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Introduction

L’√©tymologie aujourd’hui

« Parcourir le temps, c’est comprendre le pr√©sent »

L’√©tymologie est l’√©tude de l’histoire des mots.¬†Les langues sont vivantes! Les mots sont vivants. Un mot vit dans une famille avec d’autres mots,¬† √† une certaine √©poque, dans un ou plusieurs pays,¬† dans une ville ou √† la campagne, dans un milieu social et/ou professionnel. Les mots changent de forme (c’est-√†-dire de prononciation) et de sens.¬† Les mots naissent, vieillissent et meurent. Il y a¬† des mots ¬ę¬†de souche¬†¬Ľ, des immigr√©s et des √©migr√©s, des mots familiers, vulgaires, populaires, argotiques, professionnels, r√©gionaux, locaux.

Il existe deux conceptions de l’√©tymologie : la plus ancienne et la plus r√©pandue est celle qui raconte l’histoire d’un mot comme un g√©ographe relierait l’embouchure d’une rivi√®re √† sa source, dans le genre : amour vient¬† du latin amor, eau de aqua. La plupart des dictionnaires courants s’arr√™tent l√†.¬† Jules Gilli√©ron a compar√© cette conception de l’√©tymologie √† une biographie de Balzac faite de deux phrases:

Balzac, assis sur les genoux de sa nourrice, √©tait v√™tu d’une robe bleue, ray√©e de rouge. Il √©crivit la¬† Com√©die humaine.

L’autre conception, l’√©tymologie – histoire du mot est celle que¬† Walther von Wartburg¬† a d√©velopp√©e et appliqu√©e dans le FEW. Le point de d√©part est pour lui l’√©tymon. Les langues romanes ont le grand avantage de conna√ģtre la langue m√®re, le latin. L’√©volution d’un mot peut donc √™tre suivie comme un arbre g√©n√©alogique. A partir de l’√©tymon margarita le FEW nous donne toutes les formes et toutes les significations que ce mot, y compris les d√©riv√©s et les compos√©s, a pris en galloroman, fran√ßais, occitan, franco-proven√ßal et les dialectes. Tr√®s souvent nous avons √©galement les repr√©sentants du m√™me √©tymon dans les autres langues romanes ainsi que les emprunts que d’autres langues ont faites au galloroman, comme par exemple les mots anglais emprunt√©s au normand ou √† l’anglo-normand, les mots n√©erlandais emprunt√©s au picard ou au wallon.

Il y a quatre aspects à étudier.

  • L’histoire¬†des significations.
  • L’histoire des formes, c’est √† dire des¬† prononciations. L’orthographe est une convention et elle change si c’est notre bon plaisir.
  • L’histoire de la place d’un ou plusieurs mots dans le vocabulaire. Dans ces « Promenades √©tymologiques » je n’aborde que rarement cet aspect int√©ressant de l’√©tymologie,¬† car elle d√©passe le cadre que que je me suis impos√©.
  • La g√©olinguistique. L’√©tude de la r√©partition g√©ographique des mots, des formes, des sens, des diff√©rents types lexicaux, est tr√®s souvent li√©e aux objets ou aux notions qu’ils d√©signent. Vous trouverez un exemple dans la description de la r√©partition g√©ographique des mots pour d√©signer le tablier en France et en Italie. Les mots s’adaptent aussi au terrain, voir par exemple calanque.

L’histoire des significations ou l’√©volution s√©mantique

Le mot latin revolutio, g√©nitif revolutionis signifie ¬ę¬†retour d’un astre au point de d√©part¬†¬Ľ.

  • Au XIIe si√®cle le fran√ßais l’a emprunt√© tel quel au latin.
  • Au XIIIe si√®cle le sens s’est g√©n√©ralis√© et est devenu ¬ę¬†p√©riode, ach√®vement d’un laps de temps¬†¬Ľ, c’est √† dire le temps qu’un astre met √† faire le tour de la terre.
  • Ce n’est que trois si√®cles plus tard¬† que r√©volution quitte le domaine de l’astronomie pour entrer dans la langue g√©n√©rale et qu’il prend le sens de ¬ę¬†tour entier d’une roue¬†¬Ľ et devient au figur√© synonyme de ¬ę¬†cycle¬†¬Ľ.¬† Ce sens est conserv√© dans des expressions comme ¬ę¬†les r√©volutions d’une roue¬†¬Ľ.
  • Au XVIe si√®cle ¬† r√©volution prend le sens de ¬ę¬†changement qui se produit dans les choses du monde, les opinions, etc.¬†¬Ľ Pendant la Renaissance le sens ¬ę¬†retour¬† au point¬† de d√©part¬†¬Ľ ou ¬ę¬†ach√®vement d’un laps de temps¬†¬Ľ, en l’occurrence le¬† Moyen √Ęge, est associ√© au sens ¬ę¬†changement¬†¬Ľ.

    (Mais le mot  » Renaissance ». au sens de « mouvement social et culturel, fond√© sur un retour aux mod√®les de l’Antiquit√© Classique, qui bouleversa la pens√©e, l’organisation et l’art de la soci√©t√© occidentale au XVe et XVIe si√®cles; p√©riode historique correspondant √† ce ph√©nom√®ne ».(TLF) ne date que du XIXe si√®cle!)

  • A la fin du XVIIe si√®cle r√©volution prend le sens ¬ę¬†transformation d’un r√©gime politique par la violence¬†¬Ľ, qui a √©t√© promu notamment par le grand succ√®s des livres de Montesquieu et qui est dominant depuis 1789.¬† Si vous suivez ce lien vous trouverez un article intitul√© « R√©volution au 18e si√®cle.Pour une relecture d’un concept-cl√© du si√®cles des Lumi√®res ».

