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Gaba "gave" en Béarn et Bigorre

Gave  « rivière » dans le sud-ouest  est un subst. féminin dans les dép. des Hautes-Pyrénées et les Pyrénées-Atlantiques : gào  d’après l’ALF, masculin ailleurs.  L’etymologie est moins évidente que je ne croyais.  Je ne voyais  pas de contradiction entre le toponyme Gave, anciennement Gaba « rivière » en Béarn et en Bigorre  et le sens « gorge, jabot; goitre »( cf. gavot). Surtout en montagne, les rivières passent souvent par des gorges. Cf. Wikipedia  Gave  .

Mais d’après le TLF des recherches récentes montrent qu’il s’agit plutôt d’un mot préroman gabatro* :

D’apr. leur forme et celle de leurs dér. Gabarret, Gabarrot (v. Raymond, op. cit.), ces mots semblent reposer sur une base préromane *gabaru, *gabarru (Rohlfs Gasc.3, § 69, 479; cf. fin viiie-début ixes. lat. médiév. gabarus Théodulfe d’apr. Dauzat Topon. éd. 1971, p. 138); v. aussi J. Hubschmid, Pyrenaënwörter vorrom. Ursprungs, § 42 qui rapproche les termes pyrénéens de l’a. prov. gaudre « ravin, ruisseau » reposant sur une base préromane *gabatro à laquelle il rattache le lat. imp. gabata, gavata « jatte, écuelle » [v. jatte] – et Id., Sardische Studien, § 23. Une base préromane *gava « cours d’eau » (FEW t. 4, p. 83a) paraît moins satisfaisante. Bbg. Pégorier (A.). À travers le Lavedan. Vie Lang. 1962, p. 468.

L’histoire des mots  qui appartiennent aux substrats et sont souvent préhistoriques, est souvent difficile à reconstruire et je ne m’y risque pas.  Il y a une littérature abondante, si vous voulez approfondir.

Le FEW  classe le mot marseillais gabin  « petite mare d’eau croupissante » dans le même article et il renvoie vers l’article gavia « mouette » pour d’autres mots qui pourraient appartenir à la même famille. Voir l’article gabian.

 

Le Gave de PauLe Gaver de Pau au printemps

Gabela

Gabela, gabala (Alibert), a la même étymologie que le mot  français gabelle,  l’arabe  qabala « impôt, fermage ». (cf. TLF) . Je pense que l’occitan l’a directement emprunté à la région italienne voisine.  Gabela est attesté en ancien occitan depuis le XIIe siècle  avec le sens  « impôt sur certaines denrées, par exemple drap, vin, sel », mais  le français gabelle  un siècle plus tard en 1267 « impôt sur le sel qu’on qu’on payait jusqu’à la Révolution ».

On trouve les formes gabella, cabella et parfois caballa dans des textes en latin du XIIIe siècle. A cette époque à Gênes gabella désigne le « monopole du sel » Les formes correspondantes se trouvent en italien gabella « impôt sur la marchandise » , sicilien gabella « fermage », piemontais gabèla « querelle, chamaillerie ». L’espagnol et le portugais gabela, ainsi que le catalan gabella et le français gabelle ont été empruntés à l’italien. Catalan et espagnol alcabala « impôt sur la vente » ont été empruntés directement à l’arabe.

Plusieurs dérivés ont été créés : ancien occitan gabelar « payer la gabelle pour quelque chose » (Castres 1355), gabelador « officier de la gabelle », et moyen français gabeloux « terme de mépris pour les employés de l’octroi ».

Le mot français à été prêté au suisse-allemand et au « schwäbisch »(= l’allemand parlé en Souabe (Schwaben, province de la Bavière) gabelle comme au néerlandais gabel.

Le Languedoc faisait partie des PAYS DE PETITE GABELLE. Les pays de petite gabelle étaient le Lyonnais, le Beaujolais, le Mâconnais, la Bresse, le Languedoc, la Provence, le Roussillon, le Velay, le Forez, les élections de Rodez et de Millau dans la généralité de Montauban, partie de la généralité de Riom. Le sel s’y vendait 40 à 42 livres le quintal dans le Lyonnais, 24 à 27 en Provence, en moyenne 6 à 8 sous la livre, et la consommation par tête, fort supérieure à celle des pays de grande gabelle à cause de la moindre cherté, atteignait sous Necker 11 livres trois quarts. Là aussi existaient des localités privilégiées: Gex, qui s’était racheté, le diocèse de Rieux, les villes de Cette, Aigues-Mortes, Arles, etc.

