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èso ‘corsage d’Arlésienne’

èso « corsage près du corps du costume  des Arlésiennes ». Étymologie : latin adjacens « qui est proche ». FEW XXIV,144  J’y reviendrai pour expliquer l’évolution sémantique.

Dans le blog Nadine de Trans en Provence j’ai trouvé une description et une belle photo de l’èso de l’Arlésienne:

eso costume d'Arlesienne

Mistral nous fournit deux définitions: 1. grand linge  et 2. corsage.

eso Mistral

Bourilly Joseph, La vie populaire dans les Bouches-du-Rhône. Marseille, impr. Barlatier , 1921 décrit la capello et l’éso :

eso et capello_Bourilly

Mon ami Michel Fournier source inépuisable de renseignements sur le provençal m’écrit:

l‘eso est bien le corsage ou caraco, très ajusté, très près du corps, il est généralement de couleur noire, avec une jupe d’autres couleurs. Pour les tenues très habillées, l’eso est du même tissus que la jupe.

La chapelle ou « devant d’estomac » est une pointe plus ou moins riche de dentelles blanches qui s’épingle devant sur le caraco et que vient border le fichu plissé.

La chapelle, par ce qu’il permettait aux arlésiennes qui portaient une croix moins riche , de porter aussi, dissimulé sous la pointe de dentelles, de petits reliquaires.

L’évolution sémantique de èso.

Dans la Chanson de Sainte Foy (première moitié du XIe siècle)  le mot aitz isssu du latin adjacens signifie « région, pays, endroit ». Un peu plus tard aussi « demeure, habitation ».  Quand on est dans son habitation on se sent à l’aise  et le mot aise   prend dans des expressions comme  esser, estar, tener, viure ad ais le sens « à l’aise, dans un état de bien‑être [matériel, physique ou moral » (Voir le Dictionnaire Occitan Mediéval s.v. aitz pour l’importante discussion de cette étymologie et la riche documentation! ).

Les Arlésiennes se sentent probablement très à l’aise dans leur èso. Cela doit aussi être valable pour le premier sens donné par Mistral.

Capello ou chapelle « partie des vêtements des Arlésiennes qui couvre les seins » d’après Auguste Brun1 vient d’après le FEW III, 286  du latin cappella « petit manteau »,un mot qui a en effet pris de nombreux sens plus ou moins techniques.

 

 

Notes
  1. Le français de Marseille; étude de parler régional. Marseille, 1931

Cabessaou ‘coussinet de tête’

Cabessaou « tortillon, coussinet qu’on met sur la tête pour porter un fardeau ». Étymologie : dérivé du latin capitium « ouverture de la tunique par laquelle on passe la tête ». FEW II, 261b en bas de page.

La géolocalisation de ce mot avec ce sens  est limité à l’occitan à l’Ouest du Rhône. Je ne sais si l’objet et son utilisation est également limité?

cabessaou

cabessaou du XXIe siècle

Le sens le plus proche du mot latin se trouve dans l’Aveyron lo cabesso,dans l’expression otopà pel lo cabesso « saisir par le collet ».

Le sens le plus répandu de cabès   (chevet en français) latin est « traversin ».

Un chef 3*** a appelé cabessàou une crêpe roulée ». Un visiteur me le signale:

Je viens de lire l’article consacré à cabessaou et je voudrais signaler que ce mot désignait les » crêpes roulées ». L';analogie de la forme de la crêpe roulée avec la forme du traversin explique sans doute cela.
Cette dénomination pour les crêpes était en usage dans la région de Tonneins, Le  Mas d’Agenais Damazan et environs.
Amicalement

 

 

braietos ‘primevère; narcisse’

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Braietos, braïettes en français rég.  ‘primevère », à Valleraugue (Gard) « narcisse des prés ». L’étymologie est le celte braca  » pantalon ».  Cette formulation est  un bon exemple d’une étymologie de dictionnaire qui nous apprend rien.  Par contre  lhistoire de ce mot qui nous vient de loin, nous renseigne entre autres sur l’évolution de l’habillement, bref  de la Mode. (FEW I,482)

Les Romains n’ont jamais eu l’idée de couvrir les jambes avec du tissu, à Rome il faisait trop chaud pour cela. En conquérant la Gaule, où régnait un autre climat, les centurions, jambes nues, voyaient les Astérix et Obélix avec des bracae  qui couvraient les jambes jusqu’aux chevilles. Malins,  ces Gaulois!

