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Cot, acout « pierre à aiguiser »

Cot s.f. « queux, pierre à aiguiser » et  français queux s.f. représentent le latin cōs, cōtem « pierre à aiguiser », comme l’italien cote  et le catalan cot. (FEW II, 1242) En occitan nous trouvons les formes cout(s), cot, acou(t), toujours avec le sens « pierre à aiguiser surtout (la faux) ».  Pour l’abbé de Sauvages co  est synonyme d’ esclafidou  (S1)

La forme queux du français a subi des déformations dues à l’homonymie avec queue du latin coda.

 

 

dalhaïre

L e dalhaire avec la cot. Remarquez le coufié, codier, codil sur sa hanche.

A Marseille et en ancien provençal est attesté le mot escoudo « marteau de carrier, servant à briser les pierres », qui doit dériver d’un verbe escoudar avec le sens « former la pierre à partir du bloc ». Le latin avait déjà créé le dérivé cotarium « coffin du faucheur » mot prononcé coufié, koudié, koutyé en occitan, couié à Champsaur, écrit « codier, codil d’après Alibert. Mistral donne une dizaine de graphies différentes suivant les régions.

La forme languedocienne coudiou, coudièou (Gard) est expliqué par le linguiste Gamillscheg comme une influence des faucheurs lozériens qui venaient faucher dans la plaine. En effet en Lozère cotarium devient régulièrement coudyo, transformée par les employeurs de la plaine en coudiou.   Cet article  qui doit être très intéressant est publié en 1922 dans la revue Archivum Romanicum t.6 (1922). Numérisé mais pas consultable…

Voir aussi l’article codou, code  « caillou ».

Gamillscheg (E.). Wetzstein und Kumpf im Galloromanischen. Arch. rom. 1922, t. 6, n o1, p. 4

Abes, àbet

Abes, àbet s.m.pl. « balles de blé ou d’autres céréales » (St-Pons, Capestang), abets (Aude, Toulouse), a(w)ets (Hte-Garonne). L’accent est sur le a-. L’origine est un mot latin apex, apicem  « sommet, pointe, tout objet de forme conique ». Les attestations sont relativement rares, une vingtaine, et étendues sur une région qui va de l’Hérault au Gers, auxquelles s’ajoutent probablement les mots basques abotz « criblures » et agotz « balle de blé ».1

Grâce au commentaire d’un visiteur,  une attestation  de l’Ariège  et une correction importante du sens. Ci-dessous une image d’ abets sur l’andain, et d’autres de balles d’épeautre et de blé :

 abets sur andain              balle d'épeautre     balle de blé Les balles  volent!

Je me demande toujours comment il a été possible qu’un tel mot latin avec un sens très spécifique a été transmis de génération en génération pendant 20 siècles, dans des villages qui sont tellement éloignés les uns des autres. Mais il est possible que des attestations nous manquent. Si vous connaissez le mot, contactez moi.

Claude Achard2  a eu la gentillesse de me contacter :

Abets : « Les faibles seront aux abets, c’est-à-dire la balle et les barbes qu’on emporte par gros ballots fort peu pesants » Raymond Escholier, Gascogne.p. 68.
“Àbets, abë, balles de céréales, vannures ; balle de grains, menue paille ; ballot de fourrage ; l’abe dou blad, la balle du blé, celle de l’avoine, voy. poussës ”. (DOUJAT, 18 ; LAGARDE, 21 ; CANTALAUSA, 30 ; de SAUVAGES, I.3 ; MISTRAL, I.6. GARY, 2 ; VESTREPAIN, 303 ; ACADEMIA, 3). Aver la clau dels abets, avoir la clé des menues pailles, ne pas être l’homme de confiance à qui on confie la clé du grenier à blé. (ALIBERT, 65).

Le mot apex a été réintroduit dans le milieu des paléontologues pour désigner le sommet des coquilles de certains fossiles, comme les ammonites. Je vois dans le TLF que cette remarque est la conséquence d’une déformation professionnelle et que apex a beaucoup d’autres significations.