En cherchant une attestation pour  arabic « espèce de moustique », j’ai suivi une indication d’ E. Rolland concernant la Camargue et j’ai pu consulter  l’article suivant :

 Considérations sur les poissonsNos gouvernements n’ont rien inventé. L’exonération de la taxe existe depuis longtemps. Celle sur le sel s’appelait le franc-salé.  Le baron de Rivière a fait un petit calcul sur le prix d’un certain plat, quand il y a une exonération. Cela nous donne une idée précise sur le poids énorme de la gabelle et nous comprenons mieux le rôle que l’opposition à cette taxe a joué dans l’histoire de la France. Voici ce qu le Baron a écrit:

Cela ressemble à  la TIPP : taxe intérieure sur les produits pétroliers.

Il y a un article très intéressant sur le rôle de la gabelle dans l’histoire de France dans Wikipedia.

Je pense que le mot   gabian avec le  sens « employé de fermier général » à Marseille; « douanier » à Nice et  « gabelou » à Puisserguier appartient a la même famille.  En tout cas je ne vois pas ce qu’ils ont en commun avec une « mouette » gavia  comme le prétend le FEW. (cf. gabian).

gabels et souqious pour la brasucade

Gabels et souqious.  Le temps des grillades, tostada ; grasilhada ; carbonada,  (gascon), grasilhada ˜ grilhada (provençal), brasucada, grasilhada, carbonada (Languedocien)  approche. Le choix des braises est important[1.Si vous utilisez des sarments ou des ceps de vignes, soyez sûr qu’ils ne soient pas gorgés de pesticides.].  La qualité du bois l’est aussi. Dans son Dictionnaire francitan, Gilbert Lhubac donne l’article que voici: SouqiousLhubacL’étymologie de ces deux mots  comme les grillades d’ailleurs,  nous ramène à des temps préhistoriques. Souqious est un dérivé d’une racine *tsukka « partie du tronc d’arbre, souche ».  Il y a eu plusieurs propositions d’explication de la répartition géographique  notamment dans les Balkans et des différentes évolutions phonétiques de cette très grande  famille de mots. La plus convaincante pour le FEW XIII,353 est celle de Hubschmied jr. qui propose une pré-indo-européenne *tsukka, reprise par les Celtes et ensuite par les gallo-latins et les gallo-romans.

Gabel, gavel « fagot de sarments, sarment » dont l’étymologie proposée par le FEW IV,15 est un gaulois *gabella « andain d’herbes ou de blés » > « fagot de blés », « fagot de sarments, sarment », français javelle « chacune des poignées de blé scie qu’on couche par terre pour laisser le grain jaunir »; gabélo en occitan.  Le sens « fagot de sarments, sarment » est  très répandu dans tous les parlers. Cf. Le FEW IV,15

 souqious souqious   et gabels gabel

Le Dictionnaire Etymologique de Gilles Ménage ( (1613-1692)  de1650 mentionne gavel pour le Langedoc :

GillesMenage_gavel

 

 

 

Gabian "mouette"

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Gabian « mouette » est attesté en provençal,  à Nice et  en languedocien de l’est,  entre autres au Grau-du-Roi. Cotgrave le mentionne dans son dictionnaire en 1611 et prouve qu’il était un excellent connaisseur de l’occitan. Il l’écrit gavian et cette graphie passe en 1845 dans le dictionnaire de Bescherelle et ensuite dans les Larousse jusqu’en 1930 !

A Hyères et à La Ciotat ainsi que dans le département Bouche-du Rhône,  Edmont (ALF) a noté le dérivé gabino  « mouette », mot déjà attesté en 1300 en Provence.  A Nice  une gabino  est une « mouette à 3 doigts ». D’après Wikipedia  le gabian  est le Goéland leucophée (Larus michahellis)

gabino tridactyle

 

 

 

           gabian goelandgoéland

L’abbé de Sauvages (S1)  écrit que gafêto  est synonyme de banêlo « une mouette de la grosseur d’un pigeon. Elle a le  plumage d’un cendré clair. Le bec qui a un pouce de longueur, a le bout noir, le reste est jaunâtre.  »  ( Si vous pouvez me fournir plus de détails, contactez-moi!).

Je constate avec le web que le mot est très vivant. Par exemple ici « On y trouve une majorité de mouettes rieuses, les plus répandues sur nos côtes ; en Provence, on les appelle des  » gabianolo « , puisqu’elles sont parentes des goélands.  » et surtout les Gabians de Marseille.

