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Uganaud "huguenot" et deganau "niga...

Uganaud « huguenot » vient de l’allemand Eidgenosse « conf√©d√©r√© ».¬† L’histoire ou l’√©tymologie de ce mot n’a de sens que quand on raconte toute l’histoire.

La premi√®re attestation en occitan¬†iganauds¬† « huguenots, calviniste » date de 1581. ¬† A la m√™me √©poque on trouve d’autres formes iganau √† N√ģmes, eganaou, higounaud¬† dans l’Aveyron, etc. La premi√®re attestation en fran√ßais date, pour le moment, de 1483 et vient d’une lettre du duc Ren√© II de Lorraine¬† √† son cousin:¬† dans laquelle il √©crit :

En somme les Esguenotz n’ont delib√©r√© laisser passer en mani√®re quelconques gens de cheval ne de pied qui viennnent par de√ßa; et de ce lesdictz Esguenotz escripvent √† la Seigneurie et √† nous, nous priant que nous desportons de ceste emprise.

Escript à Padue le XIII jour d aoust 1483

Vostre cousin RENE

Esguenotz-Huguenot DMF2012  (texte complet)

René II de Lorraine

Au XVe si√®cle les¬† Eidgenossen,¬† les Conf√©d√©r√©s suisses,¬† avaient d√©j√† instaur√© le service militaire obligatoire √† partir de l’√Ęge de 16 ans. (Cf. le NZZ online). Les¬† Esguenotz qui ne laissaient passer personne d’apr√®s¬† la lettre du duc Ren√© II,¬† sont donc des soldats.¬† Plus tard, le¬† m√™me mot √©crit¬† aguynos d√©signe les¬† « partisans du parti politique qui d√©fendait la libert√© de la ville de Gen√®ve contre les tentatives d’annexion du duc de Savoie » comme en t√©moigne¬† un document¬† de 1519 provenant de la ville de Gen√®ve .¬† La graphie du mot varie beaucoup dans les textes, ce qui se comprend facilement parce qu’il s’agit d’un mot allemand prononc√© par des francophones.¬† Il y a m√™me une variante avec la nasalisation de la¬† premi√®re syllabe: hangenots.¬† Dans la seconde moiti√© du XVIe si√®cle appara√ģt la forme huguenots toujours avec le sens « partisans… etc. ».¬† Entretemps¬†¬† la ville de Gen√®ve¬† avait r√©ussi √† faire reconna√ģtre son ind√©pendance en 1530.

La R√©forme protestante,¬† une volont√© d’un retour aux sources du christianisme, est amorc√©e au XVe si√®cle et culimine au XVIe si√®cle. (Wikipedia)¬†L’adoption de la R√©forme a aussi un caract√®re politique. C’est un moyen pour les princes d’affirmer leur ind√©pendance face √† une papaut√© revendiquant une th√©ocratie universelle ou pour les populations de pouvoir se r√©volter face un souverain mal accept√© comme en √Čcosse et aux Pays-Bas espagnols. La R√©forme se traduit donc au XVIe¬†si√®cle par de nombreux conflits, entre l’empereur Habsbourg et les princes allemands mais aussi des guerres civiles en France, en Angleterre et en √Čcosse.

Mur de la Réformation à Genève

Monument international de la Réformation à Genève 1

A Gen√®ve la R√©forme commence en 1532.¬† Calvin le co-fondateur de la doctrine des Eglises R√©form√©es, appel√©e le calvinisme, s’installe √† Gen√®ve en 1540.¬† Le¬† calvinisme¬† s’est r√©pandu en Europe √† partir de cette ville.¬† Le nom ou surnom¬† des ind√©pendantistes genevois Eidgenossen,¬† prononc√©¬† √† la fran√ßaise¬† aignos,¬†¬† ou¬† iganau¬† en languedocien,¬†higounaud¬† dans l’Aveyron, passa aux « protestants de langue fran√ßaise » dans la deuxi√®me moiti√© du XVIe si√®cle.¬† Dans la r√©gion de B√©ziers, P√©zenas et dans l’Aveyron¬† na√ģt une forme avec un¬† d-¬† agluttin√© degan√†u¬† √† partir d’une expression dans le genre diable d’egenau.¬† Il est aussi possible que¬† le type egenau a fusionn√© avec le mot duganau « imb√©cile » d√©riv√© de dugon « grand duc ». Voir l’article duc, dugou.