                              

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  1. Le spécialiste du basque, M.Morvan, m’écrit :  « Que abotz et agotz soient apparentés en basque cela ne fait aucun doute (alternance b/g classique). En revanche il est plus difficile de les faire venir du latin apex « sommité », sans que ce soit impossible. Le passage du e latin à o basque n’est pas évident, mais ne me choquerait pas trop.  »
  2. Auteur de Les uns et les autres. Dictionnaire satirique pour le département de l’Hérault er quelques contrées d’Occitanie. Ed.Dolmens, 2003. 742 p.

Abalhar ‘gauler, abattre les noix’

Abalhar « gauler, abattre les noix ». D’après le Thesoc abalhar est courant dans les dép.19, 24, 46, 47, 82; abalhaire « celui qui gaule », seulement en Dordogne. L’étymon est le latin baculum « bâton », qui s’est conservé uniquement chez les Ch’ti (mi), baille « barrière » (Flandres, Rouchi, Picard). En occitan existe aussi  le verbe  dérivé abalha « gauler » dans les départements indiqués du sud-ouest.

A Colognac (Gard) a été relevé bacular « suisse, bedeau » nommé ainsi parce qu’il portait la crosse, le bâton de l’évèque. C’est un emprunt au latin d’Eglise bacularius « bedeau »

Français baguette   emprunté à l’italien , a la même étymologie.

abalhaire bacular      

Issar(t)

Issar « essart,  lieu défriché »;  faïre un issar « écarter un champ, un bois etc. » (Sauvages).  En allant de Comps à Avignon le long du Rhône, je vois un panneau « Les Issarts », un nom qui m’intrigue. Je cherche d’abord dans le dictionnaire de l’abbé Sauvages et trouve la définition donnée. Puis sur internet je vois qu’il s’agit d’un château en bordure du Rhône!

L’étymon est le  dérivé *exsartum « lieu défriché », qui vient du participe passé sartus du verbe sarire « sarcler ».  Le mot n’existe pratiquement plus que dans la toponymie. En français essart est « rare », voir TLF, mais  Charles Atger l’utilise  dans l’histoire Lou loup e lou Roynal : … per faïre un issard o lo borio de Pelet, dins lous coms de Boucofredjo. (p.59).

Dans le Compoix de Valleraugue il y a le dérivé issartiel probablement avec le même sens, dérivé d’ issart, comme airiel de aire. Dans le Dicitionnaire topographique du département du Gard, vous trouverez de nombreux Issarts, Issartiels, Issartas, et Issartines

Dans LES CRIEES ET PROCLAMATIONS PUBLIQUES DU BARON D’HIERLE (1415) : Item, manda may la dicha court que degun home ne deguna femena, de qualque condition ou estat que sia, non auze mettre degun bestiari en pratz, ny en vignes, ny en ortz, ny en yssartadas joves, ny en aultre loc, houc poguesson far mal, tala ny damnage. Et aquo sus la pena de cinq solz tournes de jour, et de detz sols tournes de nuech, donados aldict senhor. Et que tout home que ou veyra sia crezut a son sagramen

L’abbé de Sauvages, écologiste avant la lettre, ajoute que les issar sont des terrains très fertiles par le compostage de feuilles etc, et qu’ils produisent beaucoup les 2 à 3 premières années.

 

Acampada

Acampada s.f. « ce qu’on ramasse en une seule fois, recueil ». Acampado « réunion » . (En Camargue par extension, ‘rassemblement des taureaux.’) est un dérivé d’acampar.

Acampar, v.tr.  « ramasser, cueillir », acamper en français régional (Lhubac), est un dérivé limité au provençal et au languedocien du latin ad+campus  « champ ». Provençal (s)acampa   « (se) réunir ».

Dans la Camargue c’est le « rassemblement de la manade dans les marais » et l’occasion d’une fête bien sûr.  Les gardians doivent cerner les taureaux qui sont éparpillés dans le marais et qui essaient d’échapper à leurs poursuivants. Conduite de la manade pour le tri. » (Lexique camarguais).

A Toulouse ce verbe a pris le sens contraire  « mettre en fuite »  à partir du sens  « mettre le bétail dans les champs ».

Le préfixe ad- rend les verbes transitifs ou ajoute au sens du radical, la notion d’approche ou de direction (Alibert, p.39).