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Panar

Panar, pana « voler, dĂ©pouiller; nettoyer, torcher, essuyer ».

  • Il s’agit d’un mot languedocien et gascon, avec quelques attestations en franco-provençal de Lyon, probablement par emprunt Ă  l’occitan. Un visiteur confirme: « pana Ă©tait utilisĂ© couramment par mon père au sens de « raoubar », cĂ d « dĂ©rober ».
  • En provençal, dans quelques villages du Gard (La Roque-sur-Cèze), l’Ardèche, le Puy-de-DĂ´me et la Lozère (Thesoc s.v. « essuyer la vaisselle ») ainsi qu’en franco-provençal panar signifie  « nettoyer, torcher, essuyer » etc. sens qui viennent directement de pannus « chiffon ».

Le FEW rattache le verbe  panar au  latin pannus « morceau de tissu » et l’auteur explique  le lien sĂ©mantique ainsi :   Panar signifie  « couvrir quelque chose avec un tissu   pour ensuite le voler » comme le faisaient certains marchands pendant des foires ou marchĂ©s. Plus tard panar devient « voler, dĂ©pouiller » tout court.   Une explication qui ne m’a pas convaincu.

L’Ă©tymon pannus est Ă  la base d’une très grande famille de mots dans tout le domaine galloroman. Dans le nord et l’est ( wallon, Flandres, lorrain, ancien et moyen français) le mot pan a pris le sens « gage, nantissement ». Ce sens  existe aussi dans les langues germaniques depuis les premiers textes: ancien haut allemand Pfant, phand, ancien nĂ©erlandais, dans une forme latinisĂ©e pandum (1114; EWN)., ancien frison pan, pant, tous avec le sens « gage ». D’après Grimm, suivi par EWN et FEW, il s’agit d’un emprunt très ancien au galloroman.

D’après le FEW (VII,562b) l’Ă©volution sĂ©mantique de pan « chiffon, tissu » > « gage » et le  dĂ©rivĂ© paner  qui prend le sens  « saisir comme gage  » s’expliquerait par le fait qu’Ă  l’Ă©poque une quantitĂ© de drap Ă©tait donnĂ©e au crĂ©ancier comme gage. Mais je n’ai pas trouvĂ© d’attestations de cette coutume.

Je crois qu’il faut partir du  latin pannus avec le sens  « morceau de drap, draperies, lambeaux ». C’est l’Ă©lĂ©ment « morceau, partie de quelque chose » qui a pris plus d’importance au cours de l’Ă©volution.  En ancien français ce sens est devenu prĂ©dominant. Godefroy dĂ©finit L’ancien français pan signifie  « morceau, partie, portion de quelque chose » et il considère le sens « partie de vĂŞtements ou tapisserie » comme secondaire. Le toponyme Panperdu « partie (de terrain) perdue (pour l’agriculture) » s’explique ainsi.
Le verbe paner, panner, (panir dans l’Est) a pris le sens  « saisir comme gage » au sens juridique. Le crĂ©ancier prend un pan (une partie, un morceau) des biens du dĂ©biteur comme gage. Le verbe dĂ©rivĂ© paner signifie « saisir un morceau, une partie », c’est-Ă -dire « saisir comme gage ». Ensuite en moyen français a eu lieu l’Ă©volution de « saisir » >  » voler, dĂ©pouiller ». Par exemple dans les textes suivants: De .c. solz, pour ma paine, je vous ferai panner‘ (« De 100 sous pour ma peine je vous ferai saisir ») et un peu plus tard Les veves et beghines ont panneit ansimant (« Les veuves et beguines ont [-ils ] dĂ©pouillĂ©es Ă©galement » ) (DMF). Ces deux attestations viennent du Nord du galloroman.

L’Ă©volution sĂ©mantique  a Ă©tĂ© « dĂ©pouiller quelqu’un » > « voler, dĂ©rober quelque chose ».  Le problème qui subsiste est que le sens « saisir comme gage » n’est (pour le moment ?) pas attestĂ© en ancien occitan. Il doit y avoir une raison spĂ©ciale juridique en rapport avec la diffĂ©rence entre le droit du Nord de la France (droit des Coutumes) et le droit dans le Midi (droit Ă©crit) (Source) qui explique que ce sens juridique du verbe occitan panar n’est pas attestĂ©. Mais cela ne contredit pas le fait qu’en provençal panar a pu suivre cette Ă©volution ou qu’il s’agit d’une influence de la langue d’oĂŻl sur l’occitan.

 

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