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Erugo ‘chenille; roquette’

Erugo, rugo, arugo « chenille »¬† et « roquette » (eruca sativa)

Erugo S2

L’√©tymologie est le latin erŇęca¬† qui est attest√© avec les deux significations « roquette » et « chenille ». L’√©tymologie de erŇęca n’est pas claire, en particulier du point de vue s√©mantique. Quel est le point commun de la roquette et d’une chenille?. Ernout-Meillet fait la proposition suivante:

eruca_ErnoutMLa forme ŇęrŇęca qui est √† l’origine de l’espagnol oruga¬† et attest√©e chez Pline est expliqu√©e par le FEW comme une simple assimilation, tandis que¬† Ernoult pense √†¬† ŇęrŇć « enflammer, exciter » ce qui reste √† prouver.

Les attestations de eruga, auruga « roquette » sont plut√īt rares1, parce qu’au d√©but du XVIe si√®cle le diminutif roquette a √©t√© emprunt√© √† l’italien par les Parisiens, de sorte que le nom roquette a gagn√© tout le pays et a remplac√©¬† russe ou¬† de l’eruce, d’un d√©riv√©¬†*erucia,¬† noms attest√©s dans l’ouest de la France.

La roquette vendue sur le marché actuellement est un cultivar produit en Italie.  A Manduel et je pense ailleurs dans le Mdi, la roquette à fleurs jaunes pousse un peu partout en bordure des chemins et des vignes. Elle est comestible mais les feuilles sont plus dures.

roquette

FEW III, 241

Notes
  1. Voir RollandFlore II,p.83 eruca sativa

mentastre

Mentastr√ę « baume sauvage ». (Mentha arvensis L.)

On comprend sous le nom de m√ęnt√Ęstr√ę le pouliot ou la mente aquatique, dont l’infusion est un f√©brifuge; le pouliot est aussi tr√®s bon pour tuer les vers des enfants. (Sauvages S1).

Etymologie: latin mentastrum « menthe sauvage », attest√© chez Pline. les attestations dans le domaine galloroman sont tr√®s anciennes, de sorte qu’on peut supposer qu’il s’agit¬† d’un mot indig√®ne et non pas d’un emprunt. FEW VI/1, p.731

Mentha_arvensis_2005.08.28_09.49.00 Mentha arvensis L.

Mento « baume des jardins ou simplement baume, et non mente qui se dit des autres esp√®ces de ce genre qui croissent dans les champs ». Il y a deux sortes de baumes, celui qui est √† feuilles rouge√Ętres qui a une odeur de basilique et qu’on met dans les salades; l’autre esp√®ce est le baume ordinaire qui a une odeur tr√®s suave. (Sauvages S1), et Solerius en 1549:

menta_Solerius

menthapulegiummentha pulegium L. pouliot

Etymologie : latin menta « menthe ».¬† La graphie avec -h- date du XVIe si√®cle, pour rapprocher la langue fran√ßaise de la langue grecque : őľőĻőĹőłő∑¬† et compliquer l’orthographe.¬† Le latin et le grec ont repris ce nom¬† √† une population non-indoeurop√©enne qui vivait autour de la M√©diterran√©e.FEW VI/1,p.730¬† Le m√™me¬† mot se retrouve dans toutes les langues romanes et dans beaucoup de langues germaniques.

Les moteurs de recherche sont tellement pollu√©s par la publicit√© pour toutes sortes de m√©dicaments √† base de menthe, que j’ai d√Ľ avoir recours √† RollandFlore vol IX p.41 pour savoir quelle esp√®ce de menthe est le « baume des jardins ». Il s’agit de la mentha sativa L. qui s’appelle maintenant mentha verticillata:

mentha verticillata

mentha verticillata

Pour terminer une tradition gardoise, tirée du Rolland Flore:

MentoGardRlFl9

Blette

N’ayant jamais vu la blette avant de m’installer dans les C√©vennes, j’ai cru qu’il s’agissait d’un l√©gume¬† m√©ridional et d’un nom occitan. On me disait¬† blette, bette¬† c’est pareil.¬† Mais Wikipedia a √©clair√© ma lanterne, et le

