®s gracieux couplet d‚ÄôAmilia:

    Montgauzi, mount gaujous, √ī Terro de Proumesso !
    Tu qu’es le randebous de touto la jouenesso,
    Que tout chrestia de len, e les que soun al tour,
    Y fourrupen le lait de la Maire d‚ÄôAmour.¬†¬Ľ

Tatino "blanche putain" ?

Tatino « blanche putain ». Non je ne me lance pas dans la pornographie. Il s’agit du « pourpier de mer » ou « atriplex halimus » (FEW). ¬†¬† En¬† contribuant¬† occasionnellement au site Plantuse pour le projet¬† Rolland,¬† j’y ai d√©couvert les botanistes proven√ßaux du XVIe si√®cle, dont Hugo Solerius, qui √©tait originaire du Lub√©ron. Dans¬† sa Scholiae‚Ķparu¬† en 1549 il donne les noms fran√ßais, proven√ßaux et dauphinois des plantes1.¬† Dans l’article Halimum¬† il √©crit que les savants ne savent pas exactement de quelle plante il s’agit. Certains pensent que c’est la plante¬† que les Gaulois (= les Fran√ßais de langue d’o√Įl) appellent « blanche putain« ,¬† qui s’appelle chez nous¬† la tatine¬†¬† et chez les Dauphinois le¬† tatoulier.¬† Il faut le ranger dans les plantes inconnues dit il, parce qu’il faut avoir d’abord une bonne description :

l’atriplex halimus (Wikipedia)

Le nom blanche putain ou blanche pute¬† est assez rare. Il n’y a que quelques attestations chez des botanistes au XVIe si√®cle2 La premi√®re vient du¬† Livre d’heures d’Anne de Bretagne 1503-1508 :

Blanche futaine. ‚ÄĒ Catoleri. ‚ÄĒ Viburnum lantana L. Mancienne (la plante est mal dessin√©e). Jussieu voit le ¬ę¬†lilas blanc¬†¬Ľ (Lilac vulgaris Lam.). La Mancienne √©tait appel√©e au XVIe si√®cle, blanche pute et blanche putain (Dalechamp). ‚ÄĒ Catoleri est probablement un d√©riv√© de catus, comme Catolleria (voy. Pullan). ( Source Plantnet identification).

Geofroy Linocler, Histoire des plantes.¬† Paris 1584, √©crit que le Halimus ou Atriplex marina s’appelle en Fran√ßois Franche pute, ou Blanche pute. Ci-dessous sa description et son dessin:

Jean Bauhin (1541-1612)¬† √©crit¬† dans¬†¬† l’¬† Historia plantarum universalis3¬† que le halimum n’est pas la m√™me plante que la blanche putain:

Ruell. Rob Const.  inter nomina ponunt  Blanche putain quod nomen Halimo non convenit.

Ensuite ce nom dispara√ģt des dictionnaires et des textes.¬† A ma grande surprise¬† il r√©appara√ģt dans le¬†Dictionnaire franco normand ou Recueil des mots particuliers de Guernesey par M George M√©tivier (1870),¬† dans la forme blanche pute, avec une √©tymologie savante :

  

L’image est le Teucrium4.¬† Il me faudra de l’aide de botanistes pour en¬† tirer une conclusion. S’agit-il de l’atriplex halimus ou du viburnum lantana?

L’√©tymologie est le latin putidus « puant, pourri, f√©tide »; FEW IX, 635.

Les noms occitans fournis par¬† Hugo Solerius¬†¬† tatine¬† en proven√ßal et¬† tatoulier¬†¬† en dauphinois posent moins de probl√®mes.¬† Ces noms¬† sont tr√®s bien attest√©s dans les parlers occitans et franco-proven√ßaux5 avec le sens viorne, baies de la viorne, viburnum lantana¬† en latin des botanistes. ¬† On les retrouve d’ailleurs dans l’Atlas linguistique de la France (ALF) et chez Mistral :

    

tatoulietatoulié

L’√©tymologie de cette famille de mots est inconnue. Le FEW suppose une racine tatt- d’origine pr√©-romane.¬† Les attestations se trouvent dans les parlers franco-proven√ßaux et en proven√ßaux √† l’est du Rh√īne, parfois avec agglutination de l’article comme √† Barcelonnette at√†ta sg. « fruit de la viorne »¬† ou lataty√© « viorne » dans le d√©p. des Hautes-Alpes. Il y a √©galement des attestations dans le Piemont.

