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Valleraugue Boloraubo

ShareBoloraubo  le nom de Valleraugue en prononciation locale.

Dictons sur le mois d’avril.

O lo fi d’obriel, lo blaquo mouonto ol ciel     A la fin d’avril la végétation monte au ciel (en haut de la montagne)

O lo fi d’obriel touto bestio tchandjo dé pel    A la fin d’avril toutes les bêtes changent de poil;

O lo fi d’obriel , lous bolatch o fiel   A la fin d’avril les ruisseaux coulent à flots. (Source Atger, Charles)

Paysbassol, je suis devenu *Boloraubois en 1979. Quand j’ai commencé ce site, il y a plus de 10 ans, j’ai d’abord écrit  des articles  comme traversier  que j’avais entendu là-haut.  Ensuite j’ai trouvé le Compoix de Valleraugue qui m’en a inspiré pas mal.  Ma fille qui y habite toujours  m’a aussi fourni des mots du terroir. Son beau-père m’a aidé en lisant à haute voix le proverbes et dictons en patois, que j’ai enregistrés. Mon petit-fils m’a fourni la photo de la pansieire. Il y a aussi le mas du Valdeyron où j’ai habité depuis 1979.  Tous ces liens  m’y attachent. En bas de cette page j’ai réuni quelques documents sur le patois de Valleraugue que vous pouvez consulter.AtgerD1

Voici la liste (et c’est pas fini) :

Acabaïre http://www.etymologie-occitane.fr/2011/06/acabaire-ocobaire/
Acabar http://www.etymologie-occitane.fr/2011/06/acabar/
Acantonar http://www.etymologie-occitane.fr/2011/06/acantonar/
Afenassar http://www.etymologie-occitane.fr/2011/06/afenassar/
Aigavers http://www.etymologie-occitane.fr/2011/07/aigavers/
Aire, airiel http://www.etymologie-occitane.fr/2011/07/aireairiel/
Aissou, aissada http://www.etymologie-occitane.fr/2011/07/aissou-aissada/; aissada http://www.etymologie-occitane.fr/2011/07/aissada/
Amarinier http://www.etymologie-occitane.fr/2011/07/amarinier-amarino/
Androune http://www.etymologie-occitane.fr/2011/07/androune-andronne/
Anglada http://www.etymologie-occitane.fr/2011/07/anglada/
Apilar http://www.etymologie-occitane.fr/2011/07/apilar/
Arrapoman http://www.etymologie-occitane.fr/2011/10/arrapar-arapar/

Arseilhera http://www.etymologie-occitane.fr/2011/09/arseilhera-2/

Asagadouiro http://www.etymologie-occitane.fr/2014/06/asagadouiro-pelle-a-arroser/
Ase http://www.etymologie-occitane.fr/2011/07/ase-ay/
Bartas http://www.etymologie-occitane.fr/2011/07/bartas/
Borio http://www.etymologie-occitane.fr/2011/07/borio/
Calendas http://www.etymologie-occitane.fr/2011/07/calendas/
Cana http://www.etymologie-occitane.fr/2011/07/cana-canne/

Canton, cantou http://www.etymologie-occitane.fr/2011/06/canton-cantou/

Cloca, cloussi http://www.etymologie-occitane.fr/2011/08/cloca-cloucho/
Clueg http://www.etymologie-occitane.fr/2011/08/clueg/
Compoix, coumpés http://www.etymologie-occitane.fr/2013/01/compoix-coumpes/
Croto http://www.etymologie-occitane.fr/2011/08/croto/
Degra http://www.etymologie-occitane.fr/2011/08/degra/
Destre http://www.etymologie-occitane.fr/2011/07/destre/
Dralha http://www.etymologie-occitane.fr/2011/08/dralha/
Enregistrements de proverbes par un patoisant de Taleyrac
Espérou, esperar http://www.etymologie-occitane.fr/2011/08/esperar/
Esquichar, kitšá « exprimer le suc » http://www.etymologie-occitane.fr/2011/08/esquichar-esquicher-quicha-anglais-to-squeeze/
Euze, elze http://www.etymologie-occitane.fr/2015/01/euze/
Faï http://www.etymologie-occitane.fr/2011/08/fai-faisses/
Fataire http://www.etymologie-occitane.fr/2011/08/fataire/
Fau http://www.etymologie-occitane.fr/2011/09/fau-fag/
Foganha http://www.etymologie-occitane.fr/2011/11/foganha/
Foguier, cap foguier http://www.etymologie-occitane.fr/2011/11/foguier-cap-foguier/
Issartiel http://www.etymologie-occitane.fr/2011/06/issart/
Jas http://www.etymologie-occitane.fr/2011/06/jas/
Laier http://www.etymologie-occitane.fr/2015/04/laier-laguiar/
Lampourda-bardane http://www.etymologie-occitane.fr/2013/03/lampourda-bardane/
Marron http://www.etymologie-occitane.fr/2011/07/marron/
Mascarà http://www.etymologie-occitane.fr/2011/09/mascara/

