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Manouls 'tripes'

Manouls « tripes ». Un ami m’√©crit : « J’ai cherch√© le terme « manouls » sur ton dico, qui veut dire « tripes » en vieux n√ģmois mais je ne l’ai pas trouv√©. Mon p√®re disait: on va pr√©parer un bon plat de manouls.¬†

Le mot se trouve d√©guis√© en manel ~ manolh « paquet; botte; poign√©e d’√©toupes; paquet de tripes; glane d’aulx, d’oignons » dans l’Alibert. (Une graphie faussement √©tymologisante; manel¬† n’existe nulle part, manolh¬† est attest√© au¬† 15e si√®cle seulement.)

manel, manolh

Manouls, manoul,¬† vient du latin manupulus « poign√©e, botte » sens d√©j√† attest√© en latin classique. Sous l’influence d’autres mots manupulus¬† est devenu¬† manuculus¬† que nous retrouvons dans presque toutes les langues romanes : roumain manuchiu « gerbe », italien mannochio « faisceau »,¬† catalan manoll, espagnol manojo, portugais molho¬† tous avec le sens « gerbe ».

Le passage de « paquet de tripes » √† « tripes »¬†¬† est une √©volution s√©mantique courante, mais dans ce cas c’est un grand saut de « paquet » √† « tripes ». D’apr√®s le Thesoc manoul, manouls¬† « tripes »¬† est courant dans l’Ard√®che, l’Aveyron, le Gard et l’H√©rault[1. Le mot¬† "tripous"¬† d√©signe les tripes de veau ou d'agneau, li√©es en petits paquets et cuisin√©es" si j'ai bien compris la note du Thesoc]. A Uz√®s et Villeneuve on dit manou.

L’abb√© de Sauvages¬† √©crit « Manoul d√ę tr√ģpos » , manoul d’amarinos » (S1, 1756).

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tougno, tougnol "pain de ma√Įs"

Ci-dessous un tougnol moderne de l’Ari√®ge, photographi√© par La dormeuse √† Mirepoix.

tougnol Mirepoix

C’est un article de La dormeuse qui m’a pouss√© √† √©crire cet article:

C‚Äôest ce tougno qui m‚Äôint√©resse ici, car, quoique dans une version am√©lior√©e comme celle du millas, d√©guis√©e, par√©e, toute faite de lait et de sucre, et de graines d‚Äôanis, il se mange toujours √† Mirepoix, sous le nom plut√īt audois de tougnol.La tradition veut que le tougno ait √©t√© au temps de la croisade le pain des Cathares, i. e. celui que les Bonshommes et les Bonnes Femmes portaient dans leur sac et, comm√©morant ainsi le dernier repas du Christ, partageaient en tant que compains sur leurs chemins d‚Äôinfortune. ‚ÄúInsipide, lourd et sans levain‚ÄĚ, ce pain-l√† depuis longtemps ne se trouve plus. Le tougnol actuel rel√®ve de la pure friandise. Ce qui compte toutefois, aujourd‚Äôhui comme hier, c‚Äôest de se souvenir qu‚Äôon ne se nourrit pas seulement de pain terrestre, mais aussi de symboles.

Alibert propose la graphie tonha « pain de ma√Įs ou de seigle ».¬†¬†¬† Mistral √©crit Tougno¬† voir tonio dans son Tr√©sor:

Le lien s√©mantique entre « femme stupide » et « pain de ma√Įs » n’est pas facile √† √©tablir.¬† Aussi le FEW les a consid√©r√©s comme homonymes. Pour tougno¬† « sorte de pain » il suppose une base onomatop√©ique to(u)gn- qui a abouti √† un verbe tougnar ‚Äúpresser, du poing, tasser, frapper‚ÄĚ , le d√©riv√© entougn√† ‚Äúemplir en p√©trissant‚ÄĚ et au figur√© le substantif tougne avec les sens ‚Äúbosse, bigne; motte √©paisse plus ou moins ronde, petit pain rond‚ÄĚ. Tout cela en b√©arnais. Dans le Val d‚ÄôAure capitougno s.f. ‚Äúgrand pain‚ÄĚ et en aragonais to√Īa grand pain de seigle‚ÄĚ[1. Alibert propose :du latin tundia¬† de¬† tundere 'battre √† coups redoubl√©s" d'o√Ļ "p√©trir",¬† mais ce tundia n'est nulle part attest√©] .

