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repounchou ?

Repounchou est un nom de plante, mais laquelle?¬† J’ai re√ßu le message suivant:

Comme tu le sais, c’est un important point de d√©saccord entre Languedociens (pour qui c’est la raiponce) et Toulousains (pour qui c’est le tamier).

Wikipedia: Le Tamier commun ou Herbe aux femmes battues (Dioscorea communis), est une espèce de plantes grimpantes monocotylédones de la famille des ignames (Dioscoreaceae).

Elle est parfois appel√©e haut liseron, racine-vierge, raisin du Diable, sceau de Notre-Dame ou vigne noire. Dans le sud de la France, elle est couramment d√©sign√©e par son nom occitan ¬ę¬†reponchon¬†¬Ľ2 (qui se prononce r√©pountsou) ou ¬ę¬†r√©(s)pountchou¬†¬Ľ.( Attention, ne pas faire de confusion avec la Bryone dio√Įque d’aspect approchant mais enti√®rement toxique.)

repounchon1dioscorea

Raiponce¬† par contre¬† n’est pas une esp√®ce mais un genre Phyteuma (Linn√© 1753) avec de nombreuses esp√®ces, dont la raiponce en √©pi ou raiponce salade ou raiponce des bois.¬†¬†(Phyteuma spicatum):

raiponce en épi

Par Csame ‚ÄĒ Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=4731535

Le CNRTL s.v. raiponce¬† d√©finit  » plante de la famille des Campanulac√©es … »¬† dont 3 genres Campanula, Phyteuma et Legousia vivent en France.

Campanule raiponce (Campanula rapunculus) encore appel√©e Raiponce cultiv√©e est une plante herbac√©e bisannuelle de la famille des Campanulac√©es. La « Campanule raiponce » est aussi appel√©e en France b√Ęton de Saint Jacques, Rave sauvage et Rampouchou dans le Sud-Est (mais ce mot, reponchon en occitan, d√©signe le Tamier commun en Aveyron), en Angleterre Rampion et Rampion Bellflower d’pr√®s l’auteur de cet article de Wikipedia.

repounchon-Campanula_rapunculus_L_ag1Alibert d√©finit¬† reponchon ¬†avec¬† « raiponce; houblon; pissenlit; chondrille ».

repounchou = houblon houblon;reoiunchou = chondrilla ?chondrilla

Français pissenlit est un nom vernaculaire ambigu. La chondrilla est un autre genre de plantes de la famille des Asteracées.

Pour y comprendre quelque chose, j’ai eu recours au FEW X, 72-73 qui a class√© raiponce dans l’article rapum « racine » . Le nom raponce apparait au XIVe si√®cle en Italie raperonzolo, raponzo .¬† Si j’ai bien compris ces noms d√©signent deux plantes √† savoir la Raiponce en √©pi (Phyteuma¬† spicatum) et la Campanula rapunculus ¬† campanule , dont les racines (rapum¬† en latin) sont consomm√©es en salade au printemps.¬† Beaucoup plus tard, au XIXe si√®cle la m√Ęche (Valerianella locusta) est √©galement appel√©e raiponce, parce qu’elle est aussi consomm√©e, mais cette fois on sonsomme les feuilles. C’est √ßa l’explication ! . Voir mon article Botanique et occitan ou l’int√©r√Ęt des noms vernaculaires.

L’allemand Rapunzel d√©signe 1.¬† la mache (Gew√∂hnlicher Feldsalat ) et 2.¬† la campanule (Rapunzel-Glockenblume).

 

 

 

 

goudjo ‘courge’2

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Goudjo « courge √† sel »√† Valleraugue (Auge). Pour l’√©tymologie voir mon article coujo, coja « courge ». Je veux revenir sur le mot grec őļŌČőīőĻőĪ (kodia), qui √©tait aussi le nom de la clepsydre«  l’horloge √† eau, un transfert est motiv√© par la forme arrondie des vases qui servaient pour ces horloges et faire un peu de publicit√© pour Noria¬† la Maison¬† de l’eau √†¬† St-Jean de Bruel (Aveyron) o√Ļvous pouvez voir des clepsydres anciennes et modernes.].clepsydre¬†¬†¬†¬† WasseuhrHerophilusClock

En plus j’ai retrouv√© le livre de Charles Atger qui nous donne un dicton de Valleraugue:

Sa pa d√© qu√©s qu√© ten√© sal en goudjo  » Il ne sait pas ce que c’est que de tenir du sel dans la courge (soucis m√©nagers).