Nous sommes bien arriv√©s dans la p√©riode des guerres de religion.¬†¬† Dans certains milieux le mot¬† huguenot¬† est lourdement charg√© de haine.¬† En proven√ßal un dugan√®u est un « nigaud », √† B√©ziers ou √† Puisserguier¬† un¬† deganau est¬† un « impie, un d√©bauch√© »,¬† √† Cahors c’est un¬† iganaou,¬†¬† dans l’Aveyron un igounaou¬† « un m√©cr√©ant, quelqu’un qui ne vas pas √† la messe »! comme en Loz√®re, en Ard√®che et dans la Hte-Loire. Ces sens p√©joratifs se trouvent un peu partout en France, mais il y a une forte concentration des¬† attestations¬† en languedocien.

Le mot √©tait encore vivant au d√©but du XXe¬† si√®cle √† Montagnac (H√©rault). Voici le t√©moignage d’un de mes¬† visiteurs qui ¬† est¬† entrain de retranscrire les m√©moires de son p√®re2. Ces m√©moires¬† rapportent ses souvenirs de jeunesse entre 1914 et 1944.¬† Il m’√©crit¬† √† propos du mot deganouaous:

Au long de ces cahiers, je rencontre des termes occitans (il parle plut√īt de patois) qu’il √©crit phon√©tiquement. Dans le cahier n¬į8, je rencontre un terme pour lequel je ne trouve pas d’explication pr√©cise.
Le contexte est celui de ma grand-m√®re disant √† mon p√®re, amoureux d’une fille c√©venole et protestante habitant le Pont-de-Montvert (48), « tu n’as qu’√† te faire protestant pour pouvoir √™tre accept√© par les parents » (mes grands-parents et mon p√®re √©taient ath√©es).
Mon p√®re √©crit donc cette phrase :  » …et puis ton p√®re (mon grand-p√®re) pr√©f√©rera te voir « deganouaous » que catholique, car ils √©taient (les protestants) sectaires en religion, mais sinc√®res, farouches la√Įques et r√©publicains ».
Ce terme de « Deganouaous » s’applique aux protestants de Montagnac (34) et je pense qu’il s’agit l√† d’une expression p√©jorative critiquant le comportement des protestants.

La rivalit√© entre catholiques et protestants existait aussi √† Valdr√īme et les villages voisins o√Ļ les cathos aimaient dire ¬†Las campanas de Vaudroma fan dan√ßar los uganauds, los fan far de sauts coma de crapauds. (Communication de Han Schook)

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Notes
  1. : Guillaume Farel (1489-1565), l’un des instigateurs de la R√©forme √† Gen√®ve, Jean Calvin (1509-1564), le personnage central du mouvement, Th√©odore de B√®ze (1513-1605), recteur de l’Acad√©mie de Gen√®ve, et John Knox (1513-1572), fondateur du culte presbyt√©rien en √Čcosse.
  2. Voir Sources s.v. Montagnac

Nouvè, Nau, Nadau, Nadal

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Nouve(l) « No√ęl ». Le mot courant pour No√ęl en proven√ßal et est-languedocien est Calenda. Pourtant il y a pas mal d’attestations de Nouv√®,¬† e.a. dans le Tr√©sor de Mistal :

L’√©tymologie est l’adjectif latin natalis « relatif √† al naissance » qui √©tait √©galement utilis√© comme substantif avec le sens « jour de naissance, anniversaire ». Dans la langue de l’√Čglise le sens est devenu « le jour de la naissance de J√©sus ». Nous le retrouvons en italien natale, catalan nadal, portugais natal et en galloroman principalement dans le Nord jusqu’√† la Loire et dans l’Ouest du domaine occitan. (Cliquez sur¬† la carte)Il y une belle carte des noms de No√ęl :¬† Nau, Nadau, Nadal, Nouv√©, Chalendes¬† dans le livre de¬† Lectures de l’ALF ((Voir Source, s.v. ALF), qui ne donne pas les m√™mes r√©sultats, en particulier pour Calendas,¬† malgr√© le fait que la source est identique.¬† Il faudra v√©rifier avec l’ALF.

