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Frigoulo, farigoulo

Frigoulo « thym », vient du latin fericula un dĂ©rivĂ© de ferus « sauvage ». Un mot typique pour la rĂ©gion autour du golfe de Lion, cf. catalan frigola,  et  l’ancien occitan ferigola.

Normalement  fericula aurait dû aboutir à *fericla, mais c’est  peut-être sous l’influence des moines qui s’occupaient beaucoup des plantes médicinales et du latin, que l’évolution de la forme a été ralentie. Michel Chauvet me fait savoir que le mot se retrouve dans les parlers italiens (Penzig, Flora popolare italiana) :

Liguria : FerrĂągera (Bordighera); FerĂągula (Mortola); Ferigola, FrĂągola, Figoli (Nizza); FrĂągola, FurĂągola (Escarena)… En italien, ces formes sont normales, l’accent Ă©tant sur la syllabe prĂ©cĂ©dant le o / u. Pourrait-ce ĂŞtre une influence italienne, et alors pourquoi ?

En languedocien nous trouvons aussi le dérivé frigoulous « terre en friche rempli de thym ». Un autre dérivé, frigoulo, ou frigouleto  désigne le « serpolet » qui est très proche du thym. Depuis le XVIe siècle la férigoule se trouve dans des textes français mais toujours avec une référence au Midi, par ex. Pierre Larousse : « farigoule  nom du thym dans le midi de la France ». Il y a beaucoup de noms de lieu, par ex. :

L’abbaye St. Michel de Frigoulet. Magnifique!

Une recette trouvé sur internet : « Fricassée de volaille au pèbre d’ail et farigoule ». C’est devenu un nom de magasins, restaurants etc.

thym         serpolet

D’autres noms pour le thym pebrada, serpol, voir Thesoc.

Vallat, valat

Vallat, valat s.m.  « ravin, fossĂ©; tranchĂ©e pour dĂ©fricher un champ (S); vallĂ©e ».  Ce dernier sens est dĂ» Ă  l’influence du français. Grâce au moteur de recherches interne je peux savoir ce que les visiteurs ont cherchĂ© dans mon site : 9 fois le mot vallat cette semaine. Alors je m’y mets.

La latin avait deux mots  vallis  s.f. « vallĂ©e » et vallum s.n. « palissade, parapet, rempart ». Ce dernier existe toujours en italien et espagnol vallo ‘rempart’.  En Gaule ces deux mots sont assez tĂ´t devenus identiques dans la langue parlĂ©e. Vallis et vallum ont  abouti Ă  val en galloroman, et cette forme s’est maintenue surtout dans les noms de lieu.  Il faudra pour chaque toponyme vĂ©rifier s’il s’agit d’un rempart ou d’une vallĂ©e.

Dans le sens « vallĂ©e » il est remplacĂ© par vall- + ata > vallĂ©e en français , valada en occitan. Cf. anglais wall « rempart », cf. Wall street,  (< vallum),  et  vale  « vallĂ©e »Â  de l’ancien français val  « vallĂ©e » et valley, nĂ©erlandais wal « rempart », et  vallei « vallĂ©e »; le quartier rouge d’Amsterdam s’appelle « de Walletjes » littĂ©ralement « les petits remparts », allemand der Wall « rempart ».

   Walletjes Amsterdam

Des remparts  à New York et à Amsterdam

Vallat est un autre dĂ©rivĂ©, avec le suffixe -attu  de vallum qui signifie « fossĂ© » depuis les plus anciens textes en occitan  comme dans les parlers modernes : ‘fossĂ©, ruisseau, rigole, ravine’ . La forme gasconne barat ‘fossĂ©’ a mĂŞme servi de modèle au français baradine « fossĂ© Ă©tabli sur une colline pour donner de l’Ă©coulement aux eaux », mais ce mot a disparu du français actuel d’après le TLF.

Pour l’abbĂ© de Sauvages un valat est un ‘ruisseau’ ou un ‘ravin’ lorsque c’est une ravine qui l’a creusĂ©. Un valĂ -ratiĂ© est « une pierrĂ©e , une longue tranchĂ©e qu’on remplit de blocaille de cailloutage & qu’on recouvre de terre … pour les conduire Ă  une fontaine: dans ce dernier cas les pierrĂ©es doivent ĂŞtre sur un lit de glaise ou de tuf ou de rocher ». Vous voyez que l’abbĂ© essaie d’instruire ses lecteurs, comme j’ai expliquĂ© dans le paragraphe que je lui ai consacrĂ©!

Raymond Jourdan, le père d’un fidèle visiteur, a fait une description dĂ©taillĂ©e la culture de la vigne en Languedoc dans la pĂ©riode entre les deux guerres.  Il utilise le vocabulaire occitan, tel qu’on le parlait Ă  l’Ă©poque Ă  Montagnac (HĂ©rault).  Son fils a eu la gentillesse de me faire parvenir ce texte illustrĂ© de dessins Ă  main levĂ©e.  J’en ai appris Ă©normĂ©ment de choses sur la viticulture.  La description commence avec le dĂ©foncement lo rompre  et se termine  avec l’entonnaire qui s’occupait de la retiraison  pour le nĂ©gociant. Son lexique  avec une orthographe « normalisĂ© » est consultable ici MontagnacViitiiculture. Ci-dessous je copie la graphie de l’auteur Raymond Jourdan de Montagnac.

