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Flourié

Flourién, florièr « grosse toile dans laquelle on met la cendre  pour la lessive au-dessus du linge à couler » (S),  ancien occitan flourie (1473);  D’après les attestations le mot est limité à l’est de la France, de la Lorraine au franco-provençal, provençal et en languedocien jusqu’à Pézenas.  On le trouve aussi dans le Piémont.

Etymologie : dérivé du latin flos « fleur » dont le sens « cendres » semble être limité à la région de St. Etienne. Le transfert de sens de « fleur » vers « cendres » a dû se faire par le sens intermédiaire «farine » comme dans fleur de farine,  quoique ce sens est absent en languedocien moderne. Cf.   pourtant sanfloura  et flour .

Farda

Farda « habits, linge, hardes, robes » représente le mot arabe farda «balle de marchandise » ou plus précisément « la moitié de la charge d’une bête de somme ».

una mummia del Perù ancora avvolta nel fardo; circa XII sec.

esp., pg. fardo « paquet de marchandises »,

Italien fardo, cat. farda « ensemble de choses inutiles » et « paquet de nourriture pour un voyage d’une journée », comme à Pézenas fardo  « besace dans laquelle les journaliers portent leurs provisions de bouche ».  Dans le Tarn fardel « paquet  de tripes »  et en Rouergue a la fardoulho « en désordre, à la hâte » (M).

D’après le FEW le mot aoc. fardel « paquet », comme français fardeau 1, ont été empruntés à l’italien ou directement à l’arabe comme terme technique de commerce. Ensuite on a créé une ‘racine’  *farda  avec les mêmes sens. Le mot arabe farda signifie aussi « étoffe, habits »  car, quand on voyage le ballot  ne contient souvent que des habits. De là languedocien fardo « vêtements, hardes », Alès fardos « trousseau de la nouvelle mariée » (S), et des dérivés comme languedocien. fardetos « layette d’enfant », fardá « habiller, équiper, ajuster » Aveyron fardasses « chiffons ».

les anges boutis font partie des  fardos  à Alès.

La répartition géographique du  type farde « étoffe » est limité au gascon et languedocien.

Fargasse s.m. « homme négligé ». Dérivé de farda avec un –g- sous l’influence de quel autre mot ?

Petite excursion :

Au XVIe s. les soldats gascons ont introduit le mot farda dans le français de Paris  avec leur prononciation à eux : h- au lieu de f- : hardes et cette forme s’est répandue de la capitale vers les provinces du nord principalement. Le sens péjoratif  du mot  hardes qui au XVIe s. signifiait «  bagage, vêtements, linge et coffre d’une personne »,  n’est attesté que depuis 1771. Le dictionnaire de l’Académie de 1762 parle encore de « belles hardes » ! De nos jours c’est un terme historique comme dans « les hardes et uniformes de matelots ». Voir TLF.

Notes
  1. Les mots farde, fardeau et le verbe farder en français, ont la même origine; voir le TLF

Vibre, vibro,

La nouvelle rédaction de l’article BEBER (ancien français bièvre) est disponible sur le site de ATILF téléchargeable en format PDF

Vibre, vibro, vibrë (S) « castor ». Une ballade dans la Lozère  e.a.  à Vébron, canton de Florac, un petit village qui se situe entre Causses et Cévennes, au pied du Mont Aigoual, aux portes des Gorges du Tarn et de la Jonte, et la ville magnifique de Ste Enimie. C’est  un des rares endroits de France où l’on peut découvrir le vibrë.

Comme le vibrë s’appelle bever en néerlandais, beaver en anglais, Biber en allemand, je me suis dit qu’il devait y avoir des liens entre ces mots. Les voilà à partir du proto-indo-européen, trouvé dans le site suédois de Wikipedia :

Les Romains ne connaissaient pas très bien cet animal. Ils l’appelaient fiber ou biber, son équivalent d’origine celtique, ou castor emprunté au grec. Le mot gaulois *bebros a été conservé dans de nombreux toponymes qui datent de l’époque pré-romaine. La forme germanique de la même racine était *bebru. On suppose à ce mot une racine indo-européenne signifiant sans doute « brun », qu’on retrouve dans le sanskrit babhrúh, qui a à la fois le sens de « brun » et celui de « mangouste ». Il semble que le castor a disparu assez tôt de la péninsule italique, mais la fourrure du castor et le castoréum, utilisé dans la parfumerie et en médecine, étaient très appréciés et importés des pays germaniques.

L’ancien occitan connaissait surtout le mot befre comme l’ancien français le mot bievre, qui est à l’origine du nom de très nombreuses rivières de France et de Belgique où l’animal aurait été présent : la Bièvre, le Beuvron, la Vèbre, le Vébron, la Beuvronne, etc.

Mais au cours du moyen âge, l’animal a disparu de nos rivières, à tel point qu’on ne le connaissait plus que par ouï-dire. La preuve: en corse béfelu signifie « un animal imaginé »!

Ce n’est qu’à partir du XVIe siècle que l’on redécouvre le vibro/castor suite à la découverte du nouveau monde et grâce à la vogue des chapeaux en fourrure de castor. Pour tout savoir sur cette mode et son évolution, voir Allaire Bernard « Pelleteries, manchons et chapeaux de castor. Les fourrures nord-américaines à Paris, 1500-1632. Paris, 1999.  C’est bien sûr avec cette mode et à partir de Paris, que le mot castor s’est répandu dans toute la France.

