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Crau, La Crau

Crau s.f. « plaine couverte de cailloux » en Provence(P√©gorier) .¬† La ferme appel√© La Crau¬†¬† √† Manduel est l’attestation¬† le plus √† l’ouest du domaine occitan.¬†¬† Il n’y a pas d’autres Crau¬† dans le Gard ni dans l’H√©rault d’apr√®s¬† les Dictionnaires Topographiques de ces d√©partements. ¬† J’ai trouv√© un r√©sum√© des √©tymologies amusantes propos√©es au XIXe si√®cle, dans l’article tr√®s int√©ressant1 de¬† Rainaud A.. La Crau. In: Annales de G√©ographie. 1893, t. 2, n¬į6. pp. 189-211.

Craou, en proven√ßal, signifie ¬ę terroir pierreux, lande couverte de cailloux ¬Ľ (Mistral, Dictionnaire proven√ßal-fran√ßais, v¬į Crau). L’√©tymologie de ce mot a √©t√© l’objet de nombreuses recherches. On l’a rapproch√© du roman grava, gr√®ve, gravier; ‚ÄĒ du celtique cra√Įg, crag, krag, assez r√©pandu dans la nomenclature g√©ographique : Mont Cragus, Alpes Gr√©es, etc., mot qui signifierait pierre, rocher, comme aujourd’hui encore crag en anglais. Bochart, qui rattachait tout √† l’h√©breu, y voyait un radical h√©bra√Įque de m√©me sens. D’autres √©rudits ont cru d√©couvrir √† ce mot une origine grecque, et l’ont rapproch√© de kerrauvos en souvenir d’Hercule foudroyant ses ennemis; ‚ÄĒ de kranaos, la Crau m√©ritant √† plus juste titre encore que l’Attique l’appellation de kranaon pedion : plaine pierreuse, s√®che et aride; de krauros : sec, dess√©ch√©; de kr√†dzo : crier. Pour effrayer ses ennemis Hercule aurait pouss√© des cris √©pouvantables. Ces √©tymologies s√©mitiques et grecques ne sont que fantaisies d’√©rudits. Il nous semble pr√©f√©rable de nous arr√™ter √† l’√©tymologie dite celtique qui d√©rive Crau de crag « pierre, rocher ». Les Latins l’appelaient Campus Lapideus. Le nom de Cravus, Cravum, Gravis, transcription latine de Crau, n’appara√ģt qu’au XIe si√®cle de notre √®re dans les privil√®ges imp√©riaux accord√©s √† l’Eglise m√©tropolitaine d’Arles.

 

Le FEW¬† le suit partiellement¬†¬† dans l’article *kraw- « pierre » avec un √©tymon pr√©roman, qui est pr√©sent sous deux formes dans les parlers galloromans: *kraw- et *krawc-.¬† La premi√®re se trouve en wallon, lorrain, normand et dans le domaine occitan en Provence2.¬†¬† La seconde ne se trouve qu’au sud de la Loire, comme aoc. crauc « st√©rile, aride (du terrain), crauc √† Toulouse « vide, creux » . Godelin parle du craouc de pes calhaous¬† « le creux entre les cailloux » d’un chemin. L’auteur suppose que *kraw- a √©t√© form√© √† partir de *carra¬† et il renvoie vers les articles¬† *cracos, le gaulois *krouka¬† « cime »¬†¬† > e.a. cruc « cime d emontagne » (Cantal) qui y sont li√©s. La famille de mots *carra « pierre » nous¬† vient de la nuit des temps, la p√©riode que les linguistes appellent pr√©-indo-europ√©en.

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Notes
  1. Il aurait pu l’intituler L’Histoire et l’Avenir de la Crau
  2. L’attestation donn√©e par le FEW pour¬† le Cantal, vient du Glossaire¬† de la Langue d’oc de P.Malvezin, BDP 3.2.8.3.1,¬† qui √©crit que Crau est la plaine caillouteuse d’Arles

Balma "grotte, cavité"

Balma, bauma « baume ». Etymologie:¬† Emprunt au gaulois balma (Dottin, p. 230), le mot √©tant attest√© dans l’aire g√©ographique o√Ļ s’√©tablirent les Celtes (domaine gallo-roman entier, Italie du Nord, Suisse) Plus dans le¬† TLF s.v. baume¬≤

Thesoc :balma ALPES DE HAUTE-PROVENCE, ALPES-MARITIMES, BOUCHES-DU-RHONE, DROME, HAUTES-ALPES, VAR, VAUCLUSE.

bòrna DROME.

Le mot est √©galement connu dans les parlers germaniques de la Suisse¬† barma. Voir √† ce propos:¬† Jud, dans Zeitschrift 38(1817) 4-5 disponible gr√Ęce √† Gallica.

