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eminada

Dans l’exposition 2015¬† de l’association du patrimoine¬† de Manduel, il y a un panneau concernant l’arpentage au Moyen Age avec une liste de diff√©rentes noms de surfaces¬† dont j’ai d√©j√† parl√© (pan, destre¬† cana )¬† et¬† eymin√©e ¬† que je ne connaissais pas.

Patrimoine

Eymin√©e ou en occitan eminada « √©tendue de terre qu’on peut ensemencer avec une mine de bl√© » 1282. est un d√©riv√© de emina « mesure ancienne de capacit√© » qui repr√©sente le¬† latin hemńęna « mesure de capacit√© » > fr. mine, ancien proven√ßal emina, Al√®s emino « mesure de capacit√© pour les grains, 25 litres », √† P√©zenas 30 litres.

Le pr√©sident d »honneur de l’association du patrimoine Jean Coulomb a pu¬† d√©terminer qu’√† Manduel une eminada correpond √† 625 m¬≤. Pour savoir combien de litres faisait une emina il faudrait savoir ce qu’on semait …

Latin hemńęna signifie « un demi sextarius » (sestier) que nous retrouvons en italien, catalan, alsacien et basque, a √©t√© emprunt√© au grec őģőľőĮőĹőĪ (h√®mina) « demi ».

Français minot, minoterie ont la même origine.

FEW IV, 401-402

Empeutar, enter, ensertar, greffer

Empeutar « greffer ». Je viens de recevoir les Lectures de l’Atlas linguistique de la France de Gilli√©ron et Edmont. Du temps dans l’espace. Guylaine Brun-Trigaud, Yves Le Berre et Jean Le D√Ľ. CTHS, 2005. 363 p. (voir Abr√©viations). Gilli√©ron et Walther von Wartburg en ont r√™v√©, Guylaine Brun-Trigaud, Yves Le Berre et Jean Le D√Ľ l’ont fait, au moins partiellement. √Čtant en train d’√©tudier l’√©tymologie de empeutar et d’autres verbes avec le sens « greffer », j’√©tais tr√®s content de trouver trois cartes sur ce sujet dans leur livre. Voici une compilation de leurs cartes 377 « enter/greffer » et 192 « empeuter »: (la zone « enter » est un peu amput√©e).

Enter, entar, enta Le type enter couvrait au Moyen Age tout le Nord du domaine galloroman. Le type greffer a √©t√© d√©riv√© du substantif greffe au 15e s. Greffe « pousse d’une plante qu’on ins√®re dans une autre pour que celle-ci porte le fruit de la premi√®re » est un emploi au figur√© de greffe « stylet pour √©crire sur des tablettes de cire » (13e s.) < latin graphium  » stylet ».
Greffer Nous voyons imm√©diatement que le verbe greffer a gagn√© beaucoup de terrain et que cette extension vers le Sud suit la grande route le long du Rh√īne. Il y a aussi des attestations en Aquitaine. Je reviendrai sur ces taches gris-bleu dans les Pyr√©n√©es Atlantiques et les Landes..
Empeutar Le type empeutar domine dans l’Ouest de l’occitan. La forme de la zone bleue en particulier les deux √ģlots √† l’ouest et √† l’est sur la carte indiquent que le type empeutar a √©t√© plus √©tendue autrefois.
Enserta(r). D’apr√®s les donn√©es du FEW c’est le type enserta qui domine en proven√ßal et en est-languedocien

Mistral,  Trésor

Issarta, issartar « greffer », isser « ente » d’apr√®s l’abb√© de Sauvages. Les auteurs des Lectures de l’ALFn’en parlent pas et dans le Thesoc les d√©partements de l’est-occitan sont (encore?) absents.

Dans la carte ci-dessous : gouttes bleues : « empeutar » , gouttes mauves « empeutar » + « greffar » en parlant de la vigne, gouttes vertes « greffar« , gouttes turquoises = « ensertar, ensertir« .


Afficher Thesoc, « greffer » et « greffon » dans le Sud-Ouest sur une carte plus grande

Et je me suis permis d’√©largir l’horizon. J’ai consult√© le FEW et j’ai fait une carte avec en plus les zones en Europe o√Ļ nous retrouvons les m√™me types √©tymologiques. Sur la carte de l’Europe ci-dessous, nous voyons que le type greffer est pratiquement isol√© en Europe. L’anglais l’a emprunt√© √† la fin du 15e s. to graft, en remplacement du verbe to imp, parce que ce dernier avait pris une connotation p√©jorative dans des expressions comme imp of Satan. (Harper). Imp signifie en anglais moderne « espi√®gle, petit diable ».