Deux gabians  en action.

L’étymologie est le latin gavia   « mouette » qu’on retrouve en  Sicile, et sous forme du dérivé  gavina  « mouette (Larus canus) » en italien, catalan et espagnol. Les étymologistes ne sont pas d’accord sur l’origine du mot gavia. Faut-il le rattacher à gaba « gorge, goître » ou à gava  « cours d’eau ».

Le FEW fournit aussi pour Marseille et Nice le sens au figuré de gabian  « mortier où l’on voit de gros morceaux de chaux non délayée »,  image qu’il explique par le fait que ces morceaux  ressemblent aux ailes blanches des mouettes.   Par contre  gabian  avec les sens de « employé de fermier général » (Marseille); « douanier » (Nice) et  « gabelou » (Puisserguier)   donnés dans le même article  font à mon avis partie de la famille gabela  « gabelle ».

Un visiteur me signale un Entretien avec Pierre Meynadier,  auteur et réalisateur du film Marius Gandolfi, le gabian paru dans le blog de France 3 Provence le 8 avril 2013.

 

Gabieu, Engabier,

Gabieu : « cage, espace entre quatre ceps, mais aussi rangée de vigne, espace entre deux rangées .  « Gabia (A.). Gàbi (M). (Domergue écrit « espace entre deux rangées » est le sens propre à la bouvine camarguaise!).

Engabier « prendre la gabieu« . Engabiar (cl). Engabia (mis).

L’étymologie semble  être la même que celle du français cage, à savoir le latin cavea « cavité, creux; cage » .

La forme languedocienne gabia, gabio pose quelques problèmes de phonétique historique. En France comme en Italie on trouve des formes avec c- et avec g- à l’initiale. En langue d’oïl ca-  dans cage  n’est pas devenue cha-, en occitanle -v- est devenu -b- , et -be- devient normalement - ž- . Je laisse les différentes explications aux phonéticiens.

Dans mon dictionnaire latin j’ai trouvé aussi les sens suivants de cavea : « ruche; haie, buissons à l’aide desquels on protège les jeunes arbres » et « les gradins du théâtre« . Je pense que le sens  « rangée de vigne, espace entre deux rangées » donné ci-dessus et qui n’est mentionné dans le FEW que pour l’Aveyron, s’explique à partir  des derniers.

Le sens de gabio varie bien sûr suivant les localités, tantôt une « cage pour des oiseaux, des poules », tantôt une cagette pour faire égoutter les fromages.

Un gabiaire est un « fabricant de cages », engabiar « mettre en cage, enfermer, emprisonner ».

Le dérivé gabion est en ancien occitan « une petite chambre qui sert de poste d’observation », et en languedocien une « guérite ».

Gafa

Gafa « gué »

……..gafar dans une gafa

En occitan, principalement en provençal, et en franco-provençal existe le verbe gafar « patauger », un dérivé du mot gafo « gué ».  L’origine serait le gaulois *wasto « gué » devenu régulièrement *wafo dans la bouche des habitants de nos régions et plus tard gafo comme tous les mots dont la première lettre est un w-.

Le verbe gafar « patauger » est  attesté en provençal depuis le XVe siècle (Avignon, 1484). En  languedocien il y a quelques attestations comme  gaf m. « gué » (S) et le Gaffe-de-Goyran dans le Gard (où?),  La Grange de la Gaffe à Villeneuve d’Avignon et le Pont de la Gaffe à Barbentane. En dehors de ces quelques attestations gafar et les dérivés ne se trouvent qu’à l’est du Rhône.   En français régional provençal : gafe « gué »: On va devoir passer la rivière à la gafe ; faire la gafe, c’est tracer le chemin, donner l’exemple. Et un dérivé: gafouia « guéer patauger » On va encore gafouiller ! Le nistoun adore gafouiller dans l’eau ! (Lexilogos).

Pont La Gaffe

L’origine serait un mot gaulois *wasto « gué » devenu régulièrement *wafo dans la bouche des habitants de nos régions et plus tard gafo comme tous les mots dont la première lettre est un w-.

A l’ouest du Rhône c’est le type gasar « « passer à gué« ,  gasa  qui domine.  Je me demande s’il faut supposer une origine celtique pour le provençal et le franco-provençal et une origine germanique pour le langue docien.  Voir mon article  Marche Nîmoise à propos de cette  limite linguistique, politique, ecclésiastique et géographique.