Nous trouvons dans le Gard, à Alès  nadàou, St-Jean du Gard, Valleraugue nadal, etc. Voir aussi le Thesoc, qui atteste nadal dans pas mal de départements 1

Natalis a abouti dans la r√©gion parisienne √† une forme avec -o- ancien fran√ßais no√©, nouvel, probablement par dissimilation des deux -a-, et dans de nombreux dialectes la forme parisienne a supplant√© la forme indig√®ne nadal. Cette invasion est de date relativement r√©cente. Cecii est illustr√© par une comparaison des donn√©es de l’Atlas Linguistique de la France (1908-1910), avec celles des dictionnaires plus anciens. En Provence, la forme No√ęl est plus ancienne et d√©signe la « cantique populaire, chant√© le jour de No√ęl; l’air de cette cantique », attest√© depuis Cotgrave 1611.

Un nou√ęl √©tait aussi le « cri de r√©jouissance que poussait le peuple √† la naissance d’un prince, etc. ». Cela ne se fait plus de nos jours!

Le mot nou√ęl, nouvelet « refrain ou chorus d’un chant de No√ęl ». Cliquez ci-dessous:¬† le¬† Nouv√© 35 de Saboly.

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Notes
  1. ARIEGE, CORREZE, CREUSE, DORDOGNE, GERS, GIRONDE, HAUTE-GARONNE, HAUTE-VIENNE, HAUTES-PYRENEES, INDRE, LANDES, LOT-ET-GARONNE, PROV. DE LERIDA (ESPAGNE), PUY-DE-DOME, PYRENEES-ATLANTIQUES, TARN-ET-GARONNE.

Les noms du chêne

Cassanus, robur, quercus, carra, blaca ,etc.

Le nom du chêne cassanus  est-il  gaulois?   Von Wartburg écrit dans le FEW (je résume) :

  1. *c√°ssanus (la petite √©toile signifie que le mot n’est pas attest√©, mais reconstitu√©!), est peut-√™tre d’origine celtique , mais le mot peut aussi bien √™tre rerpris par les Gaulois aux peuples pr√©-celtiques. Le probl√®me est que *cassanus ne se retrouve dans aucune autre langue celtique, et d’autre part que la r√©partition g√©ographique du mot ne correspond pas non plus √† celle d’un peuple pr√©-celtique.
  2. *cássanus est indigène dans toute la France, sauf dans les départements provençaux
  3. La r√©partition g√©ographique du type *cassanus et des concurrents gaulois *derua, le pr√©roman (?) carr- et le latin robur n’est pas rest√©e immuable au cours des si√®cles. Dans le Midi et notamment dans le Languedoc, le type *cassanus a √©t√© concurrenc√© et remplac√© par des mots du type *carr- qui d√©signaient √† l’origine des « taillis de ch√™nes ». L√† o√Ļ nous trouvons le type *c√°ssanus dans les patois modernes, il s’agit d’un emprunt aux patois nord-occitans, comme par exemple l’auvergnat.

Le professeur Henriette Walter √©crit dans son « bestseller » L’aventure des mots fran√ßais venus d’ailleurs », (Paris,Robert Lafont, 1997) p. 42 « Le nom du ch√™ne √©tait cassanos en gaulois, quercus en latin. » Elle a oubli√© de consulter le FEW , contrairement √† Alain Rey pour son « Dictionnaire historique »Le chapitre que Mme Walter consacre √† « Le ch√™ne gaulois: pr√©sent partout » (p.42) demande quelques remarques.

M√™me si le ch√™ne √©tait « un objet de culte chez les Gaulois », cela n’implique pas que le nom *cassanus est d’origine gauloise. Le « service publique » est un objet de culte chez les Fran√ßais, mais cela n’implique pas que les mots service et publique sont d’origine francaise. Et comment expliquer que les Gaulois de la Provence n’ont pas conserv√© ce mot? ou qu’on le retrouve dans des patois ib√©ro-romans, l√† o√Ļ les Celtes ne se sont jamais install√©s?