Je viens de constater que j’ai vu trop petit et que j’aurais d√Ľ inclure les pays scandinaves, danois podede, norv√©gien podet, su√©dois impade, et une langue celtique, le gallois. (Les formes sur la carte sont le r√©sultat d’une traduction de la phrase « je veux greffer une rose » avec Google traduction. Je suis s√Ľr qu’il y a des formes qui manquent.

Greffer.
Suédois ympning, Norv. Impoding , Danois podning = imputare
Corse insita, inzeta
Gallois impio = imputare
Portugais enxertia = insertare; Gallician idem
Catalan empelt = impeltare

Entar vient indubitablement du grec őĶőľŌÜŌÖŌĄőŅŌā emphutos « gr√©ff√© sur » respectivement du verbe őĶőľŌÜŌÖŌĄőĶŌÖőĶőĻőĹ emphuteuein « greffer »( attest√© chez Theophraste, 4e s. avant J.-C.), compos√© de em + phuteuo « planter ». Beaucoup plus tard le mot grec a √©t√© latinis√©. Nous trouvons le substantif impotus « greffon » pour la premi√®re fois dans la Lex Salica (507-511), form√© √† partir du verbe latin *imputare qui n’est pas attest√©. Le vocabulaire du greffage est essentiellement d’origine grecque. Les Grecs ont propag√© la technique de la greffe autour de la M√©diterran√©e. » La greffe sur v√©g√©taux a √©t√© invent√©e par les Chinois il y a plusieurs milliers d’ann√©es. Les Grecs et les Romains ont import√© la technique en Europe et nombreux sont les auteurs de l’Antiquit√© √† avoir √©crit des manuels destin√©s √† diffuser la technique au plus grand nombre. » (Wikipedia). Sur la carte de l’ Europe vous voyez que le type entar domine dans toutes les langues germaniques voisines. Si les traducteurs anglais de la Bible n’avaient pas adopt√© l’expression imp of Satan litt√©ralement « greffon du diable » devenu « petit diable, polisson », le verbe to imp serait maintenant courant dans tout le Nord de l’Am√©rique.

Empeutar vient √©galement d’un mot grec, √† savoir de ŌÄőĶőĽŌĄő∑ (pelt√®) « √©cusson ». Il y a eu une discussion entre les √©tymologistes. On a suppos√© comme √©tymon un latin *impeltare « greffer », √† partir du verbe latin impellere « pousser vers, enfoncer » ou bien √† partir de pellis dans le sens « √©corce ». Les Romains appelaient un « √©cusson, bouclier » scutum et Plaute (2e s. av.J.-C) utilise d√©j√† le diminutif scutella « carreau en losange » avec le sens de « greffe en √©cusson ». Il est donc tr√®s improbable qu’ils aient cr√©√© un verbe *impellitare , on s’attendrait plut√īt √† *scutellare,¬† mais ce verbe n’a pas exist√©. . Il est beaucoup plus probable que l’origine est le mot grec ŌÄőĶőĽŌĄő∑¬† (pelt√®) « √©cusson ». Il y a une fa√ßon de greffer en √©cusson. En changeant de milieu d’utilisation le mot a chang√© de sens. Les Grecs ont connu et propag√© les deux fa√ßons de greffer, la greffe en fente et la greffe en √©cusson.
Les auteurs des Lectures de l’ALF √©crivent que le verbe empeutar est une cr√©ation locale qui a remplac√© un plus ancien entar. Sur la carte de l’Europe vous voyez que ce n’est pas du tout le cas. Nous le retrouvons non seulement en catalan et aragonais, mais aussi en en ancien alsacien, en Souabe, en Bavi√®re et en Tirol (Autriche). Von Wartburg pense que le type ouest-occitan a pu migrer vers le Sud de l’Allemagne par la r√©gion des Burgondes, mais vu la pr√©sence du type empelzar dans l’Est de l’Italie du Nord, il est √©vident que c’est plut√īt par l√† que le mot et la technique se sont propag√©s. La Gr√®ce n’est pas loin de Venise.