Dans le deuxième chapitre  « La prĂ©paration Ă  la plantation » il Ă©crit:

Lors du dĂ©foncement les hommes suivent la charrue et retirent racines et cailloux qu’ils entassent. Après les racines sont brĂ»lĂ©es et les cailloux utilisĂ©s pour faire des drainages : ballat ratier (fossĂ© Ă  rats) dont l’ouverture donne sur un fossĂ© ou un ruisseau et qui comporte parfois plusieurs branches pour mieux drainer la parcelle.

En bout de branche est installĂ© un biradou,  endroit oĂą le ballat-ratier dĂ©bute et oĂą l’animal qui s’y refuge, lapin, counil, rat, serpent (ser), martre, putois (peudis), belette, (moustelle)  peut se retourner pour ressortir et dans le cas du lapin Ă©chapper au furet (foude )  et venir en sortant s’emmĂŞler dans la bourse (pantĂ©no) que le chasseur a placĂ©e.

En plus il y a un dessin:

Valat est aussi devenu nom propre. Un visiteur m’Ă©crit : « ma grand mère maternelle de mon père Ă©tait nĂ©e Valat, mariĂ©e Ă  un M. Nicolas, on l’appelait Marie de Valado (fĂ©minin de Valat).

Il y a aussi le nom propre Val.

Truc (de Balduc)

Le Truc de Balduc n’est pas le Machin de Balduc dont on a oubliĂ© le nom mais une « colline, une montagne ». C’est le truc le plus connu de la Lozère, le dĂ©partement de France le plus riche en trucs, mĂŞme s’ il y a aussi le Mont Truc en Hte-Savoie. D’après le PĂ©gorier truc  signifie « hauteur, Ă©minence » dans les dĂ©p. Lozère, Ardèche et Aveyron. D’autres noms dans la mĂŞme catĂ©gorie : trucaioun « petite butte dans les CĂ©vennes. Trucal « butte, monticule, hauteur aride et isolĂ©e » (Languedoc, dĂ©jĂ  S1); trucas « grosse butte, gros tertre » Languedoc; tru, truc « grosse pierre, roche; butte, sommet » occitan et franco-provençal. La famille de mots est très rĂ©pandue en Italie et dans les langues ibĂ©ro-romanes comme catalan trucar « donner des coups ». Truc signifie partout  « gros caillou, rocher, bloc erratique, rocher massif »,  en occitan du dĂ©p. des Hautes-Alpes jusqu’au Cantal, par ex. à Champsaur « grosse pierre ». Estruquer  » enlever les pierres d’un champ ».

J’ai l’impression que plus on va vers l’ouest plus les trucs grandissent. Voir l’image du Truc de Balduc, qu’on peut difficilement considĂ©rer comme un caillou. A Teste (Gironde) truque est une « hauteur de terrain, plus haute que les autres, et dans les Landes un trucest est une « dune ».

Le truc de Balduc

Le FEW considère ce groupe de mots et de toponymes comme dĂ©rivĂ©s du verbe du latin parlĂ© *trĹ«dÄ­care « heurter » crĂ©Ă© Ă  partir du latin classique trĹ«dere « heurter ».

*TrĹ«dÄ­care a donnĂ© en ancien occitan trucar « heurter contre » ( vers 1300). A NĂ®mes trucâ « heurter » (Mathon). Dans les rĂ©gions d’Ă©levage trucar se dit en gĂ©nĂ©ral des bĂŞtes Ă  corne « frapper de la tĂŞte, de la corne ». De l’HĂ©rault jusqu’en Gascogne le dĂ©rivĂ© truc signifie  » choc, heurt ». A Toulouse le truc est « le bruit que font les Ă©cus en les comptant » et dans cette rĂ©gion « payer comptant » se dit paga truquet. En bĂ©arnais truc a pris le sens d’un des rĂ©sultats possibles d’un heurt : « le son d’un battant (de cloche, etc.) ». Ailleurs, surtout en gascon l’Ă©volution a continuĂ© et le truc est devenu « grande clochette pour le bĂ©tail » (Val d’Aran, Lavedan, les Landes, etc.).

