cat-right

Rodo, roudou, redoul

Rodo, rodor

  • 1. Coriaria myrtifolia (cf. Wikipedia) utilis√© pour le tannage comme le sumac.. L’esp√®ce contient de la coriamyrtine, alcalo√Įde qui frappe les moutons d‘intoxication alcoolique lorsqu’ils les consomment.Voir ebriago.
  • 2. Sumac. ¬† Cf fustet¬† pour les caract√©ristiques et l’utilisation de cette arbrisseau.

Etymologie : latin rhus, rhoris; rore; ros. Un emprunt au grec. Les Grecs l’utilisaient d√©j√† pour le tannage. Les formes de l’ancien occitan ros, rou reposent directement sur le nominatif rhus >ros.

 

Mistral, Tr√©sor.¬†¬†¬†¬†¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬†¬† ¬†¬† emborracha cabras¬†¬† « coriaria »

Le grand √©tymologue Corominas suppose pour expliquer certaines formes occitanes et catalanes (ancien languedocien rodor, Aveyron roudo√Ļ , languedocien roudouri√© « lieu plant√© en roudoul ») un nom compos√© rhustyrius = rhus de Tyrus o√Ļ turius remplace syriacus (de Syrie) parce que Tyrus, Tyr est le port le plus important de la Syrie. Dans l’Antiquit√© la Syrie √©tait le producteur le plus important de sumac pour le tannage. Rhus-tyrius > rorem tyrium √† l’accusatif , > *roreturium et par dissimilitaion des deux -r- > *rodeturiu, qui par l’√©volution phon√©tique r√©guli√®re a abouti √† rodor, ancien catalan roudor, raudor, etc.
Les formes occitanes rodor etc. ont abouti à rodo et par changement de suffixe > rodoul,  et ensuite par dissimilation des deux voyelles > redoul. Voir aussi le TLF s.v.roudou.

Voir aussi Nerta « myrte »

Roire

Roire, ¬ę¬† ch√™ne blanc¬†¬Ľ (Quercus humilis, subsp lanuginosa). C’est un arbre de 10 √† 15 m√®tres de haut (√† 80 ans). Certains individus peuvent m√™me atteindre 25 m√®tres. Son tronc, droit et court, porte une √©corce noir√Ętre fissur√©e. Ses feuilles caduques, lob√©es et d’un vert clair sur le dessus, sont tr√®s poilues (pubescentes) et vert gris√Ętre sur le dessous.

     
ch√™ne blanc ……………¬† ¬† ¬†……sauge des bois

Pauc roire ¬ę¬†sauge des bois¬†¬Ľ 1290 en Rouergue,¬† 1350 Toulouse. La forme avec ‚Äďi- surtout dans les d√©p.34, 11 et 31.

Lat. robur ¬ę¬†force¬†; ch√™ne¬†¬Ľ remplace en Italie du nord en espagnol, catalan (roure) et portugais,¬† ainsi qu‚Äôen francoproven√ßal¬† et occitan le mot quercus,¬† le pr√©roman *carra ¬† et le celtique (?) cassanus ( > fr. ch√™ne).¬† Robur¬†¬† a d√Ľ exister m√™me dans le nord de la Galloromania, ¬†puisqu’ il y a beaucoup de toponymes d√©riv√©s de robur. ¬† Voir aussi rove et rore et l’article qui approfondit¬† les diff√©rentes d√©nominations des ch√™nes en occtan : Cassanus, robur, quercus, carra.

Romana

Roman, romana :¬† 1. »balance romaine » (Alibert)

             

Eh non, la romana ne nous vient pas de Rome!, mais¬† du Nord de l’Afrique, de l’arabe rumman(a) « grenade, le fruit du grenadier ». Dans des trait√©s scientifiques arabes du XIe-XIIe s. la romana est d√©crite et notamment le peson qui se d√©place sur la r√©glette et qui avait la forme d’un grenade. En vald√ītain (Vall√©e d’Aoste, Italie) la romana d√©signe toujours le peson.

