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Quinsar, quinson "pinson"

Quinsar  ou quinson   et le français « pinson »  sont des onomatopées basées sur le chant de ce petit oiseau. Pour l’écouter cliquez  ici  ensuite cliquez sur le mot « zang » (2 minutes) dans la première ligne.

pinson

Le latin fringilla  « pinson »  a été remplacé par le type *pinc-   avec le suffixe –ione  en français , en toscan pincione,  en corse pinziolo, binziglione et en catalan avec un  changement de suffixe  pinsá.  Des mots comparables ont été créés independamment en cymrique (la langue du pays de Galles)  pinc,  en breton  pint,    en slovaque pinka, tchèque pinkava, néerlandais vink,  allemand  Finke, etc.

En galloroman, nous trouvons le type pinson uniquement dans le domaine d’oïl;  dans le domaine d’oc et en franco-provençal c’est le type quinson, qui domine, avec un changement de l’initiale p > k , probablement sous l’influence de verbes comme  quillar  « pousser des cris aigus » (A.).

La forme  quinsar avec le changement de suffixe ne se trouve que dans laVaucluse, le Gard et l’Hérault, d’après les données du FEW.  D’après le Thesoc aussi à Mende (Lozère).

fourniá, foronisar, denisar

Fourniá, foronisar, denisar « quitter le nid » est composé de foras (dehors) + nidus +are. La forme donné forgnar par Alibert n’est attestée nulle part d’après le FEW 7,122a-b., ce qui est confirmé par les données du Thesoc. Partout c’est foronisà, horoniza dans le Gers, frognar, fo(u)rniá, fourniá. Le verbe existe aussi dans le Bourbonnais, le Centre et le Berry.

Un jeune oiseau qui a quitté le nid s’appelle un fourniau (Marseille), un foronison (Toulouse, Tarn, Castres) ou un froniol (Cahors). Dans la Haute Provence , le Poitou et dans la Sologne le verbe a été renforcé par ex- : s’efforgner « quitter le nid; s’émanciper », qui existe aussi dans le Nord de l’Italie. Voir aussi l’article asirar  « se mettre en colère »  devenu  « abandonner le nid »  > « s’émanciper ».

A partir de nidus ont été formés aussi les verbes  déniar, denizar « dénicher, abandonner son nid » < de + nidare (Creuse, Dordogne) et aniar, anizar « nicher, faire son nid, couver » et s’aniar, s’anizar « se nicher » < ad + nidare.

Dans l’Aveyron le participe passé onià, oniqua, aniat a pris le sens  » affaibli par défaut de nourriture »; ce sens a dû naître sous l’influence d’un dérivé de nihil : (a)nequeriment « faiblesse par manque de nourriture » (FEW 7, 139b).

Toujours dans l’Aveyron on a créé le verbe desonisà « dénicher » < de + ad + nidare , dans la Corrèze désanià (Thesoc) .


prêts à  fournia, déniar, ou denizar.

Trido, trida

Trido, trida « draine, grosse grive ». La trido est   surtout connue des chasseurs.Voir l’article grive draine de Wikipedia, d’où cette photo:

Trida Wikipedia Turdus_viscivorus_in_Karpacz_Poland

Dans un glossaire anglosaxon- latin du VIIIe siècle est écrit : trita : drostle. ( anglais moderne throstle, thrush « grive »). L’auteur du glossaire a dû connaître le mot trita en Gaule, parce que ce nom pour la grive n’apparaît nulle part ailleurs. Trita est certainement d’origine onomatopéique.

 En Gaule nous trouvons deux formes: dans l’Ouest, de la Normandie jusqu’en Saintonge et dans le Berry le type trĭta avec un –ĭ – court qui a abouti à treie, traie, et en occitan le type trīta avec un ī long, qui a abouti à trida, trido, trio. Voir Thesoc « grive » et « draine » pour la répartition géographique, qui complète le FEW XIII/2, p.303 trita.

