cat-right

Queron, cairon

Queron « parpaing ».¬† Littr√© √©crit au XIXe si-cle¬† : CAIRON. »Sorte de pierre servant √† former les bords de la chaudi√®re des savonniers.

De nos jours¬† presque toutes les maisons sont en¬† qu√©rons : 2¬į Pierre molle qui sert √† b√Ętir, et que l’on peut acheter toute taill√©e en petits cubes. Proven√ßal moderne, caire, coin, angle.  » Voir carrel

Quésaco ?

L’√©tymologie de quesaco,¬†qu√©saco, qu’√©saco, ¬† kesaco,¬† occitan¬†Qu‚Äôes aqu√≤¬†? n’a rien s’int√©ressant, mais Christine Belcikowski¬† a √©crit une belle histoire A propos de la coiffure √† la Quesaco

coiffure_quesacoLouis Marin de La Ciotat, qui est √† l’origine de cette histoire, n’est pas compl√®tement oubli√©. Une √©cole primaire √† La Ciotat porte son nom et le Mus√©e Ciotaden¬† garde son portrait:

Louis_Marin

Quicher, quichado

Quicher « serrer » voir l’article¬† Esquichar, quicher…¬†

Un quichado est un « pincon ». L’abb√© de Sauvages (S1) a eu la bonne id√©e de r√©former l’orthographe en¬† kichado. Mais c’√©tait trop simple, il n’a pas √©t√© suivi.¬† Il poursuit:¬† kichado¬† a un autre sens dans cette fa√ßon de parler¬† M’a bail√† un bono kichado « il m’a serr√© rudement ».

Un vissiteur m’√©crit :

J’ai trouv√© une expression utilis√©e par le rebouteux de mon village (Montagnac, H√©rault) qui disait : « car esquinsado » pour d√©signer un accident musculaire et qui peut de traduire par « chair d√©chir√©e » ou « chair pinc√©e ».

Kich√©.¬† L’abb√© d√©crit en plus¬† 3 formes de kich√© , des « targuettes, v√©rous ou loqueteaux « .

Tous ces mots appartiennent √† la m√™me famille Esquichar, quicher…¬†

Quicou ‘cul, fond’ √† Arles ?

Quicou ‘cul’ √† Arles. d’apr√®s le dernier tome du ¬† Dictionnaire proven√ßal-fran√ßais manuscrit publi√© par l’Universit√© de Toulouse. (dernier tome de cette publication), utilis√© notamment dans le jeu de la p√©tanque lou quicou de la b√≤ulou « l’appui de la boule ».

Quicou15072014 - 19:13:52

Je n’ai retrouv√© ce mot nulle part. Contactez-moi si vous le connaissez. Merci d’avance !

 

 

quicoun ‘quelque chose’

Quicoun « quelque chose » vient du latin quidamcum Voir FEW II, 1469a s.v. quidam « un certain ».¬† D’apr√®s les donn√©es du FEW¬† la zone g√©ographique du mot est¬† limit√© au languedocien et √† l’auvergnat.

Joel Pon, Histoires extraordinaires de patients presque ordinaires, paru en 2005, note p. 55¬† √©crit : Quicoun como aco¬† expression en patois occitan qui signifie « quelque chose comme √ßa ».

Un quicomet, quicoum√© est un « petit quelque chose »

L’√©volution des formes pose quelques probl√®mes. Si vous voulez en savoir plus, il faut lire l’article de Schulz-Gora dans la Zeitschrift f√ľr romanische Philologie 53, p.93 et suivantes. (en allemand)

En ancien occitan a exist√© aussi la forme quezacom « une petite quantit√© », ce qui me donne l’occasion de faire une petite note de phon√©tique historique. Hier j’ai visit√© la Coll√©giale Saint Didier √† Avignon¬†¬† o√Ļ se trouve le Gisant de¬† Saint B√©nezet .

Gisant StBénezetEn dessous est écrit son nom en latin : Sanctus Benedictus.  Bénezet est la forme occitane écrite avec un -é-pour que les francophones arrivent à la prononcer correctement.

Le nom Benezet est la forme régulière en provençal du latin Benedictus, en particulier le passage du -d- entre deux voyelles qui passe à -z-.  Autres exemples  sudare > suzar, audire > auzir.  Cette  évolution est relativement récente parce que dans les plus anciens monuments de la langue comme dans la Chanson de Sainte Foy, de -d-intervocalique est maintenu : audi,  Judeu, etc.

