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Aven "sorte de pêche à Sète"

Aven  « sorte de pêche en Languedoc dans les étangs salés des environs de Cette ». La source de cette attestation est le  Traité… de  Duhamel du Monceau. Je n’ai pas pu consulter la source citée par le FEW  mais j’ai retrouvé une attestation antérieure dans son  Dictionnaire de toutes les espèces de pêches  de 1747, reproduite ci-dessous:

Duhamel précise sa définition de aven  : « plusieurs roseaux auxquels sont attachés des lignes faites d’un fil de chanvre délié »

Le FEW classe dans l’ article *abinko « rivière »  le mot aven  qui  en occitan   désignerait une « pêche qu’on pratique en Provence », mais je ne vois pas le lien sémantique entre avenc  « précipice » ou « rivière » et cette manière de pêcher.

Il y a peut-être un lien avec le mot  havenau  ou  avenet  utilisé par Duhamel du Monceau dans les Descriptions des arts et métiers, faites ou approuvée par … – Page 176.  L’étymologie de haveneau, havenet  avec  muet  est un ancien norrois hafr  « outil de pêche » + le germanique net « filet ». Le mot n’apparaît qu’au XVIe siècle, et le TLF ajoute « L’apparition aussi tardive de ce mot reste inexpliquée.  » (cf. le TLF qui suit le FEW, XVI,112)

Pour pouvoir rattacher le mot languedocien aven  à la famille germanique  hafr + net  reste  le problème  que   l’avenet  est un genre de petit filet  et que les attestations sont limitées à une région qui va de la Normandie jusqu’à la Sologne.

FORT-MAHON-PECHEUSE-DE-GREVETTES

Cette  photo de pêcheuses de crevettes dans la Somme, qui travaillent avec des haveneaux « des filets au bout de bâtons » me dit que c’est peut-être dans cette direction qu’il faut chercher. Les pêcheurs sétois ont des lignes au bout de roseaux

Aven, avenc "puits naturel"

Aven, avenc s.m. 1. aven; 2. gouffre, précipice. Une première attestation se trouve en 1027 dans un texte en latin médiéval de l’Hérault sous la forme  avenchum.   En ancien  occitan c’est avenc   » précipice » toponyme en  Rouergue en 1151 ( cf TLF)  région où ce type géologique est bien représenté.Aven Armand

L’Aven d’Armand est un des  plus beaux!

D’après le FEW il s’agit d’un mot  d’origine gauloise ab(on)-  « rivière » avec le suffixe gaulois/ligure  –inko.  Voir aussi le TLF.    Suivant la configuration du terrain  aven  prend des sens différents/  Dans les Alpes -Marimitimes un aven(c)  est « une petite source »,  à Nice  un aven « un trou dans la terre où se perd l’eau »,  d’après l’abbé de Sauvages  (S1)  « petite ouverture d’un réservoir d’eau souterraine, d’où il découle une source abondante après de grandes pluies »;  dans les Cévennes les habitants sont rentrés  par cette petite ouverture et ont découvert qu’il s’agit une « grotte » ou « caverne ».

A Barcelonnette  est attesté le verbe dérivé avencar  « alimenter une source ».

Le FEW classe dans le même article le mot aven  qui  en occitan   désignerait une « pêche qu’on pratique en Provence ». Voir à propos de ce mot l’article avenJe ne vois pas le lien sémantique entre avenc  « précipice » ou « rivière » et cette manière de pêcher.

Il y a des avens  à Sète : l’Aven  de la Combe d’Aubagnac, l’Aven du Château Vert et d’autres grottes du Mont Saint-Clair.  Mais il s’agit là de découvertes  récentes.

Le verbe abencà  « assommer » (Tarn) également cité comme dérivé de *abinko   fait plutôt partie des mots d’origine inconnue  où il est d’ailleurs repris (FEW XXI, 454b),  comme à la p. 16b du même volume, dans l’article rocher   benc  « rocher escarpé »   ou « fourchon » .

Avet

Avet « sapin » d’après le Thesoc dans les dep. 09; 31; 64, 65, Huesca et Lerida en Espagne. D’après les données du FEW, on le trouve aussi par-ci par-là dans une étroite bande jusqu’à la frontière italienne. En effet l’abbé de Sauvages mentionne abet « sapin, arbre résineux des hautes montagnes à feuilles d’if » (S2). L’ALF confirme pour Alès : abé Abet  est passé dans des dictionnaires français, e.a. celui de Cotgrave (1611)  jusqu’au Larousse de 1948 avec la mention « régional ».

En dehors de ces régions c’est le type sappinus, composé d’un prélatin *sappus plus le latin pinus, qui domine dans les parlers galloromans.

L’étymologie est le latin abies « sapin ». Panoccitan mentionne les dérivés avetada, avetosa « forêt de sapins ». Le premier est attesté pour le languedocien, le second seulement pour Saurat (Ariège)(source.
Bien d’autres dérivés existent, comme auédolo s.f. « jeune tige de sapin » (Val d’Aure) et abetilhá « faire glisser des sapins de la montagne ». (Gavarnie, Htes-Pyr.). C’est ce dernier type de création locale que j’aime beaucoup. La langue est au service de l’homme. Une telle création n’a de sens que dans des montagnes avec des forêts de sapins exploitées. Elle ne peut exister en Camargue.

Avisar

Avisar « prendre garde à »; avisa! « attention ». Dans les arènes camarguaises les spectateurs avertissent les raseteurs :Avise , le biòu! qui est aussi le titre d’un livre concernant la course camarguaise de René Domergue.

L’étymologie : composé du préfixe a- et le verbe latin populaire * visare, latin classique visere, intensif de videre « voir », est la même que celle du français aviser.  L’occitan de la Camargue a développé le sens « conseiller » > « faire attention » > « prendre garde »  qui a pratiquement disparu dans la langue d’oïl.  Les autres sens donnés par Alibert sont identiques à ceux du français aviser.

Avise  lo biòu