 

                                             centurions   guerrier celte

Les centurions  les ont certainement vite adoptées, en dehors des combats bien sûr, et parfois ils  les portaient quand ils revenaient de la Gaule passer leur permission.   A Rome c’était considéré  barbare et ridicule. Au  premier siècle on les montrait encore du doigt, mais on n’osait  quand-même pas trop se moquer de ces soldats. Deux siècles plus tard tout le monde portait des bracae.

C’est comparable à l’histoire du jean en denim.

La Mode  s’en est occupée et le pantalon gaulois, très long, a été de plus en plus raccourci.    Au temps des Mérovingiens on portait un genre de « short’ qui couvrait les cuisses qu’on appelait chausses:

vêtements mérovingiensEnsuite au cours du Moyen Âge les chausses ‘s’allongent et couvrent les braies, qui changent de « classe sociale » et deviennent  « caleçon, culotte, pantalon de travail, langes », bref,  un vêtement qu’on ne montre pas ou peu.

Avant que les braies disparaissent de la vue et de la rue, on a comparé la fleur de la primevère  à la jambe d’une braie :

Primula_veris0_clean     chausses longues

Déjà au Xe siècle nom coculobraca se trouve dans une liste de plantes en latin, une combinaison de cŭcūlus + bracae, littéralement « braies de coucou » ou « braies de niais ». S’agit-il d’un souvenir que la braie n’était pas « classe »? En occitan braguet signifie aussi « canon de culotte.

Par abréviation braies de coucou ou coucu devient braies, braiettes, ou bien  coucüt, coouguioulo etc1 un peu partout en France.  D’après le Thesoc le type coucu est le plus répandu.

La primevère et la narcisse des prés ont deux traits en commun : elles fleurissent au printemps et elles sont jaunes. Cela suffit pour un transfert  du nom.  Par exemple à  Saint-André de Valborgne, comme dans l’Aveyron et ailleurs (voir FEW II, 1454b) coucüt désigne aussi la « narcisse des prés ». A Valleraugue c’est l’inverse  ce sont des  braiettes. 

Dans plusieurs parlers du Nord et dans les Ardennes le coucou/cocu a été remplacé par le chat : braille de chat à Maubeuge Ailleurs braies a été remplacé par chausses; toujours dans l’Aveyron la primevère est aussi appelée calsos de coucüt. 2

PS. Le Thesoc  fournit  4 autres noms pour la narcisse des prés: coutèlo , courbadona, barbeluda et aneda.

braïettes

Notes
  1. Latin cŭcūlus « coucou » devient régulièrement cocu,  forme qui en français s’est maintenue jusqu’au XVIe siècle et de nos jours  dans l’occitan de l’Aveyron où  la primevère s’appelle coucüt  ou bragos de coucüt (FEW II,1454).  En languedocien existe aussi le dérivé coouguioulo « primevère »(FEW II, 1453).
  2. Dénomination qui est passé au flamand voisin kattekous.

cabudeou, candel ‘peloton’

Cabudeou en provençal,  candel en languedocien  ‘peloton’ ont la même étymologie que le mot capitelle, le latin capitellum avec cette différence que ce dernier est un emprunt au latin du XIIe siècle, tandis que les formes cabudeou  et candel viennent directement du latin parlé en Gaule. Dans les Landes un cabedét est la « luzule des champs ».  Pourquoi? Peut-être parce que les feuilles ont, lorsqu’elles sont jeunes, de longs poils blancs sur les bords. (Source).  Peloton signifie ici « petite boule de laine » et non pas « petit groupe de soldats ou de personnes ».

luzula_campestrisCabedelá, candelá « mettre en peloton », deskadelá « dévider ».