Un exemple plus r√©cent. Latin votum signifie « promesse solennelle faite aux dieux » et votivus « promis par un voeu; offert en ex√©cution d’un voeu ».¬†La f√™te votive est donc « la f√™te offerte en ex√©cution d’une promesse solennelle faite aux dieux. »
En ancien proven√ßal existait le mot lo vot ¬ę¬†promesse faite au ciel par laquelle on s’engage √† quelque oeuvre non oblig√©e¬†¬Ľ, et en proven√ßal moderne vot, vo, vou et dans l’Aveyron bouot ou bot repr√©sentent le latin votum. Dans une p√©riode plus r√©cente,¬† au XVIe si√®cle nous trouvons en fran√ßais le mot vote ¬ę¬†vŇďu, pri√®re¬†¬Ľ provenant du pluriel vota qui dans tout le Midi de la France, de¬† la Dr√īme jusqu’√† la Gironde d√©signe ¬ę¬†la f√™te patronale¬†¬Ľ,¬† Vaucluse, Languedoc voto, Toulouse boto,¬† Aveyron et Rouergue bouoto, Gers boto.¬† En fran√ßais l’expression f√™te votive est attest√©e depuis 1876, propre √† certaines r√©gions, notamment dans le Midi, toujours avec le sens de ¬ę¬†f√™te patronale¬†¬Ľ o√Ļ le patron n’est pas un chef d’entreprise, mais le saint √† qui est d√©di√©e l’√©glise de la paroisse!
En 2006, la relation entre la f√™te votive et le patron de l’√©glise a pratiquement disparue de la conscience des gens. J’ai demand√© √† plusieurs personnes √† quoi leur faisait penser le mot ¬ę¬†votive ¬Ľ dans cette expression. La r√©ponse a √©t√©¬†unanimement : ¬ę¬†√† la mairie, aux √©lus, aux votes, parce que c’est la mairie qui paye!¬†¬Ľ.
Pourtant il y a toujours un rapport, √† savoir les promesses non oblig√©es: ¬ę¬†faites au ciel¬†¬Ľ et¬†« faites avant les √©lections ».

Un dernier exemple. Le mot miniature a le¬† sens de ¬ę¬†peinture fine de petits sujets servant d’illustration aux manuscrits¬†¬Ľ ou¬† plus g√©n√©ralement ¬ę¬†genre de peinture d√©licate de petite dimension¬†¬Ľ¬† et¬† tr√®s g√©n√©ral, au figur√©, en miniature ¬ę¬†en tr√®s petit¬†¬Ľ. Miniature est un d√©riv√© du mot latin minium ¬ę¬†oxyde de plomb, poudre de couleur rouge ¬Ľ avec lequel les scribes faisaient les illustrations.¬† Miniature n’a rien √† voir, historiquement parlant, avec mini- qui vient du latin minumus « tr√®s petit ». Il a chang√© de famille.¬† La liaison que nous √©tablissons entre miniature et mini provient d’une tendance naturelle √† motiver le vocabulaire, c’est-√†-dire √† lier les sens des mots¬† √† leur formes et de cr√©er ainsi des familles de mots facilement m√©morisables. Le m√™me proc√©d√© joue un r√īle important quand nous apprenons une langue √©trang√®re. Le vocabulaire de la langue fran√ßaise est extr√™mement abstraite, c’est-√†-dire riche en mots non-motiv√©s donc plus difficiles √† apprendre. Voir letableau comparatif en bas de page.

Les √©tymologistes parlent d’√©tymologie populaire« quand un lien entre la forme et le sens est √©tabli contraire √† l’histoire du mot.Pour un exemple voir le mot romaine, romana .
Un bel exemple d’√©tymologie populaire transfrontali√®re est le mot menestrel « musicien au moyen √Ęge », m√ęnestri√© « joueur de violon » en languedocien (S1), du latin minister « serviteur » qui est devenu en ancien n√©erlandais menestrel, ministrel « troubadour » et par la suite minnestreel, par association avec le mot minne « amour » parce que les troubadours chantaient surtout l’amour.

¬†L’histoire de la forme

L’√©tymologie a eu longtemps une tr√®s mauvaise renomm√©e dans le monde des savants. On conna√ģt le point de vue de Voltaire qui disait¬†:

¬ę C’est une science o√Ļ les voyelles ne sont rien, et les consonnes fort peu de chose.¬†¬Ľ et ailleurs¬†: ¬ę¬†II est √©vident, que les premiers rois de la Chine ont port√© les noms des anciens rois d’√Čgypte, car, dans le nom de la famille Yu, on peut trouver les caract√®res qui, arrang√©s d’une autre fa√ßon, forment le mot Men√©s. Il est donc incontestable que l’empereur Yu prit son nom de Men√©s, roi d’Egypte, et l’empereur Ki est √©videmment le roi Ato√ęs, en changeant le¬† k en a, et le¬† i en to√ęs. ¬Ľ

Heureusement, au XIXe si√®cle, des historiens des langues ont d√©couvert par l’√©tude de la forme d’un grand nombre de mots, que les changements phon√©tiques sont en principe r√©guliers, et ils ont appel√©s ¬ę¬†lois phon√©tiques¬†¬Ľ la description de ces changements r√©guliers. Ces changements phon√©tiques ont lieu

  1. dans un certain endroit ou une certaine région
  2. pendant un certain laps de temps.

