cat-right

Talh, tal

Talh s.m. »tranchant d’une lame » est d√©riv√© du verbe talhar « tailler » qui¬† peut √™tre un verbe r√©fl√©chi comme dans¬† se talhar lo det « se couper le doigt ». (cf.Lhubac). L’√©tymologie est probablement le verbe taliare « couper » qui n’est attest√© qu’au VIe si√®cle, mais a d√Ľ exister bien avant, puisque le verbe se retrouve dans toutes les langues romanes. Le substantif talea « branche, scion, b√Ęton, pieu » par contre se trouve bien dans le latin classique.

Lo talh « tranchant » est limit√© √† l’occitan et quelques parlers franco-provcen√ßaux dans l’Ain, l’Is√®re, l’Oisans et la Vall√©e d’Aoste. Lhubac donne la forme tal pour le fr.r√©g. de Gignac, une forme que nous retrouvons dans d’autres dictionnaires comme ceux d’Al√®s , de Toulouse, de Cahors, etc. Dans le Cantal tal est pass√© √† tar, toujours avec le sens « tranchant ».

D√©j√† en ancien occitan lo talh, tal a aussi pris le sens « action de tailler, la coupe; coupure, blessure » et notamment en languedocien « morceau, partie ». Dans tout le domaine occitan on se taille des talhons et des talhous de fruits, de tarte ou de viande (cf.Lhubac et Champsaur).

Claude Achard m’envoie le commentaire suivant:

√† propos du mot talh me revient l’expression qu’employait Albert Alli√®s, le fils de l';√©rudit pisc√©nois Albert-Paul Alli√®s. √† propos d’un bon morceau, √† table, il disait: √®ra al talh de galavard, qu’il traduisait: « √©tait un morceau digne d’un gourmand » j’aurais plut√īt dit « un talhon per galavard » mais alors ce serait peut-√™tre interpr√©t√© »un morceau pour goinfre » .
Amicalement

Parmi les nombreux autres d√©riv√©s de taliare j’ai choisi le tailhoro qui d√©signe dans les Alpes Maritimes « l’√©charpe du maire »

Soga

Soga s.f. « corde pour fixer la charge d’un mulet ». Souvenirs, souvenirs! Ce mot me rappelle l’√©poque o√Ļ, jeune chercheur, je travaillais au Tr√©sor des patois vald√ītains sous la direction du prof. H.E. Keller, qui quelques ann√©es plus tard est parti pour les Etats-Unis o√Ļ il n’y avait pas de money pour les dialectologie. Ensuite ce grand projet est tomb√© √† l’eau et moi je suis parti pour les C√©vennes.
En 1972 j’ai publi√© un petit article dans Le Flambeau. Revue du comit√© des traditions valdotaines sur le mot souye qui en Vall√©e d’Aoste signifie

  • Repas; ration de foin qu’on donne aux vaches.
  • Dans quelques villages (Lasalle, Ayas, Valgrisenche et Valtournenche) le m√™me mot signifie « quantit√© de lait qu’on traite en une fois; traite » et dans une phrase comme « Elle donne 10 litres par traite » , ‘par traite’ est traduit par pe s√≥ye.
  • Enfin √† LaThuile un de mes √©l√®ves avait not√© un troisi√®me sens, li√© au premier « une √©tendue de p√Ęturage qui repr√©sente un repas pour un troupeau de vaches ». La raret√© de ce sens s’explique par le fait que les enqu√™teurs ne l’ont pas demand√©.

   

la corde                                                                                         le repas                                            

   la traite

Qu’est-ce que cela √† voir avec l’occitan soga « corde »? La r√©ponse est : l’√©tymologie! Dans presque toutes les langues romanes nous trouvons des mots qui doivent remonter √† un √©tymon *soca « corde », probablement d’origine celtique, p.ex. en ancien occitan soga, au Val d’Aran soya, en ancien fran√ßais soue. En Vall√©e d’Aoste souha « corde pour serrer le chargement d’une voiture « ! Italien, catalan, espagnol, portugais soga ‘corde’, breton s√Ľg, basque soka.

Dans les Alpes (Vaud, Valais, Savoie,Vall√©e d’Aoste) o√Ļ il n’y a pas de haies et encore moins de barbel√©s ou de fils √©lectrifi√©s, les bergers prennent une corde pour d√©limiter le bout d’alpe que les vaches peuvent brouter. Cette √©tendue est donc le repas des vaches. Par g√©n√©ralisation « repas des vaches » > « repas ».
Il y a un rapport √©troit entre la quantit√© d’herbe ou de foin qu’une vache mange et la quantit√© de lait qu’elle donne.¬† Un paysan donne une portion plus grande √† une bonne laiti√®re. L’√©volution s√©mantique « repas » > « traite » s’explique par le rapport cause > effet. Le passage d’un sens concret comme « corde » √† « unit√© de mesure » se trouve √©galement dans les repr√©sentants du latin chorda ou en occitan cana « canne roseau ».