J. Jud a aussi publi√© un article dans¬† Archiv f√ľr das Studium neueren Sprachen und Literaturen¬† 124 (1910)92 , mais il n’est disponible que pour les Am√©ricains. Si vous avez un ami l√†-bas…..

Un autre article, disponible cette fois même pour les Français , publié dans la Revue Celtique 39(1870)47  par

J.Loth¬† intitul√©¬† « La Gallo-roman¬† Balma ».

Je proteste contre ces lois abusives des droits d’auteur pour des publications qui datent de plus d’un si√®cle.

Verna, vergne, verne "aulne"

Verna, vern, vergne, verne « aulne; bois d’aulne » est un des¬† noms d’arbres d’origine celtique qui se sont maintenus jusqu’√† nos jours. Pour les d√©tails de l’√©tymon¬† gaulois verno-¬† voir le TLF.¬† Les repr√©sentants de verno- sont encore vivants en gallo-roman au sud d’une ligne qui va de la Vend√©e aux Vosges, mais des d√©riv√©s¬† et des toponymes prouvent qu’il¬† a exist√© √©galement au nord de cette ligne1

De tr√®s nombreux toponymes dans le P√©gorier.¬†¬† Le type verna¬† se trouve surtout √† l’est du Rh√īne.

Dans les¬† Lectures de l’ALF¬† 2¬† j’ai trouv√© une belle carte qui illustre la ligne qui va « de la Vend√©e au Vosges! »:

Ligne Vendée - les Vosges

Carte 29 dans Lectures de l'ALF

Le TLF donne l’explication que voici de cette ligne:

le maintien du substrat *verno- dans le domaine d’oc s’explique peut-√™tre par le fait que l’aune, plus fr√©quent en ce domaine souvent mar√©cageux que dans le nord, a pu y conserver plus facilement sa d√©nomination primitive.

Mais nous avons vu √† plusieurs reprises que des mots occitans se sont maintenus ou ont v√©cu dans la sud de la France¬† jusqu’√† la ligne qui va de l’embouchure de la Loire jusqu’aux Vosges, et que la Langue d’Oc occupait toute cette partie du gallo-roman.

L’aulne est, avec le saule et certains peupliers, l’une des esp√®ces les mieux adapt√©es √† l’eau. Sur l’image ci-dessous il √©merge de l’eau au bord du lac BobińôciŇĄskie Wielkie en Pologne. Ces trois esp√®ces sont aptes √† rec√©per quand elles sont coup√©es par le castor avec lequel elles ont co-√©volu√©.¬† (Wikipedia)

verna

verna, vergne

 

 

Notes
  1. Le type aulne, aune¬†¬† qui vient d’un latin alnus contamin√© par des formes homophones¬† franques¬† issues de alira, alisa ( cf. aulne¬† TLF). C’est une discussion assez compliqu√©e.
  2. Lectures de l‚ÄôAtlas linguistique de la France de Gilli√©ron et Edmont : du temps dans l‚Äôespace. Auteur : Dirig√© par Guylaine Brun-Trigaud | Yves Le Berre, Jean Le D√Ľ. Genre : Sciences humaines et sociales Editeur : CTHS, Paris, France

Turro, turras "motte de terre"

Turro, turras « motte de terre ».¬† Dans quelques endroits c’est aussi la « souche d’un arbrisseau ». Alibert distingue la turra « motte » et turras « grande motte ».

turras "grosses mottes de terreé

de vrais turras

Raymond Jourdan de Montagnac, viticulteur, écrit:

Apr√®s avoir bris√© les mottes « turras« , on passe la herse « rascle » et derri√®re une planche pour niveler le sol pour pouvoir tracer le rayonnage….

Le mot turra, turro¬† est tellement ancien que les √©tymologistes ne sont pas d’accord sur son origine. Meyer-L√ľbke a¬† propos√© une racine *turra « √©minence, talus » ,¬† d’origine gauloise, qu’on retrouve dans d’autres langues celtiques comme le cymrique1 twrr « tas », l’irlandais torrain¬† « j’entasse » et le breton tur « taupin√©e ».

Paul Aebischer 2 propose une racine pr√©-indo-europ√©enne *taur,¬† en rapport avec le languedocien tourel¬† « monticule » et le nom de¬† la cha√ģne de montagnes turques Taurus,¬† Dans la bouche des Gaulois cette racine serait devenue *teur, *taur¬† ou *tur. Voir l’article de¬† Julio C. Suarez¬†¬† qui cite de nombreux toponymes¬† Tur√≥n¬† en Espagne. ¬† Von Wartburg (FEW XIII/2, 434b)¬† y oppose que le latin torus « toute esp√®ce d’objet qui fait saillie; √©minence »¬† convient parfaitement pour les nombreuses formes et significations qui existent dans les parlers issus du latin.

