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Roire

Roire, «  chĂŞne blanc » (Quercus humilis, subsp lanuginosa). C’est un arbre de 10 Ă  15 mètres de haut (Ă  80 ans). Certains individus peuvent mĂŞme atteindre 25 mètres. Son tronc, droit et court, porte une Ă©corce noirâtre fissurĂ©e. Ses feuilles caduques, lobĂ©es et d’un vert clair sur le dessus, sont très poilues (pubescentes) et vert grisâtre sur le dessous.

     
chĂŞne blanc ……………     ……sauge des bois

Pauc roire « sauge des bois » 1290 en Rouergue,  1350 Toulouse. La forme avec –i- surtout dans les dép.34, 11 et 31.

Lat. robur « force ; chĂŞne » remplace en Italie du nord en espagnol, catalan (roure) et portugais,  ainsi qu’en francoprovençal  et occitan le mot quercus,  le prĂ©roman *carra   et le celtique (?) cassanus ( > fr. chĂŞne).  Robur   a dĂ» exister mĂŞme dans le nord de la Galloromania,  puisqu’ il y a beaucoup de toponymes dĂ©rivĂ©s de robur.   Voir aussi rove et rore et l’article qui approfondit  les diffĂ©rentes dĂ©nominations des chĂŞnes en occtan : Cassanus, robur, quercus, carra.

Romana

Roman, romana :  1. »balance romaine » (Alibert)

             

Eh non, la romana ne nous vient pas de Rome!, mais  du Nord de l’Afrique, de l’arabe rumman(a) « grenade, le fruit du grenadier ». Dans des traitĂ©s scientifiques arabes du XIe-XIIe s. la romana est dĂ©crite et notamment le peson qui se dĂ©place sur la rĂ©glette et qui avait la forme d’un grenade. En valdĂ´tain (VallĂ©e d’Aoste, Italie) la romana dĂ©signe toujours le peson.

          

La plus ancienne forme en occitan est romĂ  (XIVe s.), qu’on a retrouvĂ© dans les parlers occitans modernes Ă  Alzon (Gard) roumo « grosse romaine » et Ă  Sumène roumo « romaine ».  Le mot est venu avec la chose par les relations commerciales, d’abord en Italie qui a empruntĂ© le collectif rumman (> italien romano)  qui a ensuite pĂ©nĂ©trĂ© en occitan.

Le singulier rummana nous est parvenu par l’intermĂ©diaire de l’espagnol, le portugais et le catalan romana. Les premières attestations datent 1400. Dans son voyage vers le nord et Paris, la forme a Ă©tĂ© adaptĂ©e Ă  l’adjectif romaine  « de Rome ». Ensuite il est revenu dans nos rĂ©gions et la forme  a Ă©tĂ© adaptĂ©e  Ă  la prononciation locale: par exemple roumèno dans le nord du Gard.

Il faut noter que les deux formes, romana et la francisée roumèna se rencontrent principalement dans les parlers occitans et franco-provençaux.

2. A la romaine (fr.rĂ©g. ?) Plusieurs mamans de Manduel m’ont racontĂ© qu’après l’accouchement l’obstĂ©tricienne leur mettait un sac de sable sur le ventre pour que l’utĂ©rus se rĂ©tracte rapidement. Cette mĂ©thode dĂ©crite dans de nombreux sites internet, s’appelait dans notre rĂ©gion Ă  la romaine. Je ne sais si cette expression est connue ailleurs. S’agit-il d’une rĂ©fĂ©rence Ă  la romana ou Ă  une mĂ©thode hĂ©ritĂ©e des Romains.

3. Romana « sorte de salade verte ». D’après le Dizionario etimologico italiano :

Selon la légende, la salade aurait été introduite en France en 1389 à partir d’Avignon, alors cité papale, lorsque Bureau de la Rivière partit en Italie négocier le mariage du duc de Berry avec Jeanne d’Auvergne. Son développement s’est poursuivi en Europe du Nord tout d’abord puis en Amérique du Nord et en Australie suivant les migrations européennes dans le monde. Anglais romaine ou romaine lettuce.

  

Romb, roumb

Romb, roumb, roun « turbot ». En grec rhombos et ensuite en latin rhombus signifie

  • 1. losange
  • 2. fuseau ou rouet d’airain dont on se servait dans les enchantements
  • 3.turbot poisson de mer. (Gaffiot).

Cette image  illustre parfaitement le dernier sens

La deuxième doit vous étonner.

C’est une image tirĂ©e de Andrea Alciato’s Emblematum libri I, 1556. Elle illustre la seconde dĂ©finition « rouet d’airain dont on se servait dans les enchantements « .  Explication.   Si vous reliez par des lignes droites les quatre points oĂą l’oiseau  touche les anneaux, vous obtiendrez un losange.  L’oiseau est une bergeronnette, un symbole Ă©rotique par excellence. L’ensemble forme une amulette qui rend invincible face aux dards de Cupidon. (Andrea Alciato). Un sujet captivant mais qui me mènerait trop loin dans les dĂ©dales de VĂ©nus. Allez-y si vous voulez.