Une Introduction à la phonétique historique  avec MUSIQUE
St√©phane BORREL, compositeur, a √©crit une pi√®ce musicale, qui repose sur la transformation phon√©tique du latin au fran√ßais versant langue d’o√Įl.Il a r√©cemment post√© sur YouTube une version de cette pi√®ce, enregistr√©e lors d’un concert au Th√©√Ętre d’Orl√©ans en 2014. La pi√®ce s’intitule Toutes choses ont leur saison (c’est un vers de Guillaume de Machaut).Il a demand√© √† une designer de faire en sorte que sur YouTube, le texte de la conteuse/chanteuse s’affiche au fur et √† mesure, ce qui rend l’Ňďuvre peut-√™tre un peu plus accessible.¬† Un petit texte de pr√©sentation. St√©phane Borrel2i¬† La musique + video https://www.youtube.com/watch?

Un exemple¬†: c prononc√© [k] au d√©but d’un mot suivi de a en latin¬† devient [tch] >[ch] dans une r√©gion au nord d’une ligne qui , en partant de l’ouest, longe la Dordogne, passe par Murat, Saint Flour, Mende, Largenti√®re, Boll√®ne, et contourne le Mont Ventoux pour aboutir √† Digne.(pour une description plus pr√©cise voir BDP, pp.34 ss).La limite nord de cette √©volution¬† est form√©e par une ligne qui part de Mons en Belgique passe par Valenciennes, Cambrai, Saint Quentin, Noyon, Beauvais, Evreux, Lisieux et Coutances . Cambrai et Caense trouvent donc au nord de cette r√©gion.Cette √©volution a d√Ľ se produire¬† apr√®s l’invasion germanique, donc apr√®s le Ve si√®cle, puisque les mots d’origine germanique la suivent.¬† Karl,¬† devient¬† Charles en fran√ßais. D’autre part elle s’est produite avant le VIIIe si√®cle, puisque latin¬† causa prononc√© [k√°wsa] jusqu’√† cette √©poque, devient chose.¬† Par cons√©quent tous les mots fran√ßais qui commencent par ca- [ka-] ne nous sont pas parvenus directement du latin.

Autre exemple¬†: tous les verbes¬† qui en latin finissaient par¬†-are√† l’infinitif ¬†et qui existent encore en fran√ßais¬†finissent par -er prononc√© [√©]. En continuant¬† les recherches on arrive √†¬† la conclusion que tous les a longs et accentu√©s libres deviennent [√©]ou [√®](une voyelle libre est suivie d’une seule consonne,¬† ou d’une consonne + l ou r) . Bien s√Ľr¬† il y a des exceptions, mais dans ces cas il faudra¬† expliquer pourquoi! Par exemple latin asinus devient √Ęne et non pas *√®ne, car les Romains disaient d√©j√† asnu. Dans ce mot le -a- n’√©tait plus en position libre, et suivait la m√™me √©volution que le -a- accentu√© de caballu (suivi de deux consonnes) > cheval.

J’ai bien dit en fran√ßais, c’est-√†-dire la langue d’o√Įl, parce qu’en occitan tous les verbes¬† qui en latin finissaient par¬† -are et qui existent encore, finissent par -ar, prononc√© [a] ou [ar] suivant la r√©gion.¬† Quand au XXe si√®cle un mot comme esquichar passe dans le fran√ßais r√©gional, il s’adapte et devient¬† esquicher.

Dans une r√©gion qui comprend entre autres la Suisse romande, la Vall√©e d’Aoste, le Lyonnais et une partie du Dauphin√©, -a-libre suit tant√īt l’√©volution occitane, tant√īt l’√©volution de la langue d’o√Įl, suivant la qualit√© de la consonne qui pr√©c√®de¬†-a- en latin. C’est pour cela que ce groupe de patois est appel√© le franco-proven√ßal : chant√† mais mang√©r

Si nous trouvons en fran√ßais moderne des mots comme rave, salade et¬† dorade c’est qu’ils ont √©t√© emprunt√©s √† l’occitan¬†ou une autre langue apr√®s la p√©riode de l’√©volution ‚Äďa- > -√©-, et ils n’ont pas pu la suivre.

La connaissance des « lois phon√©tiques » est primordial pour un √©tymologiste. 1¬† Dans le domaine de l’√©volution phon√©tique, nous nous rapprochons beaucoup de ce qu’on appelle une loi¬† dans les sciences¬† naturelles.¬†Par exemple : une ¬ę¬†loi phon√©tique¬†¬Ľ dit qu’un¬†c- [ k-]¬† suivi d’un -a- en latin¬† aboutit en fran√ßais √†¬† ch-; je peux donc pr√©dire¬† que des mots comme¬† chemise, chemin chauffer , chef ont eu un c-[ k-]¬† en latin, s’ils existaient dans cette langue et ont continu√© d’exister sans interruption.

Nous pouvons m√™me pr√©voir l’√©volution future. Pour beaucoup de Fran√ßais il n’y a plus de diff√©rence entre le -i- nasalis√© et le -u- nasalis√©, enfin et parfum se prononcent de la m√™me fa√ßon. Le prononciation de -a- et -o- nasalis√©s est √©galement presque identique; chantant et chantons sont identiques. Et quelle est la diff√©rence entre chantais et chant√©, oup√Ęte et patte? Si la tendance actuelle √† ajouter un -e √† la fin des mots comme bonjour prononc√© [bonjoure], persiste √† Paris, une loi phon√©tique peut pr√©voir des prononciations comme *contoure, *veloure, *pourtoure. 2¬† Conclusion. Nos petits-enfants auront encore plus de probl√®mes avec l’orthographe moyen√Ęgeuse du fran√ßais que nous!