Dans beaucoup d’endroits, les mots issus de la racine *turra¬† et ceux issus de torus vivent en cohabitation.¬† La difficult√© de l’√©tymologie est surtout d’ordre phon√©tique. Le -u- , prononc√© √ľ,¬† ne provient r√©guli√®rement que d’un – Ňę -, prononc√© -ou- long, latin.¬† Nous avons donc affaire √† deux familles diff√©rentes, m√™me si les significations et les localisations sont tr√®s proches.

Turro « motte de terre » et ses d√©riv√©s¬† se trouvent¬† en languedocien et en gascon. Esturrass√†¬† « √©motter, assommer; herser ». Dans le Val d’Aran et √† Arrens (Htes-Pyr) une motte de terre s’appelle¬† turrok.

Notes
  1. la langue celtique du pays de Galles
  2. Aebischer, Paul. (1948) « Le catal√°n tur√≥ et les d√©riv√©s du mot pr√©latin *taurus ». Bullet√≠ de Dialectolog√≠a Catalana.17 Gener-mar√ß (pp. 193-216). Barcelona. que je n’ai pas pu consulter

Garriguette, la benjamine de la famille Garric

Garric « ch√™ne kerm√®s; ch√™ne blanc; ch√™ne nain; ch√™ne en g√©n√©ral » (Alibert). Garriga « garrigue, terre inculte o√Ļ poussent les garrics; ch√™naie rabougrie ». Garriguettes, gariguettes¬† « vari√©t√© de fraises cr√©√©e en 1978″.¬† L’√©tymologie est une base pr√©romane¬†*karr- ¬ę ch√™ne ¬Ľ ou¬† *karri- ¬ę pierre ¬Ľ sur laquelle les avis des √©tymologistes divergent.

Garric « ch√™ne kerm√®s » est attest√© en occitan depuis 1177¬† en Rouergue(TLF).¬† Son d√©riv√© garriga « (terrain avec) des taillis de ch√™ne »¬† se trouve¬† en latin m√©di√©val dans tout le domaine occitan. La premi√®re attestation vient d’un texte de 817¬† fait dans le¬† Couserans, une province gasconne dans l’Ari√®ge.

Extrait de Niermeyer, Jan Frederik, Mediae latinitatis lexicon minus;  2 vol. Leiden, 1976. Vous pouvez consulter des extraits, dont la suite de celui-ci,  avec Google Livres.

Une comparaison de la carte de l’Atlas Linguistique de la France (ALF)¬† avec l’article de Mme J. Ubaud¬† sur les noms des ch√™nes en occitan, montre clairement l’effet catastrophique de la normalisation voulue par les¬† « occitanistes ». Un exemple.¬† M√™me les rares¬† occitanophones dont l’occitan est la langue maternelle, doivent chercher dans un dictionnaire pour savoir comment appeler un « ch√™ne kerm√®s ». Mme Ubaud veut imposer¬† avaus, mot plut√īt rare.¬† Le mot garric¬† ne se trouve m√™me pas dans son article.¬† Pour conna√ģtre la r√©alit√©, mieux vaut de consulter le Thesoc s.v. ch√™ne.

Carte extraite des¬†¬† Lectures de l’ALF¬† de Gilli√©ron et Edmont. Du temps dans l’espace. par G. Brun-Trigaud, Y. Le Berre et Jean Le D√Ľ. Voir Sources, liens, s.v. ALF¬†

Ces donn√©es sont √† compl√©ter par celles, incompl√®tes h√©las, du Th√©soc, qui montre que la zone garric¬†¬† est ou √©tait plus √©tendue. Il y a¬† une attestation de garric¬† pour la Charente!¬† L’article *karra¬† du FEW a √©t√© publi√© en 1940 et beaucoup de donn√©es manquent bien s√Ľr.

Plus sur l’√©tymologie de garric et¬† garriga¬† dans le TLF s.v. garrigue.

La garriguette par contre n’a rien de pr√©roman. Sa naissance date de 1978. Son histoire romanc√©e :

Ou et quand est née la première gariguette?

- La premi√®re gariguette a vu le jour en 1978 dans les laboratoires de l’INRA √† Avignon apr√®s 16ans de mise au point.1

se trouve dans le blog « Les V√©g√©taliseurs ».¬† Cette histoire montre que la recherche peut cr√©er du travail et de¬† la richesse. Int√©ressant dans la situation √©conomique et politique actuelle.

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Notes
  1. Pour √©viter que la suite se perde, je l’ai copi√©e et vous pouvez la¬† lire ici gariguette tir√©e_de Les Vegetaliseurs.
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