 

beta vulgaris L. subsp.vulgaris

beta vulgaris L. subsp.vulgaris

le TLF s.v. blette  donne la description que voici:

Ac. 1798 et 1932 donnent la forme blette (cf. aussi Littr√©, Rob. qui renvoie √† bette). Ac. 1835 et 1878 admettent blette ou bl√®te (cf. aussi Lar. 19e, Nouv. Lar. ill., Pt Lar. 1906, Lar. encyclop., Gu√©rin 1892, DG et Quillet 1965). Besch. 1845 √©crit : ,,blette mieux que bl√®te« . La forme blite se trouve dans Ac. Compl. 1842 (qui renvoie √† blette), Besch. 1845 et Lar. 19e(qui la traite comme un synon. de blette). La majorit√© des dict. signale que la plante de la famille des ch√©nopod√©es a √©galement le nom de √©pinard-fraise (cf. par ex. Lar. 19eet Littr√©). Elle signale aussi que bl√®te ou blette est le nom que l’on donne dans certains pays √† une vari√©t√© de carde ou ,,poir√©e qu’on nomme plus souvent carde poir√©e«  (Ibid.). Homon. et homogr. Cf. blet. √Čtymol. et Hist. 1379 (Jean de Brie, Bon Berger, 149 dans T.-L.); 1790 blete ou blite dans Encyclop. m√©thod. M√©d. Empr. au lat. m√©di√©v. bleta, forme cit√©e dans Andr√© Bot., attest√©e aux ixe-xies. (Glossae latino-theodiscae, III, 549-50 dans Mittellat. W. s.v., 1507, 68) croisement du lat. beŐĄta ¬ę bette, poire ¬Ľ (Pline, Nat., 19, 113 dans TLL s.v., 1942, 45) et blitum de m√™me sens (gr. ő≤ őĽ őĻ ŐĀ ŌĄ őŅ őĹ) le rapprochement entre les deux mots est tr√®s anc. en lat. (Plaute, Pseud., 815, ibid., 1942, 30); blite serait un empr. dir. au lat. blitum; v. aussi bette.

FEW I, 410 :

FEW blitum

D√©j√† en latin beŐĄta « beta vulgaris vulgaris » et blitum « amaranthe » sont confondus. Le FEW a rang√© dans l »article beŐĄta¬† « blette » toutes les formes avec -l-¬† ¬† qui d√©signent les « bettreraves » ou la « poir√©e » comme par exemple l’ancien occitan blet et bleda.¬†¬† Le maintien du -t- intervocalique¬† dans les parlers galloromans¬† n’est pas expliqu√©.¬† On a pens√© √† une origine celtique, mais il n’y a pas¬† d’attestations.

FEW I,¬† 344 ¬†¬† beta « mangold » (= blette).¬† Lien direct.

La premi√®re attestation de bled « betterave »¬† vient de l’ancien occitan. On¬† trouve blet, blette « betterave, poir√©e » surtout dans les parlers de l’Est de la France, de la Meuse jusqu’au¬† franco-proven√ßal et l’occitan. Pour le sens « amarante, blette »¬† voir ci-dessus.¬† Le mot n’est bien attest√©¬† en fran√ßais que depuis le XVIe si√®cle. J’ai l’impression qu’il s’agit d’une influence des parlers occitans ou de ceux de l’est.

Dans de nombreux parlers occitans¬† la betterave s’appelle la bl√©tarabo, bl√©torabbo¬† (beta rapacea L.). Voir Rolland Flore 9, 142-148

 

 

Manouls 'tripes'

Manouls « tripes ». Un ami m’√©crit : « J’ai cherch√© le terme « manouls » sur ton dico, qui veut dire « tripes » en vieux n√ģmois mais je ne l’ai pas trouv√©. Mon p√®re disait: on va pr√©parer un bon plat de manouls.¬†

Le mot se trouve d√©guis√© en manel ~ manolh « paquet; botte; poign√©e d’√©toupes; paquet de tripes; glane d’aulx, d’oignons » dans l’Alibert. (Une graphie faussement √©tymologisante; manel¬† n’existe nulle part, manolh¬† est attest√© au¬† 15e si√®cle seulement.)

manel, manolh

Manouls, manoul,¬† vient du latin manupulus « poign√©e, botte » sens d√©j√† attest√© en latin classique. Sous l’influence d’autres mots manupulus¬† est devenu¬† manuculus¬† que nous retrouvons dans presque toutes les langues romanes : roumain manuchiu « gerbe », italien mannochio « faisceau »,¬† catalan manoll, espagnol manojo, portugais molho¬† tous avec le sens « gerbe ».

