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Pelejar

Pelejar « maltraiter, quereller, discuter » (Alibert s.v. p√®l « peau »)

Dans les Coutumes de Seix-en-Couserans1

Mistral¬† nous donne l’article suivant:

Le verbe est attest√© en ancien occitan¬† avec le sens «  »d√©shonorer, violer une femme » (Raynouard). Dans les parlers modernes les sens sont moins durs, « maltraiter, battre, injurier; gronder, quereller ».¬† Les attestations fournies par le FEW viennent du domaine gascon, √† une exception pr√®s, pelexa « battre,maltraiter » et¬† le d√©riv√© pelexal « coups, punition » √† Castres. L’abr√©viation « b » de Mistal signifie « b√©arnais ».¬† Il n’y a que la pelejado¬† qui est languedocienne !

L’√©tymologie d’apr√®s le FEW est¬† le latin pńęlus « poil, cheveu ».¬† Le lien s√©mantique n’est pas √©vident, peut-√™tre √† partir d’un emploi dans le genre « tirer par les cheveux »? Voir ci-dessus¬† pelejado « prise aux cheveux »


 

Notes
  1. Source: Bulletin de la Soci√©t√© Ari√©goise…p.253 ss¬† Coutumes municipales de Seix-en-Couserans. dat√©e de 1280 (?)

Amaroun dans le Dictionnaire d'Alibert

Amaroun, √©crit aussi amaron a d’apr√®s le Dictionnaire occitan-fran√ßais selon les parlers languedociens de Louis Alibert, IEO 2002 les significations suivantes:

1234.

5 6. 7.+8. 9

10

Comme je ne peux croire¬† que les Occitans confondent toutes ces plantes, j’ai v√©rifi√© dans le FEW et E.Rolland Flore Populaire.

  1. Camomille puante ( = anthemis cotula L. , la maroute en fran√ßais; le type amaroun¬† est¬† attest√© dans tout le domaine galloroman, RollandFlore 7, 31-32). Etymologie du fran√ßais maroute¬†¬† : bas latin amalocia¬† ou le bas latin¬† amalusta ¬ęcamomille puante¬Ľ (var. lat. m√©di√©v. amarusta, amarusca, sous l’infl. d’amarus ¬ęamer¬Ľ, la d√©coction de camomille ayant un go√Ľt amer; v. amarelle et amourette). (TLF qui suit le FEW). Les formes occitanes amaroun, amarou¬† etc. ont la m√™me √©tymologie.
  2. Ibéride amère (= iberis amara  L;  une attestation dans RollandFlore 2,104 pour les environs d’Avignon, fourni par Palun (M.), Catal. des plantes du territoire d’Avignon, 1867.Une autre dans l’Aveyron amaróu.
  3. Mélilot officinal ( attesté pour le provençal _uniquement par Réguis, cité par RollandFlore, Réguis (M.), Nomenclat. franco-provençale des plantes (dans Mém. de l’Acad. des sciences d’Aix, t. XI, 1878).
  4. Gesse sans feuilles (= lathyrus aphaca L.  RollandFlore 4, 217, FEW XXIV,303b) attesté à Marseille, dans le Gard et l’Hérault. Palun, (M.), Catal. des plantes du territoire d’Avignon, 1867, écrit amarun frisa )
  5. Pois de senteur (= Lathyrus odoratus.) Les attestations sont les m√™me que celles du n¬į4.
  6. Lotier h√©riss√© ( Lotus hispidus Desf. ex DC (Telebotanica) amaron n’est attest√© qu’√† Nice d’apr√®s FEW XXIV,303b).
  7. Ornithope ne se trouve ni dans RollandFlore, ni dans le FEW, parce qu’ Ornithope est un autre nom de¬† « coronilla« . Voir le suivant.
  8. Queue de scorpion ( aucune attestation dans RollandFlore s.v.scorpiurus ,¬† mais dans le chapitre arthrolobium scorpioides amarun¬† est son nom dans le Gard (Pouzolz), l’H√©rault, la Vaucluse et les Bouches-du-Rhone. A Montpellier elle s’appelle aussi amar√®la. ¬† Synonymes de anthrolobium scorpioides :¬†Syn.: Coronilla scorpioides L, Ornithopus scorpioides L., Arthrolobium scorpioides (L.) DC., Ornithopodium scorpioides (L.) Scop., Astrolobium scorpioides (L.) DC D’apr√®s le site Telebotanica¬† amarum¬†¬† est un nom secondaire ou r√©gional de la « coronille queue de scorpion« . .dans le FEW ???. )
  9. Poivre d‚Äôeau ( = persicaria hydropiper (L.) Sprach, 1841. RollandFlore 9,191-194¬† s.v. polygonum persicaria cite Vayssier pour l‚ÄôAveyron amour√≥u¬† (mais il s’agit d’une erreur)¬† et omodou n√©gr√© . Cette derni√®re vient de Carbonel (J.), Noms pat. des cantons d‚ÄôEntraygues et de Mur-de-Barrez (dans Acad. de g√©ographie botan., 1904
  10. Marron d‚ÄôInde (Aesculus_hippocastanum)¬† Amarou¬† et marron font t partie de la famille marr-;¬† marron¬† « fruit du marronnier¬† ou du marronnier d’Inde a √©t√© emprunt√© au XIVe si√®cle √† l’Italien.Voir TLF qui suit le FEW). Le type amarou¬† se trouve dans les cantons de Vaud et de Gen√®ve, en languedocien dans le Gard seulement d’apr√®s Mistral et l’ALF.

