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Breilh

Breilh. La dormeuse de Mirepoix me demande d’√©clairer le myst√®re des « breilhs, breils ?, la zone de mares, bras vivants ou morts, eaux dormantes, sables mouvants, petites r√©surgences, bref la zone humide, interm√©diaire entre le cours principal de la rivi√®re et la terre ferme. »
Le lendemain elle me donne une pr√©cision : « Une habitante du village¬† Arvigna, cultivatrice, me donne une d√©finition plus pr√©cise du breilh : »c’est l’espace plant√© d’arbres amis de l’eau, qui se situe entre les terres labourables et la rivi√®re. On ne parle pas de breilh s’il n’y a pas d’arbres ».Il semble qu’√† Mirepoix, on insiste davantage sur la qualit√© de terre humide. »

Ci-dessous les images qu’elle m’a fait parvenir. Avec le commentaire suivant: photo √† gauche : prise depuis le lit du Douctouyre (Arvigna), le breilh, c’est la zone de taillis, bord√©e d’arbres, que l’on voit au fond, au centre; photo de doite : A Mirepoix, le breilh, c’est plut√īt comme sur la photo, au fond, sous la cath√©drale, la zone mi-terre, mi-eau :

     

Arvigna                                                                                                    Mirepoix

En cherchant l’√©tymologie de ce mot, je tombe sur le mot br√ľl qui dans la r√©gion Oberhessen (Darmstadt, Allemagne) signifie « pr√© bas, humide, √† l’origine genre plus ou moins marais, de nos jours ass√©ch√© ou endigu√© ». (W. Crecelius, Oberhessisches W√∂rterbuch. Darmstadt, 1897-1899).

Vous allez me dire, c’est loin de Mirepoix.√ßa, et je vous r√©ponds : et Puschlav (Graub√ľnden, Suisse) br√∂lu « jardin avec des arbres », et Catalogne brolla « formacio vegetal m√©s o menys densa on predominen arbusts o mates de fulla persistent » et en Normandie broil « bois ». Le mot a surtout surv√©cu dans la toponymie.
Le P√©gorier¬† ‘est¬† de nouveau¬† gratuit.¬† Il donne : breil, breille « petit bois; forte haie » (Languedoc); breil, breuil « petit bois » (ancien fran√ßais) Variantes : breille, breuille. Breil, broil « buisson » (Champagne).

Il s’agit du mot d’origine gauloise *brogilos un d√©riv√© de broga « fronti√®re, limite; champ » qui nous avons¬† rencontr√© √† propos de broa « bord, or√©e, talus ».¬† Suivant la configuration du terrain le type broga peut d√©signer une « haie », une « bordure de rivi√®re », un « bord gazonn√© au pied d’une terre » etc., mais la notion de « limite » est toujours pr√©sente. C’est exactement cette notion de limite, bordure qui est pr√©sente dans le mot breilh de Mirepoix et √† Arvigna. Voir aussi le mot fran√ßais breuil « Petit bois clos, servant de retraite au gibier; ,,pr√© √©tabli sur un ancien bois mar√©cageux«  (Z√©l.) »dans le¬† DMF.

Le mot se trouve dans toutes les r√©gions o√Ļ les Celtes ont v√©cu.

Von Wartburg √©crit dans le FEW I, 555 b, que breuil a pris pendant la f√©odalit√© le sens secondaire de « terre d√©frich√© dont le seigneur restait quand m√™me le propi√©taire ». Ce sens a √©t√© conserv√© en ancien lorrain bruel « pr√© seigneurial que les habitants d’un village √©taient oblig√©s de faucher ».¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† Et dans une note il ajoute que ce sens secondaire se retrouve dans le domaine allemand voisin: ancien alsacien br√ľgel « un pr√© destin√© √† l’utilisation priv√© du seigneur ». En France il serait limit√© √† la zone qui a fait partie du Royaume Allemand.

En ancien occitan brolh signifie « jeune bois, bosquet, breuil », en occitan moderne un bruiet est un « petit bouquet de bois ». le mot prend par m√©tonymie le sens de buissons, jeunes pousses : par exemple bruei « rejeton , jet d’une plante qui sort de terre », ancien occitan brolha s.f. (√† partir du pluriel) « feuillage, multitude », bruioun  » bourgeon, rejeton de chou; bouton sur la peau » et le compos√© debrui√† « arracher les mauvaises herbes »

J’ai signal√© mon article √† un coll√®gue allemand , ¬† qui m’a r√©pondu que le nom de famille Brel a la m√™me origine. Ceci est confirm√© par le site G√©n√©anet : « Le nom est une variante de Breuil (= bois cl√ītur√©, gaulois brogilo). On le rencontre surtout dans le Sud-Ouest (46, 82), mais aussi bien s√Ľr en Belgique. »

Et il m’a aussi incit√© √† consulter le dictionnaire de Grimm, s.v.Br√ľl, qui donne : « BR√úL, m. campus aquis irriguus, pratum palustre, aue, buschigte wiese, mlat. brogilus, br√ľel, breuel, bruwel, bruhel, br√ľhl. BEN. 1, 267b. franz. breuil, it. broglio. freier br√ľel. weisth. 1, 458. 2, 257; die saw in briel jagen. FRANK spr. 2, 47a. hirschbr√ľl, statio cervorum circa loca aquosa et virgultis amoena. STIELER 251. STALDER 1, 233. In den st√§dten heiszen straszen oder andere pl√§tze oft noch br√ľl « . Je traduis cette dern√®re phrase : Dans les villes, certaines rues ou d’autres endroits s’appellent souvent br√ľl. Et un BR√úLING, m. est un porcus anniculus, un proc d’un an qu’on l√Ęche dans le br√ľl.¬†¬† Si quelqu’un veut approfondir cette histoire, il y a de la mati√®re!

Aux Pays Bas il y a la villeDen Briel. Etant n√©erlandais vivant en France, je ne peux m’emp√™cher de vous rappeler l’histoire de Den Briel. La Prise de Den Briel, le 1er avril 1572, par des rebelles protestants est √† la base de la R√©publique des Provinces Unies. Les Pays Bas sont rest√©s une R√©publique de 1581 jusqu’√† la cr√©ation par les Fran√ßais¬† du Royaume de Hollande en 1810.¬† Curieux!

 Le1 avril 1572 Den Briel  est conquis par les Gueux de la mer.

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