Les auteurs des grands dictionnaires √©tymologiques, comme le FEW ou le LEI,¬† pr√™tent beaucoup d’attention √† l’explication¬† de la varation des formes qui ne suivent pas les « lois phon√©tiques ». Il y a UN aspect dont on parle rarement, c’est le fait que certains types lexicaux pr√©sentent peu, d’autres beaucoup de variations phon√©tiques. Aqua > aygo dans pratiquement toute l’Occitanie, mais sabucus « sureau » pr√©sente une infinit√© de formes. L’explication de ce ph√©nom√®ne de la variation des formes dialectales se trouve certainement dans le domaine √©conomique, sociale ou culturelle. L’eau est un √©l√©ment de toute premi√®re n√©cessit√© mais le sureau n’a en effet aucune importance √©conomique. Il sert √©ventuellement dans la pharmacop√©e familiale; la confiture des baies de sureau est laxative; le th√© des fleurs de sureau est utilis√© pour le traitement du rhume. Voir Wikipedia. Il est pr√©sent partout. Impossible de faire quoi que ce soit du bois de sureau, √† part des fifres ou des esclafidou. Par cons√©quence, on ne parle du sureau qu’√† la maison ou avec les voisins. Des variantes peuvent na√ģtre dans une famille ou un village et rester confin√©es dan ce domaine. Le¬† ch√™ne ou le sapin ont une gande valeur economique et culturelle.

Au niveau lexical existe la m√™me tendance. On peut se demander pourquoi certaines notions (« signifi√©« ) sont exprim√©es par des mots (« signifiant« ) qui ont la m√™me racine dans beaucoup de langues, tandisque d’autres notions s’expriment par une grande vari√©t√© de mots d’origine diff√©rente. . Par exemple, la notion « p√®re » est exprim√©e par le type pater dans toutes les langues romanes et germaniques. La notion « fr√®re du p√®re ou de la m√®re » par contre est exprim√©e par les types avunculus, thius, awa (proto-germanique), et d’autres. (Essayez avec Google traduction). Dans les parlers galloromans la notion « eau » est partout exprim√©e par le type aqua, mais la notion « g√©nisse » au moins par quatre types: manza, taure, vedela, genisse. J’ai constat√© la m√™me tendance dans les noms d’animaux. Par exemple asinus et caballus sont conserv√©s partout, mais le nom du l√©zard varie beaucoup.
C’est un sujet √† approfondir.

Si vous voulez savoir comment le fran√ßais √©voluera phon√©tiquement , √©tudiez les « fautes d’orthographe » dans n’importe quel forum.

Pour conna√ģtre les traits caract√©ritiques du languedocien, suivez ce lien vers la page Sources,

L’histoire du mot dans le vocabulaire.

Le fait que le mot votive dans l’expression f√™te votive est devenu une affaire de la municipalit√© et des √©lus, l’a rendu inutilisable dans l’√©glise. L√† c’est la f√™te patronale qui repris le dessus.¬† Jusqu’au jour o√Ļ les chefs d’entreprise¬† offriront une f√™te √† leurs employ√©s¬†? Il y a des √©tudes historiques sur des groupes de mots qui d√©signent¬† des objets ou des notions tr√®s proches les uns des autres, comme par exemple chaise, si√®ge, fauteuil, transat, tabouret, chaire, etc. S’il y a un des ces mots qui dispara√ģt ou prend un sens tr√®s sp√©cial, comme cela a √©t√© le cas du mot chaire du latin cathedra  »¬†si√®ge √† dossier » un autre prend sa place, par extension de sens ou il est carr√©ment remplac√© par un nouveau venu.
J’ai fait une petite √©tude sur les noms des repas dans des langues germaniques et romanes et constat√© que l’homme a moins √©volu√© qu’il ne pense : la notion de « mordre » est plus souvent √† l’origine de ces mots que la notion « d√©guster ». Voir l’article sopar.
L’√©tude des champs s√©mantiques, dans le genre ¬ę¬†Les d√©nominations de la femme en occitan¬†¬Ľ peut √™tre riche en r√©v√©lations d’ordre social. Dans la s√©mantique moderne il y a des √©tudes tr√®s pouss√©es des champs s√©mantiques; si ce domaine vous int√©resse visitez le site http://dico.isc.cnrs.fr/

L’histoire en g√©n√©ral.

L’histoire politique, √©conomique, technique, culturelle et sociale a une grande influence sur le vocabulaire. Le fait que partout en France on parle le patois del’√éle de France est la cons√©quence de l’histoire politique de notre pays et un ph√©nom√®ne unique en Europe. Partout ailleurs des patois locaux et r√©gionaux subsistent¬†; en Italie : le pi√©montais, le v√©nitien, le napolitain etc., en Allemagne : le bavarois et en Suisse le¬† suisse-allemand, qu’on peut entendre tous les jours √† la radio ou √† la t√©l√©vision.

Sur le plan international, nous constatons qu’au moins la moiti√© du vocabulaire de l’anglais est d’origine fran√ßaise ou normande √† la suite de la bataille de Hastings (14 octobre 1066) . Le vocabulaire de la gastronomie fran√ßaise est pass√© dans toutes les langues, √† commencer par le mot restaurant cr√©√© par l’aubergiste Boulanger en 1765. Il l’a cr√©√© en faisant allusion au texte de la Bible « venite ad me qui stomacho laboratis, et ego restaurabo vos ».

