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grazaou ‘auge’

Grazaou « auge de bois » elle se fait d’une pi√®ce de bois creus√©e dans la longueur en forme de canal, telle que l’auge des ma√ßons. (Sauvages, 1756). Alibert veut qu’on √©crive grasal, Mistral grasau.

Etymologie : latin crńĀtis « panier tress√© » FEW II, 1293 colonne b, o√Ļ vous trouverez les diff√©rentes significations et formes dans les parlers occitans, √† partir de Rochemolles, (Piemont en Italie) jusqu’en poitevin.¬† Grazaou fait partie du groupe de mots qui viennent d’un d√©riv√© du latin tardif gradalis attest√© au VIIIe s., XIe s.¬† d’apr√®s le CNRTL,¬† et qui a donn√© graal en ancien fran√ßais. Voir Wikipedia¬† √† propos du Graal.

Grazal√© « une petite auge » et uno grazalado « une auge pleine de mortier, pl√Ętre etc.  »

En vall√©e d’Aoste¬† une grolla¬† est une coupe de l’amiti√©, dans laquelle on verse du cafe corretto qu’on partage.¬† C’est la f√™te!

grolla2   grolla1

cafe avec le  corretto à part

cafe avec le corretto à part

magalh 'houe, pioche,'

Magalh ‘houe large, pioche, b√®che’ est un mot proven√ßal1 d’origine gr√®cque¬†őľőĪőļőĶőĽő∑ (mak√©l√® avec l’accent sur le -√©-) « houe du vigneron »¬† ou¬† őľőĪőļőĶőĽőĽőĪ (m√°kella¬† avec l’accent sur le -√°- ).¬† Wikipedia √©crit :

La culture de la vigne a √©t√© introduite en Gaule par les Grecs de Phoc√©e …. Max Rives, charg√© de mission √† l’INRA, l’a v√©rifi√© sur place √† Massalia, le premier comptoir phoc√©en √©difi√© six si√®cle avant notre √®re¬†:

¬ę¬†J’ai vu, au cours des fouilles du quartier de la Bourse, √† Marseille, les p√©pins de marc de raisin provenant de leur vinification et jet√©s dans des amphores, flotter dans l’arri√®re du Vieux-Port o√Ļ ces amphores-poubelles servaient de fondations √† une rue.
Les Grecs avaient √©videmment import√©s des vari√©t√©s de leur pays, ignorant que la vigne spontan√©e les avait pr√©c√©d√© de quelques dizaines de si√®cles47.¬†¬Ľ

Il n’y a pas seulement les p√©pins de marc de raisin mais aussi le vocabulaire comme entar, empeutar et magalh.

La premi√®re attestation maguayll vient de La vida de Sant Honorat, √©crit autour de 1300 par Raimond Feraud.¬† A Marseille¬† c’est devenu mag√°ou.¬† On a cr√©√© des¬† d√©riv√©s comme magaioun « sarcloir, petite pioche », magayar, magalhar « piocher » tous¬† en proven√ßal.

A propos de l’attestation ari√©geoise j’ai trouv√© une pr√©cision dans le livre de¬† A. Casanova, Paysans et machines √† la fin du XVIIIe si√®cle: essai d’ethnologie historique, Volume¬†415.Presses Univ. Franche-Comt√©, 1990 –

Dans l’√©dition de 1820 du Dictionnaire languedocien¬† de l’abb√© de Sauvages, il y a dans l’article aissado¬† une description pr√©cise¬† de cet instrument. Il √©crit que l’aissado, le mot languedocien pour la houe,¬† comme la maigle¬† bourguignonne et la ch√®vre lorraine n’est pas une b√®che.

Noms de famille. D’apr√®s plusieurs g√©n√©alogistes¬† le nom de famille Magallon, Magal en Dordogne serait d√©riv√© de notre magalh.

Catalan magall : ¬ę instrument de cavar la terra que per un canto … »

magall catalan

Les repr√©sentants de la¬† forme őľőĪőļőĶőĽőĽőĪ¬† se trouvent¬† en ancien fran√ßais¬† maigle « pioche de vigneron » , m√©ye¬† √† Nuits-St.Georges, etc. Le mot a d√Ľ voyager avec le progr√®s de la viticulture du Midi vers le nord de la Gaule, tout en subissant une transformation phon√©tique.

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Notes
  1. Il y a une seule attestation de l’Ari√®ge magalh « hoyau pour creuser les rigoles ». Alibert mentionne aussi magalh « houe » et au figur√© « imb√©cile » mais sans localisation en languedocien.

Consòuda, cassòuda "prêle"

Cons√≤uda, cass√≤uda « pr√™le, queue de cheval; joubarbe ». Solerius faisait d√©j√† de la g√©o-linguistique:(Chez les Gaulois la cauda equina¬† s’appelle de la pr√™le, chez les¬† Dauphinois¬† l’asprette et chez nous la consaulde.¬† En Italie la petite s’appelle¬† aspretta, la grande¬† coda di cavallo.)

