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eminada

Dans l’exposition 2015  de l’association du patrimoine  de Manduel, il y a un panneau concernant l’arpentage au Moyen Age avec une liste de diffĂ©rentes noms de surfaces  dont j’ai dĂ©jĂ  parlĂ© (pan, destre  cana )  et  eyminĂ©e   que je ne connaissais pas.

Patrimoine

EyminĂ©e ou en occitan eminada « Ă©tendue de terre qu’on peut ensemencer avec une mine de blĂ© » 1282. est un dĂ©rivĂ© de emina « mesure ancienne de capacitĂ© » qui reprĂ©sente le  latin hemÄ«na « mesure de capacitĂ© » > fr. mine, ancien provençal emina, AlĂšs emino « mesure de capacitĂ© pour les grains, 25 litres », Ă  PĂ©zenas 30 litres.

Le prĂ©sident d »honneur de l’association du patrimoine Jean Coulomb a pu  dĂ©terminer qu’Ă  Manduel une eminada correpond Ă  625 mÂČ. Pour savoir combien de litres faisait une emina il faudrait savoir ce qu’on semait …

Latin hemÄ«na signifie « un demi sextarius » (sestier) que nous retrouvons en italien, catalan, alsacien et basque, a Ă©tĂ© empruntĂ© au grec ÎźÎŒÎŻÎœÎ± (hĂšmina) « demi ».

Français minot, minoterie ont la mĂȘme origine.

FEW IV, 401-402

Empeutar, enter, ensertar, greffer

Empeutar « greffer ». Je viens de recevoir les Lectures de l’Atlas linguistique de la France de GilliĂ©ron et Edmont. Du temps dans l’espace. Guylaine Brun-Trigaud, Yves Le Berre et Jean Le DĂ». CTHS, 2005. 363 p. (voir AbrĂ©viations). GilliĂ©ron et Walther von Wartburg en ont rĂȘvĂ©, Guylaine Brun-Trigaud, Yves Le Berre et Jean Le DĂ» l’ont fait, au moins partiellement. Étant en train d’Ă©tudier l’Ă©tymologie de empeutar et d’autres verbes avec le sens « greffer », j’Ă©tais trĂšs content de trouver trois cartes sur ce sujet dans leur livre. Voici une compilation de leurs cartes 377 « enter/greffer » et 192 « empeuter »: (la zone « enter » est un peu amputĂ©e).

Enter, entar, enta Le type enter couvrait au Moyen Age tout le Nord du domaine galloroman. Le type greffer a Ă©tĂ© dĂ©rivĂ© du substantif greffe au 15e s. Greffe « pousse d’une plante qu’on insĂšre dans une autre pour que celle-ci porte le fruit de la premiĂšre » est un emploi au figurĂ© de greffe « stylet pour Ă©crire sur des tablettes de cire » (13e s.) < latin graphium  » stylet ».
Greffer Nous voyons immédiatement que le verbe greffer a gagné beaucoup de terrain et que cette extension vers le Sud suit la grande route le long du RhÎne. Il y a aussi des attestations en Aquitaine. Je reviendrai sur ces taches gris-bleu dans les Pyrénées Atlantiques et les Landes..
Empeutar Le type empeutar domine dans l’Ouest de l’occitan. La forme de la zone bleue en particulier les deux Ăźlots Ă  l’ouest et Ă  l’est sur la carte indiquent que le type empeutar a Ă©tĂ© plus Ă©tendue autrefois.
Enserta(r). D’aprĂšs les donnĂ©es du FEW c’est le type enserta qui domine en provençal et en est-languedocien

Mistral,  Trésor

Issarta, issartar « greffer », isser « ente » d’aprĂšs l’abbĂ© de Sauvages. Les auteurs des Lectures de l’ALFn’en parlent pas et dans le Thesoc les dĂ©partements de l’est-occitan sont (encore?) absents.

Dans la carte ci-dessous : gouttes bleues : « empeutar » , gouttes mauves « empeutar » + « greffar » en parlant de la vigne, gouttes vertes « greffar« , gouttes turquoises = « ensertar, ensertir« .


