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Poleja, poliege

Poleja, polelha s.f. « poulie, bascule de puits, rotule du genou »; poliege  » Système d’irrigation des jardins permettant de remonter l’eau  » jardin arrosable avec poliege de la rivière « (Compoix Valleraugue). . A NĂ®mes au XIVe s. pulieja  » poulie « .

Poleja a Ă©tĂ© empruntĂ© au XIIIe s. au grec polidion « poulie « .  La diphtongaison dans pulieja, poliege  fait supposer un latin vulgaire polègia. L’emprunt est donc assez ancien. Le mĂŞme mot existe en italien : poleggia.  On ne sait pas si le mot grec est venu par Marseille ou directement de l’italien. La forme espagnole  polea est un  emprunt Ă  l’occitan.

Voir l’article posaranca

Pisar

Pisar « battre les chataignes » du latin *pinsare « broyer »‘.

Autrefois on frappait des sacs revĂŞtus d’une peau de mouton et remplis de chataignes sur un billot. Dans une page d’images  du MusĂ©e des vallĂ©es cĂ©venoles il y a un dessin de l’utilisation  d’un  sĂ  pisadou. En languedocien appelĂ©s des sa pizadou  ou pisador,   dĂ©rivĂ© d’un verbe *pinsiare « piler, broyer », devenu  pizar en ancien provençal, qui a donnĂ© dans le Gard et en Ardèche  pisár avec une spĂ©cification du sens « dĂ©cortiquer les châtaignes en les battant ».

Un pizaire devient ainsi « celui qui décortique les châtaignes ».

A la même famille de mots appartiennent  piza « auge en pierre à huile », attesté dans le Gard au XIVe siècle, piso « auge ; lavoir » (Alès) et pisouót « petite auge pour la volaille »(Aveyron).

Français piser « battre la terre » est emprunté au lyonnais à l’époque de Voltaire. Nous constatons de nouveau que les mots s’adaptent aux besoins des locuteurs.

Une description intéressante dans Le-Musee-des-vallees-cevenoles  à Saint-Jean-du-Gard.

Penche

Penche s.f. « peigne » du latin pecten, pectinis comme en français  peigne, vit et jouit d’une belle santĂ© dans toutes les langues romanes.

Le latin pecten comprenait dans son champ de signification diverses figures du peigne, librement dĂ©clinĂ©es au regard de l’analogie de forme :

  • 1. carde; râteau; plectre de lyre (conservĂ© en italien pettine).
  • 2. peigne de mer (mollusque bivalve comme la coquille St-Jacques).
  • 3. poils du pubis, l’os du pubis ;
  • 4.veines du bois;
  • 5. peigne de VĂ©nus (plante);
  • 6. disposition en forme de peigne , les doigts entrecroisĂ©s,   danse oĂą les danseurs s’entrecroisent. (Gaffiot).

Vers  l’an 700  apparaĂ®t un mot nouveau, dĂ©rivĂ© de pecten : pectinalis « os du pubis », ou « mons Veneris » qui est conservĂ© dans les parlers du sud de l’Italie, par exemple Ă  Naples pettenale.
Plus tard apparaît un autre diminutif  dérivé de  pecten :   pectiniculum, qui a donné en ancien français pénil, poinil, pignil, espanil : « éminence située au-devant du pubis et se couvrant de poils à la puberté »(TLF s.v. pénil), en ancien occitan penchenil, conservé en marseillais moderne penieou (FEW).
De pectinulum sont issues deux lignĂ©es, l’une populaire et l’autre savante. Dans la lignĂ©e populaire on trouve l’espagnol pendejo ( avec influence de pender), qui signifie 1. m. Pelo que nace en el pubis y en las ingles. 2. m. coloq. Hombre cobarde y pusilánime.3. m. coloq. Hombre tonto, estĂşpido »Â  et autres joyeusetĂ©s plus ou moins pĂ©joratives. Voir le Dictionnaire de la Real Academia Espanola . Le penchenilh, « pauvre hère » attestĂ© Ă  BĂ©ziers (FEW), tĂ©moigne de la mĂŞme Ă©volution indĂ©pendante en languedocien, mais les attestations sont rares.  Il n’est pas impossible, comme me suggère un visiteur, que le sens pĂ©joratif de penchenilh  est nĂ© directement de l’expression mau penchina « mal coiffĂ©, ou plus gĂ©nĂ©ralement de mauvaise allure ».