Serrar

Serrar « scier ». Les Romains disaient serra secare « couper avec la scie », qu’ils ont simplifié en serrare vers le IVe siècle.

Serrare est donc un dérivé de serra « scie », qui est conservé dans presque toutes les langues romanes : catalan,portugais, serra, espagnol sierra, et dans de nombreux dialectes italiens.

En italien et dans de nombreux dialectes galloromans serra « scie » a été remplacé par seca, un dérivé de secare « couper ». La raison de ce changement a été qu’une phrase comme « Va serrer la porte! «  pouvait avoir des résutats au moins surprenants, puisqu’il y avait également le verbe serrer « fermer » du latin populaire *serrare « fermer ». (TLF).

  ou

Serra « scie » est attesté en ancien occitan depuis le XIVe s., et même au XIIIe s. à Avignon avec le sens « faucille ». Dans l’ouest du domaine occitan c’est la forme sarro qui domine. Parfois le sens se spécifie, comme à Barcelonette seàra « scie de scieur de long ». Le dérivé sareto est « la scie à main ». Le verbe serrar, sarrer, qui a aussi vécu en moyen français (voir DMF) se trouve surtout en occitan et dans les parlers de l’Est de la France. Les dérivés sarilho « sciure », seraire « scieur » sont très répandus en occitan.

A Marseille on appelle la mésange charbonnière la sarrofino. Il semble qu’il s’agit d’une étymologie populaire du nom serrurier. L’oiseau est appelé ainsi au 19e s. (Dict. Académie, 1842) parce que son chant ressemble au bruit d’une lime sur du métal. D’après Mistral la sarrofino est la nonnette (parus palustris. Lin) dont le roucoulement imite le bruit de la scie. Le Thesoc donne sarralhièr « mésange » pour plusieurs départements de l’Ardèche jusqu’à l’embouchure du Rhône.

                               

mésange charbonnière (avec son chant de serrurière                          la nonnette (avec son chant de scieuse!)

Serra prend aussi le sens « crête de montagne », attesté depuis le XIIe s. Le mot est surtout utilisé pour désigner des chaînes ou crêtes de montagnes et l’élément « longueur » y est prépondérant. L’évolution sémantique scie > crête ne pose pas de problème. Serra a gardé ce sens surtout dans les parlers des montagnards. Dans la plaine lou ser s.m. devient « une monticule, une colline ». Dans les Cévennes gardoises c’est le dérivé  seret qui prend le sens de « colline », mais dans l’Ariège un sarratch est une « crête de montagne ».

Serra, serran, serrange (Marseille) « scie de mer, poissons scie ou pristis » n’a pas besoin d’explication.

      

La sarrette ou sarriette (serratula tinctoria) du français non plus.

Un peu de pub pour les serres des Cévennes:

Sàuse, sauset

Sàuse, sauset « saule » se prononçait en latin salix, salicem. L’étymologie n’est pas la même que celle du français saule qui est d’origine germanique : *salha « saule » (Cf.TLF saule).

Dans l’Ariège on utilise un dérivé sawzénko pour l’arbre et sawzinkédo pour la « saulaie ». En languedocien c’est une saousereda.

Dans le Sud-Ouest on a conservé un dérivé de salix qui existait déjà en latin classique salictum « saulaie »; de là le béarnais salheyt « grève plantée d’osiers ». Un dérivé en -ariu a donné en béarnais saliguè « saule », et enfin des dérivés en -icea > saletz , solès « saule » dans l’Aveyron, soléces « oseraies » dans le Cahors.

Dans le Gard et l’Hérault le « moineau » est désigné par un dérivé de salix : lou saouzin, à Toulouse il s’appelle saouzenat. D’après Alibert il  s’agirait du moineau friquet, passer montanus. (cf.Wikipedia). Le lien sémantique est peut-être la couleur des chatons?