Alibert¬† a eu raison de faire un deuxi√®me¬† article tougno¬† et il a aussi chang√© la¬† graphie : t√≤ni m.¬† t√≤nia¬† f. « Pierrot, coiffure de femme; ben√™t; nigaud; √©tron; ver des ch√Ętaignes ». Tonias, toniet¬† « id. »¬† Etymologie latin Antonius. Voir l’article Tougno « Antoinette ».

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Brouffade, broufado

Broufade ou brouffade du proven√ßal broufado d’apr√®s Wikipedia. Dans les Additions au second volume de son Tr√©sor[1. Vol.2,p.1155], Mistral nous renseigne:

Vous trouverez de nombreuses recettes sur le web.

Mistral conna√ģt un verbe broufa :

Il semble que le plat revient √† la mode. En tout cas ma femme a r√©cemment trouv√© une recette dans une revue locale, avec le titre ‘Broufade du Gard » et elle me l’a servi √† midi. Voulait-elle que je m’√©broue ou que je broufe lou rire?

Le lien s√©mantique entre le verbe broufar¬† et la broufade¬† n’est pas √©vident.¬† Broufado¬† se trouve dans le FEW¬† avec le fran√ßais brifer « manger goulument » et l’occitan bifra dans l’article brf-¬†¬† une onomatop√©e dont nous trouvons des repr√©sentants avec le sens « manger gloutonnement » et « souffler, s’√©brouer, mugir ». Le premier avec la voyelle -i-¬† et le second avec la voyelle -ou-.¬† Quand la broufado est bien faite, les deux sens¬† contribuent √† expliquer son nom.

Barigoule 'pleurote du panicaut'

Barigoulo « pleurote du panicaut ».¬† Le mot est surtout connu de la recette de artichaut √† la barigoule.¬† Le TLF donne deux¬† significations pour le¬† mot¬† barigoule:

1.Région. (Provence). BOT. Champignon comestible du genre agaric. Synonyme lactaire délicieux.  Rem. Attesté dans la plupart des dictictionnaires  généraux  du xixe et du xxe siècle.
2.ART CULIN.¬† √Ä la barigoule. Mani√®re d’appr√™ter les artichauts en rempla√ßant le foin par une farce √† base de champignons et d’oignons, et en les faisant cuire dans l’huile

Dans Wikipedia nous trouvons que :

La recette¬† d’ Artichauts √† la barigoule doit son nom au champignon pleurotus eryngii appel√© aussi pleurote du panicaut, ou encore argouane, b√©rigoule, girboulot, et l’auteur fournit une vingtaine d’autres noms vernaculaires:
pleurote du panicot, argouagne, argouane, beigoula, bérigoula, bérigoule, berigoulo, bolet dau baja preire, bouligoule, boulingoulo, bridoulo, brigoule, brigoulo, grigoulo, canicot, cardoueto, champignon de garrigues, champignon du panicaut, canquesto, congue, corgne, couderlo, congouerto, escouderme, fougga, gingoule, girboulot de panicot, onglet, oreille de chardon, oreillette, panichaou, panicau, ragoule, ringoule.
pleurote de panicaut
pleurote du panicaut  pleurotus eryngii
Comme ça on sait de quel champignon  on parle!
La question qui reste est de savoir pourquoi précisément la pleurote du panicaut?
C’est l’abb√© de Sauvages qui dans la deuxi√®me √©dition de son Dictionnaire languedocien-fran√ßais (S2)¬†explique la relation entre¬† l’artichaut et la pleurote du panicaut. :
Les pr√©parations √©taient identiques √† son √©poque. Ce champignon¬† ne pousse qu’au pied du panicaut champ√™tre¬† ou sur les racines de Eryngium maritimum. En plus le¬† panicaut champ√™tre ressemble beaucoup aux petits artichauts proven√ßaux.