C’est dans l’histoire de l’art que le pecten latin a connu son Ă©volution savante. Les hommes cultivĂ©s de la Renaissance connaissent très bien leur latin, langue internationale et idiome de la culture ; ils ont lu Ovide et Pline. Quand un Sandro Botticelli veut peindre la naissance d’Aphrodite/VĂ©nus avec la pudeur requise, il est obligĂ© de cacher son pecten, mais, mĂŞme si la nature aime Ă  se cacher, le naturel, ici comme ailleurs, saute aux yeux :

Suis-je visionnaire quand je trouve des pecten dans la Primavera de Botticelli ?

Il n’y a pas de coquille Saint-Jacques. Mais…En regardant de plus près les trois Grâces, on voit un pecten… figurĂ© par les doigts entrecroisĂ©s en forme de peigne (Gaffiot 6) .

   

Comme j’aime beaucoup RE-dĂ©couvrir le symbolisme qui se cache dans l’art ancien, j’ai plaisir de  noter aussi la prĂ©sence des perles dans la chevelure de l’une des trois Grâces. NĂ©e dans une coquille un pecten, la perle reprĂ©sente le principe Yin : elle est le symbole essentiel de la fĂ©minitĂ© crĂ©atrice. En grec, en latin et  en occitan, on la nommait jadis margarita, c’est pourquoi, conformĂ©ment Ă  ce qui se dit aujourd’hui encore, on se gardera de « jeter des marguerites aux pourceaux ».(Cf. margot).  Blason de la fĂ©minitĂ© oblige, il n’est pas Ă©tonnant de trouver des marguerites dans la chevelure de la Primavera :

Penchenilh « pauvre hère » du latin *pectiniculum « petit peigne ».

Goubio, gourbio

Goubio, gourbio s.f. »gouge, outil de fer en forme de canal servant Ă  creuser, rogner, râcher ». Il vient du latin gulbius « gouge », mot attestĂ© au IVe siècle seulement chez VĂ©gèce, (absent du Gaffiot) et comme gubia dans l’Etymologiae d’ Isodore de Seville au VIe siècle.

D’après le FEW goubio (S2) est surtout languedocien et il suppose une origine gauloise et un lien avec l’ancien irlandais gulban « Ă©pine ».

L’italien gorbia (voir le DEI pour beaucoup de liens avec d’autres langues!) et l’espagnol de Bogota gurbia ont la mĂŞme Ă©tymologie.
Dans la rĂ©gion de Rodez (Aveyron) est attestĂ© le verbe gourbia avec le sens « pratiquer des trous carrĂ©s avec la gourbio »; Ă  Millau mal gourbiat veut dire « mal fagotĂ©, sale, qui ne sait pas tenir une maison propre ». Panoccitan a crĂ©Ă© le verbe gobiar « ployer ».

La disparition du -l- de gulbius reste mystĂ©rieux. Gubia est Ă  l’origine du français gouge du catalan guvia, l’epagnol gubia, et du portugais goiva. Le mot français a Ă©tĂ© empruntĂ© par l’anglais gouge, nĂ©erlandais guts.

Massacan, mascagnar

Mascanhar « charcuter, manier malproprement » fait partie d’un groupe d’emprunts des parlers occitans aux voisins italiens, comme le piĂ©montais massè « tuer », italien amazzare.
L’italien mazzacane,  littĂ©ralement mazza + cane « tue + chien », est un mot des maçons et dĂ©signe la « caillasse ». En ancien occitan est attestĂ© le  massacan  » pierre de blocage » (1427)  Dans la Vaucluse un massacan est « un caillou pour boucher les interstices des murs en pierre sèche ».