Dans l’article gafar « accrocher, etc. » d’Alibert nous trouvons le dérivé gafarot « passeur de rivière » qui fait partie de ce groupe, comme peut-être gafa « rat de cave » puisqu’il patauge dans la boue.  Il mentionne aussi le verbe gafolhar et ses dérives avec le sens « patauger » qui sont nés d’une combinaison de la racine gafa avec  verbe fouilla « mêler, remuer » provenant d’une racine *fodiculare (TLF s.v. fouiller)  Mais il ne fournit aucune indication de localisation.

Voir aussi l’article gasar .

Gafa, gafar

Gafa « davier de tonnelier »c’est-à- dire une sorte de tenaille pour faire entrer les cerceaux du tonneau, appelée aussi « tirtoir »ou « chien ».

Gaf- « crochet », gafar signifie « gaffer ; mordre, harper; accrocher, suspendre; attraper; coller ». Alibert donne plusieurs dérivés avec des sens qui s’y rattachent, comme par exemple gafarot  « grateron, glouteron ;  les graferots   « fruits de la bardane » sont  nommés ainsi parce qu’ils s’accrochent aux vêtements ou aux poils des bêtes. D’autres formes: galafot (Puisserguier), galafoch (S). Gafarot  signifie d’après Alibert aussi « passeur de rivière » , mais ce gafarot  fait partie d’une autre famille de mots; cf. gafa « gué »

  gafa « crochet » gafarot   crochets

La famille de mots gaf- avec le sens « saisir » et ses dérivés est indigène dans le sud de la France jusqu’à la Loire.  Nous retrouvons cette famille de mots en catalan et espagnol gafa « crochet », esp. et portugais gafar « saisir ». La zone de répartition correspond à celle où la langue des Goths a influencé la langue romane indigène. Nous pouvons donc supposer un lien avec les mots germaniques Gaffel « fourche », anglais gaffle,  néerlandais gaffel .  Il faudra supposer un verbe   germanique *gaffon « saisir avec un crochet » créé à partir d’une racine *gaff-.

En allemand moderne le mot pour « fourchette » ou « fourche » est Gabel, mais aussi Gaffel dans certaines régions, qui a la même origine, comme Gaffelseil un type de voile de bateau et un Gaffelschoner un type de voilier. Cf. aussi anglais gable roof  « toit à pignon ». Dans le grand dictionnaire de l’allemand fait par les frères Grimm au XIXe siècle  est écrit que dans l’histoire du mot gab-, gaf-  nous trouvons un élément important de la préhistoire européenne! En effet on retrouve cette famille dans le celtique et dans le finlandais et les objets à base du crochet qu’ils désignent  sont essentiels dans beaucoup de métiers. .

gaffelaar       gaffel
Un gaffelaar du Brabant ou de Zeeland (NL).             Le gaffelzeil « voile gaffel » tient au mât par une fourche.

Le sens « maladresse » dans l’expression faire une gaffe , attestée depuis Larousse 1872, a été emprunté au langage des matelots pour qui la gaffe est « une perche garnie d’un crochet latéral pour pousser une barque, tirer quelque chose à bord etc. » et fait donc partie du même groupe. Peut-être qu’un matelot peut nous renseigner sur cette évolution sémantique?? Une gaffe utilisée maladroitement , c’est comme un croche-pied! Et si une gaffe peut servir à « pousser » comme à « tirer à bord », faire une gaffe peut bien devenir le contraire de ce qu’on veut faire  « une maladresse ». Dans le site du ‘TLF je trouve la suggestion suivante: « peut-être par allusion aux brimades auxquelles sont soumis les débutants ou les mousses. »

Le sens du mot anglais gaffe  « a silly mistake » (XIXe s., comme l’expression française ) correspond exactement au sens du mot français faire une gaffe « maladresse ». Il est difficile à admettre que l’étymologie proposée par les dictionnaires anglais gab « bavarder » soit juste, d’autant plus qu’il s’agit d’une expression marine!   Douglas Harper   écrit : « gaffe – « blunder, » 1909, from Fr. gaffe « clumsy remark, » originally « boat hook, » from O.Fr. gaffe, from O.Prov. gaf, probably from W.Goth. *gafa « hook, » from P.Gmc. *gafa. Sense connection is obscure. The gaff was also used to land big fish.  »

En restant dans le domaine maritime, le PDG de BP, Tony Hayward, est un gaffe-proner d’après le NewYork Times du 4 juin 2010 . Proner est probablement un emprunt au moyen français prone « porté vers, enclin » attesté depuis l’ancien français vers1173, du latin pronus  » penché en avant; enclin à ».

gaffe_proner
gaffe-proner

Faire gaffe  Le mot français gaffe dans l’expression faire gaffe par contre est d’origine argotique. La première attestation date de 1455, gaffre « gardien, sergent » , mais il ne réapparaît dans les textes et les dictionnaires qu’au XIXe siècle : le gaffe  » le guet », être en gaffe « aux aguets » et  le verbe argotique gaffer « guetter »,  en français moderne faire gaffe.

