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Aigardent

Aigardent, aigarden s.m. »eau-de-vie ». Etymologie:  latin aqua + ardente « eau + brulante, enflammĂ©e « . Le type occitan aigarden se retrouve en italien aquardente (1431), catalan aigardent, espagnol aguardiente.

Alambic de Tepe Gawra (Irak) d'après Roget J. et Garreau Ch. 1990

L’histoire de la distillation nous ramène très loin en arrière; il semble que les archĂ©ologues ont trouvĂ© en MĂ©sopotamie des alambics qui ont plus de 3500 ans.  La technique Ă©tait connue en Inde au 3e millĂ©naire avant J.-C.  Comme c’est le cas de beaucoup de connaissances et de savoir, ce sont les Arabes qui, arrivant Alexandrie en 640, dĂ©couvrent ces techniques et les font circuler dans tout le bassin mĂ©diterranĂ©en. Marcus Grachus, dit Marco Graco, un italien du VIIIe sicle, dĂ©crit la distillation du vin pour obtenir des eaux de vie, comme Geber (alchimiste arabe qui vĂ©cut de 730- 804) Ă  la mĂŞme Ă©poque. L’alambic et l’eau de vie arrivent en Andalousie, puis se diffusent en Europe.

Pour l’histoire rĂ©gionale:

Arnau de Vilanova, dit Arnaud de Villeneuve (mĂ©decin catalan de l’universitĂ© de Montpellier, mort en 1311) dĂ©crit la fabrication de l’aqua ardens (eau ardente : macĂ©ration de plantes et d’alcool) dans son Tractatum de vinis. Il est le premier Ă  pratiquer le mutage Ă  l’alcool (procĂ©dĂ© arabe semble -t-il) pour amĂ©liorer la conservation du vin. Les templiers du Mas Deu de Perpignan gĂ©nĂ©ralisent ensuite le procĂ©dĂ©. D’oĂą le dĂ©veloppement de vins doux naturels dans la rĂ©gion. Pour une description approfondie voir le site Viticulture-Oenologie-formation. Voir aussi l’article Cartagène.

Arnau de Villanova (Espagne)(Photo A.Guerrero)

On remarquera que la statue a Ă©tĂ© amputĂ©e des deux mains. (Par qui? pour quoi?) A l’origine, Arnaud tenait un livre dans une main et un alambic dans l’autre. Et pouquoi eau-de-vie en français mais aussi dans une partie du domaine  occitan, notamment en gascon : aygo de bito? Ces parlers ont adoptĂ© le calque (= traduction littĂ©rale) du latin aqua vitae, sous l’influence de la langue des alchimistes qui  croyaient avoir trouvĂ© l’Ă©lixir de longue vie.

MaĂ®tre Vital Dufour Ă©tait  vers 1310  prieur franciscain d’Eauze et de St Mont dans le Gers, puis cardinal. Il  a fait des Ă©tudes de mĂ©decine Ă  Montpellier. Dans son  ouvrage de mĂ©decine, retrouvĂ© la bibliothèque du Vatican, il parle des 40 (quarante !) vertus de l’aygo ardento ou l’aygo de bito, sans oublier de dire que l’abus d’alcool est dangereux.   Je cite: « Elle aiguise l’esprit si on en prend avec modĂ©ration, rappelle Ă  la mĂ©moire le passĂ©, rend l’homme joyeux au dessus de tout, conserve la jeunesse et retarde la sĂ©nilitĂ©...  IntĂ©ressant Ă  savoir Ă  mon âge!

M.Evin l’a-t-il lu? D’ailleurs, les mĂ©ridionaux ont l’ aigo boulido Ă  leur disposition. Et « L’aigo-boulido sauvo la vido ». Voir l’article suivant.

