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Aissou, aissada

Aissou « houe Ă  lame triangulaire » (Taleyrac, commune de Valleraugue, octobre 2004). Le mot le plus rĂ©pandu est aissada, (ou aissadou Ă  Taleyrac oĂą les deux formes sont utilisĂ©es) par exemple dans le site du MusĂ©e CĂ©venol : « Le labourage emploie essentiellement les houes. Celle Ă  lame triangulaire ou aissada est un des outils les plus rĂ©pandus en pays cĂ©venol, elle permet de retourner la terre, de l’Ă©galiser, d’en briser les mottes, de tracer des raies et former des buttes. » NĂ®mes eĂŻssade « sarcloir ».

aissada
A droite l’aissou de ma fille Ă  Taleyrac Ă  gauche  celui du musĂ©e de St.Jean du Gard.

Les deux mots appartiennent bien sĂ»r Ă  la mĂŞme famille, dĂ©rivĂ©s du latin ascia « hache des charpentiers, erminette » et aussi « binette » et « truelle de maçon ».

(On en a trouvĂ© une Ă  Faverges près d’Annecy :

mais les suffixes et les rĂ©partitions gĂ©ographiques de ces deux types ne sont pas identiques. Le type ascia qui a abouti en occitan Ă  aisso « hache des charpentiers, herminette » aisse en ancien français, esse « marteau de couvreur » en français moderne (absent du TLF), et ses dĂ©rivĂ©s (par exemple ancien occitan aisset « petite hache » et aisela « herminette de tonnelier ») se trouvent dans une aire allant de l’occitan jusque dans le nord-est du domaine d’oĂŻl.
Le FEW suppose que la forme aissou est issue de la forme ascia + one. Elle est limitĂ©e Ă  l’occitan et avec le sens « pioche » au provençal et au languedocien. Le mot aissoun est attestĂ© en languedocien avec le sens « pic, pioche, hoyau, houe ». La forme sans -n n’est attestĂ©e que dans la rĂ©gion du Mont Aigoual : Valleraugue oysou « outil pour faire des sillons », Camprieux oisou « outil de jardin qui a un tranchant d’un cĂ´tĂ© pour couper la motte, et de l’autre cĂ´tĂ© un fer pour arracher », St Hippolyte aĂŻssou « meigle, marre , maille, chèvre » (dans un texte de 1798 avec le verbe aĂ®ssounĂ  « labourer avec la meigle » ) et aisou « houe Ă  lame triangulaire ». Dans cette rĂ©gion le chute du -n final est rĂ©gulière: matin > moti , plein > plĂ©. (Atger).

Commentaires

Bonjour,
mon père, Raymond Jourdan, a travaillé en 1941-42 dans le quartier des Lônes à Carpentras, dans une ferme disposant d’un système d’arrosage connecté avec le canal de Carpentras. Pour ouvrir et fermer les rigoles d’arrosage des parcelles il écrit dans ses cahiers qu’il se servait d’un « issadou », ce qui correspond à « aissadou » de votre article.Chez Mistral, on trouve ce terme issadou dans l’article « eissado », page 851 du trésor du félibrige, avec l’indication (rh) qui signifie expression des bords du rhône.
Cordialement
GĂ©rard Jourdan

J’ai rĂ©pondu:

L’issado est une houe d’après Mistral. La bonde pour fermer ou ouvrir les rigoles s’appelait esclafidou d’après l’abbĂ© de Sauvages.

Suite ci-dessous.

2 Responses to “Aissou, aissada”

  1. gerardj2 dit :

    Selon De Sauvages, l’esclafidou (traduit par Ă©panchoir) servait Ă  fermer/ouvrir un canal d’irrigation ; dans le midi, on lui donne le nom de martellière : pièce de bois ou mĂ©tallique qui coulisse dans deux rainures.
    Je pense que mon père utilisait l’issadou pour fermer/ouvrir de petites rigoles dans la parcelle servant Ă  diriger l’eau venant du canal au plus près des plantes de la parcelle.
    Les photos de votre article sont très intéressantes, correspondant bien à cet outil de maraîcher.

    • Je pense qu’un esclafidou sert dans les petits canaux d’irrigation et la martellière pour les grands. La première attestation de marteliera en occitan date du XIVe siècle et est dĂ©fini comme « vanne situĂ©e Ă  la bonde d’un Ă©tang ou d’un lac, ou Ă  l’Ă©panchoir d’un moulin. C’est un dĂ©rivĂ© de martellus « marteau ». Marteliera « vanne … » n’est attestĂ© qu’Ă  l’est du RhĂ´ne et chez l’abbĂ© de Sauvages. Grâce Ă  Olivier de Serres (XVIIe s.) et plus tard Alphonse Daudet le mot a Ă©tĂ© acceptĂ© dans des dictionnaires français toujours avec la mention « dans le Midi », pour disparaĂ®tre dans le TLF.
      L’Ă©volution sĂ©mantique de « marteau » ou « petite enclume portative du faucheur » > « vanne..  » ne m’est pas claire. D’après le FEW martelèira a les deux sens Ă  Barcelonnette.
      Ci-dessous la martelière à Champsaur.
      martelière de Champsaur