Matusolen http://www.etymologie-occitane.fr/2011/09/mateusalem/

Mauro http://www.etymologie-occitane.fr/2011/09/mauro/
Mazet, mas http://www.etymologie-occitane.fr/2011/09/mazet-maset-mas/
Migon http://www.etymologie-occitane.fr/2011/09/migon/
Nadal http://www.etymologie-occitane.fr/2011/11/nouve-nau-nadau-nadal/
Onça http://www.etymologie-occitane.fr/2011/10/onca-douzieme-partie/
Osca, osque http://www.etymologie-occitane.fr/2011/10/osca-osque/
Pan http://www.etymologie-occitane.fr/2011/10/pan/
Paoumoulo, poumelo http://www.etymologie-occitane.fr/2015/03/paoumoulo-poumelo/
Parran, parragine http://www.etymologie-occitane.fr/2011/10/parran-parragine/
Passièra http://www.etymologie-occitane.fr/2011/10/passiera-pansieire/
Pelous bogie http://www.etymologie-occitane.fr/2013/09/pelous-bogue-chataigne/

Petas http://www.etymologie-occitane.fr/2011/07/petas-ou-pedas-une-histoire-de-grecs-et-de-romains/

Pétoule http://www.etymologie-occitane.fr/2011/10/petoule/
Peyremale http://www.etymologie-occitane.fr/2011/10/peyremale-peire/
Plan http://www.etymologie-occitane.fr/2011/10/plan/
Plantolier http://www.etymologie-occitane.fr/2011/10/plantolier-plantoliera/
Podar http://www.etymologie-occitane.fr/2011/10/podar/

Poleja http://www.etymologie-occitane.fr/2011/10/poleja/

Pradet de Ganges http://www.etymologie-occitane.fr/2014/10/pradet-ganges-reboussier/
Rapar http://www.etymologie-occitane.fr/2011/05/rapar/
Rascar http://www.etymologie-occitane.fr/2011/10/rascar/
Reboussier http://www.etymologie-occitane.fr/2011/10/reboussier/
Rove http://www.etymologie-occitane.fr/2011/10/rove-rouve/
Toponyme -acum http://www.etymologie-occitane.fr/2015/08/acum-anum-ascum-uscum/
Tosela http://www.etymologie-occitane.fr/2011/10/tosela/
Traversier http://www.etymologie-occitane.fr/2011/10/traversier/
Visette http://www.etymologie-occitane.fr/2011/08/visetta/

Documents sur le patois de Valleraugue.

Le plus ancien est le Compoix de Valleraugue de 1625. Des extraits avec des explications et des photos se trouvent dans le Lexique publié par l’AGAC-Valleraugue.