La fin de la mondialisation et du commerce international, notamment avec la Chine au VIe si√®cle, a eu des cons√©quences importantes dans la vie des habitants de l’Occident. Voir par exemple le mot sarga.

Un exemple pr√©cis de l’histoire de France. Essayez d’expliquer √† un √©tranger ce que c’est qu’un Club Laique Omnisport. Le mot la√Įque signifie d’apr√®s le TLF « qui est ind√©pendant vis-√†-vis du clerg√© et de l’√Čglise, et plus g√©n√©ralement de toute confession religieuse ». Par l’hstoire nationale le mot fran√ßais la√Įque a en France un emploi beaucoup plus √©tendu que le mot correspondant en n√©erlandais, en allemand ou en anglais. Comme traduction de la√Įque en allemand vous trouverez « weltlich (mondial), staatlich (de l’Etat),ou¬† laien- » utilis√© quand on parle justement du clerg√©. Par une √©volution propre √† l’allemand et au n√©erlandais, laien signifie « ignorant » est antonyme de sp√©cialiste; l’adjectif n’existe m√™me pas.¬† Un Club Laique Omnispor traduit en allemand, devient ein*Laiensportclub ce qui correspondrait √†¬† une bande d’amateurs ignorant les r√®gles du sport. »

En fFrance par contre il y a des clubs la√Įques de handball, de karate, de boxe etc. Essayer d’expliquer ce mot la√Įque √† un √©tranger, voudra donc dire faire un cours professoral de la s√©paration de l’Eglise et de l’Etat en France.

Tous les jours nous pouvons constater l’influence de l’histoire √©conomique, sociale et culturelle¬† sur le vocabulaire. Je pense √† l’essor de l’informatique¬†: un mot comme souris a pris un nouveau sens dans la deuxi√®me moiti√© du XXe si√®cle et mon correcteur d’orthographe ( Word 2000) ne conna√ģt pas encore le mot  » t√©l√©charger « . D’autre part le riche vocabulaire de la s√©riciculture dans les C√©vennes a pratiquement disparu.

L’invasion des mots italiens au XVIe si√®cle est √©troitement li√©e √† la Renaissance et l’admiration que les ¬ę¬†leader¬†¬Ľ culturels avaient pour¬† le Rinascimento en Italie.¬† Le r√īle important dans l’√©conomie et la culture de l’Italie √† cette √©poque est comparable √† celui des USA et de l’anglais de nos jours.¬† Camp, cavalier, campagne, et cadence sont des immigr√©s, les autochtones sont champ, chevalier champagne et chance.

La disparition des parlers locaux et la naissance de parlers sociaux, c’est √† dire un langage caract√©ristique pour un groupe social, sont √©troitement li√©es √† l’√©volution de la soci√©t√©.¬† La sociolinguistique est une nouvelle branche de la linguistique. En g√©n√©ral il ne s’agit que d’un vocabulaire particulier √† un groupe social et/ou professionnel, plus rarement de la phon√©tique et de la syntaxe. (Je crois que la syntaxe des SMS a des traits syntaxiques sp√©ciaux; il faut que je demande √† mes petits-enfants.) Il y a les parlers des m√©tiers, des mots qui sont ¬ę¬†in¬†¬Ľ d’autres qui sont ¬ę¬†out¬†¬Ľ. L’argot en est l’exemple classique.Par le choix de son vocabulaire et parfois de sa prononciation, on exprime son appartenance¬† √† un groupe social ou sa volont√© d’appartenir √† ce groupe : « le ballon est [out] ou [√†out]« ,cela fait une sacr√©e diff√©rence sociale ! Les interlocuteurs se reconnaissent, comme autrefois les patoisants d’un village ou d’une ville.¬†Les sociolinguistes parlent de sociolectes.

Langue, patois, dialecte

Une langue est un patois avec une armée  et une marine.

Langue et patois ont la m√™me d√©finition en linguistique¬†: un syst√®me linguistique complet. Un dialecte par contre, est un groupe de patois qui ont un ou plusieurs traits ( en g√©n√©ral d’ordre phon√©tique) en commun ; ceci explique les interminables discussions entre dialectologues sur les limites des dialectes. Un dialecte n’est pas une variante r√©gionale d’une langue. On peut appeler « dialecte  » un patois dont les locuteurs se servent pour la communication r√©gionale, comme par exemple le patois de Turin dans tout le Piemont, ou la langue des F√©libriges en Provence (?).

C’est gr√Ęce √† l’unification du pays, qui a commenc√© avec l’√©lection¬† de Hugues Capet¬† comme roi de France, que le patois de Paris ou de l’Ile de France a pu s’imposer partout dans le pays. La R√©volution a √©galement jou√© un r√īle tr√®s important. ¬† L’unification de l’Allemagne, de l’Italie, et des Pays Bas date du XIXe si√®cle seulement. A ce propos je ne peux que confirmer ce que l’abb√© Boissier de Sauvages a √©crit dans son Dictionnaire languedocien fran√ßais s.v. pat√ęs ou patoues:

« ¬†¬†

C’est exactement ce que j’enseignais √† mes √©l√®ves dans le cours de l’histoire de la langue fran√ßaise!. C’est le pouvoir central, le roi et le gouvernement du pays qui ont impos√© le patois de Paris dans toute la France. La lutte entre Jacobins et Girondins n’est pas encore finie, mais cela s’appelle maintenant (d√©)centralisation.