          

La plus ancienne forme en occitan est rom√† (XIVe s.), qu’on a retrouv√© dans les parlers occitans modernes √† Alzon (Gard) roumo « grosse romaine » et √† Sum√®ne roumo « romaine ».¬† Le mot est venu avec la chose par les relations commerciales, d’abord en Italie qui a emprunt√© le collectif rumman (> italien romano)¬† qui a ensuite p√©n√©tr√© en occitan.

Le singulier rummana nous est parvenu par l’interm√©diaire de l’espagnol, le portugais et le catalan romana. Les premi√®res attestations datent 1400. Dans son voyage vers le nord et Paris, la forme a √©t√© adapt√©e √† l’adjectif romaine¬† « de Rome ». Ensuite il est revenu dans nos r√©gions et la forme¬† a √©t√© adapt√©e¬† √† la prononciation locale: par exemple roum√®no dans le nord du Gard.

Il faut noter que les deux formes, romana et la francisée roumèna se rencontrent principalement dans les parlers occitans et franco-provençaux.

2. A la romaine (fr.r√©g. ?) Plusieurs mamans de Manduel m’ont racont√© qu’apr√®s l’accouchement l’obst√©tricienne leur mettait un sac de sable sur le ventre pour que l’ut√©rus se r√©tracte rapidement. Cette m√©thode d√©crite dans de nombreux sites internet, s’appelait dans notre r√©gion √† la romaine. Je ne sais si cette expression est connue ailleurs. S’agit-il d’une r√©f√©rence √† la romana ou √† une m√©thode h√©rit√©e des Romains.

3. Romana « sorte de salade verte ». D’apr√®s le Dizionario etimologico italiano :

Selon la légende, la salade aurait été introduite en France en 1389 à partir d’Avignon, alors cité papale, lorsque Bureau de la Rivière partit en Italie négocier le mariage du duc de Berry avec Jeanne d’Auvergne. Son développement s’est poursuivi en Europe du Nord tout d’abord puis en Amérique du Nord et en Australie suivant les migrations européennes dans le monde. Anglais romaine ou romaine lettuce.

  

Romb, roumb

Romb, roumb, roun « turbot ». En grec rhombos et ensuite en latin rhombus signifie

  • 1. losange
  • 2. fuseau ou rouet d’airain dont on se servait dans les enchantements
  • 3.turbot poisson de mer. (Gaffiot).

Cette image  illustre parfaitement le dernier sens

La deuxième doit vous étonner.

C’est une image tir√©e de Andrea Alciato’s Emblematum libri I, 1556. Elle illustre la seconde d√©finition « rouet d’airain dont on se servait dans les enchantements « .¬† Explication. ¬† Si vous reliez par des lignes droites les quatre points o√Ļ l’oiseau¬† touche les anneaux, vous obtiendrez un losange.¬† L’oiseau est une bergeronnette, un symbole √©rotique par excellence. L’ensemble forme une amulette qui rend invincible face aux dards de Cupidon. (Andrea Alciato). Un sujet captivant mais qui me m√®nerait trop loin dans les d√©dales de V√©nus. Allez-y si vous voulez.

En occitan romb, roumb, roun « turbot », attest√© depuis le XIIIe s. a certainement √©t√© introduit par les Grecs. On le retrouve en italien et espagnol rombo, en catalan¬† sous la forme du diminutif r√®mol < rhombulus. En b√©arnais roume est le nom de la « barbue ». La barbue (Scophtalmus rhombus) est une esp√®ce tr√®s proche du turbot, dont elle se distingue par un corps moins losangique et moins √©pais, et par l’absence de tubercules sur la peau. A Nice on utilise un d√©riv√© roumbon, ailleurs le compos√© roumbon clavelat « turbot ». Clavelat vient de clavus « clou », ce qui doit avoir un rapport avec son aspect ou avec son environnement. D’apr√®s Panoccitan, clavelada est le nom de la « raie », un autre poisson plat.