Le Bureau National Interprofessionnel de l’Armagnac, installĂ© justement Ă  Eauze, a eu la gentillesse de me faire parvenir des photocopies aussi bien de l’Ă©dition du texte latin , de la transcription avec une police moderne et de la traduction en français. Il y a les quarante (40 !) vertus de l’Armagnac, du cognac, du marc de Bourgogne, bref de l’aigardent. MaĂ®tre Vital doit s’y connaĂ®tre, il avertit rĂ©gulièrement que « l’abus d’alcool est dangereux ».
Si vous voulez en savoir plus, n’hĂ©sitez pas de suivre ces liens : Pages de titre du livre imprimĂ© en 1531. Traduction du texte latin 1 , suite de la traduction. Si vous voulez le texte en latin, n’hĂ©sitez pas Ă  me contacter. Un rĂ©sumĂ© se trouve ici.
Avec mes remerciements au Bureau National Interprofessionnel Armagnac, Ă  Eauze (32).
L’abbĂ© de Sauvages dans son article aigarden, Ă©crit : « en termes des Halles du coco, du paf , du tagaume etc. Le tafia ou rhum est de l’eau-de-vie du sucre. » Dans les dictionnaires d’argot je ai retrouvĂ© le mot paf « eau-de-vie », mais cette attestation dans le dictionnaire de l’abbĂ© de Sauvages est la première! et dans le TrĂ©sor de la Langue Française paf est seulement mentionnĂ© comme adjectif « ivre ».

Cros

Cros « fosse, trou, cavitĂ© » et s’agotar « s’Ă©goutter ».
La dormeuse fait le lien entre  la rue Ste HĂ©lène Ă  Pamiers et la dernière Ă©pisode de la lĂ©gende du Bois de la Croix. Son histoire est une illustration parfaite de ma devise Parcourir le temps c’est comprendre le prĂ©sent. Suivez ce lien avant de continuer votre lecture!

Le point de dĂ©part  est le Roman d’Arles, un texte en provençal du XIVe siècle, qui raconte l’histoire de la ville d’Arles depuis la Genèse et la LĂ©gende du Bois de la Croix en fait partie. Elle cite les deux derniers vers du texte reproduit ci-dessous. Comme je ne comprenais pas les mots cros et agotavan, j’ai cherchĂ© et trouvĂ© avec Gallica l’Ă©dition faite par Camille Chabaneau en 1888 dans la Revue des Langues Romanes.RLR32(1888), p473ss

              
La Crucifixion de Taddeo Gaddi                                                               rue Saint Hélène (Pamiers)

Extrait du Roman d’Arles.

Cros « fosse, trou, cavitĂ© » a la mĂŞme Ă©tymologie que français creux : « L’aire du mot,  en gallo-roman,  dans les parlers de l’Italie septentrionale et en rhĂ©torom,  rend  l’origine  celtique krosu-,  par l’intermĂ©diaire d’un latin *crosus. « vraisemblable  (TLF).

S’agotar signifie « s’Ă©puiser, devenir sec » en occitan moderne d’après Alibert. C’est un dĂ©rivĂ© de  gutta « goutte ».   Le FEW  traduit l’ancien occitan  s’agotar par « s’Ă©goutter » dans  cet article mais c’est plutĂ´t dans le paragraphe goutte « rigole, Ă©gout, ruisseau de la rue », qu’il devrait se trouver et la traduction donnĂ©e par la dormeuse « se dĂ©versent toutes les eaux .. » est la bonne.

Pedas

Pedas s.m. « morceau d’étoffe ou de cuir pour raccommoder » voir l’article ci-dessous a page petas, pedas Une histoire de  Grecs et Romains.

Acantonar

Acantonar 1. v.tr. « rencoigner, cantonner » 2. v.r. « se tapir, se blottir dans un coin » est dĂ©rivĂ© du latin canthus 1) bande de fer qui entoure la roue. 2) « angle, coin de l’oeil ».

Ces deux significations se retrouvent dans le grec kanthos, mais il semble que le grec a empruntĂ© le mot au latin.   Quintilien (1er siècle) Ă©crit que c’est en Afrique ou en Espagne qu’on appelle la bande de fer autour d’une roue cantus, mais il y a peu d’attestations.  Cant(h)us pourrait ĂŞtre d’origine prĂ©romane. Peut-ĂŞtre y a-t-il un lien avec le celte. Il y a par exemple le mot  breton kant « cercle ». Le TLF  cite le Thesaurus Linguae Latinae : « Du lat. canthus « bande de fer qui entoure la roue » prob. d’orig. celt. plutĂ´t qu’esp. ou africaine comme l’indique Quintilien (Inst., 1, 5, 8 ds TLL s.v., 282, 83). »Â  Je ne peux pas consulter le TLL, si quelqu’un a la possibilitĂ©, contactez moi.