L’origine est probablement le mot allemand Gaffer « quelqu’un qui regarde la bouche et les yeux grand ouverts », du verbe gaffen « regarder fixement la bouche ouverte ». L’expression faire gaffe veut bien dire « bien regarder, les yeux grand ouverts ».  Il n’est pas improbable que le mot a été emprunté une deuxième fois au XIXe siècle au lieu de continuer l’ancien gaffre.

Le mot anglais gaffer « supervisor » gaffer – 1589, « elderly rustic, » apparently a contraction of godfather; originally « old man, » it was applied from 1841 to foremen and supervisors, which sense carried over 20c. to « electrician in charge of lighting on a film set. »  pourrait bien avoir la même origine.  Je ne vois pas très bien comment godfather  peut être prononcé  gaffer  en anglais comme le propose  Douglas Harper et autres.

Le sens moderne s’est spécifié dans le monde du cinéma : « le chef de l’éclairage dans un film ou studio TV ».  Vous le verrez dans les génériques. Un faux ami pour les Français.

Gag, gatch, gay

Gag, gatch, gay,etc. « geai » vient probablement du prénom latin Gaius. Le geai est un oiseau qu’on peut apprendre à « parler », comme le perroquet. A la campagne, il était souvent tenu en cage. Comme nous, les Romains donnaient un nom propre à leurs animaux domestiques. Gaius était un prénom très commun chez eux. Dans les parlers français le geai porte d’autres prénoms, comme Richard, Jacques ou Colas. Le type Gaius se retrouve dans les parlers nord-italiens, en catalan gaig, anglais jay et en néerlandais gaai.

Galafata

Galafatà v.tr. « boucher avec de l’étoupe un vaisseau, un tonneau qui fuit » (S), calfater en français devenu calfeutrer par altération de calfater avec développement d’un -r- épenthétique par croisement sémantique avec feutre, le feutre ayant servi de bourre.

Etymologie: calafata est attesté en ancien occitan depuis le XIIIe siècle, avec le sens « boucher les fentes et les joints d’une embarcation avec de l’étoupe goudronnée ». Le calfat (1455), galafat (Marseille) est l’ouvrier qui fait ce boulot, galafataire en ancien occitan, et le galefat « le coin pour calfater ». On a longtemps cru que le mot venait du grec kalaphateiv, mais l’éminent linguiste espagnol Juan Corominas a découvert que le mot arabe galfat, qalfat ou qalafa « calfater » est attesté depuis le VIIe siècle. Il est donc probable que le grec l’a emprunté à l’arabe. Il semble d’après le TLF que le mot arabe a été emprunté au bas latin *calefare ou *calefectare (lat. class. calefacere,  » chauffer »  ce qui s’explique par le fait qu’on chauffe du goudron pour calfater un bateau.

galafataires
et galefat

Il est probable que le mot s’est répandu en langue d’oïl à partir des ports méditerranéens. Galafataire est passé en français  en devenant galefretier « coquin, vaurien » grâce à Rabelais, plus tard « va-nu-pieds ». Dans le TLF galfâtre « goinfre; propre à rien ». Le FEW pense que le sens péjoratief qu’a pris le mot avec un g- initial est dû à l’influence de la famille de galafre « goinfre », mais cela n’explique pas pourquoi néerlandais kalefateren, et allemand kalfatern sont également plus ou moins péjoratifs. Je pense qu’il s’agit du même phénomène qu’on constate dans le mot bricolage qui peut prendre le sens péjoratif de « travail d’amateur’. Un  galafataire bouche des trous.

