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Brau "taureau"

En Camargue¬† le brau est le ¬ę¬†taureau √©talon d‚Äôorigine domestique¬†¬Ľ 1, mot qui a remplac√© tau dans beaucoup de parlers locaux. Le sens varie suivant les localit√©s entre « taureau entier » et « jeune taureau ».

Brau vient du latin barbarus au sens ¬ę¬†sauvage, non domestiqu√©¬†¬Ľ. En ancien occitan l’adjectif¬† brau, brava a pris le sens¬† ¬ę¬†farouche, rude, mauvais¬†¬Ľ, qui d’apr√®s Mistral s’est conserv√© en languedocien et gascon, mais il est consid√©r√© comme « vieux ».

Le brau¬† est le taureau entier qui vit en libert√©, dans le pr√© avec les vaches.¬† Le bi√≤u de la Camargue est une race bovine et d√©signe plus sp√©cialement un taureau castr√© √† l’√Ęge de un an (suivez¬† le lien).

Lou Brau, Re√Į de l‚ÄôAubrac,
se repauso i mitan de sas vachos

La dormeuse a trouv√© dans le compoix de Mirepoix de 1766, le toponyme planel de Brau¬†un terrain plat qui d’apr√®s les vieux Mirapiciens¬† s’appelait encore le « planel des vaches‚ÄĚ en 1950.¬† Elle signale aussi un autre sens du mot brau¬† « une terre de limon, fertile, mais de travail difficile », soit encore un ‚Äúsite boueux ».¬† Le FEW ne nous fournit que des attestations en gascon pour le sens « marais, bourbier » et l’√©tymologie de ce brau¬† est inconnue.

Barbarus devenu bravo en espagnol, y prend √† partir du XVe si√®cle le sens « courageux, fier ».¬† Bravo!¬† a √©t√© introduit en occitan, comme ailleurs, √† partir du XVIe si√®cle.

Plus r√©cent est le d√©veloppement du sens de brave qui est¬† devenu synonyme de¬† « honn√™te, probe, sage ». De nos jours le mot devient presque p√©joratif: « gentil mais un peu b√™te ».

L’anglais brave¬† signifie »courageux », mais le n√©erlandais braaf et l’allemand brave « sage » surtout¬† en parlant des enfants; le¬† su√©dois et le norv√©gien bra « ob√©issant ».

      

braaf  et brau

Voir auss les articlesi tau(r)  et biou.

Notes
  1. Voir Thesoc s.v. taureau pour la répartition géographique des types lexicographiques

Biòu

Bi√≤u « taureau ». Utilis√© surtout en Camargue. Prononcez [bi√†ou]. Il vient du latin bos, accusatif bovem « boeuf, vache ». Pour les Camarguais une vachette est aussi un « biou » et ils respectent donc la langue latine telle que des Romains la parlaient.

le biou et le raseteur

Pour tout savoir, visitez le site de R.Domergue. Un biòulas est un gros taureau et un bioulet un petit.

Un taou(r) sert √† la r√©production. Quod licet Iovi, non licet bovi. (Ce qui est permis √† Jupiter, n’est pas permis √† un bi√≤u.)


Tau, taur

Tau(r) « taureau entier ». L’occitan a conserv√© la diphtongue -au- du latin : causam > causa, pausam > pausa, et taurum > taur, tau.

En Camargue le tau est le « taureau non bistourn√© », les autres s’appellent bi√≤u.¬†

Un toisi√®me type est le brau « taureau √©talon d’origine domestique » (Camargue), mot qui a remplac√© tau dans beaucoup de patois. Brau vient du latin barbarus au sens « sauvage, non domestiqu√© ». En ancien occitan brau adjectif signifie « farouche, rude, mauvais » comme substantif¬† « taureau ».

brau d'Aubrac

Lou Brau, Re√Į de l’Aubrac,
se repauso i mitan de sas vachos

Posaraca

Posaraca « puits √† roue »(XIIIe s.) posaranca, posalanca etc. A Arles le fameux arpenteur Bertrand Boysset a not√© la forme poaraqua en 1395, d’apr√®s un article dans la revue Romania21(1892)p.540 :

¬†D’apr√®s de nombreux dictionnaires occitans il s’agit d’un puits √† roue et non pas d’un puits √† bascule comme l’indique Alibert.

Un visiteur me signale que je n’ai pas donn√© l’√©tymologie de ce compos√© posaraca, posaranca, pouzaranco,¬† etc. Je rattrape cet oubli.L’abb√© de Sauvages a eu une id√©e:

Mais il n’est pas suivi par Mistralqui donne 6 variantes pouseraco, pousaraco, pousaranco, pousalanco, pousolonco, pousolongo, et propose de l’expliquer comme un mot compos√© de posar (puiser) +- racar (vomir, rendre). Cette √©tymologie est aussi donn√©e par le FEW : (il) posa + (il) raca « il puise et il crache ».

La premi√®re attestation occitane date de 1200. Pour l’√©tymologie de racar cliquez.
Les formes avec l’insertion d’un -n- sont dues √† une √©tymologie populaire qui a assimil√© la terminaison -aca au suffixe -enco, -anco tr√®s fr√©quent en occitan.

Le commentaire d’olive34 ci_dessous m’a incit√© √† mettre une petite vid√©o¬†¬† sur Youtube

Une deuxième video, cette fois avec un cheval faite par un ami  à Manduel le  2012-10-09

Barbajàou,barbajòl

Barbaj√†ou,barbaj√≤l s.m. »joubarbe ». L’origine du mot occitan et du mot fran√ßais est identique : latin barba + Jovis le g√©nitif de Jupiter. La diff√©rence du genre s’explique par l’inversion des deux composants.¬† D’autres noms¬† de la joubarbe des toits : Artichaut b√Ętard, Artichaut de murailles, Artichaut des toits, Grande Joubarbe, Herbe du tonnerre ».

D’apr√®s les donn√©es du FEW le type barbaj√†ou est limit√© √† l’est-languedocien, au Velay et au P√©rigord. Il se retrouve en wallon. Il faudra attendre la publcation du Dictionnaire de l’Occitan M√©dieval, pour savoir si ce type √©tait plus r√©pandu autrefois et qu’il couvrait la m√™me zone g√©ographique que le type dies + jovis > dij√≤us « jeudi ».

      

Pedanius Dioscoride né vers 40 après J.-C. à Anazarbe dans la Cilicie (Turquie) écrit dans sa De materia medica que la Jovis barba protège contre la foudre et que pour cette raison on la cultivait dans dans des bacs et sur les toits.

Le Capitulare de villis vel curtis imperialibus, l’ordonnance de Charlemagne concernant la gestion de l’agriculture et l’horticulture des domaines imp√©riaux, r√©dig√© vers 812, prescrit la plantatation de la joubarbe pour la m√™me raison.

D’apr√®s le Thesoc barbajaou est le nom de l’hirondelle dans le Gard, l’H√©rault et l’Ard√®che (??). Ailleurs l’hirondelle s’appelle cul blanc. Il doit s’agir du barbaj√†ou le « martinet √† ventre blanc »; le barbeirou-pies blanc le « grand martinet √† ventre blanc » (Mistral), qui est le plus grand martinet d’Europe.¬† Je crois que c’est le m√™me oiseau; je n’ai pas trouv√© deux esp√®ces de martinets √† ventre blanc diff√©rents. Ce sens s’explique √† partir de la notion « barbe blanche ».

Un visiteur m’informe : barbajou serait aussi le sobriquet collectif des habitants de Bezouce ou St-Gervasy, dans le Gard.