Ils étaient économes les Cévenols!

goudjo

Cette forme¬†goudjo¬†¬† est assez rare, seulement attest√©e dans dans le haut canton du Gard, (Cf. Thesoc),¬† auquel il faut ajouter trois points dans l’H√©rault[2.¬†Je suis tr√®s content que Charles Auger n’a pas regard√© le Dictionnaire d’Alibert et qu’il a √©crit comme il pronon√ßait: goudjo. Ortografia est d’ailleurs absent du Dictionnaire d’Alibert.] (ALF d’apr√®s FEW II, 833 ).

Cogorda, cogorla sont des formes de l’ancien occitan, coucourdo, cougourlo en occitan moderne.cŇ≠cŇ≠rbń≠ta « citrouille ». FEX II, 1458

Courge poire √† poudre.¬† ¬†La courge poire √† poudre est une vari√©t√© non comestible (Lagenaria sicerana) du genre Gourde. D’apr√®s Rolland Flore,¬† le C√©venol coujo n’est pas la plante mais l’objet¬† poire √† poudre.

gourde-poire-a-poudre-ab.netA Campan (Hautes-Pyr.) couyo est le nom d’un panier rond et profond, en Loz√®re goujo « un entonnoir pour tonneaux ».

Cojada « claterium; bryone » (Alibert).¬†¬† Claterium est un nom¬† du¬† concombre sauvage ou concombre d’√Ęne. (Ecballium elaterium Wikipedia) – claterium. Appel√© aussi cojarassa ,

claterium

concombre d’√Ęne Ils mesurent quelques centim√®tres.

La bryone est une plante grimpante Bryone dio√Įque (Bryonia dioica) (Wikipedia).

bryoneblancheavec une racine sp√©ciale. Elle s’appelle aussi « navet du diable, herbe de feu, rave de serpent, coja de serp, etc.La bryone est toxique.

Cojassa, « aristoloche »,¬† Cojanela dans le parler de Guyenne (Alibert). Image dans mon article¬†faouterno. .

Et bien d’autres plantes, coja d’aiga  » le n√©nuphar jaune¬† appartient √† un autre famille (voir Wikipedia) ; coja melona « citrouille iroquoise » (cucurbita pepo); cojarassa de bosc¬† « tamier » (tamus communis).

 

Tome, tomme ‘fromage’

La description tr√®s pr√©cise de la tome loz√©rienne par R.-J Bernard , m’a incit√© √† en chercher l’√©tymologie. Il le d√©crit¬† dans son article. L’alimentation paysanne en G√©vaudan au XVIIIe si√®cle. In: Annales. √Čconomies, Soci√©t√©s, Civilisations. 24e ann√©e, N. 6, 1969. pp. 1449-1467.¬† ainsi:
TomeLozère

Tomme_Loz√®reTomme de Loz√®re 4 mois d’affinage. Excellent !

La tome gardoise ce n’est pas la m√™me. L’abb√© de Sauvages √©crit en 1756 : Toumo « de la jonch√©e, fromage mou ou qui est r√©cemment caill√©. Le fromage frais et le fromage √©goutt√© est moins r√©cent que la toumo qui est du caill√© tel qu’on le tire de la faisselle ou de la forme √† faire les fromages ».1

Actuellement le mot fran√ßais tome ou¬† tomme a deux d√©finitions¬† d’apr√®s le CNRTL:

1.  Fromage au lait de chèvre, de brebis ou de vache, de forme circulaire, fabriqué en Savoie, en Provence et dans le Dauphiné.

2. ,,Nom du Cantal ou du Laguiole au premier stade de leur pr√©paration« , avec cet exemple tr√®s pr√©cis : Le p√©trissage du caill√© dure environ une heure et demie, et une fois termin√©, le caill√© ainsi malax√© et comprim√© constitue ce que l’on appelle la tome (Pouriau, Laiterie, 1895, p. 738).