L’étude la  plus ancienne  est Le patois de Valleraugue (Gard) par Henri Bel publié en 1895. 12 p. in-8o. (Dijon, 1895; extrait de la Revue Bourguignonne de l’Enseignement supérieur, V (1895), p. 175-186. La suite n’a jamais vu le jour.Bel_tout  en PDF

Henri Bel était bon connaisseur de son patois. Il a transcrit le chant V, le 22e groupe de vers commençant par: Un vèspre dounc dins la Crau vasto jusqu’au vers: Coume un lebrié tanco un bestiàri de Mistral en patois local en créant une graphie qui rend la prononciation locale. Bel H.Mireio en PDF  (scrollez vers la page 3 et 4) et le texte de Mistral pour comparaison. MistralMireioV-22 ss

Un Allemand , Rudolf Hallig, a fait une enquête sur le patois de Valleraugue en 1932 ou 1934. Les résultats sont conservés à ATILF à Nancy, et publiés dans le FEW, la source principale de mon site. Il faudra attendre la numérisation complète du FEW ou habiter aux États-Unis,  pour pouvoir retrouver toutes les attestations du patois de Valleraugue qui s’y trouvent.

Dans le vol. XXIV du FEW sont cités les mots vallerauguois : dåbåntal« tablier », gláno , « noisette », ágre « aigre », ågrinás « houx », azügá « aiguiser », åzågá « arroser », malolayze « malaise », alos « versoir », alos « oreilles d’un écrou », laυzétto « alouette », amáre « amer’, åmpυléto « mache », åméllo « amande », nazdŵèl « orvet », låndyé « landier, chenet »

Plus récent est le petit livre de  Charles Atger, Valleraugue. Petites Histoires et Anciennes Coutumes » Le Vigan, 1972. Il contient un petit lexique et quelques histoires en patois de Valleraugue. J’ai repris quelques-uns de ses proverbes et dictons lus à haute voix. Il est disponible au Centre de documentation et d’archives du Parc national des Cévennes à Génolhac. Permalink Cliquer sur le « thumbnail »

Ici une liste des toponymes de Valleraugue Valleraugue Toponymes que j’ai copiés du  Dictionnaire topographique du département du Gard, comprenant les noms de lieu anciens et modernes.. par M.E.Germer-Durand. Paris, Imprimerie Impériale, 1886. . Une excellente version dans le site de Georges Mathon, http://www.nimausensis.com/Germer_Durand/TopographiqueGD.pdf

 

 

Escama ‘écaille’

Escama « écaille ». Etymologie: latin squāma « écaille ». Mot occitan et ibéri-roman . Voir les différentes attestations et significations dans le  FEW XII,215-217dans l’article squāma « schuppe » (= écaille).  La grande majorité des significations s’expliquent facilement, mais je ne comprenais pas la filiation « écaille » >  » fille , femme  effrontée,  dévergondée qui a le diable au corps, petite espiègle » pour le mot escamandre   et  qui viennent du Tresor de Mistral et  du Dictionnaire de l’abbé de Sauvages.

J’ai eu recours au Dictionnaire de l’abbé de Sauvages, qui donne deux explications.  D’abord il définit une  escamandre  « une marie-chiffon, fille ou femme en guenilles », sens qui s’explique à partir  d’ écaille > fil qu’on tire d’un tissu, effilure, > effilocher, etc. (voir l’article du FEW) . Ensuite il écrit dans l’article Escamandras « péjoratif dévergondée » :  » L’Escamandre est le nom d’un très petit fleuve qui baignait les

Escamandre dans dictionnaire de Sauvages S2Mais il n’y croit pas. Mistral non plus d’ailleurs; il rapproche escamandre de esclandre qui vient du latin scandalum (CNRTL) et je crois qu’il a raison, contrairement au FEW.:

escamandre dans le Trésor du FélibrigeMistral précise aussi  la localisation de l’étang  Escamandre, confirmé par Google Maps et Wikipedia.

étymologie du nom ScamandreL’étang de Scamandre  à Saint-Gilles


Le type écame a aussi existé dans le domaine d’oïl1, mais il a été remplacé par le type germanique *skalja « écaille ».