Dans le Limousin par contre¬† le -d- intervocalique¬† a disparu sans laisser de traces, comme en fran√ßais (laudare > louer), toutefois les Limousins ont combl√© souvent l’hiatus en y ins√©rant un¬†-v- : laudare > lauvar, audire > auvir.

 

 

Quilhar

Quilhar verbe transitif et pronominal¬† « placer dans un endroit tr√®s √©lev√©; se percher », en fran√ßais r√©gional quiller (Manduel; Camargue); « dresser, empiler »(Alibert);¬† √™tre quill√©¬†¬† se dit d’un « joueur au loto qui n’attend plus qu’un seul n¬į pour crier quine »(Andolfi).

Le verbe¬† est¬† d√©riv√© de quilha « quille; plantoir, outil de gantier; jambe mince » d’origine germanique probablement ancien haut allemand kegil, allemand et n√©erlandais modernes kegel.

L’emprunt est¬† relativement r√©cent. En fran√ßais il n’y a pas d’attestations avant le d√©but du XIVe si√®cle et en occitan les premi√®res datent du d√©but du XVIIIe s.
C’est l’emploi au figur√© de quilha « jambe » comme fr. quille, attest√© depuis Fran√ßois Villon, qui est √† l’origine du sens « se percher ».

        

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Dans le FEW nous trouvons les significations suivantes: « se tenir sur une jambe, se jucher sur quelque chose d’√©lev√©, comme les poules ». Le sens « se percher » se trouve surtout dans la r√©gion de Marseille et dans est-languedocien.

Est-ce que les M√©ridionaux sont des tricheurs?¬† Le verbe¬† quilhonar signifie « jouer » , mais aussi « duper, tromper ». On le dirait. Nous trouvons la m√™me √©volution s√©mantique dans mar√©la « jouer √† la marelle ».

D’apr√®s Joblot s’enquiller est « partir √† l’improviste. Se sauver en profitant d’un moment d’inattention: « j’ai vu le voleur au moment o√Ļ il s’enquillait ». Le lien s√©mantique est peut-√™tre la notion « prendre ses jambes √† son cou » ou le sens « tromper, duper ».

Dans la moyenne vall√©e de l’H√©rault, G. Lhubac signale en fran√ßais r√©gional le verbe enquiller avec les sens

  • « se faire avoir »; √† mon avis il s’agit d’un euph√©misme pour « entuber, enculer « ; l’expression est se faire enquiller. En argot enquiller « entrer, faire entrer (depuis 1725), p√©n√©trer quelque part ». La m√©taphore est claire. Un visiteur me signale qu’ √† N√ģmes on dit enquiller une vis dans un trou, et enquiller des perles sur un fil. Je ne sais s’il s’agit de l’argot parisien qui est descendu dans le Midi ou de l’occitan qui est mont√© √† Paris.
  • au figur√© « endosser, assumer » comme en fr.populaire « caser, pourvoir d’une place » et en Sologne « endosser, mettre un v√™tement »
  • « supporter, blairer au fig. », dans une phrase comme Cinq ans de prison, il faut les enquiller. (Lhubac). Probablement li√© au sens « empiler ».

Dans le domaine galloroman le verbe quiller¬† et surtout¬† les d√©riv√©s esquill√†, resquill√† avec le sens « d√©raper, glisser »,¬† sont limit√©s au Midi. Nous les retrouvons¬† dans¬† la¬† zone italienne et ib√©ro-romane voisine, quiller et¬† les compos√©s avec¬† es- ou res- qui ont m√™me sens « glisser sur, d√©raper, patiner ». Proven√ßal resquilha, languedocien resquilha , esquilha. L’abb√© de Sauvages (1750) donne reskinla « glisser », reskinladou « glissoire »; jouga a la reskinleto « jouer √† √©corche-cul ». (Un lecteur me signale que Littr√© connaissait ce jeu: « En glissant, en se tra√ģnant sur le derri√®re. Ces enfants jouent √† √©corche-cul. » ), resqui√©to « glissoire ». Ce dernier signifie en proven√ßal aussi « ricochet qu’on fait avec une pierre plate sur l’eau ».

Fran√ßais resquiller « tricher » est un emprunt √† l’occitan.¬† Von Wartburg a joint cette famille de mots √† l’√©tymon kegil tout en faisant la remarque que la discussion reste ouverte parce que le lien entre quilha « quille » et esquilha « glisser », n’est pas clair ni du point de vue phon√©tique et surtout du point de vue s√©mantique.

