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Ventresca, ventreche

Ventresca, ventresco, ventreche en  français régional, « chair salée » (Lhubac). Dérivé du latin venter « ventre ».

Ce mot occitan est  attesté au XIIIe siècle avec le sens « entrailles d’un animal ».   En occitan moderne ventresco  désigne surtout  « poitrine de porc, petit lard ». Le même dérivé se trouve à Gênes  et en catalan ventresca  « intestins des poissons », comme en espagnol et portugais ventrecha « ventre des poissons ». Celui-ci est peut-être emprunté à l’occitan.

    

Vendemia

Vendemia « vendange » est l’aboutissement  régulier du latin « vendange ».  Pour les variantes voir le Thesoc. Les formes galloromanes ont subies souvent une assimilation de nd- suivi de -mi- qui sont devenus -nd- suivi de -ni-. En gascon par contre la suite -nd- latine était devenue -n- , vindemia > vinemia. Par dissimilation la suite n- suivi de -ni- est devenue -r- suivi de -ni- : vrenhar, brenhar. (Thesoc);

Vendémia, vrenha désignent également le « panier pour vendanger » (Thesoc).

Le mot s’est conservé dans toutes les langues romanes: italien vendemmia ; espagnol vendimia, etc.

Une évolution intéressante s’est produite en anglais, où  vintage,  à partir du sens « vin d’une année x »,  a pris le sens « d’une certaine année » , par exemple a car of 1942 vintage « une voiture de 1942 ». Vintage  « millésime; grande année; cru ».

    

Vendange Cos d’Estournel 1942                                             Vintage 1942     

Vencilh, bensilh

Vencilh, bensilh « lien du fagot », attesté dans les Htes-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques et les Landes, vinquèla*, vinzelo à Agonac en Dordogne. (Thesoc).

Etymologie : *vinciculum « lien ». La première attestation date de 1315 (Bayonne). Le mot est surtout connu en gascon avec le sens « hart dont on lie les fagots ».

A Bayonne le bencill‘ était une « houlette de berger » (une houlette est  un « Bâton de berger terminé par une petite plaque de fer qui permettait de jeter des mottes de terre aux moutons qui s’écartaient ».

Dans le FEW vincilh est rangé dans l’article *vinciculum « lien », un diminutif de vinculum « lien ». Voir ci-dessous vincla.

Vent, ventar

Vent « 1. vent 2. vent du sud 3. sud. » Latin ventus « vent » a eu un très riche développement dans toutes les langues romanes. Pour ceux qui veulent tout savoir, je ne peux que les renvoyer vers le FEW vol. XIV, 255-270. Il y a beaucoup de dérivés, comme ventas « gros vent », ventarau « vent très froid » etc., des emplois au figuré, des expressions et dictons.

Dans l’est du domaine occitan et en franco-provençal ven(t) a pris le sens de « vent du sud » par opposition au vent du nord, très froid et fort, le mistral. Il y avait un dicton : Le Mistral et la Durance, sont les fléaux de la Provence ». La Durance a été maîtrisée, le Mistral reste.Déjà au XIVe siècle est attesté le sens « sud » dans la même région. Par exemple dans un texte en savoyard de 1341 devers lo vent « vers le sud ».

Le verbe dérivé Ventarsignifie en occitan « jeter au vent, disperser » ce qui veut dire  en parlant des céréales « vanner ». Limité à l’occitan est le dérivé ventá  » van, tarare ».

L’étymologie ne semble poser aucun problème, mais je me demande pourquoi ventar « vanner » et surtout ventá  » van » est limité à l’occitan. Un van pour vanner s’appelle en néerlandais wan, considéré comme un emprunt au latin vannus, comme le mot français. Mais cet emprunt néerlandais wan, comme l’allemand Wanne, a rencontré  la forme indigène *winthan « vanner » , qui a donné en allemand winden « vanner » (Grimm), en anglais winnow, et en gotique diswinthjan « vanner » et  comme substantif winthi skauro « van », ventá en occitan. Il est possible que le ventá « vanner » occitan est d’origine gotique et qu’il a pu se maintenir grâce au soutien du ventus latin, qui motivait le mot.