 

Espic, aspic 'lavande m√Ęle'

Espic, aspic, « Aspic ou spic. Nom vulgaire de la grande lavande ou lavande m√Ęle (lavandula spica) de la famille des labi√©es . » (TLF). L’√©tymologie est le latin spica « √©pi » espigo s.f.¬† parce que les fleurs sont rang√©es en √©pi.¬† Mais il y a un petit probl√®me; spica¬† ou¬† spica nardi¬†¬† ne d√©signe pas la lavande, que le Romains connaissaient certainement1, mais le nard indien.

Le parfum du nard indien,¬† tr√®s appr√©ci√© dans l’antiquit√© (√©crits de Th√©ophraste, Pline, e.a.), est extrait du rhizome et du bas de la tige de la plante.

nard indien

Pendant le haut Moyen Age le commerce avec l’Orient avait fortement diminu√© ( fin de la globalisation !)¬† et on a remplac√© le nard par la lavande tout en gardant le nom, au masculin cette fois: espic au lieu d’espiga,¬† comme en italien¬† spigo¬† et le catalan¬† espic.¬† L’origine de la forme avec a- r√©pandue depuis la Renaissance¬† n’est pas tout √† fait clair, mais elle est √©galement d’origine occitane.¬† Le TLF suit le FEW :

la forme avec initiale a- est due sans doute a) √† l’influence (par √©tymol. pop.) de aspic, d√©signation du serpent ou de la vip√®re dans nombre de dialectes cf. FEW t. 1, p. 157b, s.v. aspis (du point de vue de l’usage : la plante pouvant √™tre utilis√©e contre les piq√Ľres d’aspic ‚ąí ou du point de vue de la forme : la feuille lanc√©ol√©e pouvant √™tre compar√©e √† un aspic); b) peut-√™tre aussi influence du syntagme lat. sav. lavandula spica.

Le nom occitan espic, ou aspic¬† s’est r√©pandu assez t√īt vers le Nord avec la plante: ancien fran√ßais¬† espig, escpic (Godefroy) depuis 1190, aspic en moyen fran√ßais.¬† Solerius √©crit en 1542 que la lavande est un pseudonardus :

aspic¬†¬† (ligne 4)— le nardus celtica pousse sur les hauteurs des alpes et il est encore appel√© aspic par les paysans.. Et il y a deux sortes de faux (nardus) : un masculin appel√© spigo par les Italiens: par les Gaulois et chez nous aspic; un f√©minin appel√© lavande par tous les peuples de la Gaule: lavanda par les Italens. —

Le nom scientifque du¬† nard celtique est Valeriana celtica L. Voir RollandFlore la Valeriana celtica L. nardus celtica, nardoceltica,¬† ou spica celtica , spic celtique , saliunce, salvince, fr. du xv¬ę¬†s., J. Camus, et Cf.Valeriana celtica dans Telebotanica

Dans la page Pl@ntuse intitul√©e Noms populaires des plantes je retrouve une remarque que j’ai faite √† plusieurs reprises, mais qui vaut aussi pour d’autres domaines:

Les plantes sauvages utilis√©es localement tendent √† avoir des noms populaires tr√®s diversifi√©s, qui peuvent varier d’un village √† un autre. Par contre, les plantes qui font l’objet d’une culture, d’un usage bien √©tabli ou d’un commerce, tendent √† avoir des noms plus stables, et des noms savants. Quand elles voyagent, elles le font souvent avec leur nom. Ceux-ci s’av√®rent √™tre des indices pr√©cieux pour reconstituer le cheminement de nos plantes usuelles.