Resquiller est entr√© dans le TLF, qui donne l’√©tymologie suivante:

Prononc.: [ Ä őĶskije], (il) resquille [-kij]. √Čtymol. et Hist. 1. 1910 intrans. ¬ę outrepasser son droit ¬Ľ (arg. des marins d’apr. Esn.); 1939 (Montherl., L√©preuses, p. 15); 2. 1910 trans. ¬ę obtenir sans payer ¬Ľ (arg. des marins d’apr. Esn.); 1918 arg. milit. (ds Esn. Poilu, p. 464: il avait resquill√© tout le reste du litre); 1924 resquiller une place dans une auto (ds Esnault, Notes compl. Poilu). Empr. au prov.resquilla ¬ę glisser, faire un faux-pas ¬Ľ (Mistral), d√©r. de esquilha ¬ę glisser, fuir, s’√©chapper; s’esquiver ¬Ľ, lui-m√™me d√©r. de quilho, v. quille.

Voir aussi esquil « grelot »

Quincanela

Quincanela « faillite, banqueroute », quincanelle en fran√ßais r√©gional (Lhubac).

En moyen fran√ßais la quinquenelle est un « D√©lai de cinq ans accord√© √† un d√©biteur qui fait la preuve qu’il a perdu la plus grande partie de sa fortune ». ( d√©but 15e s, DMF).

C’est un emprunt au latin quinquennalis utilis√© dans les Coutumes. La forme de l’ancien occitan est quinquinal. Ce n’est pas exactement une faillite, mais on l’accorde √† un d√©biteur ne pouvant plus payer;¬† il a 5 ans pour le faire. Avec la moyenne d’√Ęge de l’√©poque cela revenait au m√™me. D’ailleurs Du Cange le d√©finit par usurpatur

Du Cange

Quincarlotà, aligot, calicot, logate, cincarat, ca...

Quincarlot√†(t) « haricot » dans l’H√©rault et l’Aveyron, plus sp√©cialement « haricot bariol√© » dans le Larzac, d’apr√®s les enqu√™tes de l’ALF et le dictionnaire de Vayssier pour Nant et le Larzac. Lhubac le signale en fran√ßais r√©gional √† Gignac,quincarlotte, √©galement avec la sp√©cification « haricot bariol√© ». Il ajoute que le haricot vert est absent du rago√Ľt appel√© quincarlotat tr√®s proche du rago√Ľt d’ escoubilles . C.Achard a trouv√© le sobriquet los quincarlets pour les habitants de La Roche ‘Rieutord-de-Randon (G√©vaudan).

Vayssier. Diectionnaire patois-fran√ßais du d√©partement de l’Aveyron, par feu l’ abb√© [Aim√©] Vayssier. Publi√© en 1879.

Dans un site consacr√© √† la m√©moire de la Guerre des Camisards (1702-1705), il y a une page¬† sur le « Pillage de la maison de Pierre Larguier √† Sanbuget » (Loz√®re), qui mentionne :

Une carte deux boisseaux d’haricots commun√©ment appel√©s quincarlottes √©valu√© 1# 10 s.

( Je ne trouve pas la date dans le document. Dommage, parce que le mot « habituellement »¬†¬†¬† ferait remonter au XVIIe si√®cle la premi√®re attestation et elle pourrait √™tre contemporaine du mot¬† aligot.)

Je viens de trouver dans le dictionnaire de l’abb√© de Sauvages, 2e √©d.¬† paru en 1785 (S2): KINCARL√ĒTOS¬†¬†  » Des haricots bariol√©s »

Quincarlot√†¬† fait partie de la famille de mots compos√©s ou d√©riv√©s d’un verbe germanique¬† *harion¬† « d√©teriorer » qui a donn√© en ancien fran√ßais le verbe harigoter¬† « d√©chirer, mettre en lambeaux, d√©chirer de coups » et le substantif harigote, aliguote¬† « lambeaux, chiffon ». ( FEW (XVI,165a).