La forme avec g- reste mystérieuse. Je me demande pourquoi personne n’a pensé que Marseille ou un autre port méridional pourrait avoir emprunté la technique et le mot directement à l’arabe galfat ? et que les galafataires au début étaient des techniciens immigrés ? Il semble que les calfats étaient très estimés; voir le site archeoprovence  :

« Il est dit, dans les statuts des calfats de Marseille et de Nice, statuts qui s’appliquaient à tout le littoral méditerranéen, que lorsque des patrons voudront « brusquer pour radouber », ils devront recourir aux seuls maîtres calfats et à leurs « fadarins » (apprentis) qui seront conduits par un « cap d’obre » (contremaître). En lisant les statuts de 1489, on constate que leur corps de métier est doté d’un monopole et qu’il constitue une sorte de service public [20] . Trois prud’hommes étaient nommés et élus « cap d’obre » pour un an. Ils devaient protéger les calfats et servir d’arbitres lors des différents survenus entre les capitaines ou patrons de bateaux et les calfats et fadarins« .

Ensuite le mot galafataire a pris en occitan un sens péjoratif. La forme occitane a gardé ce caractère péjoratif quand Rabelais l’a mis dans ses bagages en rentrant de Montpellier. Il faut encore noter que les formes avec g- se trouvent surtout à l’ouest du Rhône; est-ce un hasard?

Engarrafata   a le sens : « s’emmitoufler avec beaucoup de choses » d’après mon témoin de Manduel. Sens  confirmé par un dictionnaire du patois d’Ales.

Italien calafatare , portugais calafetar, espagnol calafatear, catalan calafatar

Galampian "gamin coquin"

Galampian « gamin coquin, qui fait des bêtises » . Google trouve plusieurs attestations dont une qui vient du Nimes journal, ( Furet Nimois et Nimois réunis)  de 1902, (E-corpus). La page du journal est difficilement lisible . Le titre :  La vie comique. Souvenir de Barnum.  

« Tout à coup est-ce qu’un grand galampian ne s’écrie-t-il pas … « 

Le même sens chez Lhubac pour le « francitan » à Gignac : « Tu en as quelques-uns dans le village, ce sont de drôles de galampians! ». Alibert ne connaît pas cette forme, mais il cite le verbe  galapiar « manger ou boire goulument » et les dérivés galapian  « goinfre », glapiana, glapianas  « gros goinfre ».

Parmi  les variantes régionales dans le Trésor de Mistral, qui ne veut pas uniformiser les parlers occitans ,  connaît la forme avec un -m-  pour le languedocien:

Le TLF écrit à propos du français  galoupiat:

Dans les patois, galapiat présente de nombreuses var. phonét. concernant aussi bien la voyelle du rad. de laper (on a indifféremment -i-/-a-/-(o)u-; cf. FEW t. 17, p. 478a) que le suff. -iat, à côté de -iau(d), -in; ibid. Ces flottements qui s’expliquent dans la grande majorité des cas par un croisement de galapiat avec un terme de sens voisin (cf. l’ang. galopias et le niçois galapin qui ont tous deux subi l’infl. de galopin) avaient amené Dauzat à voir dans galapiat une altération du prov. mod. galapian, empr. déformé de galopin*.

Le mot patois dans le commentaire du TLF a provoqué la colère de Florian Vernet:

Les patois ? Quels patois ? Le TLF pourrait être « politiquement » (et hypocritement) correct tout de même ! DAUZAT a sans doute raison. En effet la prononciation de Galapian diffère selon que le locuteur est provençal (« n » nasalisé) ou languedocien (« n » » effacé) ».

Il reproche aux chercheurs français de ne pas avoir dépouillé les documents occitans, mais il fallait adresser ce reproche plutôt aux chercheurs occitans. Le  Dictionnaire de l’Occitan médiéval  par exemple se fait à Munich, l’auteur des  Dictionnaires onomasiologiques de l’ancien gascon et de l’ancien occitan   (DAG et DAO) s’appelle  Kurt Baldinger, les parlers occitans du Piemont sont bien présentés dans Vivaldi, élaboré à Berlin,  mais rien dans le Thesoc qui d’ailleurs n’avance plus du tout…..

M. Vernet a oublié de consulter la source du TLF, à savoir le FEW. Il aurait constaté que les formes sans -n final se trouvent un peu partout dans le Nord de la France, par exemple à Givet  galapiat  « individu sans vergogne », à Verdun galipia « rodeur, qui ne travaille pas » et les formes avec  -n final   galapian en Normandie,  à Bayeux, dans le Jura, etc .

Etymologie.

Le FEW réunit une infinité de dérivés dans l’article wala  « bon, bien »  (XVII, 473-484) mot d’origine francique, dont galapiat, galapias, galapian  et les autres formes donnés par Mistral. Il suppose une influence du verbe  laper ou de galoper (de l’ancien francique  *wala hlaupan)  pour le suffixe.

 

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