La barbue a l’air clavel√©e. ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬†La raie aussi.

Le sens 2 rhombus du latin a laiss√© des traces dans l’ouest de l’occitan: Val d’Aran roum√°  » tourner, avoir le vertige », b√©arnais arroum√° « planer en d√©crivant des cercles », arroum√®re s.f. « d√©tour », etc.

A partir du 15e si√®cle, rhombus a √©t√© emprunt√© de nouveau par la langue nationale rhombe « losange ».

Romieu, romieva

Romieu, romieva « p√®lerin » (m. et f.), roum√ģou « p√®lerin qui va √† Rome; dans le style badin un romipete » (S). Dans la toponymie Roumiu est le nom des chemins suivis autrefois par les p√®lerins (cami roumiu) (Pegorier).¬† XIIIe s. Mot occitan et franco-proven√ßal.

Comme √©tymon on suppose *romeus, d√©riv√© de Roma, qui du point de vue de la forme correspond aux formes italiennes romeo et occitanes¬† romieu. Mais du point de vue s√©mantique l’histoire est moins √©vidente. Il n’y a aucune attestation de l’√©volution s√©mantique « romain » > « quelqu’un qui va √† Rome ». C’est pourquoi Bruch (Z 56,1936,53-56) suppose un compos√© romimeus « qui va √† Rome » compos√© de Roma et le verbe meare « aller, passer » devenu romeus par haplologie (= omission d’une syllabe √† cause de sa ressemblance¬† avec la syllabe voisine).

Je peux y ajouter que les mots pour « p√©lerinage » en allemand (Pilgerfahrt) et en n√©erlandais (bedevaart) sont √©galement compos√©s avec le verbe¬† fahren « aller ». Le verbe meare a en plus un sens pr√©cis : « aller en suivant une route trac√©e, dans une direction et d’apr√®s des lois d√©termin√©es »,comme les plan√®tes et les p√®lerins.

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Presque toutes les autres langues europ√©ennes ont le type peregrinus sauf le Slov√®ne qui rejoint l’occitan: romar et romanje.

Ronha

Ronha¬† « gale inv√©t√©r√©e », vient d’un tr√®s ancien *roneo « √©gratignure », probablement une transformation de aranea « √©gratignure » sous l’influence du verbe rodere « rogner ».

Le mot est vivant dans toutes les langues romanes : italien rogna « √©gratignure », catalan ronya « idem », espagnol ro√Īa, portugais ronha. En fran√ßais r√©gional l’adjectif rougnous signifie « galeux, sale » d√©j√† attest√© en ancien occitan ronhos « raboteux ».

Ronha¬† « balayures, d√©bris » voir rougnes.

 

Ropilha

Ropilha « vieux manteau, guenille  » √† Montpellier, « long manteau » √† Aurillac, « trousseau d’enfant » dans le Queyras (A). A Gignac¬† roupilles est synonyme de rougnes. (Lhubac)

Tous les deux proposent comme √©tymologie le germanique *rauba « butin ». Le probl√®me est d’abord qu’ un -b- intervocalique ne devient pas -p-, c’est le contraire qui a eu lieu r√©guli√®rement. Ensuite ropille, roupille n’appara√ģt que vers la fin du XVIe s. et signifie « manteau ample ». Les Goths, les¬† Francs et autres Germains √©taient bien int√©gr√©s depuis longtemps. Voici deux images de l’√©poque qui donnent une id√©e du ropillo.

        

¬†L√©tymologie est *raupa¬† la bonne, mais il manque une dizaine de si√®cles d’histoire. Ce ne sont pas les Germains qui ont introduit la ropilha en France. Il s’agit d’un emprunt √† l’espagnol.¬† Le mot ropille est venu avec la mode de l’Espagne : ropilla « sorte de manteau ample ». Voici la d√©finition en espagnol

1. ropa.(Del gót. *raupa, botín, y este der. del germ. *raupjan, pelar, arrancar; cf. a. al. ant. roufen, al. raufen). ropilla. (Del dim. de ropa). 1. f. Vestidura corta con mangas y brahones, de los cuales pendían regularmente otras mangas sueltas o perdidas, y se vestía ajustada al medio cuerpo sobre el jubó.