Aligot « aligot ».¬† A mon avis le mot aligot (de l’Aubrac) vient directement de ce sens. Vous n’avez qu’√† regarder l’image de Wikipedia qui donne latin aliquod « n’importe quoi » comme √©tymologie. Mais l’aligot¬† n’est surtout pas « n’importe quoi »!

aligot

L’explication de l’√©volution s√©mantique est la suivante. A la fin du XIVe si√®cle appara√ģt en fran√ßais le mot hericot ou haricocus du mouton; harigot « rago√Ľt fait avec du mouton coup√© et des l√©gumes « (DMF article 7 de l’√©tymon *harion). Ce sens est rest√© vivant dans l’Aubrac, p.ex. olicou√≥t « rago√Ľt fait avec des abatis de volaille », aricot √† St-Affrique. Henri Affre , Dictionnaire des institutions, mŇďrs et coutumes du Rouergue. Rodez, 1903, donne une variante pour Laguiole avec la d√©finition suivante: oligot « plat compos√© de pommes de terre cuites √† l’eau et de fromage encore imparfait pris en quantit√© √©gale et frits ensemble dans du beurre, qu’on fait √† tout festin de noces ». (cit√© d’apr√®s le FEW).

L’aligot serait d’abord un rago√Ľt selon le FEW, mais quand on m√©lange des pommes de terres avec du fromage et du beurre, on obtient¬† plut√īt des¬† lambeaux ou les chiffons, notion qui a d√Ľ √™tre pr√©sente devant les yeux des noceurs. Nous trouvons la m√™me image dans le mot actuellement¬† tr√®s √† la mode de chiffonnade, anglais chiffonade.

Dans les premi√®res attestations haligot, aligot, harigot s.m. signifie « aguillette » un ornement des v√™tements et haligote s.f. « lambeau, d√©chirure, chiffon d’√©toffe; pi√®ce rapport√©e, aiguilette » (Voir Godefroy); le verbe haligoter signifie¬† « d√©chirer, taillader, mettre en lambeaux » etc. Au XIVe s. appara√ģt hericoc de mouton « rago√Ľt de mouton, coup√© en morceaux, avec des f√®ves, des pommes de terre ou des navets »¬† (Godefroy Compl√©ment), dans le Viandier de Taillevent. qui date probablement de la fin du XIVe si√®cle.

Beaucoup plus tard, √† partir du XVIIe si√®cle apparaissent les fe(b)ves de haricot « semences de phaseolus vulgaris », appel√©s¬† ensuite haricots tout court. Les haricots¬† deviennent vite populaires, d’abord comme l√©gumes dans le rago√Ľt et ensuite¬† comme l√©gumes bon march√©. Les haricots verts sont « des gousses de haricots encore vertes et assez tendres pour pouvoir √™tre mang√©es ».

Dans le Dictionnaire Fran√ßais de P.Richelet de 1680 le mot haricot d√©signe en premier lieu le rago√Ľt:

haricot      
Vous voyez que la recette que ma femme a choisie pour m’encourager dans mes recherches,¬† diff√®re de celle de Richelet.

Calicot « f√®ve ».¬† Richelet √©crit que des paysans¬† d’autour de Paris appellent ces f√®ves calicots,¬† au lieu de¬† haricots. La premi√®re syllabe de quelques formes comme f√®ve de callicot (1651, en fran√ßais), caricote (d√©p. de l’Oise) karikot (dep. de l’Yonne) et notre quincorloto ( plac√©e aussi dans les Incognita du FEW √† cause de la premi√®re syllabe) reste obscure, mais elles sont bien li√©es √† l’haricot.

¬†Une influence du mot calicot « tissu indienne bariol√©e » semble tr√®s peu probable, parce qu’ il est r√©serv√© aux r√©cits de voyages et n’appara√ģt dans la langue commune qu’au XIXe si√®cle. (TLF).¬†¬† Un autre probl√®me, peut-√™tre provisoire, emp√™cherait¬† cette filiation, √† savoir que l’expression f√®ve de haricot (1628) est attest√©e 23 ans avant f√®ve de calicot. (1651).

Pourtant, au XVIe s. le haricot s’appelait fasiol de Turquie (1561) et plus tard aussi pois d’Inde (1614), ce qui prouve qu’on √©tait conscient qu’il venait de loin. Le¬† mot calicot avec le sens  » tissu blanc ou multicolore en coton fabriqu√© √† Calicut en Inde » appara√ģt en 1613 et ensuite en 1663 (TLF) en fran√ßais, mais d√©j√† au d√©but du XVe si√®cle en anglais (Harper).¬† En fran√ßais on appelle ces tissus des « Indiennes » (TLF). Cela me permet de supposer quand m√™me un lien entre les d√©signations pois d’Inde et f√®ves de callicot, d’autant plus que les haricots f√®ves sont blanches ou multicolores, comme les tissus de Calicut, et que l’Inde √©tait aussi bien √† l’Est (Indes, Indonesie), qu’√† l’Ouest (les Indiens),¬† d’o√Ļ √©taient venus les phaseolus.¬† Le commerce des tissus colicots entre l’Inde et l’Europe a pris une grande importance au XVIIe si√®cle.¬† Le manque d’attestations n’est peut-√™tre qu’un hasard.