panicaut campestre     
panicaut campestre              artichaut provençal

panicaut avec pleurotte

Dans Rolland Flore XI, p.145 nous trouvons la répartition géographique  du mot  barigoulo  avec  le sens  pleurotus eryngii :

barigoulo RollandFlore Souvent il y a¬† de la confusion en ce qui concerne les noms des champignons.¬†¬† Dans le mat√©riaux dialectaux nous trouvons que¬† le type lexicologiue barigoulo¬†¬† est utilis√© aussi¬† pour nommer¬† « la chanterelle,¬†¬† la¬† morille » et m√™me un « champignon bon √† manger »en g√©n√©ral.¬† Par exemple¬† Rolland a r√©uni dans l’article morchella esculenta « morille »¬† le¬† type lexicologique « barigoulo » dans les r√©gions suivantes:

berigoulo "morille" Rolland
et pour le breton la forme :
¬†C’est cette derni√®re forme¬† avec m-¬† initial qui¬† a peut-√™tre inspir√© von Wartburg. Dans le FEW¬† il propose comme √©tymologie de toute cette famille¬†*maurńęcŇ≠la « morille »,¬† d√©riv√© de maurus « habitant de la Maur√©tanie ». Le¬† b- initial de formes comme¬† barigoulo s’explique par l’influence de mots comme bulle¬† ou balle √† cause de la forme ronde¬† du champignon.

Le TLF √©crit que la premi√®re attestation de barigoulo en occitan date de 1716. Pourtant Rolland p.177,¬† mentionne que¬† bourigoulo « morille » en¬† proven√ßal en 1549 par Solerius. Cette indication a r√©veill√© le rat de biblioth√®ques en moi. ¬† Dans la bibliographie de Rolland je trouve l’indication suivante:

Solerius (Hugo), sanionensis, Scholiae… √† la suite de Aetii medici tetrabiblos... √©dit√© par Cornarius, Lugduni, 1549, in-fol.

Cela m’a permis gr√Ęce √† internet de retrouver le texte¬† que voici[1. Si ce texte vous int√©resse suivez le lien donn√© dans Plantnetprojet]:

(Champignons chez les Gaulois (on dit) des champignons: chez les Dauphinois des bracoules, chez les Italiens prignoli chez nous [2. Chez nous veut probablement dire le¬† proven√ßal¬† du Lub√©ron. D'apr√®s Ludovic Legr√©,¬† La botanique en Provence au XVIe si√®cle. Pierre Pena et Mattias de Lobel. Marseille, 1899, p.72 n.2¬† Solerius vient du village de Saignon dans le Lub√©ron.¬† Solerius¬† cite dans son livre¬† les monticules appel√©es¬† "les trois fr√®res"¬† pr√®s de Pertuis, ce qui prouve qu'il connaissait bien la r√©gion]¬† des bourig√≥ulos: d’aucune utilisation en m√©decine.)

L’accent sur le √≥¬†¬† dans le texte de Solerius signifie probablement que l’accent¬† tombe sur l’avant-derni√®re syllabe.¬† Il est √©galement possible qu’il¬† veut¬† indiquer une prononciation -√≥ou-. Pour en √™tre sur ¬† il faudra √©tudier toutes ses graphies des mots en proven√ßal en en dauphinois et les comparer √† la prononciation actuelle.

Artichauts √† la barigoule.¬† L’√©tymologie d’artichaut est d√©crite dans l’article carchofa.

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Fobèlo "fabagelle"

Fob√®lo s.f. « fabago »¬† aussi¬† appel√©e fagabelle,¬† le zygophyllum fabago (L.) d’apr√®s Rolland Flore IV, 253 [1. texte √† toiletter].

Le nom scientifique¬† fabago a √©t√© cr√©√© par les botanistes et introduit en fran√ßais au XVIIe si√®cle. la premi√®re attestation¬† se trouve chez Cotgrave,1611 qui l’appelle fabagine, plus tard¬† elle devient fabago et fabagelle.¬† (=Telebotanica).¬†

Il semble que les boutons peuvent √™tre utilis√©s comme des c√Ępres, apr√®s les avoir nettoy√©s dans de la saumure. (Sans garantie!!!!)

L’√©tymologie est le latin faba« f√®ve » parce que son fruit ressemble √† une f√®ve. La formation fob√©lo¬† de la Loz√®re a √©t√© faite sur place.

fabèlo

La raison de cet article est de montrer une fois de plus l’√©norme travail qui a √©t√© fait par les chercheurs-amateurs au XIXe si√®cle, dont Eug√®ne Rolland. L’abr√©viation r.p. signifie:

Il y  a des milliers de r.p. dans sa Flore comme dans sa Faune. Tout cela serait pratiquement perdu sans lui.

 

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