Enserta(r). Enfin un vrai mot latin. Les Romains avaient traduit le verbe grec emphuteuein « greffer » par inserere. Varron (116-27 av. J.-C) ecrit : pirum bonum in pirum silvaticum inserere « greffer un poirier de bonne esp√®ce sur un sauvageon ». Le verbe inserere est irr√©gulier : insevi, insitum[1.¬†De cet insitum a √©t√© d√©riv√© insitare qui a abouti √† innestare « greffer » en toscan.]¬† ¬†¬† D√©j√† en latin on en a fait insero, inserui, insertum et ce participe pass√© insertum a donn√© la naissance √† insertare > ensertar en proven√ßal et est-languedocien, injertar en espagnol, enxertar en portugais et chertatu en basque. Il y a aussi quelques attestations en Aquitaine. (cf. la carte Google ci dessus).

Von Wartburg √©crit que le type ensertar en Provence est un emprunt √† l’Italien et qu’il a remplac√© le type entar. J’ai des doutes. Cette r√©partition me fait penser √† la r√©partition des types pedas / petas « chiffon » du grec pittakion « petit morceau de cuir ou de tissu » qui s’explique par une forte influence grecque √† l’Ouest et une influence romaine √† l’Est du domaine occitan.

En "seigneur" par Robert lo don

En « seigneur » vient du latin dominus « seigneur ». Je l’ai mentionn√© dans l’article¬† Na « madame »,¬† sans l’approfondir. Un visiteur me signale:

Concernant En, on trouve dans les noms de rues de Montpellier des En :¬† Impasse de la Tour d’En Canet

En v√©rifiant sur le web je constate que dans la grande majorit√© des cas ce En¬† est √©crit en.¬† Cette graphie montre que en¬† n’est plus compris.¬† Il est dommage qu’il est impossible de trouver avec un moteur de recherches d’autres noms de lieu avec¬† en¬† suivi d’un nom de seigneur.¬† Dans le Dictionnaire topographique de l’H√©rault par contre j’ai trouv√© un bon exemple1

¬†¬†¬†¬† Th√©√Ętre Jacques Coeur √† Lattes dans le Mas d’Encivade

Dans le Gard sont mentionn√©s¬† le Clos d’Auriac,¬† en latin Claustrum d’En-Auriac ,¬† et¬† la ferme¬†¬† Endevieille¬† dans la commune du Vigan, appel√©e en 1472¬† Territorium d’En-Devielha alias el Camelho.

Dominus¬† a √©t√© abr√©g√© d√©j√† en latin √† domnus¬† qui est devenu don¬†¬† en italien,¬† don¬† ou dons¬† en ancien fran√ßais et¬†¬† don ou¬† en¬† en ancien occitan, domne¬† en ancien b√©arnais.¬† Dans la f√©odalit√© don¬†¬† prend le sens de « seigneur, suzerain »; en plus il devient synonyme de sanctus¬† « saint », ce qui a donn√© de nombreux noms de villages comme¬† Domr√©my, Domjulien, Dommartin¬† etc.¬† En basque done¬† signifie « saint », ¬† non seulement¬† dans les toponymes comme Donostia¬† « San Sebastian ».

On se sert aussi du titre¬† Don¬† pour¬† nommer un « ma√ģtre, un propri√©taire, un administrateur » , mais ce titre a trouv√© tr√®s t√īt un fort concurrent dans senior qui l’a rapidement battu.¬† Pourtant on trouve en ancien occitan encore¬† le don¬† pour « le vieux, l’ain√© ». Senior¬†¬† a subi une √©volution en sens inverse de celle de dominus.

Il est √©vident que les linguistes ont longuement d√©battu sur¬† l’origine de le forme En. L’explication la plus probable est que En¬† vient du vocatif domine¬† utilis√© devant le nom propre, et abr√©g√© en N’¬†devant une voyelle, En¬† devant consonne. En, N’¬† existe aussi en catalan.En catalan Institut d’Estudis Catalans – Diec2

Un extrait de l’article¬† En de Mistral:

Comme mes enfants m’appellent « le vieux, ou l’anc√™tre » je peux me permettre de signer cet article:

Robert Geuljans lo don

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Notes
  1. D’apr√®s P√©gorier cet emploi de En¬† serait limit√© au Lauragais, l’Albigeois et le Gers, ce qui n’est manifestement pas le cas; cf. aussi l’extrait de Mistral

En de bados

En de bados ¬ę¬†en vain¬†¬Ľ, ancien languedocien en bada(s) XIIIe s. ou de bade(s) ‚Äúen vain‚ÄĚ vient de l‚ÄôArabe batil ‚Äúinutile, sans valeur¬†; en vain ¬Ľ. Le mot existe dans d’autres langues romanes¬†: esp. balda ¬ę¬†objet sans valeur¬†¬Ľ, en balde ¬ę¬†en vain¬†¬Ľ, pg. de balde ¬ę¬†sans succes¬†¬Ľ, cat. de bades. ¬†Les formes occitanes¬† montrent un emprunt au catalan.