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Notes
  1. Nous ne connaissons que le mot stoechas « vari√©t√© de lavande »; le mot lavande est un emprunt √† l’italien

Eguezier 'gardian de chevaux'

Eguezier « gardian de chevaux » √† Apt au Moyen Age. Etymologie : du latin equitarius « ma√ģtre de haras » un d√©riv√© de equitium « haras ».¬† Parfois j’ai de la chance et je trouve toute l’histoire d’un mot dans une source.¬† Elle est √©crite dans l’article de de F.Sauve, Les Services publics communaux et les abonnements en nature au Moyen Age dans la r√©gion Apt√©sienne.¬† Annales de la Soci√©t√© d‚ÄôEtudes proven√ßales 5 (1908). Aix-en-Provence. p.10¬† :

 

 

 

Manouls 'tripes'

Manouls « tripes ». Un ami m’√©crit : « J’ai cherch√© le terme « manouls » sur ton dico, qui veut dire « tripes » en vieux n√ģmois mais je ne l’ai pas trouv√©. Mon p√®re disait: on va pr√©parer un bon plat de manouls.¬†

Le mot se trouve d√©guis√© en manel ~ manolh « paquet; botte; poign√©e d’√©toupes; paquet de tripes; glane d’aulx, d’oignons » dans l’Alibert. (Une graphie faussement √©tymologisante; manel¬† n’existe nulle part, manolh¬† est attest√© au¬† 15e si√®cle seulement.)

manel, manolh

Manouls, manoul,¬† vient du latin manupulus « poign√©e, botte » sens d√©j√† attest√© en latin classique. Sous l’influence d’autres mots manupulus¬† est devenu¬† manuculus¬† que nous retrouvons dans presque toutes les langues romanes : roumain manuchiu « gerbe », italien mannochio « faisceau »,¬† catalan manoll, espagnol manojo, portugais molho¬† tous avec le sens « gerbe ».

Le passage de « paquet de tripes » √† « tripes »¬†¬† est une √©volution s√©mantique courante, mais dans ce cas c’est un grand saut de « paquet » √† « tripes ». D’apr√®s le Thesoc manoul, manouls¬† « tripes »¬† est courant dans l’Ard√®che, l’Aveyron, le Gard et l’H√©rault1. A Uz√®s et Villeneuve on dit manou.

L’abb√© de Sauvages¬† √©crit « Manoul d√ę tr√ģpos » , manoul d’amarinos » (S1, 1756).

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Notes
  1. Le mot¬† « tripous »¬† d√©signe les tripes de veau ou d’agneau, li√©es en petits paquets et cuisin√©es » si j’ai bien compris la note du Thesoc

Metge, mege ‘m√©decin’

Metge ¬ę¬†m√©decin¬†; gu√©risseur, rebouteux¬†¬Ľ mege (Camargue) est la forme r√©guli√®re du latin medicus.¬†FEW VI/1,604.¬† Le Donatz proensal traduit mezinar « medicinam dare »¬† donner des m√©dicaments.

Le mot actuel medecin¬†, d√©riv√© de medicina n’appara√ģt en ancien occitan et en ancien fran√ßais qu’au xve si√®cle quand le m√©decin devient quelqu’un qui a un statut scientifique et social. C’est √† partir de cette √©poque¬† que le mot metge ¬†prend le sens de ¬ę¬†gu√©risseur, charlatan¬†¬Ľ ou ¬ę¬†v√©t√©rinaire¬†¬Ľ, mais pas partout.¬† En 1451 le conseil municipal d’Apt¬† d√©cide de r√©soudre le probl√®me de la d√©sertification m√©dicale ainsi:

(Extrait de l’article de F.Sauve, Les Services publics communaux et les abonnements en nature au Moyen Age dans la r√©gion Apt√©sienne.¬† Annales de la Soci√©t√© d’Etudes proven√ßales 5 (1908). Aix-en-Provence. )pp.1-22;89-110.

