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Fobèlo « fabagelle »

Fobèlo s.f. « fabago »  aussi  appelée fagabelle,  le zygophyllum fabago (L.) d’après Rolland Flore IV, 253 1.

Le nom scientifique  fabago a été créé par les botanistes et introduit en français au XVIIe siècle. la première attestation  se trouve chez Cotgrave,1611 qui l’appelle fabagine, plus tard  elle devient fabago et fabagelle(=Telebotanica). 

Il semble que les boutons peuvent être utilisés comme des câpres, après les avoir nettoyés dans de la saumure. (Sans garantie!!!!)

L’étymologie est le latin faba« fève » parce que son fruit ressemble à une fève. La formation fobélo  de la Lozère a été faite sur place.

fabèlo

La raison de cet article est de montrer une fois de plus l’énorme travail qui a été fait par les chercheurs-amateurs au XIXe siècle, dont Eugène Rolland. L’abréviation r.p. signifie:

Il y  a des milliers de r.p. dans sa Flore comme dans sa Faune. Tout cela serait pratiquement perdu sans lui.

 

  1. texte à toiletter

Lampourda « bardane »

Lampourda « bardane », Pouzolz. Le type lampourda  est limité au provençal et à  l’est-languedocien1. La première attestation de lampourde  en français et en  occitan vient d’Olivier de Serres, originaire de l’Ardèche, qui a introduit beaucoup de mots occitans  du domaine agricole en français.  Mais pour la langue française c’est un mot de dictionnaires, peu connu. Le TLF ne le donne même pas comme synonyme de « bardane ».

   petite bardane

La grande bardane possède des feuilles arrondies alors que la petite bardane (arctium minus) a des feuilles pointues.

Ci-dessous un extrait (la p.127)  des 15 pages que comprend l’article bardane   dans   RollandFlore (lien vers le site Plantuse)  vol.VII :

TLF  s.v. lampourde : plante des champs de la famille des Composées poussant au Sud de la France dans des endroits incultes et dont une espèce est nommée communément petite bardane. Lampourde épineuse; lampourde à grands fruits; lampourde glouteron (ou herbe aux écrouelles). La Lampourde donne sur un pédoncule floral deux graines (Plantefol, Bot. et biol. végét., t. 1, 1931, p. 536).

Le TLF donne une version extrêmement raccourcie de l’article lappa « bardane » du  FEW2. Le latin  lappa « bardane »   a été conservé en ancien provençal et a été emprunté par le moyen français au XVIe s.  Les attestations dialectales viennent des parlers au sud de la Loire.

En plus du type lappa  nous trouvons de nombreux dérivés  dans les parlers occitans:
lapas, lapasse, alapas (S1, Valleraugue) , laparasso (Toulouse, Carcassonne) , naparasso  (Tarn), raparasso (Aude) , ancien provençal laporda, lampourdoun « gallium aparine » (Alpes Mar.) , lapourdie (Marseille) , lapuc (Gerrs) , nàpoul « capitule de bardane » (Averyon) et j’en passe.
A propos d’alapas  l’abbé de Sauvages  écrit en 1756 :
« … dont les larges feuilles servaient autrefois de masque aux Comédiens. Les Polissons jettent des têtes de Bardane  (dë Lampoûrdos ou  tiro-pêous)  sur les cheveux ou habits des passans, auwquels ces têtes se prenent facilement.
Pouzolz, dans le tome 2 de son Flore du département du Gard, p.2  écrit :
La forme des feuilles de la bardane ou les fruits sont à l’origine du transfert de lapas  à d’autres plantes; notamment au molène (RollandFloreVIII, p.148): alapàs (Alès et Castres), lopàs , olopàs (Aveyron),  lapaso  (Lozère). A Montpellier la  lapourda , lampourda  est la « Lampourde d’orient’ ou « xanthium strumarium ».
                 
molène                                                                          lampourde d’orient
Nous constatons de nouveau une très grande variété des noms d’une plante qui a priori n’a aucune valeur commerciale, et par conséquent ne sert que très peu dans la communication entre des personnes de  régions différentes. Pour moi c’est cette variété des parlers locaux ou régionaux qui est la grande richesse de l’occitan et le patrimoine qu’il faut défendre et conserver. L’unification des parlers occitans, qui semble être le but suprême de certains occitanistes, ferait disparaître cette richesse de la langue.
Pour montrer cette richesse des parlers galloromans, je joins le page onomasiologique(incomplète!) du FEW du concept « bardane », auquel manque les noms de la bardane d’origine inconnue. Bardane_FEWindex_onomas.
  1. Les données du Thesoc bardane, sont très incomplètes
  2. Prononc. : (lɑ ̃puʀd). Étymologie et Histoire 1600 (O. de Serres, Théâtre d’agriculture, L. 6, chap. 5, p. 614). Empr. au prov.lampourdo « bardane » (Mistral), var. de l’a. prov. laporda (xves. ds Levy (E.) Prov.), lui-même dér. de l’a. prov. lapa (Pt Levy (E.), lappa (mil. xives. ds Rayn.), du lat. lappa, même sens.

Garri, jarri "souris, rat"

Garri « souris »  est attesté en provençal depuis le XVe siècle. L’étymologie est un *garrium « souris », non attesté. Dans l’article *garrium « souris » von Wartburg explique que la répartition géographique, notamment le fait que le type *garrium « souris » est limité à l’est de l’occitan et au piémontais, rend l’étymologie *garr-  « bigarré »  improbable. Je ne suis pas 100% convaincu.

Garri , prononcé  jarri à Die par exemple,   avec les sens « souris, rat, loir, gros rat » est très vivant dans les parlers provençaux. Voir le Thesoc  à ce propos.