A l’√©poque¬† de l’Abb√© de Sauvages la tome gardoise¬† √©tait donc¬† la m√™me que celle du Cantal ou de Laguiole actuellement.

Un coup d’Ňďil sur l’article¬† Tomme de Wikip√©dia nous apprend qu’il y a de multiples vari√©t√©s de tommes, non seulement en Savoie, mais aussi dans le Massif central, en¬† Suisse, dans la Vall√©e d’Aoste √† Gressoney,¬† dans le Haut-Rhin et au Qu√©bec. Il¬† y a des petits¬† des moyens et des grands, le maximum √©tant 12 kg.¬† Il y a m√™me de la tomme de Camargue ou tomme d’Arles , loin de la montagne.

Conclusion : le mot tome, tomme est un parfait¬† synonyme de « fromage ».

Une des toutes premi√®res attestations vient de N√ģmes, dat√© de 1200: toma « jonch√©e, fromage frais ».¬† Dans les dictionnaires franco-proven√ßaux, dont la Savoie fait partie,¬† la toma est en g√©n√©ral d√©finie comme du « fromage √† p√Ęte molle; fromage frais; fromage de m√©nage: lait caill√©, etc. », dans les dictionnaires proven√ßaux c’est du¬† « fromage blanc, fromage de ch√®vre; fromage mou; lait caill√© ». Les d√©riv√©s comme¬†tomasso¬† d√©signent presque toujours des fromages; une exception est le dauphinois¬† tom√©to¬† qui signifie aussi « brique de carrelage », repris par Littr√© dans don dictionnaire : tommette .

L’√©tymologie¬† pose pas mal de probl√®mes.¬† FEW XIII/2, p.20-21 en fait lr r√©sum√©.¬† Les repr√©sentants de¬†*tŇćma¬†se trouvent dans l’Est et le Sud-Est des parlers gallo-romans, de la Franche-Comt√© jusqu’√† la M√©diterran√©e, mais aussi en Italie dans le Piemont, en Lombardie dans le Val San Martino, et ce qui est plus difficile √† expliquer,¬† en Calabre et en Sicile. La pr√©sence de tuma « cacio fresco, non insalato » (fromage frais, non sal√©) en sicilien¬† a sugg√©r√© une √©tymologie grecque ŌĄőŅőľő∑¬† (tom√®) « morceau coup√© », possible du point de vue g√©o-linguistique,¬† mais on n’arrive pas √† expliquer l’√©volution s√©mantique, puisqu’il s’agit d’un fromage frais.

La conclusion provisoire de plusieurs √©tymologistes est qu’il s’agit d’un mot pr√©-roman, non attest√©, peut-√™tre li√©e √† une racine indo-europ√©enne *teu « gonfler ».¬† (Je n’ai pas¬† encore trouv√© de vid√©o du processus, mais cela va venir).

J’ai jet√© un coup d’Ňďil dans un dictionnaire grec et trouv√© quand m√™me¬† deux significations du mot grec ŌĄőŅőľő∑¬† (tom√®), qui pourrait √™tre √† l’origine du sens fromage.

Le premier est ŌĄőŅőľőĶŌÖŌā¬†(tomeus) « secteur de cercle entre deux rayons; terme de g√©om√©trie ». Le sens « fromage » pourrait alors venir de ŌĄőŅőľőĶŌÖŌā comme fromage vient de formaticus [caseus] (795 ds Nierm.) ¬ę [fromage] moul√© dans une forme ¬Ľ, d√©r. de forma ¬ę moule, forme √† fromage ¬Ľ; cf. forme* au sens de ¬ę √©clisse dans laquelle on dresse les fromages ¬Ľ et fourme*.¬† (CNRTL).