Enco

Enco « cannelle, anche, bobine, cannette, canule, robinet)  » enco de bouto k√ę tiro « la canelle d’un muid qui est en perce ou en vuidange » (S). et son d√©riv√© enkie « le trou de la canelle ou de la fontaine d’un muid » (S). Voir encore les expressions √† la fin de l’article.
Les attestations¬† ne remontent¬† pas tr√®s loin dans l’histoire. Les premi√®res datent du XIVe si√®cle dans le Vaud¬† (Suisse). L’√©tymologie¬† n’est pas tout √† fait la m√™me que celle du fran√ßais anche: « Emprunt√© √† l’ancien bas francique. *ankya ¬ęcanal de l’os ¬Ľ (acien haut allemand ancha, ancho et encho ¬ę jambe ¬Ľ, d’o√Ļ, en fran√ßais, les sens de ¬ę conduit, goulot, embouchure ¬Ľ. Pour l’ancien haut allemand , voir le dictionnaire de Koebler, s.v. anka. N√©erlandais enkel « cheville » vient d’un d√©riv√© de anka , ankala « articulation ». Plus de renseignements sur fran√ßais anche dans le TLF.
L’image montre qu’un bon bricoleur peut en faire une enco sans pobl√®mes.

La forme occitane et franco-proven√ßale, avec en- et non pas an-, ne peut pas avoir *ankja comme origine. Le FEW explique cette forme en supposant une origine burgonde pour le franco-proven√ßal et une origine gotique pour l’occitan :*inka. Dans ce cas l’emprunt a d√Ľ se faire tr√®s t√īt en franco-proven√ßal et en nord occitan, avant l’√©volution ca > tch-, ch- (VIIIe si√®cle).
Le mot a d√Ľ √™tre employ√© r√©guli√®rement en languedocien du XVIIIe si√®cle, puisque l’Abb√© de Sauvages donne plusieurs expressions comme ana coum’ un’ enco « aller souvent √† la selle »; et au figur√© lou fai ana coum un enco « il ne le m√©nage pas, il le fait charrier droit » (S2).

La forme encho ou inche « anche d’un hautbois » (S2) a √©t√© emprunt√©e, peut-√™tre au fran√ßais. Pour le savoir il faudrait se lancer dans l’histoire des instruments de musique. Environ 3000 ans avant J.C. les Chinois ont invent√© des instruments de musique √† anche.

Enfalenar "empester; suffoquer; perdre halein...

Enfalenar « empester; suffoquer » est compos√© de en¬† et alenar « prendre haleine, respirer ». L’√©tymologie de alenar¬† est le latin anhńďlare « respirer difficilement, √©mettre des vapeurs, exhaler » qui a subi tardivement, IXe-Xe s., une m√©tath√®se du -n- et du -l-¬† pour devenir alenare.¬†

L’article anhńďlare du FEW √©tant en fran√ßais, je¬† ne peux mieux faire que de le citer:

…les formes occitanes manifestent un croisement avec les repr√©sentants d’ *affanare dans le sens « peiner, se fatiguer; etc. »; la contamination a pu se produire avant la m√©tath√®se¬† anhelare > alenare (a), ou apr√®s (b); dans les deux cas, on note une s√©rie de pr√©fixations (IN-, EX, √ė. Un rapport est possible avec la famille de centre affann√©¬† « √©ssouffl√© »…

Les formes du groupe a) mentionn√©es par le FEW, ne se trouvent que dans le dictionnaire de l’abb√© de Sauvages (S2):¬† esfan√©l√† « infecter, empuantir » et esfan√©lat « essouffl√©, hors d’haleine ».