L’√©tymologie a l’air simple¬† : du bas latin consŇŹlń≠da¬† « consoude; symphytum officinale » qu’on appelait ainsi en raison des vertus astringentes de la plante1.¬† Ce nom a √©t√© adopt√© par les m√©decins et s’est r√©pandu par eux dans la langue populaire.

Mais¬† l’occitan¬† cons√≤uda, cass√≤uda¬† d√©signe une autre plante¬† la « pr√™le ».¬† Le sens « consoude officinale » donn√© par Alibert n’est¬† attest√©¬† qu’en Auvergne et dans le P√©rigord.

 

       consoude                                                               prêle

¬†RollandFlore vol.XI, p.80 sous¬† Equisetum¬† = pr√™le, nous fournit les attestations suivantes:Ces donn√©es sont confirm√©es par le Th√©soc s.v. pr√™le cassaoudo¬† dans l’Ard√®che, le Gard, l’H√©rault et la Loz√®re, avec le type koussaoudo¬† dans l’H√©rault2.

Il¬† doit y avoir un lien ancien entre les deux plantes, autrement la confusion n’est pas compr√©hensible. En surfant un peu, je vois entre autres: Pr√™le et consoude pour la protection des plantes au nature¬† mais je ne connais pas les d√©tails. Il doit s’agir de l’utilisation des deux plantes.

L’abb√© de Sauvages √©crit : « plante rude dont on fait cette esp√®ce de bouchon tortill√© pour √©curer la vaisselle: c’est de l√† qu’est venu le mot de cass√īoudo pour dire une lavette. La pr√™le¬† est astringente, les tourneurs s’en servent pour polir leurs ouvrages. » (S1). Les deux plantes sont astringentes , ce qui peut √™tre la cause de la confusion des noms.

Voir aussi mon article freta,  fretadou

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Notes
  1. La Consoude officinale (Symphytum officinale) est l’esp√®ce caract√©ristique du genre Symphytum. Wikipedia. Le TLF cite: La sp√©cialit√© de ma grand’m√®re (…) c’√©tait de refaire les pucelages par le moyen de la consoude qu’on appelle oreille de vache A. Arnoux, Calendrier de Flore,1946, p. 116
  2. Les donn√©es du Th√©soc pour la r√©gion √† l’est du Rh√īne ne sont pas encore publi√©es, h√©las

Loubar "scier un arbre"

Louba, loubar « scier un arbre de travers; carder la laine avec la machine appel√©e loup » (Mistral). Le Thesoc atteste le verbe louba (lopa¬† dans la graphie dite classique), avec la sens « scier au passe-partout’ dans les d√©partement de l’Ard√®che, du Gard et de l’H√©rault. L’origine du verbe est le substantif f√©minin ¬† loubo¬†¬† « grande scie √† dents de loup » (Mistral),¬† sens¬† attest√© de Barcelonnette jusqu’au Cantal d »apr√®s les donn√©es du FEW. Loubo¬† vient du latin lupa « louve » f√©minin de lupus « loup »; le verbe a √©t√© form√© √† partir du substantif.

3 loubes

Peut-√™tre¬† que lupus¬† qui avait d√©j√† chez les Romains le sens « petite scie » (Gafiot)¬† s’est maintenu depuis la romanisation du sud de la Gaule.

G√©rard Jourdan de Montagnac (34) m’√©crit :

Bonjour Robert,
je me souviens d’avoir utilis√©, avec mon p√®re, cette grande scie que nous appelions la « louba« , avec un mancheron √† chaque extr√©mit√© et que nous avions dans le magasin pour scier des branches et parfois des souches d’olivier ( tr√®s dures et r√©calcitrantes ) ou d’amandiers¬†¬†¬†¬†¬†¬† ( plus faciles).
Il y avait une chanson qui rythmait les allers-retours de la scie dont je ne me souviens que des premières paroles :
« reso1, reso Jan Vidal, mounto la reso un pau mai naut… »
Cordialement

Mistral donne deux autres variantes dans son Trésor :

Ensuite G√©rard Jourdan l’a retrouv√©e dans le Le catalogue de la chanson folklorique fran√ßaise, Volume¬†5¬†Par Conrad Laforte. avec plusieurs variantes.¬† Il a continu√© ses recherches qui ont abouti √† la citation suivante;

Dans les Cévennes par exemple (Pelen 1980):

« Tira la ressa. ‚Äď l’enfant est pos√© √† califourchon sur les genoux et balanc√© d’avant en arri√®re, en sorte d’imitation du travail des scieurs de long auquel fait allusion le texte [‚Ķ]:

Tira la ressa Jan Vidau
Tira la tus que siàs pus naut
La trempa es bona lo vin es melhor
Tira la tus mon companhon!