C’est un message de Michel Chauvet, ethnobotaniste √† l’INRA, qui m’a stimul√© √† faire ces recherches. Il m’a √©crit:

« Vous savez qu’on a des variantes avec « calicot ». Il se trouve que les toiles indiennes (dont le calicot) sont devenues √† la mode pr√©cis√©ment entre la fin du XVIe – d√©but du XVIIe en Europe de l’Ouest. Gr√Ęce √† Wikipedia (in English), j’ai d√©couvert qu’il existait des chats calico, un crabe calico et un pirate surnomm√© Calico Jack. Il semble donc que calico ait pris le sens ou la connotation de bariol√©, ce qui convient tr√®s bien √† des haricots. On conna√ģt en effet plusieurs noms qui se r√©f√®rent √† des graines bariol√©es (par contraste avec celles du pois ou de la f√®ve qui sont de couleur terne et uniforme) : f√®ve peinte √©tant l’un d’eux. Mon id√©e est donc que « f√®ve de calicot » serait une innovation (parisienne ?) comme f√®ve peinte, et qu’ensuite seulement par √©tymologie populaire on serait pass√© √† « f√®ve de haricot« .

Il m’a signal√© √©galement les nombreuses recettes de cuisine avec des calico beans!.¬† Ce lien en donne 189. Je n’ai pas r√©ussi √† dater la premi√®re attestation de « calicot beans », mais le r√©sultat peut √™tre int√©ressant.¬† Voici l’√©tymologie¬† du mot anglais calico « bariol√© »¬† :

Origin:
1495‚Äď1505; short for Calico cloth, ¬†variant of Calicut cloth, ¬†named after city in India which orig. exported it.

L’utilisation des f√®ves bariol√©s¬† pour cuisiner le rago√Ľt appel√© haricot¬† a pu¬† sugg√©rer aux paysans des environs de Paris , de les appeler calicots.

D’autres mots dans les Incognita du FEW pourraient bien appartenir √† la m√™me famille. Les voici :

Logate. Dans Le vrai cuisinier fran√ßois; Par Fran√ßois Pierre de La Varenne. Nouvelle √©dition, La Haye,1721, recette n 28 : « Membre de mouton a la logate . Apr√©s l’avoir bien choify , batez le bien, oftez en la peau & la chair du manche, dont vous couperez le bout, & lardez avec moyen lard, le farinez & pafsez par la poefle avec lard ou fain-doux. » La recette compl√®te ici. Vous verrez qu’il s’agit d’une sorte de rago√Ľt!
Dans le Dictionnaire des termes appropri√©s aux arts et aux sciences, et des mots ..., Par Fran√ßois Raymond. Paris, 1824, je trouve: Logate s.f. se dit d’un gigot bien battu et bien lard√©. Gigot √† la logate. Ensuite Diderot donne la m√™me recette dans son Encyclop√©die, tome 9, 634 (djvu).

Une confusion entre aligote  et la logate , tous les deux utilisés dans une recette de la préparation  de mouton, me semble tout à fait probable.

Cincarat.Jambon en cincarat est du jambon coupé en lamelles. Une autre recette qui utilise un mot pour désigner de la viande déchirée,  une chiffonnade dirait-on de nos jours.

Actuellement, la cuisine g√Ętinaude, essentiellement de la  » terre « , fait la part belle aux produits issus de l’√©levage : fressure poitevine (gigouri), grillon charentais, boudin noir du Poitou, p√Ęt√© de P√Ęques, jambon (jambon au cincarat). Mais d√©ja connu en 1794 : La cuisiniere bourgeoise: suivie de l’office, a l’usage de tous ceux qui se . Par Menon.(lien vers la page) et en 1751 dans le Dictionnaire universel d’agriculture et de jardinage: de …, Volume 2. Paris 1751, Par Fran√ßois-Alexandre Aubert de La Chesnaye-Desbois,Louis Liger, p.256 il y a la m√™me recette.