   

                           Ventar    ou tarare                                                  Un vanneur, Jean-François Millet, vers 1848

Le tarare, ou vanneuse ou traquinet, est une machine utilisée lors du vannage. Il sert à remplacer le vannage manuel qui se faisait par jour de grand vent avec un van en jetant en l’air les grains pour les séparer des impuretés (balle). Source.

D’un vanneur de blé aux vents par Joachim du Bellay
A vous, troupe légère,
Qui d’aile passagère
Par le monde volez,
Et d’un sifflant murmure
L’ombrageuse verdure
Doucement ébranlez,
J’offre ces violettes,
Ces lis et ces fleurettes,
Et ces roses ici,
Ces vermeillettes roses,
Tout fraîchement écloses,
Et ces oeillets aussi.
De votre douce haleine
Éventez cette plaine,
Éventez ce séjour,
Cependant que j’ahanne
A mon blé que je vanne
A la chaleur du jour.

Ven(t) « vent » du latin ventus. Dans beaucoup d’endroits le mot ven désigne le « vent du sud ». Le vent joue un rôle très important dans la vie des Méditerranéens. Dans le dictionnaire Panoccitan je trouve déjà une trentaine de noms différents et il est loin d’être complet. Les noms  gras et soulignés en bleu sont les liens qui vous mènent aux articles dans mon site. Les noms qui sont les mêmes qu’en français n’ ont pas de lien.  Consultez les articles concernés dans le TLF .

Je cite le dictionnaire Panoccitan :  » vent nom m. 1. vent (TLF); petit ~ loc. autres choix: ventarèl nom m.; grand ~ loc. aurassa nom f.; grand ~ loc. ventana nom f.; grand ~ loc. ventàs nom m.; ~ chaud et étouffant loc. bugàs nom m.; ~ tourbillonnant loc. ecir nom m.; ~ frais et agréable loc. eissaure nom m.; ~ froids et secs FAM loc. lepafangas nom m.; ~ marin loc. vent du sud-est marin nom m.; ~ froid loc. rima nom f.; ~ arrière MAR loc. subrevent nom m.; ~ changeant loc. vent viraire; ~ violent loc. venta nom f.; ~ d’ouest loc. aura baissa; ~ d’est chaud loc.aura rossa; ~ d’est loc. autan nom m.; ~ du sud chaud et humide loc. calamandrin nom m.; ~ de nord-ouest loc. cèrç nom m.; ~ du nord-ouest loc. cèrs nom m.; ~ du nord loc. cisampa nom f.; ~ d’Espagne loc. espan nom m.; ~ du nord-ouest loc. galèrna nom f.; ~ du sud-ouest loc. garbin nom m.; ~ du nord-est loc. gregal nom m.; ~ du sud loc. ispanina nom f.; ~ du sud-ouest loc. labech nom m.; ~ du large loc. largada nom f.; ~ du nord-ouest loc. mistral nom m.; ~ de la montagne loc. montanhièra nom f.; ~ d’est loc. solana nom f.; ~ d’est loc. soledran nom m.; ~ de la pluie loc. vent pluèg; ~ des giboulées loc. vent vocairòl; coup de ~ du sud-ouest loc. garbinada nom f.; coup de ~ du nord-est loc. gregalada nom f.; coup de ~ du sud-ouest loc. labechada nom f.; coup de ~ d’est loc. levantada nom f.; temps du ~ marin loc. marinada nom f.; coup de ~ du nord-ouest loc. mistralada nom f.; coup de ~ d’est loc. soledrada nom f.; coup de ~ loc. ventada nom f.; coup de ~ loc. ventaròla nom f.; ~ qui fait pousser les feuilles loc. vent fulhièr.
Dans le site des Atlas linguistiques de l’Occitan, le Thesoc, vous en trouverez encore des dizaines d’autres,, avec des noms spéciaux suivant la direction d’où il soufle. Au campingLou Labech à Bouzigues, j’ai relevé en plus : lou levan (CNRTL), lou magistraou, la bonnança-pota, lou mi-journaou, lou tournejaire et lou pounent.