Edmond (ALF) a not√© quelques formes avec un changement de la consonne finale dans l’Aveyron : tap¬† ou tak. L’abb√© de Sauvages (S2) appelle la viorne tassign√©¬† et dit que les baies sont astringentes et bonnes pour les gargarismes;¬† on fait rouir les branches pour en faire de la glu.
________________________________________

Notes
  1. Voir à son propos mon article  Barigoulo
  2. Littré s.v. putain la mentionne pour le XVIe s.
  3. Publié après sa mort en 1650
  4. Photo prise à Villeneuve lès Avignon РGard (30)le Avril 2009 par Jean-Luc TASSET
  5. Voir p.ex. RollandFlore6, p.258 et 259

Castagnes et marrons.

   

Agriculture et histoire

En agriculture les ch√Ętaignes¬† ne sont pas du tout la m√™me chose¬† que les marrons.¬† ¬ę¬†Il existe une diff√©rence fondamentale entre la ch√Ętaigne et le marron. Elle est facile √† voir. L’enveloppe de la ch√Ętaigne, la bogue, est cloisonn√©e et elle contient deux ou trois fruits.¬†Le marron, √©go√Įste, m√Ľrit seul dans sa bogue.1.

L‚Äôun et l‚Äôautre, la castagno comme le marron nous sont parvenus de tr√®s loin. Les¬† fruits du ch√Ętaigner √©taient¬† un des premiers aliments des races primitives. Et cela a dur√© longtemps Dans le Grand Larousse du XIXe si√®cle, Pierre Larousse pouvait encore √©crire

¬ę il¬†forme¬† presque √† lui seul toute la nourriture des montagnards de l‚ÄôAuvergne, des C√©vennes , de la Corse‚Ķ¬†¬Ľ. Au moyen age il y avait l‚Äôexpression parer¬† chastaignes √† quelqu‚Äôun ce qui voulait dire ¬ę¬† lui pr√©parer un bon accueil¬†¬Ľ, et aussi peler chastaignes √† quelqu’un¬† pour ¬ę¬†lui dorer la pilule¬†¬Ľ.

L‚Äôorigine du mot castagno est √† chercher en Asie mineure. En persan existe le mot kashtah ¬ę¬†fruit sec, p√©pin¬†¬Ľ et les savants pensent que l‚Äôarbre et son nom sont introduits en Europe, notamment en Gr√®ce √† partir de l‚ÄôIran.¬†¬† Virgile (70-19 avant JC) conna√ģt d√©j√† le mot castanea¬† qui¬† donne dans notre r√©gion castagno ou costognos¬† (Aveyron) et castagne en fran√ßais r√©gional.

Il y a de nombreuses « F√™tes de la Chataignes » dans notre r√©gion: En automne, le petit fruit √† coque piquante est au coeur de toutes les attentions gastronomiques et au centre des f√™tes traditionnelles du Languedoc-Roussillon. F√™tes, foires et autres castagnades lui font la part belle cet automne !

Avec ce mot dans votre vocabulaire,vous pouvez¬† voyager tr√®s loin: aux Pays Bas et en Belgique kastanje, en Allemagne Kastanie, en Scandinavie kastania, en Russie kashtanu en Pologne kasztan, en Lithuanie kasztanas et m√™me en Bretagne kistin et le pays de Galles kastan.¬† Les Anglais par contre ont emprunt√© le mot chestnut √† la langue d‚Äôo√Įl, o√Ļ par √©tymologie populaire ils ont ajout√© un ‚Äďt¬† au ‚Äďchestne¬† pour ranger la ch√Ętaigne avec les noix (nut).

Il y a en languedocien pas mal de mots d√©riv√©s de castagna: castagni√® ¬ę¬†relatif aux ch√Ętaignes ou qui aime les ch√Ętaignes¬†¬Ľ(Mistral), castagn√° verbe ¬ę¬†r√©colter les ch√Ętaignes¬†¬Ľ mais aussi ¬ę¬†d√©penser tout¬†¬Ľ,¬† languedocien castagna√Įro¬† ¬ę¬†ramasseuse de ch√Ętaignes¬†¬Ľ¬† et¬† dans le Languedoc,¬† des castagneirou ¬ę¬†petits ch√Ętaigniers¬†¬Ľ (Mistral). Sp√©cial pour le Gard sont¬† castagnolo ¬ę¬†roitelet¬†¬Ľ et castagno ¬ę¬†sexe de la femme¬†¬Ľ. D’apr√®s le Thesoc √† Maillanes (13) ce sont les testicules. A Al√®s kastagnados¬† est la ¬ę¬†veill√©e √† l‚Äô√©poque de la r√©colte des ch√Ętaignes¬†¬Ľ, et comme on grillait des ch√Ętaignes pendant ces veill√©es il a pris le sens¬† « grillade de ch√Ętaignes »2.