Afficher Thesoc, « greffer » et « greffon » dans le Sud-Ouest sur une carte plus grande

Et je me suis permis d’Ă©largir l’horizon. J’ai consultĂ© le FEW et j’ai fait une carte avec en plus les zones en Europe oĂč nous retrouvons les mĂȘme types Ă©tymologiques. Sur la carte de l’Europe ci-dessous, nous voyons que le type greffer est pratiquement isolĂ© en Europe. L’anglais l’a empruntĂ© Ă  la fin du 15e s. to graft, en remplacement du verbe to imp, parce que ce dernier avait pris une connotation pĂ©jorative dans des expressions comme imp of Satan. (Harper). Imp signifie en anglais moderne « espiĂšgle, petit diable ».

Je viens de constater que j’ai vu trop petit et que j’aurais dĂ» inclure les pays scandinaves, danois podede, norvĂ©gien podet, suĂ©dois impade, et une langue celtique, le gallois. (Les formes sur la carte sont le rĂ©sultat d’une traduction de la phrase « je veux greffer une rose » avec Google traduction. Je suis sĂ»r qu’il y a des formes qui manquent.

Greffer.
Suédois ympning, Norv. Impoding , Danois podning = imputare
Corse insita, inzeta
Gallois impio = imputare
Portugais enxertia = insertare; Gallician idem
Catalan empelt = impeltare

Entar vient indubitablement du grec Î”ÎŒÏ†Ï…Ï„ÎżÏ‚ emphutos « grĂ©ffĂ© sur » respectivement du verbe ΔΌφυτΔυΔÎčÎœ emphuteuein « greffer »( attestĂ© chez Theophraste, 4e s. avant J.-C.), composĂ© de em + phuteuo « planter ». Beaucoup plus tard le mot grec a Ă©tĂ© latinisĂ©. Nous trouvons le substantif impotus « greffon » pour la premiĂšre fois dans la Lex Salica (507-511), formĂ© Ă  partir du verbe latin *imputare qui n’est pas attestĂ©. Le vocabulaire du greffage est essentiellement d’origine grecque. Les Grecs ont propagĂ© la technique de la greffe autour de la MĂ©diterranĂ©e. » La greffe sur vĂ©gĂ©taux a Ă©tĂ© inventĂ©e par les Chinois il y a plusieurs milliers d’annĂ©es. Les Grecs et les Romains ont importĂ© la technique en Europe et nombreux sont les auteurs de l’AntiquitĂ© Ă  avoir Ă©crit des manuels destinĂ©s Ă  diffuser la technique au plus grand nombre. » (Wikipedia). Sur la carte de l’ Europe vous voyez que le type entar domine dans toutes les langues germaniques voisines. Si les traducteurs anglais de la Bible n’avaient pas adoptĂ© l’expression imp of Satan littĂ©ralement « greffon du diable » devenu « petit diable, polisson », le verbe to imp serait maintenant courant dans tout le Nord de l’AmĂ©rique.

Empeutar vient Ă©galement d’un mot grec, Ă  savoir de πΔλτη (peltĂš) « Ă©cusson ». Il y a eu une discussion entre les Ă©tymologistes. On a supposĂ© comme Ă©tymon un latin *impeltare « greffer », Ă  partir du verbe latin impellere « pousser vers, enfoncer » ou bien Ă  partir de pellis dans le sens « Ă©corce ». Les Romains appelaient un « Ă©cusson, bouclier » scutum et Plaute (2e s. av.J.-C) utilise dĂ©jĂ  le diminutif scutella « carreau en losange » avec le sens de « greffe en Ă©cusson ». Il est donc trĂšs improbable qu’ils aient crĂ©Ă© un verbe *impellitare , on s’attendrait plutĂŽt Ă  *scutellare,  mais ce verbe n’a pas existĂ©. . Il est beaucoup plus probable que l’origine est le mot grec πΔλτη  (peltĂš) « Ă©cusson ». Il y a une façon de greffer en Ă©cusson. En changeant de milieu d’utilisation le mot a changĂ© de sens. Les Grecs ont connu et propagĂ© les deux façons de greffer, la greffe en fente et la greffe en Ă©cusson.
Les auteurs des Lectures de l’ALF Ă©crivent que le verbe empeutar est une crĂ©ation locale qui a remplacĂ© un plus ancien entar. Sur la carte de l’Europe vous voyez que ce n’est pas du tout le cas. Nous le retrouvons non seulement en catalan et aragonais, mais aussi en en ancien alsacien, en Souabe, en BaviĂšre et en Tirol (Autriche). Von Wartburg pense que le type ouest-occitan a pu migrer vers le Sud de l’Allemagne par la rĂ©gion des Burgondes, mais vu la prĂ©sence du type empelzar dans l’Est de l’Italie du Nord, il est Ă©vident que c’est plutĂŽt par lĂ  que le mot et la technique se sont propagĂ©s. La GrĂšce n’est pas loin de Venise.