L’Ă©tymologie donnĂ©e mais pas expliquĂ©e par le FEW du truc  « gros caillou » comme le TRuc-de-Balduc  n’est pas très convaincante. C’est surtout l’Ă©volution sĂ©mantique « choc, heurt, battant » > « caillou, rocher, tertre » qui n’est pas claire. Le verbe catalan trucar « sonner, donner un coup (de fil), frapper Ă  la porte » et ses dĂ©rivĂ©s sont expliquĂ©s comme des onomatopĂ©es par Corominas (DE) , mais ils pourraient s’expliquer Ă©ventuellement  Ă  partir d’un verbe  trĹ«dÄ­care « heurter ».  Le Truc de Balduc  par contre est beaucoup plus difficile Ă  expliquer. D’ailleurs, d’autres comme A.Dauzat ou C. Nigra pensent que truc « rocher » est un Ă©lĂ©ment d’un substrat celtique ou prĂ©celtique, ce qui est d’autant plus probable Ă  mon avis qu’il s’agit d’un mot très frĂ©quent dans la toponymie.

 

Talent, talan

Talent, talan. L’expression occitane avĂ© talen n’est pas du tout la mĂŞme chose que « avoir du talent ».  Occitan talen et français talent ont la mĂŞme origine mais ils sont le rĂ©sultat d’une  Ă©volution diffĂ©rente. Le talent français est rĂ©cent et littĂ©raire, il date du XVIe siècle, alors que le ou la talen(t) occitan(e) est beaucoup plus ancien et signifie « dĂ©sir, envie, faim », comme dans passa talent « souffrir de faim » (ancien et populaire). Lou pan Ă  la dènt fa veni la talènt. (Le pain Ă  la dent fait venir l’envie de manger). Mistral nous fournit une autre belle expression qui se dit d’un bon couple: quand l’un a talènt, l’autre dèu avĂ© set. (l).

L’influence des Textes SacrĂ©s, notamment de l’Evangile, dans l’Ă©volution des langues occidentales a Ă©tĂ© très importante. L’histoire du mot talentum en est un bon exemple. Il a le sens « une somme d’argent » dans la Parabole des talents  » (Matthieu 25, 14-30). Très tĂ´t ce sens concret a donnĂ© lieu Ă  l’emploi au figurĂ© « dons confiĂ©s par Dieu » dans les commentaires et les sermons. Ensuite, dans la vie quotidienne, en dehors de la religion, s’est dĂ©veloppĂ© le sens « Ă©tat d’esprit » qu’on trouve dĂ©jĂ  en ancien occitan dans la Chanson de Sainte Foy : talan, talantz « Ă©tat d’esprit, intention, humeur », et dans le Testament de la reine de Navarre (1038, DuCange), en latin : …si venerit ad aliquam de meas filias in talentum Deo servire… (si une de mes filles aurait envie de servir Dieu).

En galloroman et ailleurs dans la Romania, en particulier dans les zones oĂą les langues littĂ©raires ont eu moins d’influence, le sens « Ă©tat d’esprit, intention » a abouti Ă  « dĂ©sir, envie » qui existe encore par-ci par-lĂ  en Provence. Dans l’Ă©volution ce sens abstrait devenait de plus en plus concret et aboutit Ă  « dĂ©sir de manger, faim » en Languedoc, en Gascogne et en Wallonie (voir Ă  propos de cette rĂ©partition gĂ©ographique la page Tablier). Il n’est pas impossible que ce  sens « appĂ©tit » a Ă©tĂ© empruntĂ© au catalan oĂą il est attestĂ© dès le XIIIe siècle.

Le sens «  »pièce de monnaie » (voir ci-dessus Ă  propos de l’Evangile) a abouti Ă  « commerce, industrie, exploitation, par exemple dans le Tarn es en talant de bòrio « il exploite une ferme ».

La traduction de la Bible en français au XVIe siècle et l’Ă©tude du texte dans les milieux protestants rendent la Parabole des talents gĂ©nĂ©ralement connue, et Ă  partir du dĂ©but du XVIIe siècle, talent prend le sens de « capacitĂ©, habilitĂ©, supĂ©rioritĂ© dans un art, mĂ©tier, etc. » ce qui fait disparaĂ®tre les autres significations.

Dire que l’Ă©tymon est le grec talenton « plateau de balance, balance, poids; pièce de monnaie », empruntĂ© par les Romains talentum > talantum « poids grec; une somme d’argent » n’explique pas grand chose. Pour comprendre le sens « dĂ©sir; envie, faim » il faut suivre son Ă©volution sĂ©mantique et savoir dans quels contextes il a Ă©tĂ© utilisĂ©.

un talent  grec

Vous pouvez lire tous les commentaires notamment sur le toponyme Picotalen(t). de cet article ici :

Sassi

Sassi « pierres, cailloux ». J’en parle parce que pendant une promenade dans les gorges du Tarn, j’ai relevĂ© Ă  Ste-Enimie le mot sassi avec le sens « pierres, cailloux », mot introuvable dans les dictionnaires . Une curiositĂ© ou un texte rĂ©digĂ© par un Italien? En dehors du franco-provençal, latin saxum « roche » n’est pratiquement pas conservĂ© dans les parlers gallo-romans.
Il y a pourtant un nom de lieu dans le dĂ©partement du Tarn avec cette mĂŞme origine: Sayx. J’aimerais bien avoir une confirmation de sassi « pierres » en Lozère!

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