Le groupe b) , le type afalen√†, se trouve principalement en languedocien, de l’Aveyron jusqu’√† Toulouse : enfalen√† « puer, exhaler de mauvaises odeurs ».¬† Compos√© avec ex-¬† est¬† esfolen√†¬† « essouffler, mettre hors d’haleine » dans l’Aveyron, esfarenat « essouffl√© » en Loz√®re, esfarena √† St-Afrique.

esfaléna

esfalenat

Un autre d√©riv√© de¬† anhńďlare¬† avec le pr√©fixe d√©s-, qui a abouti √† desalen√† « (faire) perdre haleine »¬† se trouve surtout dans le Sud-ouest, gascon, limousin.

 

 

Engano, lengano ‘salicorne’

Engano, lenagano ‘salicorne’ Mistral dans son Tr√©sor:

EnganaRolland9_165

Rolland Flore IX,165

L‚Äôans√©rine ligneuse mentionn√©e par Mistral,¬† fait partie du m√™me groupe de plantes[1.Ans√©rine ligneuse Lamarck] qui servent √† faire la soude pour la fabrication du verre. Voir √† ce propos mon article sansou√Įro ‚Äėsalicor‚Äô.

Le mot¬† engano¬† se trouve dans le FEW seulement parmi les noms de min√©raux d‚Äôorigine inconnue, avec le sens ¬ę¬†sorte de soude¬†¬Ľ. L‚Äôauteur n‚Äôa pas mis le lien avec la salicorne, qui sert √† fabriquer la soude.

Mistral sugg√®re l‚Äô√©tymologie¬† laguna, mais laguna¬† est un emprunt du XVIe si√®cle √† l‚Äôitalien . Je penche plut√īt pour une origine gauloise, *wadana¬† ¬ę¬†eau¬†¬Ľ qui a donn√© une grande famille de mots, dont, l‚Äôancien occitan gana ¬ę¬†sentiers fangeux¬†¬Ľ.¬† La salicorne poussant en bord de mer, souvent mar√©cageux, pourrait bien avoir re√ßu le nom du terrain o√Ļ l‚Äôon la trouve.

Mais comme je n’ai pas d’autres attestations de engano, lengano  que ceux de Mistral et de Rolland, cette histoire reste à compléter.

Engr√®ner 'app√Ęter;lancer un conflit'

Engranar¬† engr√®ner ou engrainer en fran√ßais r√©gional : « faire des histoires, lancer un conflit, app√Ęter un joueur pour un jeu d‚Äôargent. » (sp√©cialement dans¬† le milieu de¬† la p√©tanque, voir¬† Ren√© Domergue,¬† Avise, la p√©tanque).

L’√©tymologie est le latin granum¬† « grain, graine ».

Alibert donne e.a. les sens suivants:¬† « balayer;¬† app√Ęter avec des grains »;¬† v.r. … « s’enrichir ». Ces¬† sens¬† n’existent pas en fran√ßais, ni en argot. Je pense qu’il s’agit d’une √©volution s√©mantique r√©gionale.

Il est possible que le sens « s’enrichir »s’est d√©velopp√© √† partir du ¬† L’abb√© de Sauvages¬† cite le proverbe¬† Lou p√ęrmi√© k √ęs √Ęou mouli engr√Ęno¬† « le premier venu met son¬† bl√© dans la tr√©mie » (S1).¬† Des expressions analogues existent en anglais first come first served,¬† et plus proche de l’occitan le n√©erlandais wie het eerst komt, het eerst maalt (le premier venu moud le premier ) . √ätre le premier servi¬† a des avantages.

Il est aussi possible que le sens¬† « s’enrichir » s’est d√©velopp√© √† partir du sens « nourrir avec les grains », plus sp√©cialement « app√Ęter des oiseaux en jetant des grains »., qui est devenu « app√Ęter » en g√©n√©ral.¬† Mistral donne l’exemple suivant¬† :

¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† engranar app√Ęter

Le sens¬† « app√Ęter des oiseaux en jetant des grains »,¬† est probablement √† l’origine de deux √©volutions s√©mantiques.

  1. Le but¬† de engranar « nourrir »¬† est d’ enrichir celui qui engrane . Celui qui s’engrane s’enrichit. Une √©volution tr√®s actuelle dans cette p√©riode de « crise ». Les banques nous ont engran√©s¬† pour¬†s’engraner.
  2. Celui qui s’enrichit cr√©e des jalousies et des imitateurs qui¬† all√®chent au « jeu » , m√™me dans le domaine de la p√©tanque. L’argent est √† l’origine de presque tous les conflits.