Enserta(r). Enfin un vrai mot latin. Les Romains avaient traduit le verbe grec emphuteuein « greffer » par inserere. Varron (116-27 av. J.-C) ecrit : pirum bonum in pirum silvaticum inserere « greffer un poirier de bonne espĂšce sur un sauvageon ». Le verbe inserere est irrĂ©gulier : insevi, insitum[1. De cet insitum a Ă©tĂ© dĂ©rivĂ© insitare qui a abouti Ă  innestare « greffer » en toscan.]     DĂ©jĂ  en latin on en a fait insero, inserui, insertum et ce participe passĂ© insertum a donnĂ© la naissance Ă  insertare > ensertar en provençal et est-languedocien, injertar en espagnol, enxertar en portugais et chertatu en basque. Il y a aussi quelques attestations en Aquitaine. (cf. la carte Google ci dessus).

Von Wartburg Ă©crit que le type ensertar en Provence est un emprunt Ă  l’Italien et qu’il a remplacĂ© le type entar. J’ai des doutes. Cette rĂ©partition me fait penser Ă  la rĂ©partition des types pedas / petas « chiffon » du grec pittakion « petit morceau de cuir ou de tissu » qui s’explique par une forte influence grecque Ă  l’Ouest et une influence romaine Ă  l’Est du domaine occitan.

En "seigneur" par Robert lo don

En « seigneur » vient du latin dominus « seigneur ». Je l’ai mentionnĂ© dans l’article  Na « madame »,  sans l’approfondir. Un visiteur me signale:

Concernant En, on trouve dans les noms de rues de Montpellier des En :  Impasse de la Tour d’En Canet

En vĂ©rifiant sur le web je constate que dans la grande majoritĂ© des cas ce En  est Ă©crit en.  Cette graphie montre que en  n’est plus compris.  Il est dommage qu’il est impossible de trouver avec un moteur de recherches d’autres noms de lieu avec  en  suivi d’un nom de seigneur.  Dans le Dictionnaire topographique de l’HĂ©rault par contre j’ai trouvĂ© un bon exemple1

     ThĂ©Ăątre Jacques Coeur Ă  Lattes dans le Mas d’Encivade

Dans le Gard sont mentionnĂ©s  le Clos d’Auriac,  en latin Claustrum d’En-Auriac ,  et  la ferme   Endevieille  dans la commune du Vigan, appelĂ©e en 1472  Territorium d’En-Devielha alias el Camelho.

Dominus  a Ă©tĂ© abrĂ©gĂ© dĂ©jĂ  en latin Ă  domnus  qui est devenu don   en italien,  don  ou dons  en ancien français et   don ou  en  en ancien occitan, domne  en ancien bĂ©arnais.  Dans la fĂ©odalitĂ© don   prend le sens de « seigneur, suzerain »; en plus il devient synonyme de sanctus  « saint », ce qui a donnĂ© de nombreux noms de villages comme  DomrĂ©my, Domjulien, Dommartin  etc.  En basque done  signifie « saint »,   non seulement  dans les toponymes comme Donostia  « San Sebastian ».

On se sert aussi du titre  Don  pour  nommer un « maĂźtre, un propriĂ©taire, un administrateur » , mais ce titre a trouvĂ© trĂšs tĂŽt un fort concurrent dans senior qui l’a rapidement battu.  Pourtant on trouve en ancien occitan encore  le don  pour « le vieux, l’ainĂ© ». Senior   a subi une Ă©volution en sens inverse de celle de dominus.