Pourquoi rattacher la Provence au pays de chassaigne, si le mot n’y est pas indig√®ne, mais un emprunt?. D’ailleurs la conclusion de Mme H. Walter, quand on regarde sa carte, que ca- est devenu cha- en Provence est fausse. La ligne qui s√©pare la zone o√Ļ ca- s’est maintenu de la zone o√Ļ ca- a √©volu√© en ts-, ch- suit approximativement la ligne qui s√©pare le proven√ßal et le languedocien des parlers nord-occitans. Voir la carte ci-dessous, couleur lavande = proven√ßal , ocre fonc√©= languedocien. Ocre clair = nord occitan. La limite ca-/tsa a √©t√© d√©crite tr√®s pr√©cisement par Ronjat. ( BDP, voir aussi NVelay).

Lire l’article carr dans FEW!!! = pr√©roman, peut-√™tre basque!

Ci- dessous la carte à gauche : la ligne cassagne/chassaigne.(Mme Walter)                  A droite: au sud de la ligne blanche ca- > ca- en provençal, languedocien et gascon

Gascon: garric. Un des nombreux noms que peut prendre le ch√™ne suivant la r√©gion et la vari√©t√©. D√©riv√©s : garrigar (ne pas prononcer le « r » final), et bien s√Ľr « garriga » (prononcer « garrigo« ), mais ce dernier est plut√īt languedocien. Voir l’article¬† Garriguette, la benjamine de la famille Garric

esc√≥s ch√™ne ou autre arbre √©t√™t√©. Prononcer « escous ou escoup

surr√®r « ch√™ne li√®ge » Prononcer « surr√® »; surr√®da (prononcer entre « surr√®de » et « surr√®do ») : endroit plant√© de ch√™nes li√®ge

cassi est plut√īt girondin, l’autre forme gasconne est casso (prononcez [cassou] en accentuant la premi√®re syllabe), cassiar (masc.), cassia o cassi√®ra (fem.), et cassanha « ch√™naie ».

tausin « ch√™ne tauzin » variante : taudin. D√©riv√©s tausiar (prononcer « tawzia »), taudinar, tausi√®da (prononcer entre « tawzi√®de » et « tawzi√®do »)…, qui sont les for√™ts de ch√™nes tauzins

Languedocien

Garric « ch√™ne; ch√™ne kerm√®s ». Voir l’article Garriguette, la benjamine de la famille Garric

Le ch√™ne blanc lo rore, lo roire, lo rove (prononcez [rour√©], [rouir√©], [rouv√©]) « Quercus humilis subsp. lanuginosa, autrefois Quercus pubescens »

Comme nom de lieu le type robur est tr√®s r√©pandu. Dans le site de l’IGN (Les chiffres donnent le nombre de lieux en France; en consultant le site vous pouvez retrouvez tous les d√©tails : d√©partement, commune, coordonn√©s) j’ai trouv√©:

116 noms de lieu pour roure: roure 66 rouré 3 rourebean 1 rourebeau 3 rourebel 6 rourebet 1 roureda 1 rouregros 1 rourelas 1 roures 4 rouressol 1 rouresson 1 rouret 14 rourette 1 rourèda 1 rourède 3 rourèdes 1 rourètrie 1 rouréa 1 rourée 1 rouréou 1 arrourets 1 auroure 2 et

21 pour roire: au rouire 1 bergerie de la rouire 1 col d’al rouire 1 col de rouire 1 en rouire 2 la rouire 1 le bois de rouire 1 le rouire 3 pech de rouire 1 puech de rouire 1 rouire 3 rouire ouest 1 rouire verdal 1 ruisseau de rouire 1 ruisseau du col de rouire 1 ruisseau du rouire 1