Une autre étymologie de l’espagnol escamocho se trouve ici

Pages copiées dans odt. AFINIR > escaume Z46

escauma FEW 12,216b escaume pr. Squama 12;216b « écaille de poisson »

 

  1. Regarder Z 46, p.248

Bouscarlo ‘fauvette’

Bouscarlo ‘fauvette’ . Etymologie : dérivé de *bosc « bois ».  Mot formé dans le domaine franco-provençal et occitan. Nombreuses formes dans  FEW XV/1, 200   Dans  le  commentaire p.208 l’auteur explique :  Le point de départ est manifestement un type *boscarula. Le suffixe a ensuite été remplacé par –arde.  En occitan quelqques autres suffixes.  Egalement en catalan  boscarla, boscaler, bosquata.   Bolleti de dialectologia catalana 1922, p.62

Bouscarla FEW15_1_208

Dauphinois, arpitan ou franco-provençal ?

Arpitan_francoprovencal_carte_patois

L‘arpitan ou franco-provençal est le nom de l’ensemble des parlers qui se distinguent de la langue d’oc et de la langue d’oïl par une évolution phonétique  spéciale, en particulier celle du a accentué en latin parlé qui s’est maintenu comme par exemple dans l’infinitif des verbes en –are, cantare > chantar, excepté après une  palatale (c, g, y, etc.) par exemple manducare > mangé, mangi. plicare > pleyi (plier).

C’est en 1873 que le linguiste italien Graziadio-Isaïa Ascoli (1829 –1907) a identifié cette langue ou groupe de parlers  et rédigé l’acte de naissance du franco-provençal, en se fondant sur cette double parenté chantar/mange(r)  comparé au provençal cantar/mangar, et au français chanter/manger.

Avant Ascoli les linguistes considéraient les parlers franco-provençaux  comme des parlers de transition entre le domaine d’oc et le domaine d’oïl.

Mes recherches étymologiques m’ont permis de constater que la spécificité de ces parlers avait été bien identifiée déjà au XVIe siècle, non pas par un linguiste mais par un botaniste provençal  Solerius .1 qui est un des premiers à donner les noms des plantes en langues vulgaires. Pour la France et regions limitrophes il distingue la langue des Gaulois (la langue d’oïl), le Dauphinois (le franco-provençal) et notre langue (le provençal).  Voici quelques extraits:

Vitex-agnuscastus-Solerius(Vitex le poivre des moines ou gatillier) appelé pébrier par les Dauphinois, les nôtres et les Aquitains.

Il faut noter qu’il ne distingue pas les Provençaux des Languedociens, mais le gascon est bien différend. Dans un autre paragraphe il distingue aussi le provençal du  niçois., ce qui veut dire qu’il était un bon connaisseur des variantes des parlers galloromans et italiens d’ailleurs.

Solerius_Tribulus » la chauchetrappe des Gaulois,    notre caucotreppo , ou auruolo

menta_Solerius« la menthe sylvestre qui s’appelle mentastrum chez les Latins, chez nous mentastre,  chez les Italiens menta salvatica.

portulacaSoleriusIci Solerius distingue les Grecs, les Latins, les Gaulois, les Dauphinois, les Provençaux, les Tusques (=Toscans) le les autres peuples italiens.

Amaranthe_Solerius_p29que le peuple Gaulois, Dauphinois & le notre  appelle passe veloux

L’alkekengi ou amour en cage:

alkekengi_SoleriusReduitDans les officines on l’appelle alkekengi2 : chez les Gaulois baguenauldes  et cocrette: chez les Dauphinois bonne bue et chez nous bons hommes

Le nom Dauphinois signifie aussi « franco-provençal » pour Cotgrave dans son dictionnaire de  1611. En tout cas il cite le mot franco-provençal larmuse « lézard »  comme tel.

larmuse-Cotgrave

Pour plus d’informations sur le franco-provençal visitez la page francoprovençal avec des  articles de P. Gardette chez Lexilogos et la page de l’université canadienne rédigée par Manuel Meune

  1. Solerius (Hugo), sanionensis, Scholiae… à la suite de Aetii medici tetrabiblos... édité par Cornarius, Lugduni, 1549, in-fol. D’après Ludovic Legré, La botanique en Provence au XVIe siècle. Pierre Pena et Mattias de Lobel. Marseille, 1899, p.72 n.2, Solerius vient du village de Saignon dans le Lubéron. Solerius cite dans son livre les monticules appelées « Les trois frères » près de Pertuis, ce qui prouve qu’il connaissait bien la région. Le titre complet avec un lien : Solerius (Hugo), sanionensis, Scholiae = Aetii medici graeci contractae ex veteribus medicinae tetrabiblos… per Ianum Cornarium Medicum Physicum Latinè conscripti. Lugduni 1549. Hugonis Solerii medici in II Priores aetii libros. Scholia en ligne sur Hathi Trust.
  2.   De l’arabe  » al kākanğ » coqueret. Attesté en ancien français depuis 2e moitié XIVe s. (R. Arveiller, Z. rom. Philol. 97, 1981, 279). CNRTL , FEW XIX,80a 

Quésaco ?