Il est Ă©vident que les linguistes ont longuement dĂ©battu sur  l’origine de le forme En. L’explication la plus probable est que En  vient du vocatif domine  utilisĂ© devant le nom propre, et abrĂ©gĂ© en N’ devant une voyelle, En  devant consonne. En, N’  existe aussi en catalan.En catalan Institut d’Estudis Catalans – Diec2

Un extrait de l’article  En de Mistral:

Comme mes enfants m’appellent « le vieux, ou l’ancĂȘtre » je peux me permettre de signer cet article:

Robert Geuljans lo don

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Notes
  1. D’aprĂšs PĂ©gorier cet emploi de En  serait limitĂ© au Lauragais, l’Albigeois et le Gers, ce qui n’est manifestement pas le cas; cf. aussi l’extrait de Mistral

En de bados

En de bados « en vain », ancien languedocien en bada(s) XIIIe s. ou de bade(s) “en vain” vient de l’Arabe batil “inutile, sans valeur ; en vain ». Le mot existe dans d’autres langues romanes : esp. balda « objet sans valeur », en balde « en vain », pg. de balde « sans succes », cat. de bades.  Les formes occitanes  montrent un emprunt au catalan.

Enco

Enco « cannelle, anche, bobine, cannette, canule, robinet)  » enco de bouto kĂ« tiro « la canelle d’un muid qui est en perce ou en vuidange » (S). et son dĂ©rivĂ© enkie « le trou de la canelle ou de la fontaine d’un muid » (S). Voir encore les expressions Ă  la fin de l’article.
Les attestations  ne remontent  pas trĂšs loin dans l’histoire. Les premiĂšres datent du XIVe siĂšcle dans le Vaud  (Suisse). L’Ă©tymologie  n’est pas tout Ă  fait la mĂȘme que celle du français anche: « EmpruntĂ© Ă  l’ancien bas francique. *ankya «canal de l’os » (acien haut allemand ancha, ancho et encho « jambe », d’oĂč, en français, les sens de « conduit, goulot, embouchure ». Pour l’ancien haut allemand , voir le dictionnaire de Koebler, s.v. anka. NĂ©erlandais enkel « cheville » vient d’un dĂ©rivĂ© de anka , ankala « articulation ». Plus de renseignements sur français anche dans le TLF.
L’image montre qu’un bon bricoleur peut en faire une enco sans poblĂšmes.

La forme occitane et franco-provençale, avec en- et non pas an-, ne peut pas avoir *ankja comme origine. Le FEW explique cette forme en supposant une origine burgonde pour le franco-provençal et une origine gotique pour l’occitan :*inka. Dans ce cas l’emprunt a dĂ» se faire trĂšs tĂŽt en franco-provençal et en nord occitan, avant l’Ă©volution ca > tch-, ch- (VIIIe siĂšcle).
Le mot a dĂ» ĂȘtre employĂ© rĂ©guliĂšrement en languedocien du XVIIIe siĂšcle, puisque l’AbbĂ© de Sauvages donne plusieurs expressions comme ana coum’ un’ enco « aller souvent Ă  la selle »; et au figurĂ© lou fai ana coum un enco « il ne le mĂ©nage pas, il le fait charrier droit » (S2).

La forme encho ou inche « anche d’un hautbois » (S2) a Ă©tĂ© empruntĂ©e, peut-ĂȘtre au français. Pour le savoir il faudrait se lancer dans l’histoire des instruments de musique. Environ 3000 ans avant J.C. les Chinois ont inventĂ© des instruments de musique Ă  anche.

Enfalenar "empester; suffoquer; perdre halein...

Enfalenar « empester; suffoquer » est composĂ© de en  et alenar « prendre haleine, respirer ». L’Ă©tymologie de alenar  est le latin anhēlare « respirer difficilement, Ă©mettre des vapeurs, exhaler » qui a subi tardivement, IXe-Xe s., une mĂ©tathĂšse du -n- et du -l-  pour devenir alenare. 