J’ai l’impression que l’argot parisien qui conna√ģt le mot engrainer¬† « all√©cher au jeu d’argent » depuis le fin du XIXe si√®cle, l’a emprunt√© aux parlers occitans.¬† En tout cas les attestations occitanes (Vayssier, Mistral) datent de la m√™me √©poque et sont l√©g√®rement ant√©rieures. Si vous rencontrer¬† une attestation plus ancienne, contactez-moi!

Le lien s√©mantique¬† avec « grain » du¬† sens « balayer »¬†¬† n’est pas √©vident. Ce sens est d’apr√®s Mistral¬† limit√© au Languedoc et au Quercy.

Enquiller

Enquiller v. Dans la moyenne vall√©e de l’H√©rault, G. Lhubac signale en fran√ßais r√©gional le verbe enquiller avec les sens :

  • « se faire avoir »; √† mon avis il s’agit d’un euph√©misme pour « entuber, enculer « ; l’expression est se faire enquiller. En argot enquiller « entrer, faire entrer (depuis 1725), p√©n√©trer quelque part ». La m√©taphore est claire. Un visiteur me signale qu’ √† N√ģmes on dit enquiller une vis dans un trou, et enquiller des perles sur un fil. Je ne sais s’il s’agit de l’argot parisien qui est descendu dans le Midi ou de l’occitan qui est mont√© √† Paris.
  • au figur√© « endosser, assumer » comme en fr.populaire « caser, pourvoir d’une place » et en Sologne « endosser, mettre un v√™tement »
  • « supporter, blairer au fig. », dans une phrase comme Cinq ans de prison, il faut les enquiller. (Lhubac). Probablement li√© au sens « empiler ».

Le TLF¬† √©crit argot¬† enquiller ¬ę dissimuler entre ses cuisses un objet vol√© ¬Ľ 1847. ¬† D√©riv√©¬† de quille* sens¬† en argot¬† de ¬ę jambe ¬Ľ.

L’√©tymologie pourrait √™tre quilha .¬†

 

Ensarria(da)

Ensarria(da) s.f. « sacoche », ensarriada « contenu d’une sacoche ». (Panoccitan). Alibert donne des d√©finitions plus pr√©cises : ensarrias f.pl. « grands cabas de sparterie qui se placent de chaque c√īt√© du b√Ęt des b√™tes de somme ».

Mais¬† une ensarriada est aussi une « ravine », et le verbe ensarriar « creuser des ravines », comme verbe r√©fl√©chi il signifie « s »√©garer; battre la campagne ». Etonn√© de trouver ensemble une ravine et une sacoche j’ai cherch√© une explication dans leur histoire.

Le lien entre ensarriar et ensarriada √©tymologie n’est pas √©vidente. Tous les mots que l’on trouve dans les langues romanes supposent une origine *sahrjo avec le sens « panier, corbeille ». Dans le sud de l’Allemagne existe le mot sahar « jonc ». Or, le mat√©riel utilis√© pour ces paniers est du jonc ou de l’esparto et cela permet d’apr√®s le FEW de supposer une origine germanique. Pour les parlers occitans, il faudrait supposer une forme gotique *sahrrja.

En ancien languedocien du XIIe si√®cle (N√ģmes, Montpellier, Narbonne) est attest√© le pluriel sarrias  » manne √† double compartiment mise √† cheval sur le b√Ęt des mules ». Un verbe *ensarriar avec le sens « mettre dans les sarrias » a d√Ľ exister (Il y a encore beaucoup de manuscrits en occitan √† d√©pouiller !). A partir de ce verbe a √©t√© form√© le substantif ensarri « manne √† b√Ęt en treillis », ensarios « les cabas qu’on met sur la barde d’un cheval »¬† (S1).

jonc     ensarias    esparto

jonc                                             ensarios                                                    esparto

L’√©volution s√©mantique de ensarriado « contenu des panier » > « ravine; torrent qui descend avec imp√©tuosit√© des montagnes » n’est pas √©vidente. Le FEW l’explique par une image : des ensarriados pleines de terre et de cailloux se vident en descendant de la montagne lors des grands orages et cr√©ent les ravines. Les formes avec ei- < ex- ( sortir ) au lieu de en- < in- (mettre dans) s’expliqueraient aussi par cette image.
Je dois dire que je ne suis pas convaincu, mais je n’ai pas une autre √©tymologie √† vous proposer. Si vous avez une id√©e, n’h√©sitez pas √† me contacter. !

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