FEW II, 259

Avaus "chêne kermès"

Avaus, abaus  « chêne kermès; chêne à kermès, quercus coccifera ». L’étymologie est inconnue[1.  FEW XXI, 64a]. Lisez l’article de Josiane Ubaud sur l’avaus, nom plutôt rare. Aucun attestation dans le Thesoc. s.v. chêne, variété de -. Le but de Mme Ubaud étant de « normaliser »  les noms des végétaux dans tout le domaine de la langue d’oc, elle choisit un nom que personne ne connaît.  J’ai parlé à plusieurs bons connaisseurs des plantesil m’ont répondu « Ah, tu veux dire le  garric ».  Je fais donc la promotion du garric.

La plus ancienne attestation date de 1019  du nom mons Avalsarius dans le Cartulaire de  St. Victor (Marseille)  qui s’appelle maintenant  le Vaussier  près de Beausset dans le Var d’après la source du FEW, mais  que  Google ne le connaît pas et me suggère le mont Gaussier  dans les Alpilles.

Cliquez sur cette belle image de Wikipedia!

chêne plein de kermès

avaus

Le nom du  Mont Gaussier  de St-Rémy de Provence  a peut-être la même origine.     L’abbé de Sauvages écrit en 1756 :

Agôoussës ou avôoussës, le petit chêne vert épineux qu’on trouve dans les landes du Languedoc & sur lequel se nourrit,  un insecte connu depuis longtemps sous le nom de Kermés  ou  Graine d’Ecarlate  & depuis peu sous celui de  Galle-insecte que Mr de Reaumur lui a donné, en apprenant au monde savant que ce qu’on regardait comme une excressence de l’arbre étoit un véritable animal.

La même forme  agaousses  est attestée à Carcassonne. L’alternance  -g-  et  -v-  se trouve dans d’autres mots.

Dans la deuxième éd. de son Dictionnaire l’abbé de Sauvages donne en plus le sens « arrête-bœuf » pour avôoussës, mais il est le seul. D’après l’ ALF  abàou  signifie « houx » à Les Matelles dans l’Hérault, une confusion qui s’explique parce que les feuilles du houx sont également piquants.

Le nom Kermès a une origine arabe qirmizī « de la couleur de la cochenille »; il était utilisé pour désigner un ver, une larve, ou un insecte.  ; pour l’étymologie le TLF .

Le parasite était récolté dans le sud de la France (Languedoc et Provence) sur le chêne-kermès; on recueillait la cochenille qui était immobile, de forme sphérique et de taille minuscule (6 à 8 mm). L’espèce était ramassée, desséchée et broyée pour tirer une teinture rouge écarlate. La récolte, par matinée, était d’environ 1 kg de “graines”, de quoi produire 10 à 15 g de pigment pur. Cette couleur, magnifique, resta inchangée pendant des siècles. C’est l’écarlate qui servi à teindre les étoffes des tissus royaux, la laine et la soie. Sa présence a été décelée dans des peintures néolithiques, en France et sur les momies égyptiennes.Voir Wikipedia

Dans la 2e édition de son Dictionnaire l’abbé de Sauvages site également le mot  grâoubio  avec le sens avaousses, également d »origine inconnue.

Michel Wienin  complète cet article avec la note suivante:

Je connais ce mot abau(s) autour d’Alès, avau(s) vers Uzès et en Provence au sens de chêne kermès, arbuste épineux qui héberge la cochenille à teinture (insecte devenu assez rare actuellement).
Sec et enflammé, il brule comme les résineux avec de grandes flammes claires mais plus chaudes que celle des pins et faisant peu de noir de suie. Dans la zone des garrigues, il servait aux fourniers à donner un « coup de feu » pour dorer un tian ou un dessert. Le passage du nom de l’arbuste à celui du fagot me semble facile à admettre ; même chose que pour le hêtre et le fagot.

S’abaussir / s’abaussejar, c’est s’égratigner les mollet en bartassant.

Amistosament

 

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