L’étymologie de quesaco, quésaco, qu’ésaco,   kesaco,  occitan Qu’es aquò ? n’a rien s’intéressant, mais Christine Belcikowski  a écrit une belle histoire A propos de la coiffure à la Quesaco

coiffure_quesacoLouis Marin de La Ciotat, qui est à l’origine de cette histoire, n’est pas complètement oublié. Une école primaire à La Ciotat porte son nom et le Musée Ciotaden  garde son portrait:

Louis_Marin

Escaoumer ‘brûler’

Escaoumer « brûler » Lhubac1 vient du grec καυμα (cauma) « chaleur du soleil ».  FEW II,538b

Le premier sens attesté en occitan de cauma, caumo est « grande chaleur » . Le dérivé caumasso devient  » chaleur étouffante »,le verbe  escauma « échauder » et escaumarrado « chaleur accablante ».

Pendant la grosse chaleur on ne peut pas faire grand chose, même pas manger : chaoumar à Barcelonnette « cesser de brouter et se reposer à l’ombre (en parlant des moutons) », coumà dans l’Aveyron,  devenu chomer « se reposer  » en ancien français, et les jaloux qui ne peuvent pas faire la sieste appellent ceux qui la font chomeur « homme paresseux ».  Chomer perd ce sens péjoratif et devient « ne pas travailler faute d’ouvrage », mais ce sens est relativement récent, début du XVIIe siècle. Avant cette époque on ne chomait que pendant les jours de fête, féries ». Les deux sens co-existent en français moderne.

D’après le FEW cauma est devenu calma en italien et a pris le sens spécifique de « cessation complète de vent » comme terme de marine, emprunté au XVe siècle. Depuis le XVIIe siècle calme est utilisé au figuré avec le sens  « absence de passion », etc.

 

 

  1. Qui raconte une histoire d’un cuisinier qui vérifiait la température de l’huileescaouder avec son doigt sans s’escaumer. Un ami de Montagnac me confirme : « je me suis escaumé », pour dire « je me suis brûlé »

Tome, tomme ‘fromage’

La description très précise de la tome lozérienne par R.-J Bernard , m’a incité à en chercher l’étymologie. Il le décrit  dans son article. L’alimentation paysanne en Gévaudan au XVIIIe siècle. In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 24e année, N. 6, 1969. pp. 1449-1467.  ainsi:
TomeLozère

Tomme_LozèreTomme de Lozère 4 mois d’affinage. Excellent !

La tome gardoise ce n’est pas la même. L’abbé de Sauvages écrit en 1756 : Toumo « de la jonchée, fromage mou ou qui est récemment caillé. Le fromage frais et le fromage égoutté est moins récent que la toumo qui est du caillé tel qu’on le tire de la faisselle ou de la forme à faire les fromages ».1

Actuellement le mot français tome ou  tomme a deux définitions  d’après le CNRTL:

1.  Fromage au lait de chèvre, de brebis ou de vache, de forme circulaire, fabriqué en Savoie, en Provence et dans le Dauphiné.

2. ,,Nom du Cantal ou du Laguiole au premier stade de leur préparation« , avec cet exemple très précis : Le pétrissage du caillé dure environ une heure et demie, et une fois terminé, le caillé ainsi malaxé et comprimé constitue ce que l’on appelle la tome (Pouriau, Laiterie, 1895, p. 738).

A l’époque  de l’Abbé de Sauvages la tome gardoise  était donc  la même que celle du Cantal ou de Laguiole actuellement.