Le passage du premier sens de canthus vers « cĂ´tĂ©, le cĂ´tĂ© le plus Ă©troit d’une planche », qui est conservĂ© en ancien occitan can « cĂ´tĂ©, bord », et Ă  PĂ©zenas de cantels « posĂ© de chant »,  est facile comprendre, surtout si on pense Ă  des roues pleines. Ce sens a Ă©tĂ© conservĂ© en italien, espagnol et portugais canto, et dans les langues germaniques : le nĂ©erlandais kant « cĂ´tĂ©, bord; dentelle », l’allemand Kante et l’anglais cant  « cĂ´tĂ©; bord; angle ».  Sur l’histoire de ces mots dans les langues germaniques voir par exemple le dictionnaire des frères Grimm ou cherchez pour l’anglais le site de « The American Heritage Dictionary of the English Language ».

Le français dĂ©canter, attestĂ© depuis 1690 seulement a probablement Ă©tĂ© formĂ© sur le latin des alchimistes decantare. La forme rĂ©gulière qui se trouve dans le mot chant, le chant d’une brique, d’un livre, une scie Ă  chantourner etc. est attestĂ©e depuis 1155.

A partir du sens  de cantoun « cĂ´tĂ© Ă©troit » , s’est dĂ©veloppĂ© en occitan le sens  « angle, coin (surtout en parlant d’une maison, d’une rue) »Â  que nous retrouvons dans de nombreux dĂ©rivĂ©s : ancien occitan canton « coin » (12e s.), languedocien cantou « coin »Â , ancien languedocien cantonier « pierre qui lie deux murailles Ă  l’angle »Â  (Millau 1415), Aveyron contounat « ce qui est entassĂ© dans un coin »Â , recantoun, ricantoun « petit rĂ©duit dans une habitation » (Andolfi) et provençal /lang. acantouna « garder le coin du feu, se blottir dans un coin « . L’abbĂ© de Sauvages parle du cap de cantou « coin de rue ».
Antoine Bigot, le poète et conteur nĂ®mois, Ă©crit  s’assĂ©tè ou cantoun dou fiĂ´, PĂ©r nous Ă©sclarci la visto, …(Voir le site de Georges Mathon pour le texte complet.)
A Montpezat un canton est une « pierre d’angle » , comme en tĂ©moigne l’adage « Per un bon maçon toti li pèiras fan canton ». Une variante Ă  Valleraugue : Sap y faĂŻre, touto peiro li fo contou ».  Je crois que c’est une expression très rĂ©pandue en occitan. (Domergue).

A partir du sens   « angle d’une rue »Â  nous arrivons Ă  languedocien canto « carrefour » et trescantou « carrefour de 3 rues »Â . La Place des Treize Cantons Ă  Marseille est un trescantou, dont le nom a Ă©tĂ© mal compris et mal traduit en français.  Tres  « trois » est devenu « treize ».

Place des 13 cantons de Marseille

A partir du sens cantou, canton « coin », on est passĂ© au sens « partie d’un pays » et ensuite à  « bout de terre, champ »;    en fr.rĂ©g. a Ă©tĂ© crĂ©Ă© le mot pĂ©joratif cantounailles « recoins de terre peu propices » (Domergue)

Français canton « sous-division d’un dĂ©partement » introduit depuis 1789 est un emprunt Ă  l’occitan plus spĂ©cialement au languedocien.   C’est une extension de sens de canton « ensemble de sections de route »Â . Canton et cantonnier ont Ă©tĂ© empruntĂ©s au languedocien ou formĂ©s sur cantou « partie d’un pays »Â , au 18e siècle. Il semble que c’est le marquis Henri de Carrion Nisas (1660-1754) de PĂ©zenas (actuellement château Ormesson) qui a organisĂ© l’entretien des routes par canton dans le Languedoc et que ce système avec le mot a Ă©tĂ© ensuite adoptĂ© dans la capitale et la langue française. La proposition de loi qui divise la France en cantons (appelĂ©s vigueries jusqu’Ă  cette date), a Ă©tĂ© faite en 1790 par Sieyès, un Provençal. Le seul doute qui subsiste c’est que les mots français n’apparaissent que bien plus tard dans les dictionnaires.

Allemand Kanton vient de l’italien de Lombardie cantone Ă  travers la Suisse.