En fran√ßais¬† castagne¬† ou castagnole , emprunt√©s √† l‚Äôoccitan, servent √† d√©signer un poisson, le « sparus chromis »¬† (Linn√© 1758), mentionn√© dans l‚ÄôEncyclop√©die de Diderot et d‚ÄôAlembert. D‚Äôautres noms de petits poissons¬† comme castagnot ou castagneau, ou castagnole¬† viennent √©galement¬† du Midi.

TOPONYMIE. Beaucoup de noms de lieux o√Ļ poussent les ch√Ętaigniers sont d√©riv√©s de castanea.

Dans le Grand Larousse du XIXe si√®cle, vol. III, vous pouvez trouvez une description d√©taill√©e du travail de la chataigne : la r√©colte, la conservation, des recettes, etc. Il y¬† d√©crit entre autres le proc√©d√© que pour r√©cup√©rer les ch√Ętaignes,¬† dans la claie :

¬ęOn [les]chauffe ainsi pendant dix jours environ. Vers le cinqui√®me jour, lorsque toute la r√©colte est rentr√©e, on retourne les ch√Ętaignes pour achever de s√©cher la couche sup√©rieure. on consid√®re les ch√Ętaignes comme suffisamment s√®ches et pr√™tes √† √™tre blanchies, quand leur √©corce se d√©tache bien et qu’elles sont dures sous la dent. On les fait alors tomber sur le plancher inf√©rieur (de la claie), dont on a enlev√© le feu et les cendres; puis on les d√©pouille de leur √©corce, soit en les pla√ßant dans des sacs que l’on frappe sur un billot rev√™tu d’une peau de mouton … , .soit au moyen des soles, qui brisent moins les ch√Ętaignes.¬Ľ.

Par hasard j’ai trouv√© une liste des vari√©t√©s de ch√Ętaignes c√©venoles √† l’Universit√© des J√©suites √† New York :Source: « Recueil de M√©moires et d’observations de Physique, de M√©t√©orologie, d’Agriculture et d’Histoire Naturelle » par le Baron Louis-Augustin d’HOMBRES-FIRMAS, Nismes, 1838, volume 3, page 81: M√©moire sur le ch√Ętaignier et sur sa culture dans les C√©vennes (1819).

QUI LES RECONNAIT ENCORE DE NOS JOURS??? Contactez-moi

D‚Äôapr√®s Andolfi la castagne est ¬ę un sport ancestral c√©venol qui se pratique √† mains nues‚Ķ ¬Ľ et castagne dans ce sens est synonyme du fran√ßais marron. Ch√Ętaigne = marron est attest√© en francais depuis 1635 ; ch√Ętaigne signifie d‚Äôabord un ¬ę coup sur les doigts ¬Ľ et ensuite un ¬ę coup de poing ¬Ľ (D‚Äôapr√®s Delvau A., ¬ę Dictionnaire √©rotique moderne ¬Ľ B√Ęle, sans date ). Marius Autran est plus s√©rieux quand il √©crit √† propos de l’expression: √ßa va castagner ! « c’est de l’argot fran√ßais qui n’est pas sp√©cifiquement proven√ßal. »

Le mot marron a le m√™me sens depuis 1835. A.Rey pense que le sens ¬ę coup de poing sp√©cialement sur la t√™te ¬Ľ, s‚Äôexplique par m√©tonymie de la t√™te qui re√ßoit le coup (un coup sur le marron) au coup lui-m√™me . Mais le sens ¬ę t√™te ¬Ľ pour le mot marron n‚Äôest attest√© que depuis 1896. Von Wartburg est d‚Äôavis que c‚Äôest la couleur que prend la t√™te quand elle a pris des marrons qui est d√©terminante. Quoi qu‚Äôil en soit, c‚Äôest du pareil au m√™me, quand on les re√ßoit, √ßa peut faire tr√®s mal.