Un coup d’œil sur l’article  Tomme de Wikipédia nous apprend qu’il y a de multiples variétés de tommes, non seulement en Savoie, mais aussi dans le Massif central, en  Suisse, dans la Vallée d’Aoste à Gressoney,  dans le Haut-Rhin et au Québec. Il  y a des petits  des moyens et des grands, le maximum étant 12 kg.  Il y a même de la tomme de Camargue ou tomme d’Arles , loin de la montagne.

Conclusion : le mot tome, tomme est un parfait  synonyme de « fromage ».

Une des toutes premières attestations vient de Nîmes, daté de 1200: toma « jonchée, fromage frais ».  Dans les dictionnaires franco-provençaux, dont la Savoie fait partie,  la toma est en général définie comme du « fromage à pâte molle; fromage frais; fromage de ménage: lait caillé, etc. », dans les dictionnaires provençaux c’est du  « fromage blanc, fromage de chèvre; fromage mou; lait caillé ». Les dérivés comme tomasso  désignent presque toujours des fromages; une exception est le dauphinois  tométo  qui signifie aussi « brique de carrelage », repris par Littré dans don dictionnaire : tommette .

L’étymologie  pose pas mal de problèmes.  FEW XIII/2, p.20-21 en fait lr résumé.  Les représentants de *tōma se trouvent dans l’Est et le Sud-Est des parlers gallo-romans, de la Franche-Comté jusqu’à la Méditerranée, mais aussi en Italie dans le Piemont, en Lombardie dans le Val San Martino, et ce qui est plus difficile à expliquer,  en Calabre et en Sicile. La présence de tuma « cacio fresco, non insalato » (fromage frais, non salé) en sicilien  a suggéré une étymologie grecque τομη  (tomè) « morceau coupé », possible du point de vue géo-linguistique,  mais on n’arrive pas à expliquer l’évolution sémantique, puisqu’il s’agit d’un fromage frais.

La conclusion provisoire de plusieurs étymologistes est qu’il s’agit d’un mot pré-roman, non attesté, peut-être liée à une racine indo-européenne *teu « gonfler ».  (Je n’ai pas  encore trouvé de vidéo du processus, mais cela va venir).

J’ai jeté un coup d’œil dans un dictionnaire grec et trouvé quand même  deux significations du mot grec τομη  (tomè), qui pourrait être à l’origine du sens fromage.

Le premier est τομευς (tomeus) « secteur de cercle entre deux rayons; terme de géométrie ». Le sens « fromage » pourrait alors venir de τομευς comme fromage vient de formaticus [caseus] (795 ds Nierm.) « [fromage] moulé dans une forme », dér. de forma « moule, forme à fromage »; cf. forme* au sens de « éclisse dans laquelle on dresse les fromages » et fourme*.  (CNRTL).

Le second est τομη φαρμακων (tomè pharmakon) « préparation de remèdes faits avec des herbes coupées ou hachées »  qui a pu passer au « lait caillé »  une préparation sans ou avec des herbes coupées.

tomè_fines-herbes-lait caillé avec des herbes, non pharmaceutiques

  1. Le CNRTL définit la jonchée ainsi : « Fromage frais mis à égoutter sur une claie de paille longue appelée elle aussi jonchée »

Escaume ‘dame de nage, tolet’.

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Escaume « tolet » ou « dame de nage » vient du grec σκαλμος  emprunté par les Romains scalmus   toujours avec le même sens. Le mot se retrouve dans tous les parlers marins de la Romania, sauf en normand qui a gardé un mot ancien nordique  þollr « arbre; poutre »,  cf. le danois et le norégien toll, le suédois tull « tolet ». (CNRTL tolet). Le type nordique a gagné du terrain sur la côte atlantique au détriment du type scalmus ( FEW scalmu XI,272b)

escaumo escaumos    escaumo2

Dans le travail inestimable du Commandant Noël Fourquin et de Philippe Rigaud :

De la Nave au Pointu

Glossaire nautique de la langue d’oc

Provence-Languedoc

Des origines à nos jours

Dans l’Édition sur CD de 2010, je trouve plusieurs attestations comme celui-ci:

1510: « …pour bois employe a faire pedagnes et escalmes… » Archives Départementales BdR. B 2551 f°148v°

et des dérivés :

Escaumado s.f « bordage qui porte les tolets et les toletières d’un bateau. »; Escaumot s.m 1636: « Plus en rombauds, encentes, escaumots… » A.D. BdR. 14 E 403 (n. fol.).