¬†Encore plus savant que le m√©decin est le docteur qui a le droit d’enseigner, ou qui a soutenu une th√®se. Tout m√©decin n’est donc pas docteur. Attention avec le mot doctor en anglais. Le verbe to doctor signifie « falsifier, bricoler, trafiquer, bidouiller » en slang. Ce n’est pas tr√®s √©loign√© de notre mege. En Angleterre doctor a dog veut dire « castrer un chien »!

charlatan

On reconna√ģt un m√©decin au st√©thoscope.;;;;

Une amie me signale qu’en Provence il y avait lou m√©g√©¬† de l’est√©lan « le m√©decin des √©toiles » ¬† .¬†¬† L’¬† Estelan est le « ciel √©toil√© » d’apr√®s Mistral. Estelan est un d√©riv√© rare de stella « √©toile ». Voir FEW XII,253b en haut de la page.

En ancien wallon est attest√©e l’expression celestis mede avec le sens « Dieu ».¬† S’agit-il du m√™me emploi au figur√©?

marsioure 'ellébore'

Marsioure, marsivol marsioul¬† « ell√©bore » vient d’un *marsńęlium « ell√©bore » attest√© seulement en latin m√©di√©val. Les formes cit√©es se rencontrent principalement en proven√ßal et est-languedocien1 Alibert propose la¬† graphie¬† bas√©e sur une fausse √©tymologie¬† marciure.

La forme marsioure¬† semble √™tre une combinaison de *marsńęlium¬† et de siterus¬†¬† qui signifie √©galement « ell√©bore ».

Les formes marsioul, marsivol   sont  peut-être influencées par un dérivé en -ble  que nous trouvons par exemple à Apt moursuble,

     

L’√©tymon¬†*marsilium fait partie d’une famille de noms de plantes qui ont l’√©l√©ment mar¬† en commun et qui semble √™tre tr√®s ancien. Voir aussi TLF marrube.

Une fois de plus nous constatons une tr√®s grande vari√©t√© phon√©tique dans le nom de cette plante. Toutes sortes d’associations l’ont influenc√©. Dans l’Ari√®ge l’ell√©bore et la ch√©lidoine s’appellent martiri association de martyr,¬† peut-√™tre parce que le suc de la plante coule comme du sang quand on la coupe.¬† Dans l’Ari√®ge la ch√©lidoine s’appelle aussi flou de sank (de krist ?).¬† Parce que la marsioure fleurit au printemps on a associ√© son nom au mois de¬† mars, etc.

Cette grande vari√©t√© de formes s’explique par le fait que ces plantes ont peu d’int√©r√™t intercommunautaire¬† et/ou commercial.

martiri (Ariège) chélidoine

 

Notes
  1. Données incomplètes dans le  Thesoc: ARDECHE, AUDE, AVEYRON,GARD, HERAULT, LOZERE.

Bagassa 'putain, morbleu'

Bagassa « prostitu√©e, imb√©cile; interjection peste, morbleu » (Alibert) Etymologie pr√©-indo-europ√©en¬† *bakassa

J’ai rencontr√© ce mot par hasard dans les Coutumes de Seix-en-Couserans1

Un mot de la m√™me origine a exist√© en langue d’o√Įl en ancien et moyen fran√ßais mais le sens est¬† « serveuse » et ensuite « jeune fille », avec de nombreux exemples dans le Godefroy et un exemple dans le DMF

Au XVIe si√®cle le mot occitan¬† bagassa¬† « prostitu√©e »¬† a √©te introduit en fran√ßais mais il est consid√©r√© comme « vieux » actuellement. Le TLF √©crit « juron proven√ßal »! Bougre de bagasse.¬† Il semble √™tre vivant en occitan. Pierre Gastal, l’auteur de¬† Nos racines celtiques,¬† me fournit les compl√©ments que voici:

bagassa, terme m√©prisant (femme aux mŇďurs l√©g√®res, prostitu√©e) rest√© vivant comme interj. et insulte, bagassar (mener une vie de d√©bauche), bagassi√®r (qui fr√©quente les prostitu√©es). Dans l’Ain il y a un Bois de la Bagasse.¬† catalan bagassa (prostitu√©e).