 

Notes
  1. Il y a quand-m√™me un risque de confusion de 12% : ¬ę¬†Le castan√©iculteur est tenu quant √† lui de classer la production de ses arbres en ch√Ętaignes, si la proportion moyenne des fruits cloisonn√©s est sup√©rieure √† 12%, et en marrons, si cette proportion est inf√©rieure √† 12%.¬Ľ
  2. . Dans les C√©vennes la « grillade » s’appelle rabanelo, voir le mot rabinar

Tartonraira "tartonraire"

Tartonraira « passerina tartonraira » (Marseille) Nom scientifique actuel : Thymelaea tartonraira subsp. tartonraira (Tela Botanica). Une modeste contribution au site Plantuse¬† dans le domaine des noms populaires de la flore,¬† est l’occasion de revoir mes articles sur les noms occitans des plantes.

La coordination avec Michel Chauvet, ethobotaniste (Plantuse) a donné la première attestation de tartonrare :  Pena et Lobel, Stirp. advers., 1570. voir page 160

Ci-dessous une photo de la tartonraire  prise à Marseille Marseille (13) le 14 avril 2010.
Un abonn√© √† ma « Lettre de nouvelles » a eu la gentillesse de m’envoyer le lien vers le livre¬† t√©l√©chargeable de Ludovic Legr√©, La botanique en Provence au XVIe si√®cle. Louis Anguillara, Pierre Bellon, Charles de l’Ecluse, Antoine Constantin.¬† Marseille, 1901,¬† qui m’a permis de retrouver l’origine du nom botanique et populaire de la tartonraire. En le feuilletant je lis que l’ amateur-botaniste proven√ßal Nicolas-Claude Fabri de Peiresc (n√© le 1 d√©c. 1580) correspond r√©guli√®rement avec Charles de l’Escluse, appel√© Clusius1 , qui enseigne √† l’universit√© de Leyde aux Pays Bas. Peiresc¬† lui envoie des colis avec des fleurs, feuilles, semences et racines de plantes de Provence, notamment de Marseille.¬† Les lettres de Peiresc t√©moignent du z√®le avec lequel il s’effor√ßa de donner la plus compl√®te satisfaction aux desiderata du c√©l√®bre professeur de Leyde.

Voir en bas de cette page l’inventaire de la bo√ģte que Peiresc √† envoy√©e √† Clusius.¬† Les lettres conserv√©es √† Leiden ont √©t√© num√©ris√©es. Une trouvaille.

En 1603 Clusius lui envoie son portrait et un exemplaire de son¬† Rariorum plantarum historia¬†: Fungorum in Pannoniis observatorum brevia historia (1601),¬† et lui demande en m√™me temps des graines de l’Astragale marseillais.

Charles de l'Escluse                                  

                        Clusius                                                       illustration extraite de Rariorum Plantarum Historia

Peiresc lui répond le 25 février 1604 :

En plus de l’astragale il lui envoie

une autre plus rare que les mariniers appellent tartonraire¬† et de¬† laquelle ils se servent¬† pour se purger d’autant qu’elle faict une merveilleuse op√©ration tant par le haut que par le bas.

Dans le tome IX de RollandFlore, qui n’est pas num√©ris√© h√©las, il doit y avoir une attestation de 1570 du nom tartonraire.

L’√©tymologie¬† est d’apr√®s le FEW l’onomatop√©e trant- « balancer, vaciller ».¬† Voir aussi¬† l’article trantanel.¬† Cette √©tymologie n’est pas 100% justifi√©e. C’est Mistral qui l’a sugg√©r√©e √† von Wartburg.¬† Un visiteur m’a signal√© une correspondance entre Mistral et Ludovic Legr√© √† propos de l’origine de tartonraire.¬† Cette correspondance que vous pouvez consulter ici contient les autres propositions plus ou moins fantaisistes qui ont √©t√© propos√©es depuis le XVIe si√®cle.

Il faudrait savoir ce que Peiresc veut dire exactement par « une merveilleuse op√©ration tant par le haut que par le bas »¬† pour pouvoir expliquer le lien s√©mantique entre « vaciller » et l’effet¬† de la tartonraira¬† sur les mariniers marseillais. Michel Chauvet (Plantuse) m’explique « son sens est clair quand on lit Cazin : c’est un purgatif violent, qui purge par le haut et par le bas ! »

Voici les autres attestations de tartonraire¬† dans le volume des mots d’origine inconnue du FEW:

Vous constatez que le premier¬† lexicographe √† le mentionner est l’Anglais Cotgrave, un excellent connaisseur de l’occitan.¬† Les autres dictionnaires l’ont simplement copi√©.

Le dernier est Pierre Larousse:

TARTONRAIRE s!’ in. (tar-ton-r√®-re). Bot.
Nom Vulgaire d’un arbrisseau du ‘genre
dàphne.  On dit aussi TÀRTONAIRE.