En occitan romb, roumb, roun « turbot », attestĂ© depuis le XIIIe s. a certainement Ă©tĂ© introduit par les Grecs. On le retrouve en italien et espagnol rombo, en catalan  sous la forme du diminutif rèmol < rhombulus. En bĂ©arnais roume est le nom de la « barbue ». La barbue (Scophtalmus rhombus) est une espèce très proche du turbot, dont elle se distingue par un corps moins losangique et moins Ă©pais, et par l’absence de tubercules sur la peau. A Nice on utilise un dĂ©rivĂ© roumbon, ailleurs le composĂ© roumbon clavelat « turbot ». Clavelat vient de clavus « clou », ce qui doit avoir un rapport avec son aspect ou avec son environnement. D’après Panoccitan, clavelada est le nom de la « raie », un autre poisson plat.

La barbue a l’air clavelĂ©e.                            La raie aussi.

Le sens 2 rhombus du latin a laissĂ© des traces dans l’ouest de l’occitan: Val d’Aran roumá  » tourner, avoir le vertige », bĂ©arnais arroumá « planer en dĂ©crivant des cercles », arroumère s.f. « dĂ©tour », etc.

A partir du 15e siècle, rhombus a Ă©tĂ© empruntĂ© de nouveau par la langue nationale rhombe « losange ».

Romieu, romieva

Romieu, romieva « pèlerin » (m. et f.), roumĂ®ou « pèlerin qui va Ă  Rome; dans le style badin un romipete » (S). Dans la toponymie Roumiu est le nom des chemins suivis autrefois par les pèlerins (cami roumiu) (Pegorier).  XIIIe s. Mot occitan et franco-provençal.

Comme Ă©tymon on suppose *romeus, dĂ©rivĂ© de Roma, qui du point de vue de la forme correspond aux formes italiennes romeo et occitanes  romieu. Mais du point de vue sĂ©mantique l’histoire est moins Ă©vidente. Il n’y a aucune attestation de l’Ă©volution sĂ©mantique « romain » > « quelqu’un qui va Ă  Rome ». C’est pourquoi Bruch (Z 56,1936,53-56) suppose un composĂ© romimeus « qui va Ă  Rome » composĂ© de Roma et le verbe meare « aller, passer » devenu romeus par haplologie (= omission d’une syllabe Ă  cause de sa ressemblance  avec la syllabe voisine).

Je peux y ajouter que les mots pour « pĂ©lerinage » en allemand (Pilgerfahrt) et en nĂ©erlandais (bedevaart) sont Ă©galement composĂ©s avec le verbe  fahren « aller ». Le verbe meare a en plus un sens prĂ©cis : « aller en suivant une route tracĂ©e, dans une direction et d’après des lois dĂ©terminĂ©es »,comme les planètes et les pèlerins.

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Presque toutes les autres langues europĂ©ennes ont le type peregrinus sauf le Slovène qui rejoint l’occitan: romar et romanje.

Ronha

Ronha  « gale invĂ©tĂ©rĂ©e », vient d’un très ancien *roneo « Ă©gratignure », probablement une transformation de aranea « Ă©gratignure » sous l’influence du verbe rodere « rogner ».

Le mot est vivant dans toutes les langues romanes : italien rogna « Ă©gratignure », catalan ronya « idem », espagnol roña, portugais ronha. En français rĂ©gional l’adjectif rougnous signifie « galeux, sale » dĂ©jĂ  attestĂ© en ancien occitan ronhos « raboteux ».

Ronha  « balayures, dĂ©bris » voir rougnes.

 

Ropilha

Ropilha « vieux manteau, guenille  » Ă  Montpellier, « long manteau » Ă  Aurillac, « trousseau d’enfant » dans le Queyras (A). A Gignac  roupilles est synonyme de rougnes. (Lhubac)

Tous les deux proposent comme Ă©tymologie le germanique *rauba « butin ». Le problème est d’abord qu’ un -b- intervocalique ne devient pas -p-, c’est le contraire qui a eu lieu rĂ©gulièrement. Ensuite ropille, roupille n’apparaĂ®t que vers la fin du XVIe s. et signifie « manteau ample ». Les Goths, les  Francs et autres Germains Ă©taient bien intĂ©grĂ©s depuis longtemps. Voici deux images de l’Ă©poque qui donnent une idĂ©e du ropillo.

        

 LĂ©tymologie est *raupa  la bonne, mais il manque une dizaine de siècles d’histoire. Ce ne sont pas les Germains qui ont introduit la ropilha en France. Il s’agit d’un emprunt Ă  l’espagnol.  Le mot ropille est venu avec la mode de l’Espagne : ropilla « sorte de manteau ample ». Voici la dĂ©finition en espagnol

1. ropa.(Del gĂłt. *raupa, botĂ­n, y este der. del germ. *raupjan, pelar, arrancar; cf. a. al. ant. roufen, al. raufen). ropilla. (Del dim. de ropa). 1. f. Vestidura corta con mangas y brahones, de los cuales pendĂ­an regularmente otras mangas sueltas o perdidas, y se vestĂ­a ajustada al medio cuerpo sobre el jubĂł.