Le passage de « paquet de tripes » √† « tripes »¬†¬† est une √©volution s√©mantique courante, mais dans ce cas c’est un grand saut de « paquet » √† « tripes ». D’apr√®s le Thesoc manoul, manouls¬† « tripes »¬† est courant dans l’Ard√®che, l’Aveyron, le Gard et l’H√©rault1. A Uz√®s et Villeneuve on dit manou.

L’abb√© de Sauvages¬† √©crit « Manoul d√ę tr√ģpos » , manoul d’amarinos » (S1, 1756).

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Notes
  1. Le mot¬† « tripous »¬† d√©signe les tripes de veau ou d’agneau, li√©es en petits paquets et cuisin√©es » si j’ai bien compris la note du Thesoc

tougno, tougnol "pain de ma√Įs"

Ci-dessous un tougnol moderne de l’Ari√®ge, photographi√© par La dormeuse √† Mirepoix.

tougnol Mirepoix

C’est un article de La dormeuse qui m’a pouss√© √† √©crire cet article:

C‚Äôest ce tougno qui m‚Äôint√©resse ici, car, quoique dans une version am√©lior√©e comme celle du millas, d√©guis√©e, par√©e, toute faite de lait et de sucre, et de graines d‚Äôanis, il se mange toujours √† Mirepoix, sous le nom plut√īt audois de tougnol.La tradition veut que le tougno ait √©t√© au temps de la croisade le pain des Cathares, i. e. celui que les Bonshommes et les Bonnes Femmes portaient dans leur sac et, comm√©morant ainsi le dernier repas du Christ, partageaient en tant que compains sur leurs chemins d‚Äôinfortune. ‚ÄúInsipide, lourd et sans levain‚ÄĚ, ce pain-l√† depuis longtemps ne se trouve plus. Le tougnol actuel rel√®ve de la pure friandise. Ce qui compte toutefois, aujourd‚Äôhui comme hier, c‚Äôest de se souvenir qu‚Äôon ne se nourrit pas seulement de pain terrestre, mais aussi de symboles.

Alibert propose la graphie tonha « pain de ma√Įs ou de seigle ».¬†¬†¬† Mistral √©crit Tougno¬† voir tonio dans son Tr√©sor:

Le lien s√©mantique entre « femme stupide » et « pain de ma√Įs » n’est pas facile √† √©tablir.¬† Aussi le FEW les a consid√©r√©s comme homonymes. Pour tougno¬† « sorte de pain » il suppose une base onomatop√©ique to(u)gn- qui a abouti √† un verbe tougnar ‚Äúpresser, du poing, tasser, frapper‚ÄĚ , le d√©riv√© entougn√† ‚Äúemplir en p√©trissant‚ÄĚ et au figur√© le substantif tougne avec les sens ‚Äúbosse, bigne; motte √©paisse plus ou moins ronde, petit pain rond‚ÄĚ. Tout cela en b√©arnais. Dans le Val d‚ÄôAure capitougno s.f. ‚Äúgrand pain‚ÄĚ et en aragonais to√Īa grand pain de seigle‚ÄĚ1 .

Alibert¬† a eu raison de faire un deuxi√®me¬† article tougno¬† et il a aussi chang√© la¬† graphie : t√≤ni m.¬† t√≤nia¬† f. « Pierrot, coiffure de femme; ben√™t; nigaud; √©tron; ver des ch√Ętaignes ». Tonias, toniet¬† « id. »¬† Etymologie latin Antonius. Voir l’article Tougno « Antoinette ».

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Notes
  1. Alibert propose :du latin tundia¬† de¬† tundere ‘battre √† coups redoubl√©s » d’o√Ļ « p√©trir »,¬† mais ce tundia n’est nulle part attest√©
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