(Tire la scie Jean Vidal / Tire-la toi qui est plus haut.
La piquette est bonne le vin est meilleur / Tire-la toi mon compagnon)

Le sens « carder la laine » par contre doit √™tre r√©cent parce que le loup « machine √† carder » n’a √©t√© invent√©e qu’au XVIIIe si√®cle.

loup à carder

 

D’apr√®s ma voisine loube¬† est aussi le nom de la « limace » √† Cannes.¬† Je ne l’ai retrouv√© nulle part. Loube¬† « scie √† grandes dents » existe aussi en fran√ßais r√©gional √† Champsaur.

Loup est aussi le nom du « bar » dans le Midi (TLF)

Le mot basque lupu « araign√©e; chenille » a √©t√© emprunt√© au latin.

 

Notes
  1. du latin re+secare.

Gandole ‘rigole’

Gandole « rigole¬† de la rue » (Manduel). Etymologie : gandole¬† vient de l’italien gondola « bateau plat¬† dont la proue √©lanc√©e se recourbe¬† en¬† dehors, en usage √† Venise » attest√© en fran√ßais depuis¬† 1550. Pour l’abb√© de Sauvages (S2)¬† une gandolo est « une tasse », sens √©galement attest√© en moyen fran√ßais en 1589, mais bien plus t√īt en ancien occitan √† Avignon en 1412¬† gandole m. « pot, cruche ». Ci-dessous l’article correspondant¬† dans le Tr√©sor de Mistral, qui contient tous les emplois au figur√© de ce nom de bateau.

gandolo dans Tresor MistralL’√©tymologie du v√©nitien gondola est tr√®s probablement le grec őļőŅőĹőīŌÖ (k√≥ndy) « vase √† boire ».¬† La forme gandola¬† s’explique selon le FEW par l’influence de la famille de¬† mots comme languedocien s√© gandi¬† « toucher au but, arriver » qui viennent du gotique *wandjan « tourner », mais je pense qu’il s’agit plut√īt d’une simple dissimilation gondolo avec trois -o-¬† > gandolo.

L’√©volution s√©mantique¬† « vase, pot, cruche » > « bateau » se retrouve dans bien d’autres cas.¬† Voir dans la d√©finition de Mistral : « sorte¬† de vaisseau √† boire.. »

Une autre √©volution s√©mantique,¬† « vase, cruche » > « objet de peu de valeur » se trouve dans le sens « mauvais chien »¬† attest√© √† Champsaur par Claudette Germi.¬† Dans la m√™me cat√©gorie Mistral donne « personne qui n√©glige sa mise; paresseux ».

Un visiteur du Qu√©bec¬† m’√©crit

Bonjour, je suis originaire de Thetford Mines √† 100 km au sud de la Ville de Qu√©bec. Dans ma famille, nous utilisons l\’expression ¬ę en gandole ¬Ľ au sens de n√©glig√© (propri√©t√©, appartement, maison en gandole). Mes coll√®gues de travail originaire de Qu√©bec et Victoriaville ne connaissaient pas l\’expression. La recherche internet m\’a conduit √† votre propos. Je comprend que cela origine du grec? Salutations

Je lui ai donn√© le lien vers le FEW qui confirme¬† le sens « objet us√© » pour le poitevin. FEW II/2, 1028

un vaisseau à boire ?

Le sens que j’ai mis dans le titre de cet article √©tait¬† encore vivant √† Manduel (Gard) au XXe si√®cle.¬† Mon¬† informateur pour Manduel m’a √©crit :

…en effet je t’avais parl√© du mot « gandole« , mais il y a longtemps. Il y a encore plus longtemps que √ßa, ma m√®re me racontais qu’une grand-m√®re envoyant sa petite fille faire des courses √† l’√©picerie lui avait fait cette recommandation en fran√ßais (il ne fallait pas parler patois aux enfants qui allaient √† l’√©cole): « Fais bien entention en virant le canton de pas mettre ton pied dans la gandole ».

Je lui ai demand√© si¬† entention¬† √©tait bien la forme utilis√©e √† Manduel. Il m’a r√©pondu:

Non on ne disait pas entencioun √† Manduel mais (normalement) atencioun. C’est la grand-m√®re qui s’√©vertuait √† vouloir parler fran√ßais √† sa petite-fille.

C’est l’histoire de la langue occitane.

Vous trouverez d’autres propositions¬† √©tymologiques dans le Dizionario etimologico.¬†

Je suis un peu √©tonn√© que personne a suppos√© que le mot gondole avec le sens¬† « tasse, pot, cruche »¬†¬† a √©t√© introduit directement en¬† occitan par les Grecs. Cela est probablement d√Ľ au manque d’attestations ant√©rieures √† ¬† 1412.¬†¬† Ce qui veut dire qu’il y a encore du travail √† faire.

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