Cotgrave écrit dans son dictionnaire de 1611 scalme « a thowel »=  thole  en  anglais moderne1 c’est-à-dire « tolet ».

scalme_Cotgrave

et qu’en provençal un peis escomé est un « brochet de mer ».

peis_escomeCotgr

peis escomépeis escomé

Palavas escan « tolet » (faute de lecture  u>n ?), et escaumieira « petite pièce de bois placée sur le plat-bord pour recevoir le tolet »  sont placés par erreur  dans l’article  scamnum 11,278a 

  1. Contrairement au français, l’orthographe de l’anglais a bien évoluée.

Pacholo une ‘bagatelle’?

Pacholo (pachole en français régional, vulgaire)  signifie « sexe de la femme » d’après Lexique de Marius Autran.  en provençal, confirmé par d’autres attestations. Étymologie. Il doit s’agir d’une évolution récente, en tout cas Mistral ne le mentionne pas tout en distinguant deux pacholos  différents:

PacholoMistral

Le premier pacholo est un dérivé de pacho  « pacte » du latin pactum « traité, contrat ». Le FEW VII,461 nous donne plusieurs significations proches de « petit marché » : à Marseille « tripotage, mélange d’accords ou de pactes », pachouliá « faire des petits marchés, brocanter », un pachouliaire est un « brocanteur ».

Le second pacholo vient d’après le FEW VIII,28 d’une onomatopée patš qui en occitan a donné pachoulha « faire un mélange hétéroclite », pachôlo « tripotage, mélange qu’on fait de plusieurs choses qui se voyent rarement en semble » (Sauvages S1), pachoukë « chipotier, vétilleur » (idem), etc. Alibert donne une grande quantité de dérives dans son article pachaca.

Il reste la problème de l’évolution sémantique 1. »petit marché » ou 2. « mélange »  > « sexe de la femme ». Je penche pour le premier, le latin pactum, parce que nous trouvons une évolution sémantique analogue dans le mot bagatelle. emprunté à l’italien bagatella au XVIe siècle avec le sens « chose de peu d’importance, babiole »  >  « frivolités féminines » >  « galanteries, amourettes » > « amour physique ».  (CNRTL bagatelle)

En occitan il y a un second exemple cf. Mistral p.538-9   chaucholo « sauce abondante, soupe au vin, gourme v. pacholo; fadaise, vétille, niaiserie, baliverne, sornette »  nous voyons un glissement de sens comparable. En français « Jeter sa gourme. Faire des folies de jeunesse.

destrecha ‘pressoir’

Destrecha « pressoir pour les raisins ». L’étymologie est l’adjectif /participe passé latin  districtus  » resserré, étroit, abattu, serré ».  D’après le Thesoc le mot est limité aux départements  ARDECHE, GARD, et HERAULT.

D’après le FEW III, 100  destrech est  attesté en occitan ancien et moderne avec le sens « passage étroit entre deux montagnes: pressoir; machine à bois à 4 piliers pour ferrer ou panser les chevaux vicieux ».  Le féminin destrecha signifie déjà en ancien occitan « contrainte, amende, impôt, austérité ».

Dans les Alpes destreicha a pris le sens de « repas qu’on fait à la fin de la moisson », une évolution sémantique à expliquer.

L »abbé de Sauvages donne la forme destrë  avec le description suivante :

destrë_S1

Le féminin de l’adjectif est dëstrëchos,  comme il ressort de l’exemple  nozës dëstrëchos. Je ne sais pas ce que sont des noix cingleuses ? Grâce à l’attention d’un visiteur fidèle, j’ai pu vérifier dans la deuxième édition du Dictionnaire languedocien de l’abbé Sauvages où il corrige cingleuses en anguleuses.