L’article anhēlare du FEW Ă©tant en français, je  ne peux mieux faire que de le citer:

…les formes occitanes manifestent un croisement avec les reprĂ©sentants d’ *affanare dans le sens « peiner, se fatiguer; etc. »; la contamination a pu se produire avant la mĂ©tathĂšse  anhelare > alenare (a), ou aprĂšs (b); dans les deux cas, on note une sĂ©rie de prĂ©fixations (IN-, EX, Ø. Un rapport est possible avec la famille de centre affanné  « Ă©ssoufflĂ© »…

Les formes du groupe a) mentionnĂ©es par le FEW, ne se trouvent que dans le dictionnaire de l’abbĂ© de Sauvages (S2):  esfanĂ©lĂ  « infecter, empuantir » et esfanĂ©lat « essoufflĂ©, hors d’haleine ».

Le groupe b) , le type afalenĂ , se trouve principalement en languedocien, de l’Aveyron jusqu’Ă  Toulouse : enfalenĂ  « puer, exhaler de mauvaises odeurs ».  ComposĂ© avec ex-  est  esfolenà  « essouffler, mettre hors d’haleine » dans l’Aveyron, esfarenat « essoufflĂ© » en LozĂšre, esfarena Ă  St-Afrique.

esfaléna

esfalenat

Un autre dĂ©rivĂ© de  anhēlare  avec le prĂ©fixe dĂ©s-, qui a abouti Ă  desalenĂ  « (faire) perdre haleine »Â  se trouve surtout dans le Sud-ouest, gascon, limousin.

 

 

Engano, lengano ‘salicorne’

Engano, lenagano ‘salicorne’ Mistral dans son TrĂ©sor:

EnganaRolland9_165

Rolland Flore IX,165

L’ansĂ©rine ligneuse mentionnĂ©e par Mistral,  fait partie du mĂȘme groupe de plantes[1.AnsĂ©rine ligneuse Lamarck] qui servent Ă  faire la soude pour la fabrication du verre. Voir Ă  ce propos mon article sansouĂŻro ‘salicor’.

Le mot  engano  se trouve dans le FEW seulement parmi les noms de minĂ©raux d’origine inconnue, avec le sens « sorte de soude ». L’auteur n’a pas mis le lien avec la salicorne, qui sert Ă  fabriquer la soude.

Mistral suggĂšre l’étymologie  laguna, mais laguna  est un emprunt du XVIe siĂšcle Ă  l’italien . Je penche plutĂŽt pour une origine gauloise, *wadana  « eau » qui a donnĂ© une grande famille de mots, dont, l’ancien occitan gana « sentiers fangeux ».  La salicorne poussant en bord de mer, souvent marĂ©cageux, pourrait bien avoir reçu le nom du terrain oĂč l’on la trouve.

Mais comme je n’ai pas d’autres attestations de engano, lengano  que ceux de Mistral et de Rolland, cette histoire reste Ă  complĂ©ter.

EngrĂšner 'appĂąter;lancer un conflit'

Engranar  engrĂšner ou engrainer en français rĂ©gional : « faire des histoires, lancer un conflit, appĂąter un joueur pour un jeu d’argent. » (spĂ©cialement dans  le milieu de  la pĂ©tanque, voir  RenĂ© Domergue,  Avise, la pĂ©tanque).

L’Ă©tymologie est le latin granum  « grain, graine ».

Alibert donne e.a. les sens suivants:  « balayer;  appĂąter avec des grains »;  v.r. … « s’enrichir ». Ces  sens  n’existent pas en français, ni en argot. Je pense qu’il s’agit d’une Ă©volution sĂ©mantique rĂ©gionale.

Il est possible que le sens « s’enrichir »s’est dĂ©veloppĂ© Ă  partir du   L’abbĂ© de Sauvages  cite le proverbe  Lou pĂ«rmiĂ© k Ă«s Ăąou mouli engrĂąno  « le premier venu met son  blĂ© dans la trĂ©mie » (S1).  Des expressions analogues existent en anglais first come first served,  et plus proche de l’occitan le nĂ©erlandais wie het eerst komt, het eerst maalt (le premier venu moud le premier ) . Être le premier servi  a des avantages.