Zogarda

Zogarda s.m. ‘loup, jouet d’enfant’ (Guyenne). Quel genre de jouet?? Si vous le savez, écrivez-moi! L’étymologie est inconnue. D’après Alibert c’est un synonyme de bronzidor, bronzidoira défini comme « jouet d’enfant ». Mais juste avant ce mot  il y a bronzida  « bruit strident, son ronflant, rumeur ».  Or dans le  TLF s.v.  bronzel’étymologie de celui-ci serait le grec

 » « instrument servant à imiter les bruits de tonnerre sur la scène » (IIe s., Pollianus dans LIDDELL-SCOTT), instrument constitué, d’apr. DEI, par un vase de cuivre dans lequel on agitait des pierres ».

Le TLF connaît aussi le mot loup avec un sens  « JEUX » : [Le loup étant figuré par des pers. ou par des pions sur un damier] Le plan d’un jeu appelé jeu du loup (E. DE GUÉRIN, Lettres, 1837, p. 131). Il semble qu’on joue au «Loup, y es-tu?» des enfants (GIDE, Retour Tchad, 1928, p. 966). »DMF.

D’après  Panoccitan la traduction en occitan  du mot français  loup  est : 2. masque zogarda. 3. jouet, petard. 


Zusuba

Zusuba  ‘jujube’. Cf.didoulo  zusubiér « ‘jujubier.

Zobarga

Zobarga s.f. ‘talon de timon’. Mot de la Guyenne d’après Alibert. A Camarès dans l’Aveyron (12360) est attesté le mot zoubargo s.f. dont le sens est donné avec beaucoup de précision: « le talon de timon, partie saillante ménagée vers le bout du timon pour arrêter les anneaux attachés au joug et permettre de faire reculer le char ».

L’étymologie était  inconnue, mais en feuilletant le FEW je trouve sous jugum (V,61b) deux formes qui s’en rapprochent: à Caraman dans la Haute Garonne : subrejougcheville de fer enfoncée dans la partie supérieure du joug pour y attacher les liens » et Saurat (Ariège) süberzjou. Des formes correpondantes se retrouvent en Aragon. L’étymologie pourrait être un composé de super ou sub + jugum. Dans l’article jungere (V,71b) dans la Lozère la forme soubredzouñeyro s.f. ‘morceau de fer recourbé qu’on met sur le joug pour y attacher les anneaux’.

Un spécialiste m’a renseigné:

Je pense que ce nom de zoubargo correspond à un :

  – crapaud de timon : douille métallique emboîtée à l’extrémité avant d’un timon et muni de 2 anneaux destinés à recevoir les chaînettes.
Lorsque les chaînettes sont en cuir, les anneaux sont fixes, en forme de dé ou ovoïdes.
Lorsque les chaînettes sont métalliques, les anneaux sont mobiles et de forme circulaire.
Ces infos sont sur : Encyclopédie de l’attelage, éditions Belin, par Bernard Lecointe.
Si je crois les définitions données par les dictionnaires occitans, la zobarga  fait partie du timon et ce n’est pas la même chose que le soubrejoug. Il y a le crampon de brancard et le crapaud de timon.
    crampon    crapaud de timon

Pour être sûr de l’étymologie, il faut que je trouve quelqu’un qui puisse me la montrer et en prendre une photo.

Où est la zobarga?

Conilh, conilha

Conilh, conilha « lapin, lapine » voir l’article zeneto

Zeneto, genette

Zeneto « espèce de civette » fr. genette. »

Originaire d’Afrique du Nord, ce petit carnivore farouche au corps allongé – d’une longueur totale de 90 cm dont la moitié pour la queue – se distingue par un pelage gris tacheté de noir et une queue annelée gris noir. Il est difficile d’apercevoir la genette car elle a une activité nocturne ; pourtant elle est bien présente dans les Corbières depuis plus de 1000 ans. En effet elle fut introduite en Espagne et en France lors des invasions sarrasines. Les musulmans l’avaient apprivoisée pour chasser les souris dans les habitations. C’est pourquoi elle figure sur certains tableaux médiévaux du Languedoc avant que n’apparaisse le chat domestique.