 Les faits divers.

Enfin un √©tymologiste doit aussi avoir de la chance. Des petits faits divers peuvent l’amener √† trouver l’histoire d’un mot. Un exemple. Dans le patois de Lasalle, un village c√©venol pr√®s de St.Hippolyte-du-Fort, existait en 1884 le mot soumac « bousilleur, mauvais ouvrier » . Toutes nos connaissances du latin¬† et de son √©volution dans les C√©vennes ne servent √† rien pour trouver l’√©tymologie de ce mot. Heureusement que l’auteur du lexique donne les indications suivante: ¬ę¬†de l’allemand Schumacher « cordonnier, savetier »¬†¬Ľ ¬†et en bas de page il remarque: ¬ę¬†Ce mot date du s√©jour qu’un d√©tachement de soldats autrichiens fit √† Lasalle en 1815. L’un d’eux, nomm√© Fritz s’y maria. Sa femme, morte r√©cemment, √©tait appel√©e Frico. ¬Ľ

Je ne croyais pas trop √† cette √©tymologie, bien pour le dimanche sur France Inter. J’ai v√©rifi√© et en effet, dans le FEW sous l’√©tymon Schumacher, je retrouve notre soumac. Et ce n’est pas uniquement √† Lasalle que ce mot existe avec cette signification. Il y a des attestations surtout dans les r√©gions du nord, en Wallonie, le d√©partement de la Moselle et en Suisse, mais¬†¬† √©galement en fran√ßais sous la forme choumaque ¬ę¬†cordonnier, savetier¬†¬Ľ utilis√© par Daudet, et repris par Pierre Larousse qui le qualifie d’argot. Gr√Ęce √† un lecteur attentif, nous l’avons retrouv√© dans le Perret, Choumac ou Choumaque ‘chaudronnier’ dans l’argot de l’a√©ronautique.
CHOUMAQUE s. m. (chou-ma-ke – allemand schumacher, faiseur de chaussures).
Argot. Savetier.
– De m√™me pour d√©signer le cordonnier on disait quelquefois « choumac » (de l’allemand Schumacher) en souvenir des Prussiens log√©s √† Nozeroy pendant la guerre de 1870.
Le Patois de la Région de Nozeroy par 0skar Kjellén.
– Livre « Tu seras choumac » de Richard Maroli. Librairie du compagnonnage.
– Par analogie avec les coups de marteau, le pliage du cuir et le franc-parler des cordonniers et autres bouifs, ce terme fut attribu√© aux carrossiers chaudronniers t√īliers d’abord d’automobile puis d’a√©ronautique quand celle-ci devint m√©tallique. Source

W.von Wartburg pense que l’histoire de l’invasion de 1815 qui serait √† l’origine de ce mot est une l√©gende et il pr√©f√®re l’explication par emprunt aux patois alsaciens limitrophes. Il faudrait un bon connaisseur¬† de l’histoire du Gard pour v√©rifier et je l’ai trouv√©¬†! Le Gard¬† et notamment St. Hippolyte-du-Fort a en effet √©t√© occup√© par les Autrichiens.¬† Georges Mathon dans son site donne tous les¬† d√©tails. Je le cite:

¬ę¬†Les autres localit√©s occup√©es furent, presque tous les villages de la Gardonnenque, puis St-Hippolyte, Quissac, Sauve, VaIIeraugue, St-Marcel, le Vigan et tous les centres importants des C√©vennes o√Ļ se dessinaient des mouvements bonapartistes » .

Un emprunt √† l’autrichien n’est donc pas impossible.

Les faits divers¬† forment un aspect de l’√©tymologie amusant. Pierre Larousse cite l’anecdote suivante dans son Grand Dictionnaire du XIXe si√®cle¬†√† propos du mot¬†canard : « Pour rench√©rir sur les nouvelles ridicules que les journaux de France lui apportaient tous les matins, un journaliste belge imprima, dans les colonnes d’une de ses feuilles, qu’il venait de se faire une exp√©rience tr√®s-int√©ressante et bien propre √† caract√©riser l’√©tonnante voracit√© du canard. Vingt de ces volatiles √©tant r√©unis, on hacha l’un d’eux avec ses plumes et on le servit aux autres, qui le d√©vor√®rent gloutonnement. On immola le deuxi√®me, qui eut le m√™me sort, puis le troisi√®me, et enfin successivement tous les canards, jusqu’√† ce qu’il n’en rest√Ęt plus qu’un seul, qui se trouva ainsi avoir d√©vor√© les dix-neuf autres dans un temps d√©termin√© et tr√®s-court. »
Cette fable, spirituellement racont√©e, eut un succ√®s que l’auteur √©tait peut-√™tre loin d’en attendre. Elle fut r√©p√©t√©e par tous les journaux de l’Europe ; elle passa m√™me en Am√©rique, d’o√Ļ elle revint encore charg√©e d’hyperboles. On en rit beaucoup, et le mot canard resta pour d√©signer les nouvelles invraisemblables que les journaux offrent chaque jour √† la curiosit√© de leurs lecteurs. Heureusement que de nos jours le Canard est encha√ģn√©.