et beaucoup plus pour rouve : rouve 15 rouvé 1 rouveau 4 rouvecau 3 rouvegade 1 rouvegros 1 rouveillat 1 rouveille 1 rouveirac 1 rouveiret 3 rouveirette 1 rouveirole 1 rouveiroles 1 rouveirolle 2 rouveirolles 1 rouveirète 1 rouveix 8 rouvel 4 rouveladas 1 rouvelade 1 rouvelades 1 rouvelane 1 rouvelet 3 rouvelias 1 rouvelines 1 rouvelinière 1 rouvelière 1 rouvellac 1 rouvelle 1 rouvellière 1 rouvelon 1 rouvelong 1 rouvelot 1 rouvenac 3 rouvenaie 2 rouvenaz 1 rouvenet 1 rouvenoz 1 rouvenèdes 1 rouverade 1 rouverades 1 rouveral 1 rouverat 2 rouveray 3 rouverdal 2 rouvereau 1 rouvereaux 1 rouverel 1 rouveret 2 rouverets 1 rouverette 1 rouvergne 1 rouvergue 4 rouvergues 1 rouverieux 1 rouveroi 1 rouverol 3 rouverolles 1 rouverot 2 rouverou 1 rouveroux 2 rouveroye 1 rouvert 1 rouvery 1 rouves 7 rouvet 3 rouvets 2 rouvette 1 rouveure 3 rouveurette 1 rouvey 7 rouveya 1 rouveyrac 1 rouveyrasse 1 rouveyre 6 rouveyrenque 1 (à Congéniès près de Vergèze dans le Gard) rouveyres 1 rouveyret 2 rouveyrette 5 rouveyrieux 1 rouveyrol 4 rouveyrole 1 rouveyroles 1 rouveyrolle 4 rouveyrolles 4 rouveyrols 1 rouvède 1 rouvègues 1 rouvère 1 rouvès 2 rouvèze 1 rouvéreide 2 anrouve 1 bellerouveroye 1

blacha, blaca, blac√†s, souvent aussi employ√©s pour d√©signer le ch√™ne blanc. s‚Äôapplique √† divers esp√®ces : le ch√™ne vert en plaine, le ch√Ętaignier en C√©vennes, le ch√™ne blanc un peu plus dans l‚Äôarri√®re-pays.

avaus « Quercus coccifera (ch√™ne-kerm√®s) »

rovi√®ira, roveda, rovereda, roireda (en languedocien) /roviera (en proven√ßal), »ch√™naie blanche »

roret, roet « un petit bois de ch√™nes »

Blaca « ch√™ne blanc ».¬† Dans le premier volume du FEW blaca est consid√©r√© avec beaucoup d’h√©sitations comme d’origine gotique dans l’article blakk- « reluisant, brillant »[1.Petite erreur dans FEW 1: westh√§lfte doit √™tre osth√§lfte], mais cet √©tymon n’est pas repris dans les √©l√©ments d’origine germanique.

¬†D’apr√®s les g√©n√©alogistes le nom de famille¬† Blach√®re d√©riv√© de blaca¬†

¬†est fr√©quent dans l’Ard√®che, o√Ļ l’on trouve aussi la forme Blacher. C’est un toponyme d√©signant un bois de ch√™nes blancs (occitan blaca). Le ch√™ne blanc (ou Quercus pubescens) est consid√©r√© comme un des meilleurs ch√™nes truffiers. De nombreux hameaux s’appellent (la) Blach√®re dans l’Ard√®che et la Loz√®re. Formes voisines : Blacheyre (42), Blachier (07), Blache (26, 38), Blacas, Blachas (83, 84, 34, 48), Blachette (07, 26)

Google  me fournit 2 autres sources:

Dans Mélanges de philologie romane offerts à Charles Camproux: Volume 2

BLACAS, sp√©cialement nom noble, est un augmentatif proven√ßal de blaca, mot du Sud-Est, d’origine pr√©-gauloise, d√©signant originairement un taillis de ch√™nes. BREA. Ludovic Brea : in ¬ę Theatrum Statuum Sabaudiae Ducis ¬Ľ, Amsterdam, 1682.

et dans la Zeitschrift f√ľr romanische Philologie vol.79(1963)

J. Ubaud¬† ne dit rien sur l’√©tymologie¬† du mot¬† mais pr√©cise la r√©partition g√©ographique :

blacha, blaca, blac√†s, souvent aussi employ√©s pour le (sc. le rore)¬† d√©signer, ces noms semblent concerner √† l’origine des baliveaux (donc des jeunes arbres, nous l’avons d√©j√† signal√© dans l’article pr√©c√©dent) s’appliquant √† divers esp√®ces¬†: le ch√™ne vert en plaine, le ch√Ętaignier en C√©vennes 1 , le ch√™ne blanc un peu plus dans l’arri√®re-pays.

blaqui√®ira (ou plus au nord blachi√®ira) ou blacareda un collectif, d√©signerait un taillis de jeunes ch√™nes blancs, mais il nous semble plut√īt employ√© dans les zones de l‚Äôarri√®re-pays (pied du Larzac, Larzac, Haute Provence) o√Ļ les toponymes d√©riv√©s abondent : Blaqui√®res, Saint Jean de la Blaqui√®re, La Blacar√®de, La Blachi√®re, Les Blaquettes.