Dans l’article¬† *bacassa¬† du premier volume du FEW publi√© entre 1922 et 1928, von Wartburg √©num√®re plusieurs pistes √©tymologiques sans tirer une conclusion. Hubschmied, sp√©cialiste du pr√©-indo-europ√©en,¬† y revient dans le volume XXIII,p.1402 publi√© en 1968, avec beaucoup d’attestations¬† dans les autres langues romanes et en conclut qu’il faut postuler une racine pr√©-indo-europ√©enne *bak- avec un suffixe √©galement pr√©-indo-europ√©en -assa , *bakassa « serveuse ».

 

 

 

Notes
  1. Source: Bulletin de la Soci√©t√© Ari√©goise…p.253 ss¬† Coutumes municipales de Seix-en-Couserans. dat√©e de 1280 (?)
  2. mots d’origine inconnue

ariège 'salsepareille'

¬†Ari√©ge, sali√©ge,¬† (S2), clari√®ge (M), rinvierge √† Marseille d’apr√®s Mistral.

salsepareille

Ci-dessous la description de l’abb√© de Sauvages (S2 identique √† celle de S1 de 1756))

  

La forme ari√®ge¬† est attest√©e¬† √† Nice et dans la Gard par l’abb√© de Sauvages et dans le Tr√©sor de Mistral. Le FEW fournit aussi un fali√®ge, mais c’est une fausse lecture pour sali√©ge (voir l’image ci-dessus).

L’√©tymologie de ce groupe de mots √©tait¬† inconnue.¬† Le FEW¬† ne savait¬†¬† pas quelle forme pourrait √™tre √† la base de ce groupe..

Gr√Ęce √† Mistral qui note le mot catalan aritjols et au¬† Diccionari de la Llengua Catalana, ab la correspondencia castellana¬† qui √©crit que la salsepareille¬† s’appelle aritjols ou arinjol,¬†¬† je l’ai retrouv√©¬† dans le Diccionari etimol√≤gic¬† :¬† aritja « sarsaparilla »¬† attest√© depuis 1650 … de l’arabe¬† ¬īar√ģŇ°a « parra » (« treille » en fran√ßais).¬† avec trois¬† d√©riv√©s¬† : aritjol, aritjar et aritjolar.¬†¬† Cette √©tymologie doit¬† venir du grand √©tymologiste Coromines, mais je ne suis pas en possession de son dictionnaire √©tymologique du catalan. Je retrouve la m√™me √©tymologie dans le Diccionari cat. :

aritja¬†¬† [1650; de l’√†r. ‘ar√ģŇ°a ‘parra’] f 1 BOT Ar√≠tjol.¬† 2 ALIM Beguda que s’obt√© de la cocci√≥ de l’arrel d’ar√≠tjol ( aritjol « smilax aspera »;¬†aritja Smilax aspera var balearica ar√≠tjol bale√†ric ). J’ignore h√©las tout de l’arabe, mais dans le Glossaire Des Mots Espagnols Et Portugais Derives de L’arabe¬†Par Reinhart Pieter Anne Dozy, W. A. Engelmann (coaut), p.58,¬† je trouve les remarques suivantes:

L’arabe aricha peut donc d√©signer un treillage sur lequel on fait monter¬† de la vigne¬† … ou sur lequel monte la salsepareille.

Je pense que cette étymologie est la bonne.

Salsepareille. Les premi√®res attestations du nom fran√ßais salsepareille « smilax¬† europaea » datent de 1570 et viennent du portugais √ßar√ßaparrilha , devenu salsaparrilha¬† influenc√© par salsa « persil ».¬† Cotgrave (1611) √©crit zarzeparille¬† en suivant la forme espagnole zarzaparilla. Au XVIe si√®cle les Portugais ont import√©¬† de Chine¬† le smilax China L.¬†¬†¬† Le nom salsepareille¬† a √©t√© donn√© √©galement √† plusieurs esp√®ces am√©ricaines, sp√©cialement de la c√īte est du Mexique et de Colombie o√Ļ le Smilax medica Schlecht et le Smilax officinalis¬† sont indig√®nes.¬† Les racines de la salsepareille ont jou√© un r√īle important dans le traitement du syphilis1

L’√©l√©ment zarza-¬† est probablement d’origine pr√©romane et indig√®ne dans la p√©ninsule ib√©rique. FEW 21,181b.

D’apr√®s Pouzolz, vol.II, p.385,¬† la salsepareille s’appelle lenga de ca¬† dans le Gard.
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Notes
  1. C’est √† cela que l’abb√© de Sauvages fait allusion quand il dit que « notre salsepareille est employ√©e aux m√™mes usages que celle d’Am√©rique, mais en plus forte dose.