Le mot nĂ©erlandais kanton a une autre histoire.  Pendant l’occupation française des Pays Bas et de la Belgique Ă  partir de 1795 et l’annexation pure et simple de 1810 Ă  1813,

la rĂ©partition administrative française y a Ă©tĂ© imposĂ©e, notamment les dĂ©partements, arrondissements, cantons et communes. Cette rĂ©partition est partiellement maintenue aux Pays Bas jusqu’Ă  nos jours :

  • dans le domaine de la justice oĂą nous trouvons des kantons et des kantonrechters littĂ©ralement « juge du canton », et des arrondissements et des arrondissementsrechtbank littĂ©ralement « cours de justice de l’arrondissment ».
  • au niveau des communes et des circonscriptions de l’entretien des eaux et des digues, le nom kantonnier est encore utilisĂ© dans certains endroits, pour le responsable de l’entretien des routes , ou des digues etc. Dans le patois de Maastricht un kanton est une « partie d’une route, d’environ 5 km » et un kantonneer c’est celui qui a la pelle ou le balai Ă  la main et doit l’entretenir

En Belgique par contre, l’organisation adminitrative en cantons, arrondissments etc. a Ă©tĂ© maintenue dans beaucoup d’autres domaines.

Un paradoxe ou l’ironie de l’histoire.  La  Republiek der Zeven Verenigde Nederlanden ( RĂ©publique des Sept Pays Bas Unis) a existĂ© de 1581  jusqu’Ă  1795, c’est-Ă -dire jusqu’Ă  l’invasion par les troupes françaises.  Sur la carte ci-dessous vous voyez aussi que le Limbourg, avec sa capitale Maastricht, a Ă©tĂ© annexĂ© Ă  l’empire français dès 1792. Vingt ans d’occupation française ont laissĂ© pas mal de traces dans les patois limbourgeois, notamment dans le patois de Maastricht.

NapolĂ©on l transforme la RĂ©publique  en  Koningrijk Holland,  Royaume de Hollande et nomme son frère  Louis Napoleon Bonaparte roi.  Louis appelĂ© Lodewijk de goede (Louis le bon)  dĂ©fendait trop bien les valeurs  des rĂ©publicains nĂ©erlandais et les conflits avec son frère  l’amènent Ă  abdiquer le 9 juillet 1810. Le  Royaume   de Hollande est  alors annexĂ©. Après la Bataille de Waterloo et la  libĂ©ration en 1815, l’ancienne  RĂ©publique des Pays Bas est restĂ©e le  Royaume des Pays Bas jusqu’Ă  nos jours.

Royaume de Hollande en 1810

Pays Bas en 2011

Barracon

Barracon (m), baracou en fr.rĂ©g.  Un diminutif de barraca (littĂ©ralement « petite baraque ») qui est appliquĂ© aux cabanes en pierre sèche des causses de Blandas et de Campestre (Gard) et Ă  celles de la commune de Saint-FĂ©lix-de-l’HĂ©ras dans le Larzac hĂ©raultais. (Lassure). Dans ce site il y a une page avec photos des baraques de l’HĂ©rault.

On appelle baraquettes  les petites cabanes du Mont St.Clair à Sète (Méditeria n°18, p.27). Voilà un autre mot dont l’origine n’est pas claire.  Les étymologistes pensent que c’est un emprunt à l’espagnol barraca (XVe s.), mais on le trouve en ancien occitan déjà au XIVe s. et le dépouillement des manuscrits en ancien occitan est loin d’être complet.  Il pourrait s’agir d’un dérivé occitan de barra  « barre », parce que dans les premiers textes en ancien occitan, la  baraca  désigne des bâtisses en planches  construites pour l’armée qu’on brûlait à leur départ. (Un bon débarras !)

Pendant la guerre de 30 ans (1618-1648, la période française dura de 1635 à 1648, intervention de Richelieu, bataille de Rocroi) le mot militaire a été introduit en allemand et puis dans les autres langues européennes : allemand Baracke, néerlandais barak.

  L’ anglais barracks « bâtiments pour les soldats » a gardĂ© le sens originel.

Pour plus de renseignements sur les différents noms et leurs histoires cliquez ici constructions en pierre sèche

Christian Lassure, auteur de ce site magnifique, m’Ă©crit : Enfin, mes grands-parents maternels Ă  Saint-Amand-les-Eaux dans le Nord, après la première guerre mondiale, avaient achetĂ© aux Chemins de fer de l’Ă©poque un « baraquement » en planches qui avaient servi Ă  loger des employĂ©s, et l’avaient remontĂ© dans leur terrain (oĂą ils avaient fait construire en dur pour eux-mĂŞmes) pour y loger mes arrières-grands-parents maternels. Après leur mort, mes parents reprirent la maison et firent dĂ©monter et brĂ»ler sur place le « baraquement ».

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