Voir les nombreux sens et composés dans le Trésor du Félibrige de Mistral. Voici un extrait :

garii chez Mistral

Un jeu presque oublié  est  faire kou garri-baboou « projeter sur quelqu’un avec un miroir les rayons de soleil ».

garri-babaou

Mène « manche dans une partie de jeu de...

Mène « manche dans une partie de jeu de boules ». René Domergue Avise, la pétanque! donne une définition très précise :

Une mène : temps entre le lancer du petit et le lancer de la dernière boule (plusieurs mènes dans une partie).

En dehors du milieu bouliste et des joueurs à la belote le mot doit être rare. Même Google ne donne que très peu d’exemples.

Dans les dictionnaires de l’occitan  il y a  plusieurs mots mèna, mène,  mais aucune signification qui s’approche de « manche dans un jeu »1.

  1. Dans le dictionnaire de l’abbé de Sauvages (S1) il y a deux articles mèno :  une  mèno   « scion de greffe », et mèno  « espèce,  race », par exemple chi dé bono méno « chien de bonne race » et  le dérivé  mènier « tête de châtaignier à greffer, c’est un châtaignier franc récépé et taillé en moignon, qui fournit tous les ans des scions…. ». Sens classés dans le FEW VI/2, 102b-103a comme  dérivés du verbe minare.  Ce sens est encore vivant à Nîmes en 1989  d’après Joblot2, qui donne la définition suivante « une mène  est un genre, race, qualité » , et un exemple : Il possède deux scies de mènes différentes.    Pour lui « ce mot mène est entré dans le vocabulaire  courant des joueurs de boules qui désignent de ce nom chaque nouvelle partie du jeu. L’équipe qui a gagné la mène achevée mène la mène nouvelle.  Je crois que Joblot est tout près du sens qui est à l’origine du sens « manche » : une action ou un élément d’un ensemble.
  2. En occitan il y a une autre mena,  ou  meno  qui signifie  « filon de minerai, mine » en qui vient du gaulois meina « minerai », mais rien qui m’explique le sens « manche dans une partie de jeu de boules ».
  3. Enfin  Claudette Germi, Mots de Champsaur, Hautes AlpesGrenoble, 1996i me fournit un autre emploi de mène : »Encore quelques mènes  et ils auront fini de labourer. »  et l’emploi du même mot dans la même localité dans un autre jeu : « On a fait un concours de belote, on croyait gagner, mais  à la dernière  mène, ils ont eu un carré d’as  et un cinquante…. Pauvre de nous.

Elle cite le travail de Gaston Tuaillon 3 qui a donné la définition suivante pour le mot mène  dans le parler franco-provençal de Vourey (Isère)

Un aller (ou un retour) dans un travail comme les labours ou dans un jeu comme le jeu de boules où l’on ne cesse d’aller et de venir ».

La première attestation de ce sens en ancien occitan est  mena « manière d’être » ( XIIe-XIIIe s.), qu’on retrouve en italien, chez Dante mena « condition, sorte ». En occitan moderne, c’est l’expression  de bouono meno « de bonne qualité » qui domine.

L’étymologie serait alors le verbe menar « mener, conduire, accompagner, exploiter un domaine agricole » du latin minare  « conduire ». Un dérivé de menar,  menada signifie  « ce qu’on mène en une seule fois; quantité d’olives qu’on détrite en une fois » (Alibert). Le même sens est aussi attesté pour le mot voyage (Mistral, Champsaur)

Je crois avoir trouvé une autre explication de l’évolution sémantique que celle proposée par G.Tuaillon.  Je pense que le passage du mot mèno  dans le milieu bouliste, est parti de  l’expression de bouono meno . L’équipe qui a gagné « a fait un jeu de bouono meno,  et pour ne pas vexer l’équipe adversaire, il faut admettre qu’eux aussi ont fait une bouono meno.   Une  mène  est par conséquent toujours bouona.

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  1. D’ailleurs le même problème existe pour le sens de « manche ». Le TLF suit le FEW et  donne comme étymologie  manche  « partie de vêtement …. »  sans pouvoir l’expliquer. Pourtant von Wartburg  (FEW)  écrit dans une note que  le lien sémantique reste mystérieux.  Alain Rey  écrit sans me convaincre  « Par analogie moins transparente manche  a pris le sens « tour de cartes » 1607, d’où « partie liée à une autre » (1803) , les deux parties jouées étant comparées aux manches solidaires d’un vêtement.
  2. Petit vocabulaire local à l’usage des gens du Midi. Nîmes, 1989
  3. Les régionalismes du français parlé à Vourey, village dauphinois.  Paris, 2000. page 250

Chicá, chiquer (pétanque)

Chicar, chiquer « taper sur la tête (la cabucèle, le closc) de la boule adverse » (René Domergue, Avise, la pétanque!) vient d’une onomatopée tŠikk qui imite le bruit d’un coup.  Un chic  est un « coup sec et sonore ». A Alès   faire chico  « rater (fusil) ».  Le verbe chica(r), devenu chiquer  en français régional,  est attesté à Puisserguier avec ce sens. En provençal chicá   a pris le sens « bavarder, jaser ».  Les significations qui sont le plus proche de l’onomatopée d’origine se trouvent surtout dans le domaine occitan, ce qui permet de supposer que le sens spécifique dans le jeu de boules de chiquer  est d’origine occitane.

    bruant des roseaux

A la même famille appartient l’occitan chicarrot « mortier de pâte d’argile que les enfants font claquer en le lançant sur une pierre plate ». et le nom du « bruant des roseaux« , que vous pouvez écouter en suivant le lien, qui  s’appelle chic dei palus (Gard) ou chic deis sagnos (Bouche-du-Rhône) ou chic bartassier à Toulouse, .

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