Le danger pour l’√©tymologie est que cette l√©gende soit plus connue que l’histoire vraie un peu ennuyeuse¬†: d√©j√† en moyen fran√ßais¬† vendre, bailler des canards veut dire ¬ę¬†tromper quelqu’un¬†¬Ľ, une gr√Ęce de Saint Canard est une ¬ę¬†promesse de cadeau qu’on peut pas tenir¬†¬Ľ et un canard est depuis 1750 une ¬ę¬†nouvelle fausse pour tromper le public¬†¬Ľ. Et un canard encha√ģn√© c’est quoi exactement?¬† Mais jusqu’√† maintenant¬† aucun √©tymologiste n’a pu expliquer pourquoi¬† vendre des canards a pris¬† ce sens p√©joratif d√©j√† au XVe – XVIe si√®cles.¬† Est-ce que la mauvaise renomm√©e des Gascons  » h√Ębleur, trompeur », ou un aspect de la chasse aux canards y est pour quelque chose¬†?

L’√©tymologie, √† quoi √ßa peut servir¬†?

L’utilit√© de la recherche est en principe hors de l’occupation des chercheurs. Un chercheur veut comprendre. Parfois cela peut servir √† quelque chose, souvent non.

Mais « Parcourir le temps, c’est comprendre le pr√©sent »

Quand¬† notre amie catalane nous raconte: « le m√©decin¬† ma quich√© le ventre partout¬†«  en illustrant ses mots par des gestes appropri√©s, elle n’est pas consciente que cette simple phrase nous relie

  • aux peuples pr√©historiques qui ont occup√©s l’Europe avant les Celtes par le mot quich√© et
  • en m√™me temps aux temps modernes en introduisant un vieux mot occitan dans son fran√ßais r√©gional du XXIe si√®cle.
  • Dans la m√™me phrase le mot ventrenous lie aux Romains¬† et √† tous les peuples qui parlent une langue romane, issue du latin, de la Roumanie √† l’Am√©rique latine.
  • Enfin le mot m√©decin t√©moigne d’un lien avec les hommes de la Renaissance et l’essor de la m√©decine au XVIe si√®cle. Quand le latinisme m√©decin remplace d√©finitivement l’ancien fran√ßais mire et l’occitan m√™ge ¬ę¬†m√©decin¬†¬Ľ, ceux-cideviennent tr√®s souvent p√©joratifs¬†: ¬ę¬†m√©dicastre¬†¬Ľ ou changent de client√®le¬†: ¬ę¬†v√©t√©rinaire¬†¬Ľ Et un docteur est un homme encore plus savant!

Et « L’√©tymologie peut servir dans l’apprentissage du fran√ßais et des langues √©trang√®res. »

Parler plusieurs langues est plus qu’une richesse. La v√©rit√© n’est pas dans une langue. Une langue, c’est une fa√ßon de voir, de penser, de structurer le monde, et si l’on n’en ma√ģtrise qu’une seule, on est un √™tre humain incomplet … La v√©rit√© est au croisement entre deux v√©rit√©s contradictoires, donc elle n’est pas dans un seul monde.
Parler plusieurs langues est un droit de l’homme, plut√īt qu’un devoir, parce que c’est une condition d’existence: on n’est pas un homme complet si on ne parle pas plusieurs langues.
La soci√©t√© occidentale qui est tr√®s technicienne est parvenue √† r√©duire tous les temps de fabrication, sauf deux: le temps n√©cessaire √† l’apprentissage d’une langue, maternelle ou autre, qui demande toujours 3 000 heures, et le temps de gestation d’un enfant qui est toujours de neuf mois. Ces 3 000 heures et ces neuf mois ne sont pas compressibles. (Jacques Attali)

De toutes les langues romanes c’est le fran√ßais qui a subi les changements phon√©tiques les plus importants. Les syllabes qui portaient l’accent en latin ont √©t√© renforc√©es au d√©triment des autres. Le fran√ßais c’est du latin parl√© par des Francs, une peuple germanique qui a adopt√© la langue locale. Beaucoup de voyelles non-accentu√©es ont carr√©ment disparu¬†: latin tabula > table, mais¬† en italien tavola , latin vita > vie, prononc√©e [vi] mais en espagnol vida, ou ne subsistent que sous forme d’un e muet. Cette √©volution a √©t√© si forte que beaucoup de mots sont devenus monosyllabiques.
Depuis le XVIe si√®cle, nous voyons arriver beaucoup de mots nouveaux, emprunt√©s √† l’italien ou directement au latin.¬† Le lien √©tymologique entre table et tablettes, tabl√©e, attabler est facile √† saisir, avec¬† tableau, tableur un peu plus difficile.¬† Etain donne √©tameur et √©tamer,¬† mais le sens des mots stannif√®re et stannique n’est pas √©vident, il faut l’apprendre. En italien par contre nous avons stagno, stagnatura stagnata¬† stagnifero stagnico. Le lien √©tymologique entre ces mots est √©vident et le jeune Italien n’a pas de probl√®me. En fran√ßais Peau donne pilosit√©, il faut apprendre les deux mots, m√™me s’ils ont le p- en commun, mais quand nous passons d’aveugle ou non-voyant √†¬† c√©cit√©, c’est le noir absolu.¬† L’abstraction du vocabulaire fran√ßais est extr√™me. Il y a les mots emploi, employeur, employ√© qui sont motiv√©s, mais jour ouvrable, travail et RTT ?¬† Voir le tableau en bas de page.