Il est aussi possible que le sens  « s’enrichir » s’est dĂ©veloppĂ© Ă  partir du sens « nourrir avec les grains », plus spĂ©cialement « appĂąter des oiseaux en jetant des grains »., qui est devenu « appĂąter » en gĂ©nĂ©ral.  Mistral donne l’exemple suivant  :

         engranar appùter

Le sens  « appĂąter des oiseaux en jetant des grains »,  est probablement Ă  l’origine de deux Ă©volutions sĂ©mantiques.

  1. Le but  de engranar « nourrir »Â  est d’ enrichir celui qui engrane . Celui qui s’engrane s’enrichit. Une Ă©volution trĂšs actuelle dans cette pĂ©riode de « crise ». Les banques nous ont engranĂ©s  pour s’engraner.
  2. Celui qui s’enrichit crĂ©e des jalousies et des imitateurs qui  allĂšchent au « jeu » , mĂȘme dans le domaine de la pĂ©tanque. L’argent est Ă  l’origine de presque tous les conflits.

J’ai l’impression que l’argot parisien qui connaĂźt le mot engrainer  « allĂ©cher au jeu d’argent » depuis le fin du XIXe siĂšcle, l’a empruntĂ© aux parlers occitans.  En tout cas les attestations occitanes (Vayssier, Mistral) datent de la mĂȘme Ă©poque et sont lĂ©gĂšrement antĂ©rieures. Si vous rencontrer  une attestation plus ancienne, contactez-moi!

Le lien sĂ©mantique  avec « grain » du  sens « balayer »Â Â  n’est pas Ă©vident. Ce sens est d’aprĂšs Mistral  limitĂ© au Languedoc et au Quercy.

enquestre ‘vieillerie’

Enquestre souvent au pluriel enquestres « vieux objets inutiles  et encombrants ». A Marsillargues
enquestre
peut aussi prendre le sens « gĂȘneur qui est toujours au milieu comme le jeudi et auquel on dit :

lĂšve toi de lĂ  vieil enquestre » (Source : jeandumas.unblog.fr).

Il semble que le mot est assez courant dans la rĂ©gion nĂźmoise, en tout cas je l’ai entendu rĂ©guliĂšrement Ă  Manduel.I Le mot ne se trouve pas dans le dictionnaire d’Alibert, et dans le TrĂ©sor de Mistral il est cachĂ© avec un autre signification dans l’article Enquesto.

enquestoMistralEnquestro pour ourquestro.

Mais  enquesto peut aussi avoir le sens de « chose de peu de valeur ».

Mistral nous fournit aussi encastre mais pas le sens « vieillerie »:

encastr

Il y a plusieurs annĂ©es j’ai rattachĂ© enquestre au nom d’un marchĂ© aux puces toulousain l’Inquet, « hameçon »,mais cela me semble un peu tirĂ© par les cheveux maintenant.

 

 

 

 

 

Enquiller

Enquiller v. Dans la moyenne vallĂ©e de l’HĂ©rault, G. Lhubac signale en français rĂ©gional le verbe enquiller avec les sens :

  • « se faire avoir »; Ă  mon avis il s’agit d’un euphĂ©misme pour « entuber, enculer « ; l’expression est se faire enquiller. En argot enquiller « entrer, faire entrer (depuis 1725), pĂ©nĂ©trer quelque part ». La mĂ©taphore est claire. Un visiteur me signale qu’ Ă  NĂźmes on dit enquiller une vis dans un trou, et enquiller des perles sur un fil. Je ne sais s’il s’agit de l’argot parisien qui est descendu dans le Midi ou de l’occitan qui est montĂ© Ă  Paris.
  • au figurĂ© « endosser, assumer » comme en fr.populaire « caser, pourvoir d’une place » et en Sologne « endosser, mettre un vĂȘtement »
  • « supporter, blairer au fig. », dans une phrase comme Cinq ans de prison, il faut les enquiller. (Lhubac). Probablement liĂ© au sens « empiler ».

Le TLF  écrit argot  enquiller « dissimuler entre ses cuisses un objet volé » 1847.   Dérivé  de quille* sens  en argot  de « jambe ».

L’Ă©tymologie pourrait ĂȘtre quilha . 

 

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