L’espagnol ropilla est un d√©riv√© de ropa « v√™tements », mais dont le sens varie √©norm√©ment et « tissu » serait une meilleure traduction.

Un manteau pass√© de mode devient souvent¬†¬† « un vieux manteau » > « guenilles ».

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Rore

Rore ¬ę¬†ch√™ne blanc¬†¬Ľ, XVe s. Alpes-Maritimes. La forme avec ‚Äďr- qui se trouve dispers√©e dans le Midi existe √©galement ¬†en catalan: roure.

Voir aussi roire et rove.¬†Voir¬† l’article qui approfondit¬† les diff√©rentes d√©nominations des ch√™nes en occtan : Cassanus, robur, quercus, carra.

N’oubliez pas de visiter les pages √©crites par Josiane Ubaud consacr√©es aux noms occitans du ch√™ne.

Rouiredo ¬ę¬†ch√™naie¬†¬Ľ. Languedocien d‚Äôapr√®s ¬† Mistral est un d√©riv√© de roire.

Ròse

R√≤se « Rh√īne » vient du latin Rhodanus > latin vulgaire Rodeno > Rozen, Roze ou Roze. Cette √©volution phon√©tique est r√©guli√®re en occitan. Un mot avec deux syllabes apr√®s la voyelle accentu√©e est r√©duit √† deux syllabes, comme catanum > cade, L√†zarum > L√†zer. Ensuite le -d- intervocalique est pass√© √† -z- , comme dans sudare > suzar, audire > auzir.

L’origine de Rhodanus est celtique ou pr√©celtique.

En proven√ßal des r√©gions en bordure du Rh√īne, le d√©riv√© rousau est le « vent d’ouest-nord-ouest.

Roubine robine

Roubine, ou robine. Je cite le TLF :

« R√©gion. (Provence). Petit canal d’assainissement ou destin√© √† l’irrigation…..√Čtant donn√© la pr√©sence du mot, au Moyen √āge, dans les Alpes de Provence, BAMBECK Boden, pp. 20-21, s’appuyant notamment sur un exemple de 1043 (Castellane, Cartul. St Victor de Marseille, 2, 115: sicut decurrit rivulus qui exit de ipsa rubina et vadit usque…), attribue √† rupina le sens de ¬ę gorge, d√©fil√© ¬Ľ; le mot aurait ensuite d√©sign√© le ruisseau qui la traverse, puis, transpos√© en terrain de plaine, un cours d’eau r√©gulier, enfin un canal. »

D’apr√®s Philippe Blanchet, il y a 87 lieux-dits Roubine en Provence dont 70 dans les Bouches-du-Rh√īne et 17 en Haute Provence. D’apr√®s l’IGN il y en a sept dans le Gard,dont deux √† Manduel, une Maleroubine √† N√ģmes, d’autres dans l’Aude, le Gers, les Landes, en Gironde, etc. Un visiteur m »√©crit : « Sur la commune de Barbaste (Lot et Garonne) il y a un √©cart qui s’appelle La Roubine. Je n’en ai pas trouv√© en dehors du domaine occitan. P.Blanchet rapproche roubine du mot robin « fontaine », mais les dates des attestations s’y opposent; voir ci-dessous l’histoire du robinet.

Le fait que dans la Haute Provence le mot roubine d√©signe « roche schisteuse » pose un probl√®me, mais j’ai trouv√© quelques images des Roubines-N√®gres qui peuvent expliquer l’√©volution s√©mantique:

Les Roubines-Nègres. Une crète!

Mais vues de plus pr√®s, nous constatons qu’il y a beaucoup de petites gorges, et quand il pleut …

   

 Une roubine en Camargue:

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