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Des massacan

En languedocien le verbe  mascanhar a pris le sens pĂ©joratif  « charcuter » , mais  dans le Quercy il signifie ,  « travailler pĂ©niblement, fatiguer » d’après Mistral. Une estrangère  installĂ©e  Ă  Montauban confirme cette signification. Dans son site  elle elle Ă©crit :

Mascagner. Depuis que j’habite ici , je n’ai pas encore pu rĂ©ussir Ă  traduire ce mot  . Je ne peux que vous l’expliquer … plutĂ´t tenter de vous l’expliquer . C’est Ă  la fois peiner beaucoup mais surtout dans de mauvaises conditions , de force, de temps, de lieu , bref ce serait quelque chose comme “s’emmerdouillaminer” . Et encore sans la certitude de rĂ©ussir !! Bref , je viens de “mascagner” pour vous traduire ce mot.

Dans les Oeuvres complètes de Victor Gelu avec la traduction littérale en regard (1886),

Massacan. Au propre, pierre bonne pour assommer un chien. Caillou brut. Moellon Ă  bâtir. Au figurĂ©, lourdaud. Maladroit. Stupide. Le père Faou n’avait jamais Ă©tĂ© un aigle : il ne se faisait aucun scrupule d’en convenir. Lorsqu’il se
prĂ©senta pour ĂŞtre ordonnĂ© prĂŞtre, son Ă©vĂŞque, peu satisfait, sans doute, des rĂ©sultats de l’examen
qu’il lui avait fait subir, faisait beaucoup de difficultĂ©s pour lui confĂ©rer la prĂŞtrise ; mais le jeune
diacre Faou dit au prélat : Mounsignour, sabi ben que sieou un massacan ; mai quant un maçoun
bastisse un bel oustaou, se li mette dé bèlei peiro dé tai, li fa tamben passa fouesso massacan. Vou
n’en foou dĂ© massacanĂ  l’Égliso : Ă© ben ! ieou n’en serai un . . . Et grâce Ă  la naĂŻvetĂ© de sa remarque,
l’abbĂ© Faou fut ordonnĂ© prĂŞtre, quoique massacan.

Gelu_massacan

Au figurĂ© massacan peut devenir  » grosse omelette avec de menus morceaux de viande » et une massacanayre devient une cuisinière sans finesse, gargotière », d’après le FEW. Mais lĂ  j’ai un petit doute. Dans le TLF je trouve sous le mot masse : Du latin massa «pâte; masse; tas», empr. au grec ‘madza’ «espèce de grosse crĂŞpe d’orge mĂŞlĂ©e d’huile et d’eau». Une grosse omelette ressemble beaucoup Ă  une grosse crĂŞpe!

Ce groupe d’emprunts est dĂ©rivĂ© d’une forme *mattea « massue » qui n’est pas attestĂ©e en latin mais qui est Ă  la base de toutes les formes dans les langues romanes, comme par exemple ancien occitan massa « arme de choc formĂ©e d’un manche et d’une tĂŞte de mĂ©tal, souvent garnie de pointes ou Ă©vidĂ©e en ailettes » et français masse « gros marteau », catalan massa, italien mazza, espagnol maza, anglais mace « sorte de mallet ou club de golfe », nĂ©erlandais matsen « frapper » (flamand; Maastricht matshamel « merlin »), dĂ©jĂ  chez Kiliaan : « mats-hamer fland. j. her-hamer. Cestra, malleus militaris ». Giorgio (Facebook) m’a Ă©crit : « En pièmontais, la « massĂąca » (le u se lit comme en français) est encore la massue et nous disons « massĂąch » (le ch se lit c) Ă  une personne qui a la tete dure. »


Un dĂ©mon armĂ© d’une massue enfourne les damnĂ©s dans la gueule du LĂ©viathan (Conques)

massa Ă  ailettes et le massier

Une attestation de massacan  « massaquant » avec le sens de moellon qu’il ne veut pas utiliser pour son tombeau (on dirait aujourd’hui parpaing) se trouve dans un texte de V.Gelu.

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