L’Europe √† 27 pose d’√©normes probl√®mes d’intercompr√©hension. Il devient urgent de trouver des moyens de communication « interlangues ». La commission a charg√© plusieurs universit√©s √† s’y attacher. Un des r√©sultats est l’ EuroComRom . D’apr√®s le professeur Horst G. Klein de l’universit√© de Frankfurt, la langue fran√ßaise est le meilleur « pont  » pour le multilinguisme en Europe. A partir du fran√ßais il est possible de comprendre les autres langues romanes √† l’aide de la m√©thode des « sept tamis ». Une m√©thode que tous les enseignants devraient au moins conna√ģtre! Pour 3 ‚ā¨ vous pouvez t√©l√©charger le livre de 336 pages : Franz-Joseph Meissner, Claude Meissner, Horst G. Klein, Tilbert D. Stegmann EuroComRom – Les sept tamis : lire les langues romanes d√®s le d√©part. Avec une introduction √† la didactique de l’eurocompr√©hension.

Beaucoup d’information dans le site EuroComRom sur l’intercompr√©hension des langues. L’histoire de la langue fran√ßaise et l’√©tymologie jouent un r√īle dans cette m√©thode.
L’√©tymologie peut aider √†¬† r√©duire un peu ce caract√®re abstrait¬†de la langue fran√ßaise en faisant d√©couvrir les liens entre les mots. Par exemple:

mono                  moine                           moineau                  monarque                 monarque               Mourgues (Monaco)

L’explication se trouve ici

L’√©tymologie con√ßue comme l’histoire des mots, a un c√īt√© scientifique notamment en ce qui concerne l’√©volution des formes, mais ce n’est pas un art. Par contre, ce qui peut √™tre de l’art, c’est la fa√ßon de raconter cette histoire . Comme il y a des bons historiens qui sont de pi√®tres conteurs, il y a des mauvais √©tymologistes qui sont de bon conteurs et ce sont derniers qui disent que l’√©tymologie est un art mais ils se trompent, c’est leur mani√®re de raconter¬† qui est¬† une forme d’art.

Un petit jeu: ( en cours d’√©laboration)
Laquelle des langues ci-dessous est la plus facile à apprendre?

Comparaison de quelques langues du point de vue motivation/abstraction du vocabulaire.

Parler plusieurs langues est plus qu’une richesse. La v√©rit√© n’est pas dans une langue. Une langue, c’est une fa√ßon de voir, de penser, de structurer le monde, et si l’on n’en ma√ģtrise qu’une seule, on est un √™tre humain incomplet … La v√©rit√© est au croisement entre deux v√©rit√©s contradictoires, donc elle n’est pas dans un seul monde.
Parler plusieurs langues est un droit de l’homme, plut√īt qu’un devoir, parce que c’est une condition d’existence: on n’est pas un homme complet si on ne parle pas plusieurs langues.
La soci√©t√© occidentale qui est tr√®s technicienne est parvenue √† r√©duire tous les temps de fabrication, sauf deux: le temps n√©cessaire √† l’apprentissage d’une langue, maternelle ou autre, qui demande toujours 3 000 heures, et le temps de gestation d’un enfant qui est toujours de neuf mois. Ces 3 000 heures et ces neuf mois ne sont pas compressibles. (Jacques Attali)

Français
Languedocien
Catalan
Italien
Néerlandais
Allemand
Anglais
aveugle/cécité cèc,cèga cec, cega/ ceguesa blind/blindheid blind/Blindheit blind/blindness
sourd/surdite sord(a) /sordesa doof/doofheid taub/Taubheit deaf/deafness
tableau/peintre pintadissa/pintor cadra/pintor schilderij/schilder Gemälde/Maler painting/painter
raser/rasoir/blaireau afaitar/navalla d’afaitar/brotxa d’afaitar scheren/scheermes/ scheerkwast rasieren/ Rasiermesser/ Rasierklinge to shave/razor/ shaving brush
moulin/meunier molin/molini√®r mol√≠/moliner molino/ molinario molen/molenaar M√ľhle/ M√ľller mill /miller
m√Ľr/maturit√© madur/ maduretat madur/ maduresa rijp/rijpheid mature/ maturity
chaussure/ cordonnier sabata/sabatièr sabata/sabater schoen/ schoenmaker Schuh/Schuster shoe/ shoemaker
mot/ dictionnaire dich/ diccionari paraula/ diccionari woord/ woordenboek Wort/Wörterbuch word/ dictionnary
neuf/quatre-vingt-dix nòu/nonanta nou/noranta negen/negentig neun/neunzig nine/ninety
baiser(subst.) / embrasser poton/potonar besada/besar kus/ kussen Kus/ k√ľssen kiss/kiss

L’√©volution dynamique des langues dans le Sud-ouest de l’Europe occidentale. (1000-2000). A voir!
upload.wikimedia.org

L’article de Kurt Baldinger ¬† L’√©tymologie, hier et aujourd’hui.¬†¬†¬†
Baldinger est l’auteur¬† e.a. du Dictionnaire onomasiologique de l‚ÄôAncien Gascon,¬† et du Dictionnaire √Čtymologique de l‚ÄôAncien Fran√ßais. ¬†¬† Sa carri√®re, comme celle de beaucoup d’autres,¬† a commenc√© chez von Wartburg.

Notes
  1. Pour l’occitan voir J.Anglade, Grammaire de l’Ancien Proven√ßal, ou ancienne langue d’oc. Phon√©tique et morphologie. Paris,1921. La derni√®re √©dition date de 2000 et co√Ľte 26 ‚ā¨ et des poussi√®res. Pour le fran√ßais E.Bourciez, ¬ę Pr√©cis historique de phon√©tique fran√ßaise ¬Ľ 9e √©d. Paris, Klinkcksieck, 1958
  2. J’ai √©crit ceci il y a quelques ann√©es. Maintenant en 2011, cette tendance a disparu dans les m√©dia en tout cas.