Baiasse, badasso 'lavande fine'

Baiassa « lavande fine » en dauphinois,¬† bay√°so¬† dans les Hautes-Alpes¬† est un mot d’origine inconnue. Le Thesoc donne plusieurs attestations dont badafo¬† dans la DROME¬† et¬† les ¬† HAUTES-ALPES, et.¬† avec la remarque « lavandin sauvage, vieilli ».

Le FEW1 r√©unit dans le m√™me article baiassa¬† et les formes avec un -d- comme proven√ßal badasso « nom g√©n√©rique des plantes ligneuses aromatiques »,¬† le « thym » √† Forcalquier et √† Apt,¬† le « pulicaire »¬† √† Marseille,¬† appel√© badaflo¬† √† Arles, mais le badaflo est un « plantain pucier » dans les Bouches-du-Rh√īne2. Le suffixe avec tant√īt un -f- tant√īt un -ss-, sugg√®re comme origine le gaulois -asta¬† ajout√© √† une racine pr√©romane *bat- > *batasta.

Solerius (1549). Le psyllium¬† s’appelle chez nous badassos.¬† En botanique c’est¬† maintenant le ¬† plantago psyllium L., en fran√ßais le¬† plantain des sables ou herbes aux puces.

 

pulicaire pulicaire   plantain pucier

A Marseille on utilisait une badafo « un rameau de bruy√®re sur lequel on faisait monter les vers √† soie pour faire des cocons »,¬† mais pour l’abb√© de Sauvages(S1) la badafo est la lavande fine dont on tire une huile essentielle fort ch√®re. Un badafi√© ou badassi√®iro¬† est un « lieu rempli de lavandes » (M). Autres d√©riv√©s : baiassar « couper la lavande », baiassi√®ra¬† s.f. « c√īteau de lavande » (Die, Schook),

Rolland Flore VIII, 195¬† ne connait pas ce mot avec le sens « lavande », mais il cite un article:

Dans son num√©ro de mai 1909 la Revue Alpine de Lyon a publi√©, pages 187-196, un int√©ressant article sur la lavande par M. L. LAMOTHE, de Grand-Serre (Dr√īme). Nous y apprenons que ¬ę¬†la livande pousse d’elle-m√™me dans les zones incultes de dix-neuf de nos d√©partements¬†¬Ľ. Suit la liste. ¬ę¬†Nous lui devons beaucoup dans les communes pauvres du Sud-Est, nourries par le troupeau, de l√†, l’affection que nous avons pour elle et ce mot tr√®s juste¬†: bonne ba√Įassi√®re vaut mieux que champ de bl√©.¬†¬Ľ M. Lamothe cite, √† cette occasion, une lettre proven√ßale que lui a √©crite Mistral apr√®s la publication de son propre livre¬†: Lavande et Spic. – L’article de la Revue Alpine traite des vari√©t√©s, de la distillation et de l’essence. – H. G.

Mon coll√®gue Pierre Gastal,¬†auteur de Nos Racines Celtiques ‚Äď Du Gaulois Au Fran√ßais. Dictionnaire. Editions Desiris, 2013,¬† propose une origine ligure:

BAIASSA (nf, nord-prov.) : lavande.

Fr. r√©g. bayasse (fleur de lavande) √į¬†ba√Įassi√®re (pente montagneuse o√Ļ pousse la lavande sauvage). Du gaulois ou plut√īt du ligure car c‚Äôest une plante m√©diterran√©enne. Toponymes : Bayasse, hameau du Mercantour (com. Uvernet-Fours/AHP) ; Bayasse, lieu-dit de Ventavon/HA (dont la g√©ographie confirmerait une origine ligure).

Vous trouverez une description des différentes sortes de lavande dans le site du Musée de la lavande :

La raccolta della lavanda selvaggia si praticava nelle baiassi√®res (compluvi), luoghi dove crescevano le lavande chiamate in dialetto « baiasses« 

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Notes
  1. vol.21,177-178
  2. Voir Rolland Flore II, 210 Cistus salvi folius; VII,84 Solidago virgo;  VII,98 Pulicaria graveolens; IX,27 Thymus  pour les plantes dénommées avec ce type lexicologique.
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