 

 

¬†Le deuxi√®me partie de cette fiche se trouve dans l’article aliboufier « styrax officinalis ».

_______________________________________________

 

Notes
  1. Un  article intéressant sur Clusius, médecin et botaniste, un des plus fameux du XVIe siècle,  dans Wikipedia

Broumejà, broumet, broumegeur

Broumege√† « app√Ęter ».¬†¬† Le¬† broumet¬† est ce qu’on met dans le broumegeur.

Dans la CIGALE ET LA FOURMI façon provençale !!!  écrite par Caldi Richard.

 » En la broum√©geant un peu je pourrai sans doute lui resquiller un fond de daube « .

D’apr√®s le Tr√©sor de Mistral ( le t. 2, p.1155) le verbe¬† broumeja¬† signifie « jeter dans la mer l’app√Ęt dont on se sert pour attirer le poisson ». Le substantif¬†¬† broumet¬† d√©signe:

L’√©tymologie est le¬† grec broma « app√Ęt, fessure en bouillie qu’on jette √† la mer pour attirer le petit poisson ».¬† broumej√† ¬† est le verbe. Le¬†¬† mot broumet¬† a √©t√© apport√© directement par les Grecs √† Marseille. Ce n’est pas une fantaisie¬† d’√©tymologistes, regardez:

Le sens s’est sp√©cifi√© dans le milieu des p√™cheurs, pour ensuite se g√©n√©raliser totalement dans le verbe broumej√†.

Un p√™cheur de Marseille √©crit: « je viens de me fabriquer un broumegeur ( cage en grillage que je compte lester sur le fond remplie de sardines broy√©es ). »¬† Un¬†¬† broum√©geur¬† pro contient jusqu’√† 1,5 kg de broum√©.¬† √Ä immerger sous le bateau pour p√™cher la bonite, juste au dessus du fond pour p√™cher les sparid√©s.

Un p√™cheur de Narbonne l’appelle¬†¬† broumegeur ou¬† BROUMEUR,¬†¬† BROOMER. Cette derni√®re graphie a subi l’influenc√© du¬† grec ou de l’anglais broom « balai ».

En galloroman, cette petite famille de mots qui semble √™tre bien vivante, n’est attest√©e qu’en proven√ßal, mais le p√™cheur narbonnais le conna√ģt aussi. Je n’ai pas de renseignements sur la c√īte ligure en Italie…

Un coll√®gue catalan, auteur du site Petit √©s Polit a trouv√© le mot dans un nouveau dictionnaire du Nord catalan et il s’est rappel√© de mon article qui date de 2010. Il a √©crit:

Seguint amb la lletra ‘B’, una petita observaci√≥ per√≤: a l¬īentrada ‘Bromeig‘¬† se¬īns ofereix aquesta traducci√≥ al catal√† de la resta del territori:¬†ous de peix servint d¬īesquer

amb la qual cosa sembla donar-se a entendre que es tracta d¬īun mot exclusiu del nord.

En realitat pel que sabem la paraula √©s ben present una mica arreu, per exemple¬†a les Balears. El diccionari Alcover la registra amb tota normalitat i nosaltres l¬īhem sentida en boca de pescadors de la costa de Tarragona.

De les dues variants del terme, Bromeig i Grumeig, la primera és la que va arribar als dialectes lígurs des del provençal:

Bromes, Br√ľmezzu¬† esca pei pesci. (Carlo Randaccio.¬†Dell¬īidioma e della letteratura genovese¬†1894)

segons¬†Alibert¬†provindria del grec¬†ő≤ŌĀŠŅ∂őľőĪ¬† ‘aliment’.

A la web Cumpagniadiventimigliusi trobem la mateixa etimologia:
greco: BROMA ‚Äúimmondizia‚ÄĚ >¬†br√ľma¬† ‚Äúfanghiglia di origine organica‚ÄĚ.(..)
Modalit√† di pesca¬†(..)¬† greco: BROMA ‚Äúcibo‚ÄĚ + IZO – IDIARE >¬†br√ľm√©zu¬†–¬†br√ľmez√†¬† ‚Äúgettare esca in mare‚ÄĚ

Degut a l¬īexist√®ncia de l¬īaltra variant, per√≤, l¬īexplicaci√≥ etimol√≤gica m√©s habitual fa derivar el mot de ‘grum’ (del llat√≠¬†grŇęmu,¬†emparentat amb, per exemple, l¬īangl√®s¬†crumb)

 

Page 10 sur 25« Premi√®re page‚Ķ89101112‚Ķ20‚ĶDerni√®re page »