L’espagnol ropilla est un dĂ©rivĂ© de ropa « vĂŞtements », mais dont le sens varie Ă©normĂ©ment et « tissu » serait une meilleure traduction.

Un manteau passĂ© de mode devient souvent   « un vieux manteau » > « guenilles ».

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Rore

Rore « chêne blanc », XVe s. Alpes-Maritimes. La forme avec –r- qui se trouve dispersée dans le Midi existe également  en catalan: roure.

Voir aussi roire et rove. Voir  l’article qui approfondit  les diffĂ©rentes dĂ©nominations des chĂŞnes en occtan : Cassanus, robur, quercus, carra.

N’oubliez pas de visiter les pages Ă©crites par Josiane Ubaud consacrĂ©es aux noms occitans du chĂŞne.

Rouiredo « chênaie ». Languedocien d’après   Mistral est un dérivé de roire.

Ròse

Ròse « RhĂ´ne » vient du latin Rhodanus > latin vulgaire Rodeno > Rozen, Roze ou Roze. Cette Ă©volution phonĂ©tique est rĂ©gulière en occitan. Un mot avec deux syllabes après la voyelle accentuĂ©e est rĂ©duit Ă  deux syllabes, comme catanum > cade, LĂ zarum > LĂ zer. Ensuite le -d- intervocalique est passĂ© Ă  -z- , comme dans sudare > suzar, audire > auzir.

L’origine de Rhodanus est celtique ou prĂ©celtique.

En provençal des rĂ©gions en bordure du RhĂ´ne, le dĂ©rivĂ© rousau est le « vent d’ouest-nord-ouest.

Roubine robine

Roubine, ou robine. Je cite le TLF :

« RĂ©gion. (Provence). Petit canal d’assainissement ou destinĂ© Ă  l’irrigation…..Étant donnĂ© la prĂ©sence du mot, au Moyen Ă‚ge, dans les Alpes de Provence, BAMBECK Boden, pp. 20-21, s’appuyant notamment sur un exemple de 1043 (Castellane, Cartul. St Victor de Marseille, 2, 115: sicut decurrit rivulus qui exit de ipsa rubina et vadit usque…), attribue Ă  rupina le sens de « gorge, dĂ©filĂ© »; le mot aurait ensuite dĂ©signĂ© le ruisseau qui la traverse, puis, transposĂ© en terrain de plaine, un cours d’eau rĂ©gulier, enfin un canal. »

D’après Philippe Blanchet, il y a 87 lieux-dits Roubine en Provence dont 70 dans les Bouches-du-RhĂ´ne et 17 en Haute Provence. D’après l’IGN il y en a sept dans le Gard,dont deux Ă  Manduel, une Maleroubine Ă  NĂ®mes, d’autres dans l’Aude, le Gers, les Landes, en Gironde, etc. Un visiteur m »Ă©crit : « Sur la commune de Barbaste (Lot et Garonne) il y a un Ă©cart qui s’appelle La Roubine. Je n’en ai pas trouvĂ© en dehors du domaine occitan. P.Blanchet rapproche roubine du mot robin « fontaine », mais les dates des attestations s’y opposent; voir ci-dessous l’histoire du robinet.

Le fait que dans la Haute Provence le mot roubine dĂ©signe « roche schisteuse » pose un problème, mais j’ai trouvĂ© quelques images des Roubines-Nègres qui peuvent expliquer l’Ă©volution sĂ©mantique:

Les Roubines-Nègres. Une crète!

Mais vues de plus près, nous constatons qu’il y a beaucoup de petites gorges, et quand il pleut …

   

 Une roubine en Camargue:

Rougnes

Rougnes « dĂ©bris, vieux objets en mauvais Ă©tat, vieilleries » en français rĂ©gional. Je ne crois pas que le mot rougnes  qui signifie aussi « balayures » d’après Alibert s.v. ronha  a la mĂŞme origine que ronha « gale », en tout cas l’Ă©volution sĂ©mantique « gale > crasse > balayures > vieux objets inutiles » me fait hĂ©siter.

Je vois deux possibilités.

  1. Il y avait en ancien occitan le mot ronha venant du latin ruina « ruine » avec le sens « debris d’un Ă©difice ».
  2. Ou  le dĂ©rivĂ© très rĂ©pandu dans les parlers occitans rougnaduro « dĂ©bris ou fragments sans valeur » de *rotundiare « arrondir > rogner ».

Pour enrichir votre vocabulaire lors des vides-greniers, je vous fais part de la remarque d’un visiteur: « Synonyme de « rougnes » (en moins violent) : « trastes« . Les couillandres sont des objets de mauvais goĂ»t dont on ne sait que faire » En catalan un traster est un « dĂ©barras ».

Sauvages donne trasso « Ă©pithète ordinaire des choses vieilles, usĂ©es et de peu de valeur ».  Unos trassos de groulos « de vieilles savates » (S1).

Il y a des rougnes, trastes et couillandres, ainsi que des rebaladisses et des enquestres.

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