 

Le FEW √©crit que¬† blakk-¬†¬†¬† est peut-√™tre une forme du germanique¬† blank¬† « blanc ». On trouve en effet des formes d√©nasalis√©es de blank¬† dans les langues germaniques¬† comme le norv√©gien blakr¬† « chatoyer ». Les feuilles du ch√™ne blanc sont en effet chatoyants.

Rore ramièr (de rama feuillage ) utilisé pour le fourrage pour les bêtes

rore aglanièr, destiné à fournir des glands aux bestiaux); engalar un teissut, c’était passer un tissu à la noix de galle.

Dans http://www.ulb.ac.be/philo/spf/langue/exam.htm (sauf gardé sous Divers) :

9. Les Lat. disaient quercus pour « ch√™ne », d’o√Ļ l’italien quercia. Ils avaient aussi robur « ch√™ne rouvre, sorte de ch√™ne tr√®s dur » > it. rovere, esp. roble. Ch√™ne doit venir d’un *cassanus, mot pr√©-latin. Pourquoi pense-t-on qu’il soit celtique? a) Il serait conserv√© √† cause du r√īle religieux du ch√™ne dans le druidisme; b) On trouve en esp. quejigo, sans doute de la racine cax- > cassanus/. *Cassanus, aurait d√Ľ donner en fr. *ch√Ęne, *chasne comme dans asinus > as’nus > √Ęne; *m√Ętrastra > mar√Ętre « femme du p√®re »; *salmaster > saum√Ętre. La forme r√©guli√®re est du reste fournie par le wallon tch√Ęgne. *Cassanus a donc √©volu√© en chaisne par r√©fection analogique sous l’influence de fraisne, fr√™ne < fraxinus. *Cassanus + suff. -eta pour d√©signer des « collectifs d’arbres » > top. Ch√™n√©e. En France, on trouve Casseneuil, Chasseneuil (= Cassano+ ialo « localit√© des ch√™nes »).

Catalan roure (DE)

Une liste des noms du chêne en galloroman et en catalan.

Tuaillon, Gaston (1971), ‚Äú ‚ÄėCh√™ne‚Äė et ‚Äėfr√™ne‚Äė en gallo-roman‚Äú, Revue de Linguistique Romane 35: 196-230.
(L: French, Occitan, Gallo-Romance; C: oak, ash tree)

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Notes
  1. Je n’ai pas retrouv√© l’attestation de « ch√Ętaignier ». Il n’y a que Mistral qui √©crit « taillis de ch√™ne ou de¬† ch√Ętaigner »

Figa

Figa, figo « figue ». Etymologie : latin ficus qui d√©signait aussi bien l’arbre que le fruit. Le premier sens a √©t√© conserv√© en italien fico et en basque bikku, le deuxi√®me en espagnol higo, portugais figo et en basque iko. Les formes galloromanes pour nommer le fruit viennent d’un pluriel *fica comme le catalan figa.

Au figur√© far la figo « se moquer de quelqu’un ».¬† Claude Marco, qui se qualifie « anecbotaniste », m’a fait parvenir un commentaire sur les traditions populaires en rapport avec le figuier et la figue, trop riche pour √™tre ins√©r√© ici. Je le joins donc en format PDF.Figuier_Claude Marco

Une expression et un geste¬† qui remonte tr√®s loin dans l’histoire.¬† J.M Lombard y consacre un article¬† La main-figue ou mano-fica. Pr√©lude √† une c√©l√©bration du figuier de la connaissance.¬† la dans son blog, d’o√Ļ je tire cette image. LamblardGestedelafigue6a00d8341f05b853ef01b7c6e8870d970b-800wiUn bas-relief d’√©poque romano-berb√®re trouv√© en Libye. 1er si√®cle (Photo Lamblard).