De nos jours « la genette bénéficie d’une protection totale sur le territoire national qui favorise son expansion au nord de la Loire et vers l’est du Rhône. » m’écrit Patrick Valette, technicien forestier de l’Office National des Forêts. Un site intéressant sur la genette : http://www.carnivores-rapaces.org/Genette/population.htm

L’histoire de l’animal nous donne l’histoire de son nom qui est venu par le catalan geneta, l’espagol jineta ou le portugais. gineta qui proviennent de l’arabe ğarnait « civette ». Je cite le mot parce que dans les dictionnaires dialectaux on ne le trouve que pour le Gard et l’Hérault. Pourquoi ? Si vous pouvez me renseigner, n’hésitez pas ! Il est déjà attesté par l’abbé de Sauvages  châinè au debut du XVIIIe siècle.!

        

                                        La genette.                                         Répartition géographique

Dans le site http://sarah.vanden.free.fr/pages/historique.html  il y a une image provenant de « La Dame à la licorne : six tapisseries exécutées à la fin du XVe siècle par l’un des plus grands artistes, le Maître de Moulins, qui imagina cet ensemble à la demande de Jean IV Le Viste, président de la Cour des Aides à Paris. »

La plupart des animaux y vont par couple prédateur-chassé ; par exemple, la genette et le lapin. La genette symbolise l’inconstance et la rouerie. Le lapin, qui a l’époque s’appelait connil du latin cunniculus, est le symbole sexuel féminin par excellence au Moyen Age; il est associé à la lune et à la fécondation. (Le mot connil a été remplacé au XVIIe siècle par lapin parce que les gens en avait marre d’entendre les mêmes blagues depuis des siècles. Par contre ancien occitan conilh, conil a survecu jusqu’au XXe siècle.  Conilh, conilha « lapin, lapine », est considéré comme « vieux » même dans l’Aveyron . Alibert)

Dans un site consacré au tombes égyptiens  (site disparu) vous trouviez en grand format cette représentation de la genette.

Pour ceux qui sont près d’une bibliothèque universitaire et lisent l’allemand, il y a l’article de:Elke Grab-Kempf, Heidelberg : « Zur Etymologie iberoromanischer Bezeichnungen für die ‘Genette, Ginsterkatze (Genetta genetta L.)’: sp. jineta (asp. gineta, geneta), kat. geneta (akat. janeta), val. gineta, pg. gineta (mlat./apg. janeta), gal. xeneta, xineta « . Zeitschrift für romanische Philologie. Volume 122, Issue 4, Pages 679–687.

Vedigana

Vedigana,  bedigano s.f. »vigne sauvage » (Toulouse, repris par Alibert)  dérivé du latin vitex « sorte de saule, agnus castus ».

Vitex a abouti à veze, vedze, vige « osier » et se trouve partout en occitan  excepté le gascon. Cf. l’article  vige.   L’agnus castus est aussi appelé pèbre. Voir ce mot.

Le transfert   « saule » > »osier  » se comprend parce que les tiges des deux plantes sont très flexibles et servent aux mêmes techniques. La bedigano est souvent utilisée pour lier les vignes, de là le sens « vigne sauvage ». Languedocien bedisso « scion d’osier » appartient à la même famille vitex.  Voir aussi lambrusquiero

La vedigano se trouve dans les segonnaux (morceaux de terre potentiellement exploitable compris entre un fleuve et ses digues)  du Rhône, et elles y atteignent une longeur démésurée.  Dans les temps anciens, spécialement en Camargue la « vedigano de lambrusco » ou lambrusquiero de vedigan  seule était tolérée dans les embarrages pour frapper les taureaux, car elles sont plus souples que les bâtons ordinaires. (Povéda, Le parler camarguais).

Roumanille a écrit un conte : La vedigano – La verge d’osier. Que vous pouvez lire en cliquant sur ce lien.

 

Nous voyons ici l’intérêt de l’ethnobotanique. Les noms des plantes et leur classification réfèrent à d’autres critères que la botanique scientifique.  Saule, agnus castus et vigne sauvage font des bâtons flexibles: vedigano.