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Paradelle "oseille des champs"

Paradelle  « oseille des champs, rumex des prĂ©s » Un visiteur m’Ă©crit:

 je me souviens aussi qu’ils (les gens de Brive-la-Gaillarde) appelaient les Rumex dans les prĂ©s padarelles ou paradelles. Quand j’ai demandĂ© si c’Ă©tait l’un ou l’autre, on m’a rĂ©pondu : c’est pareil…

En français cette plante s’appelait autrefois  parelle « Plante fort commune, & qui croĂ®t par-tout dans les terres incultes. Ses feuilles ressemblent Ă  celles de l’oseille, mais elles sont plus longues. Sa racine est grosse comme le doigt, jaune & d’un goĂ»t amer. On l’emploie contre la jaunisse, le scorbut, & les maladies de la peau.  »Â  Ce nom a disparu depuis le XVIIIe siècle.  La dĂ©finition donnĂ©e ici vient de la 4e Ă©dition du Dictionnaire de l’AcadĂ©mie française (1762) s.v. patience vers lequel il renvoie sous parelle.

Etymologie. Une première attestation date du Xe siècle et se trouve  dans un glossaire qui explique des mots difficiles  1: lapacinum parada. Lapacinum  est une sorte d’oseille. Dans mon dictionnaire latin est mentionnĂ© lapathium « patience, sorte d’oseille’ et lapathum  du grec λαπαθον de λαπαζειν « relâcher le ventre »; le lapathum « patience »Â  est un remède pour les estomacs fatiguĂ©s.  J’en parle parce que d’après une recette de grand-mère  les paradelles ont des propriĂ©tĂ©s purgatives et reminĂ©ralisantes.  Le TLF Ă©crit s.v. patience « Plante voisine de l’oseille (rumex vulgaris) utilisĂ©e pour ses propriĂ©tĂ©s toniques et dĂ©puratives. » D’autres patiences sont utilisĂ©es dans l’homĂ©opathie et la phytothĂ©rapie.  Ces connaissances nous viennent de loin! Le sens du mot grec le prouve.  Dans une note le FEW cite le mĂ©decin italien Matteo Silvatico (1285-1342) qui dans son Opus Pandectarum Medicinae dĂ©crit entre autres les bienfaits du lapathium.  Le fait qu’il Ă©crit lapatium … vel parella prouverait que  Matteo Silvatico  est passĂ© par l’UniversitĂ© de Montpellier parce que le mot parella  est inconnu en Italie.   J’ai cherchĂ© (longtemps) le texte de Silvatico et je l’ai trouvĂ©! Je suis toujours Ă©merveillĂ© par les vĂ©rifications qu’on peut faire grâce Ă  Internet.  Ici vous trouverez la page de  Silvatico_parella de l’Ă©dition de 1526. C’est la chapĂ®tre ccclxxvii (337).

Le jardin botanique de Matteo Silvatico

A partir de parada  a Ă©tĂ© formé  un dĂ©rivĂ© *paratella qui n’est pas attestĂ© en latin classique, mais  il se trouve  dans des textes en latin mĂ©diĂ©val dès le XIIIe siècle.   Le type paradelle  est rĂ©pandu dans tout le domaine d’oĂŻl, dans l’ouest de l’occitan,  en catalan paradella, panadella  et dans des parlers flamands nĂ©erlandais  pardelle.

Les formes occitanes sont assez disparates: paradelo, panadelo (Castres), porodèlo, poryèlo, padriel, et mĂŞme un pornozyĂ©lo  Ă  Meyronne (Lot). Les habitants de Brive-la-Gaillarde avaient donc raison. Le  Thesoc ne  connaĂ®t pas le type paradelle,  mais atteste une   forme sanadelles qui a dĂ» naĂ®tre grâce Ă  l’emploi de la plante dans la mĂ©decine populaire.

Les variétés de rumex  désignées par le type paratella   sont en général celles qui,  hâchées et cuites, servaient  comme aliments pour les animaux.  Ce qui ne se fait plus du tout.  La plante pose plutôt de gros problèmes.

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Notes
  1. Le vol.3 du Corpus Glossariorum Latinorum publié par Georg Götz; Leipzig 1888-1901,  est consultable sur Internet Archiv

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