Pendant un voyage dans le Nord des USA, Chicago (Illinois) et le Montana, j’ai appris beaucoup plus sur le rôle important qu’a joué la chasse aux fourrures et les trappeurs dans l’histoire de cette région. J’essaierai de me documenter et je vous tiendrai au courant.

Sarga

Sarga « serge ». L’étymologie est  la même que du mot français serge: serica ou *sarica « tissu en soie » emprunté par les Romains au grec sèrikos [1. Le TLF écrit:  Du lat. pop. *sarica (d’où aussi roum. sarica « bure », esp. et a. prov. sarga « serge »), altér. du lat. class. sērica, fém. pris subst. de l’adj. sēricus « de soie », lequel est empr. au gr. συρικός de même sens, dérivé de Ση̃ρες « les Sères », peuple d’Asie qui produisait de la soie.  TLF. ]  Attesté en Lozère sarga  avec un sens généralisé « drap » (Thesoc).

Mais il y a deux questions.

  • La première : d’où vient le mot grec  συρικός?  comment le nom d’un tissu très noble et très cher a-t-il pu dégringoler à ce point pour désigner une « étoffe grossière dont la chaîne est de fil et la trame de laine »; far de sarga veut dire « faire de la mauvaise besogne » d’après Alibert. Tous les représentants   de serica  dans les parlers galloromans  ont subi cette dégradation. On se sert de la sarga pour transporter le foin ou couvrir un cheval.
  • La deuxième question concerne l’histoire et l’origine du mot soie.  Le TLF écrit:  Du lat. pop. sēta, lat. class. saeta « poil (rude) d’un animal; crins » d’où « tout objet fabriqué en soie ».  Pourquoi le français a-t-il aussi bien le mot soie « soie »  et créé d’autre part à partir de  serica  le mot « sériciculture »? 

Pendant ses conquêtes vers l’Asie, Alexandre le Grand 1 , a exploré les routes que mille six cents ans plus tard, Marco Polo appela « la route de la soie ». Pour les Grecs de l’époque la soie venait  d’un peuple lointain, les Sères, qui habitaient la Serica, un pays au delà de la Terra Incognita !  Sur la carte ci-dessous « Scythia et Serica ».

A gauche sur la carte la mer Caspienne.

Ci-dessous : Les   « Routes de la soie ». si- lù ( n.) en pidgin

Depuis quelques années les savants savent que les Sères sont les  « Tokhariens », c’est-à-dire les authentiques Ars’i-Kuci et que le pays des Sères est l’actuel Sin Kiang Pour en savoir plus! .

                  
            Sin-Kiang actuel                                             en pidgin si « soie ».

Il semble que le mot grec sèrikos ou surikos est un dérivé du mot chinois si.

L’anglais silk a peut-être la même origine, mais le mot a fait un autre voyage. Dans le site Etymonline l’ auteur cite les formes Manchourian sirghe, Mongolien sirkekLes mêmes formes sont données dans  dans le  Saga book of the Viking Society for Northern Research : 

 Sagabook of Vikingclub 7

La forme balto-slave shelku ou silkai est passé en anglais par les relations commerciales et peut refléter une forme dialectale chinoise.  Cela veut dire que l’importation de la soie  dans le Nord de l’Europe est passée par l’ Est de l’Europe.  Mais les critères linguistiques ne permettent pas de déterminer le chemin par où le  silk est arrivé chez les Vikings  Il est également possible que le mot   silk  est une altération slave de la forme grecque, introduit par les marchands arabes dans l’Est de l’Europe.  Pour en savoir plus cliquez sur les miniatures.

  

 

Le mot sériciculture a gagné la bataille et ne s’est imposé qu’au XIXe siècle. Voir mon article magnan.

Notes
  1. IVe siècle avant J.C.

Ropilha

Ropilha « vieux manteau, guenille  » à Montpellier, « long manteau » à Aurillac, « trousseau d’enfant » dans le Queyras (A). A Gignac  roupilles est synonyme de rougnes. (Lhubac)

Tous les deux proposent comme étymologie le germanique *rauba « butin ». Le problème est d’abord qu’ un -b- intervocalique ne devient pas -p-, c’est le contraire qui a eu lieu régulièrement. Ensuite ropille, roupille n’apparaît que vers la fin du XVIe s. et signifie « manteau ample ». Les Goths, les  Francs et autres Germains étaient bien intégrés depuis longtemps. Voici deux images de l’époque qui donnent une idée du ropillo.

        

 Létymologie est *raupa  la bonne, mais il manque une dizaine de siècles d’histoire. Ce ne sont pas les Germains qui ont introduit la ropilha en France. Il s’agit d’un emprunt à l’espagnol.  Le mot ropille est venu avec la mode de l’Espagne : ropilla « sorte de manteau ample ». Voici la définition en espagnol

1. ropa.(Del gót. *raupa, botín, y este der. del germ. *raupjan, pelar, arrancar; cf. a. al. ant. roufen, al. raufen). ropilla. (Del dim. de ropa). 1. f. Vestidura corta con mangas y brahones, de los cuales pendían regularmente otras mangas sueltas o perdidas, y se vestía ajustada al medio cuerpo sobre el jubó.

L’espagnol ropilla est un dérivé de ropa « vêtements », mais dont le sens varie énormément et « tissu » serait une meilleure traduction.

Un manteau passé de mode devient souvent   « un vieux manteau » > « guenilles ».

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