Le FEW rattache le mot souye « repas d’une vache; traite » √† une autre √©tymon gallois *souka « sucer » mais je crois que c’est une erreur.

Semal, semàou

Semal, sem√†ou est un autre d√©riv√©¬† de sagma > sauma avec un affaiblissement de la voyelle avant l’accent de -a- en -e-.

Le sens passe du contenu « charge » au contenant « panier, cuve, baquet, cuveau », sens¬† bien attest√© dans le Gard. L’abb√© de Sauvages √©crit qu’on se sert du sem√Ęou pour charier la vendange sur le b√Ęt d’un mulet, ou pour porter √† bras le vin, au moyen de deux b√Ętons appel√©s s√ęmali√©s.

Sem√†ou et semaili√©s sont encore utlis√©s en fran√ßais r√©gonal d’apr√®s Lhubac, s.v. cambarot. Un s√ęmalou est un petit cuvier de bas bord.

Un dicton : Davant la porta un semal: « Devant la porte une comporte. » Un autre dans le recueil de Rulman de 1627 (voir cadereau):

deglesit « crevass√©, d√©joint »

Sartan

Sartan « po√™le √† frire » vient du latin sartago, -inis.« une po√™le plate ». Le mot est vivant dans le sud de l’Italie, en Sardaigne et dans l’ib√©ro-roman. En occitan il est limit√© au sud-est (provencal, est-languedocien) et au sud de la Gascogne. L’abb√© de Sauvages mentionne¬† sartan ou padelo pour le languedocien.

Dans le Dauphin√© une sartan est aussi une « vieille femme √©dent√©e », par sa ressemblance avec une po√™le (trou√©e) √† griller les ch√Ętaignes ». Espagnol sarten « po√™le; po√™l√©e », portugais sart√£. Basque sartagi, zartain.

sartan castagneiro ou padelo de las afachados (S)

    une jeune sartan dauphinoise

 

Romana

Roman, romana :¬† 1. »balance romaine » (Alibert)

             

Eh non, la romana ne nous vient pas de Rome!, mais¬† du Nord de l’Afrique, de l’arabe rumman(a) « grenade, le fruit du grenadier ». Dans des trait√©s scientifiques arabes du XIe-XIIe s. la romana est d√©crite et notamment le peson qui se d√©place sur la r√©glette et qui avait la forme d’un grenade. En vald√ītain (Vall√©e d’Aoste, Italie) la romana d√©signe toujours le peson.

          

La plus ancienne forme en occitan est rom√† (XIVe s.), qu’on a retrouv√© dans les parlers occitans modernes √† Alzon (Gard) roumo « grosse romaine » et √† Sum√®ne roumo « romaine ».¬† Le mot est venu avec la chose par les relations commerciales, d’abord en Italie qui a emprunt√© le collectif rumman (> italien romano)¬† qui a ensuite p√©n√©tr√© en occitan.

Le singulier rummana nous est parvenu par l’interm√©diaire de l’espagnol, le portugais et le catalan romana. Les premi√®res attestations datent 1400. Dans son voyage vers le nord et Paris, la forme a √©t√© adapt√©e √† l’adjectif romaine¬† « de Rome ». Ensuite il est revenu dans nos r√©gions et la forme¬† a √©t√© adapt√©e¬† √† la prononciation locale: par exemple roum√®no dans le nord du Gard.

Il faut noter que les deux formes, romana et la francisée roumèna se rencontrent principalement dans les parlers occitans et franco-provençaux.

2. A la romaine (fr.r√©g. ?) Plusieurs mamans de Manduel m’ont racont√© qu’apr√®s l’accouchement l’obst√©tricienne leur mettait un sac de sable sur le ventre pour que l’ut√©rus se r√©tracte rapidement. Cette m√©thode d√©crite dans de nombreux sites internet, s’appelait dans notre r√©gion √† la romaine. Je ne sais si cette expression est connue ailleurs. S’agit-il d’une r√©f√©rence √† la romana ou √† une m√©thode h√©rit√©e des Romains.

3. Romana « sorte de salade verte ». D’apr√®s le Dizionario etimologico italiano :

Selon la légende, la salade aurait été introduite en France en 1389 à partir d’Avignon, alors cité papale, lorsque Bureau de la Rivière partit en Italie négocier le mariage du duc de Berry avec Jeanne d’Auvergne. Son développement s’est poursuivi en Europe du Nord tout d’abord puis en Amérique du Nord et en Australie suivant les migrations européennes dans le monde. Anglais romaine ou romaine lettuce.

  

Page 5 sur 7« Premi√®re page‚Ķ34567