D√©riv√©s : figon « petite figue », figueto « idem ; petite bouteille pour les essences « . Figuiera « figuier ». Proven√ßal et languedocien figueiroun « arum tachet√© ou Gouet ou Pied de veau » √† cause de sa forme. La racine s√®che du figeiroun est un bon cordial selon l’abb√© de Sauvages. Egalement limit√© √† ces deux r√©gions est le d√©riv√© figaret « vari√©t√© de ch√Ętaignier h√Ętif, dont les ch√Ętaignes se d√©tachent du h√©risson quand elles sont m√Ľres » Voir la page Castagno s.v. figaretto.

  

Ch√Ęteau de Figaret¬†¬† √† St-Hypolite du-Fort (30)¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† ¬† ¬† ¬† ¬†¬† ¬†¬† Figueroun

De nombreux toponymes.¬†¬† Figaret¬† peut faire r√©f√©rence aux ch√Ętaignes ou aux figues.

Pr√™t√© au fran√ßais : figue, et¬† √† l’anglais fig « le fruit ou l’arbre »; expression not care a fig for « ne pas se soucier de » mais attention!! son homonyme fig est obsc√®ne « consists of making a fist with the thumb placed between the index finger and the middle finger. » (Voir ce lien, en bas de la page). N√©erlandais vijg; mais un oorvijg est une « gifle ». Allemand Feige mais Ohrfeige « gifle » (ne loupez pas cette video √† la R√©mi Gaillard).

La feuille de figuier a jou√© un r√īle important dans la sculpture et la peinture. L’origine est probablement la Bible: c’est avec une feuille de figuier que¬† Adam et Eve couvrent leur honte et leur nudit√© !

                 

 

Voto; vot

Vota « f√™te patronale, f√™te du village »;Vot « voeu, souhait d√©sir; ex-voto; p√®lerinage; f√™te votive » et vote s.m. »vote, voix, suffrage » ( Alibert) . Vot,¬†voto « f√™te locale ». Etymologie: latin votum « promesse solennelle faite aux Dieux ».

En ancien proven√ßal existait le mot lo vot ¬ę¬†promesse faite au ciel par laquelle on s’engage √† quelque oeuvre non oblig√©e¬†¬Ľ, comme en proven√ßal moderne : vot, vo, vou ou dans l’Aveyron bouot ou bot.¬† Il existe √©galement¬† en fran√ßais : voeu « promesse » (religieux), ancien fran√ßais vut, anglo-norman vou , qui est devenu en¬† anglais vow « An earnest promise to perform a specified act or behave in a certain manner, especially a solemn promise to live and act in accordance with the rules of a religious order: take the vows of a nun ».

Dans une p√©riode plus r√©cente,¬† au XVIe si√®cle nous trouvons en fran√ßais le mot vote ¬ę¬†voeu, pri√®re¬†¬Ľ provenant du pluriel vota qui dans tout le midi de la France, de¬† la Dr√īme jusqu’√† la Gironde d√©signe ¬ę¬†la f√™te patronale¬†¬Ľ,¬† Vaucluse, Languedoc voto, Toulouse boto,¬† Aveyron et Rouergue bouoto, Gers boto.En fran√ßais ou plut√īt en¬† fran√ßais r√©gional l’expression f√™te votive est attest√©e depuis 1876, propre √† certaines r√©gions, avec toujours le sens de ¬ę¬†f√™te patronale¬†¬Ľ o√Ļ le patron n’est pas un chef d’entreprise, mais le saint √† qui est d√©di√©e l’√©glise de la paroisse!

Changement d’√©poque! J’ai demand√© √† plusieurs personnes √† Manduel (30) √† quoi leur faisait penser le mot ¬ę¬†votive¬†¬Ľ dans « f√™te votive » . La r√©ponse a √©t√© unanime ¬†: ¬ę¬†√† la mairie, aux √©lus, aux votes¬†¬Ľ. Pourtant les votants devraient savoir¬† qu’il y a une diff√©rence entre les vots¬† ¬ę¬†promesses faites au ciel¬†¬Ľ et¬† les votes « r√©sultats des¬† promesses faites aux √©lecteurs ».

   

fête votive                                              ex-voto

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