Le second est ŌĄőŅőľő∑ ŌÜőĪŌĀőľőĪőļŌČőĹ (tom√® pharmakon) « pr√©paration de rem√®des faits avec des herbes coup√©es ou hach√©es »¬† qui a pu passer au « lait caill√© »¬† une pr√©paration sans ou avec des herbes coup√©es.

tomè_fines-herbes-lait caillé avec des herbes, non pharmaceutiques

Notes
  1. Le CNRTL d√©finit la jonch√©e ainsi : « Fromage frais mis √† √©goutter sur une claie de paille longue appel√©e elle aussi jonch√©e »

Erugo ‘chenille; roquette’

Erugo, rugo, arugo « chenille »¬† et « roquette » (eruca sativa)

Erugo S2

L’√©tymologie est le latin erŇęca¬† qui est attest√© avec les deux significations « roquette » et « chenille ». L’√©tymologie de erŇęca n’est pas claire, en particulier du point de vue s√©mantique. Quel est le point commun de la roquette et d’une chenille?. Ernout-Meillet fait la proposition suivante:

eruca_ErnoutMLa forme ŇęrŇęca qui est √† l’origine de l’espagnol oruga¬† et attest√©e chez Pline est expliqu√©e par le FEW comme une simple assimilation, tandis que¬† Ernoult pense √†¬† ŇęrŇć « enflammer, exciter » ce qui reste √† prouver.

Les attestations de eruga, auruga « roquette » sont plut√īt rares1, parce qu’au d√©but du XVIe si√®cle le diminutif roquette a √©t√© emprunt√© √† l’italien par les Parisiens, de sorte que le nom roquette a gagn√© tout le pays et a remplac√©¬† russe ou¬† de l’eruce, d’un d√©riv√©¬†*erucia,¬† noms attest√©s dans l’ouest de la France.

La roquette vendue sur le marché actuellement est un cultivar produit en Italie.  A Manduel et je pense ailleurs dans le Mdi, la roquette à fleurs jaunes pousse un peu partout en bordure des chemins et des vignes. Elle est comestible mais les feuilles sont plus dures.

roquette

FEW III, 241

Notes
  1. Voir RollandFlore II,p.83 eruca sativa

mentastre

Mentastr√ę « baume sauvage ». (Mentha arvensis L.)

On comprend sous le nom de m√ęnt√Ęstr√ę le pouliot ou la mente aquatique, dont l’infusion est un f√©brifuge; le pouliot est aussi tr√®s bon pour tuer les vers des enfants. (Sauvages S1).

Etymologie: latin mentastrum « menthe sauvage », attest√© chez Pline. les attestations dans le domaine galloroman sont tr√®s anciennes, de sorte qu’on peut supposer qu’il s’agit¬† d’un mot indig√®ne et non pas d’un emprunt. FEW VI/1, p.731

Mentha_arvensis_2005.08.28_09.49.00 Mentha arvensis L.

Mento « baume des jardins ou simplement baume, et non mente qui se dit des autres esp√®ces de ce genre qui croissent dans les champs ». Il y a deux sortes de baumes, celui qui est √† feuilles rouge√Ętres qui a une odeur de basilique et qu’on met dans les salades; l’autre esp√®ce est le baume ordinaire qui a une odeur tr√®s suave. (Sauvages S1), et Solerius en 1549:

menta_Solerius

menthapulegiummentha pulegium L. pouliot

Etymologie : latin menta « menthe ».¬† La graphie avec -h- date du XVIe si√®cle, pour rapprocher la langue fran√ßaise de la langue grecque : őľőĻőĹőłő∑¬† et compliquer l’orthographe.¬† Le latin et le grec ont repris ce nom¬† √† une population non-indoeurop√©enne qui vivait autour de la M√©diterran√©e.FEW VI/1,p.730¬† Le m√™me¬† mot se retrouve dans toutes les langues romanes et dans beaucoup de langues germaniques.

Les moteurs de recherche sont tellement pollu√©s par la publicit√© pour toutes sortes de m√©dicaments √† base de menthe, que j’ai d√Ľ avoir recours √† RollandFlore vol IX p.41 pour savoir quelle esp√®ce de menthe est le « baume des jardins ». Il s’agit de la mentha sativa L. qui s’appelle maintenant mentha verticillata:

mentha verticillata

mentha verticillata

Pour terminer une tradition gardoise, tirée du Rolland Flore:

MentoGardRlFl9

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