      
Le lard utilisé pour le jambon au cincarat                                     Le catigot    

Catigot¬† est la derni√®re, toujours un rago√Ľt:

« matelote de poisson; pot pourris, rago√Ľt √©pais » (FEW XXI, 490b). Il s’agit toujours d’une sorte de rago√Ľt, d’un m√©lange. Le d√©but de la recette : « Dans une po√™le, faire revenir, dans du beurre, les filets de poisson, coup√©s en morceaux et farin√©s… (source) .

¬† Si vous avez une autre id√©e, n’h√©sitez pas √† me contacter.

Quinsar, quinson "pinson"

Quinsar¬† ou quinson¬†¬† et le fran√ßais « pinson »¬† sont des onomatop√©es bas√©es sur le chant de ce petit oiseau. Pour l’√©couter cliquez¬† ici¬† ensuite cliquez sur le mot « zang » (2 minutes) dans la premi√®re ligne.

pinson

Le latin fringilla¬† « pinson »¬† a √©t√© remplac√© par le type *pinc- ¬† avec le suffixe -ione¬† en fran√ßais , en toscan pincione,¬† en corse pinziolo, binziglione et en catalan avec un¬† changement de suffixe¬† pins√°.¬† Des mots comparables ont √©t√© cr√©√©s independamment en cymrique (la langue du pays de Galles)¬† pinc,¬† en breton¬† pint,¬†¬†¬† en slovaque pinka, tch√®que pinkava, n√©erlandais vink,¬† allemand¬† Finke, etc.

En galloroman, nous trouvons le type pinson uniquement dans le domaine d’o√Įl;¬† dans le domaine d’oc et en franco-proven√ßal c’est le type quinson, qui domine, avec un changement de l’initiale p > k , probablement sous l’influence de verbes comme¬† quillar¬† « pousser des cris aigus » (A.).

La forme¬† quinsar avec le changement de suffixe ne se trouve que dans laVaucluse, le Gard et l’H√©rault, d’apr√®s les donn√©es du FEW.¬† D’apr√®s le Thesoc aussi √† Mende (Loz√®re).

Quiquette ‘p√©nis’

Quique ou quiquette: Sexe de l’homme. (Lexiue marseillais )¬†D’apr√®s l’excellent¬† Dictionnaire marseillais¬†¬†¬†¬† quique¬† est aussi « Affectueux pour s’adresser √† un enfant ou une femme ». L’√©tymologie d’apr√®s le FEW est une onomatop√©e kik-  » « . En fran√ßais c’est la forme parisienne¬†qu√©guette qui s’est impos√©e. Le TLF cite l’√©tymologie du FEW, mais ajoute celle de Sain√©an, qui propose comme origine le mot bistoquette qui a le m√™me sens et est d√©riv√© du verbe bistoquer « faire l’amour », une forme ancienne¬† du verbe biscoter (TLF), emprunt√© au parlers flamands besteken proprement ¬ę accrocher, fixer qqc. √† qqn ¬Ľ d’o√Ļ ¬ę piquer des ornements sur des habits, parer ¬Ľ, ¬ę faire des cadeaux, f√™ter ¬Ľ. Le sens actuel le plus courant en n√©erlandias est « corrompre’.

De ¬ę f√™ter ¬Ľ est issu le sens de ¬ę faire la cour √† une femme ¬Ľ puis ¬ę faire l’amour ¬Ľ.

Lein Geschiere, √Čl√©ments n√©erlandais du wallon li√©geois, Amsterdam, 1950, √©crit que le -o-¬† de bbistoquer fait difficult√©. Je n’ai pas pu consulter le livre de Geschiere, mais je pense qu’il ne savait pas que participe pass√© de besteken, ¬†est ¬† best√≤√≤ke¬†¬†avec un -√≤- long.

Le verbe besteke √©tait vivant au Limbourg n√©erlandais quand j’√©tais jeune. A Roermond on chantait¬† en dansant autour de la table,¬† les paquets cadeau √† la main, la veille de l’anniversaire de quelqu’un :

Vandaag is ‘t de aovend, morge is ‘t de daag

D√®t ich ……(le pr√©nom) best√®√®ke maag.

‘T is neet om te aete

‘T is neet om te drinke

‘t is om ……(le pr√©nom) ziene verjaordaag te gedinke.

¬†Dans l’excellent¬† Dictionnaire marseillais¬†¬†¬†¬† quique¬† est aussi « Affectueux pour s’adresser √† un enfant ou une femme ».